'On ne refait pas sa vie, on la poursuit, avec d’autres horizons parfois, d’autres personnes souvent, mais on n’efface pas le passé.'   Patrice Gain

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Romans traduits par Clément Baude




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Yiyun LI
La douceur de nos champs de bataille
Belfond
158  pages
20  euros

25-08-2019

 

    « La douceur de nos champs de bataille » est le récit poignant (presque philosophique) d’une mère (l’auteure) dialoguant avec son enfant bien-aimé qui a choisi le suicide à seize ans. Elle est écrivaine et dès l’âge de dix ans, elle s’est totalement dévouée aux mots, alors elle continue, même dans cette disparition, dans cette mort inattendue. Elle réussit à convoquer son fils et à établir un dialogue : « Nikolai … et sa chère mère se rencontrent dans un monde à l’espace-temps indéterminé. Ce n’est pas un monde de dieux ou d’esprit. Ce n’est pas un monde rêvé par moi… C’est un monde créé par les mots, et par eux seuls. Pas d’images, pas de sons. » Mais derrière les mots, il y a les questions, et elles sont multiples, simples ou complexes, et surtout sans fin. Trouver un sens, à chaque mot, à chaque acte, chaque seconde. Avec une grande poésie, de la pudeur et de la retenue, sans jamais juger et remettre en cause le choix définitif de Nikolai (on ne saura rien de ses raisons), Yiyun Li progresse dans son deuil face au harcèlement de ces questions qui s’enchaînent et pour les réponses, la mère aimante a parfois encore besoin de lui. Sur un sujet difficile et bouleversant, Yiyun Li réussit un récit intense, questionnant mais aussi apaisant.

« Fondamentalement, devenir adulte, c’est jouer à cache-cache avec sa mère et gagner… »

« Mais qualifier d’inexplicable le geste de Nikolai, c’était comme qualifier de perdu un oiseau migrateur se retrouvant sur un nouveau continent. Qui peut dire que l’oiseau vagabond n’a pas une bonne raison de modifier le cours de son vol ? »

« Les mots ne sont pas à la hauteur, oui, mais parfois leurs ombres peuvent toucher l’inexprimable… »


Ecouter la lecture de la première page de "La douceur de nos champs de bataille"    Get Adobe Flash player

Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Clément Baude

 


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Ursula HEGI
Trudi la naine
Galaade
664  pages
26.4  euros

02-09-2007

 

    Trudi Montag vit à Burgdorf, près de Düsseldorf. Née au début de la première guerre mondiale, elle est rejetée rapidement par sa mère, elle se sent vite différente des autres, sentiment confirmé lorsqu’elle apprend que sa taille restera celle d’un enfant. Dès son plus jeune âge, elle devient experte dans l’observation des autres, observation facilitée et influencée par sa différence : elle est ignorée et chacun se laisse aller à des confidences qu’il n’aurait pas exprimées en présence de quelqu’un d’autre. Elle les observera donc avec lucidité, toujours et encore, tentera de déterminer sans complaisance leur mode de pensée et mettra à nu leurs comportements, leurs sentiments, leurs faiblesses… La société allemande est auscultée au plus près. Chaque chapitre du livre couvre une période de 1915 à 1952, des lendemains de la première guerre jusqu’à la reconstruction en passant évidemment par la montée du nazisme et par son règne, tout y est : ceux qui résistent, ceux qui adhèrent, ceux qui se taisent, ceux qui se laissent entraîner… Rien n’échappe à son œil acéré et personne n’est épargné. Peut-être de par son statut différent, sa vision de la progression lente du nazisme et le glissement vers la barbarie n’en sont que plus réalistes, démonstratifs et pleins d’enseignement.
Une écriture très vivante pour cette fresque qui retrace avec brio l’histoire d’un pays à partir de la vision de personnages particulièrement humains et attachants en accompagnant Trudi et son entourage tout au long de sa vie. Un pavé (664 pages) que vous ne lâcherez pas !

"Enfant, Trudi Montag croyait que chaque être humain savait ce qui se passait dans la tête des autres. C'était avant qu'elle comprenne en quoi sa différence faisait force. Et son angoisse."

« Folle de joie d’être enfin entourée d’autres enfants, elle ressentit plus que jamais sa différence, aussi. Ce n’était pas seulement la taille de son corps et les vêtements mal ajustés, dessinés pour des enfants de trois ans, qui faisaient d’elle une étrangère ; c’était aussi sa volonté farouche d’être admise. »

« Les gens murmurent de plus en plus… Tu sais que lorsque ce genre de messes basses commence à apparaître, c’est qu’on se dirige tout droit vers une guerre. La rumeur de la ville, du pays tout entier, baisse d’un ton… Même le fleuve, les oiseaux… »

« "Nos jeunes, dit Léo, sont facilement entraînés par tous ces discours… Ils ont été frustrés pendant tellement longtemps qu’ils sont maintenant séduits par les promesses, par la camaraderie instantanée. Il y a toujours quelqu’un pour les inspirer, pour les persuader…" Il secoua la tête. "De vrais petits soldats, y compris les filles, avec leur fierté de ce drapeau vulgaire, à faire froid dans le dos. Je suis content que tu ne fasses pas partie de tout cela. Ils ne voudraient pas de moi." »

Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Clément Baude

 


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