'...la douleur éprouvée par un sans-abri excède même ce qu’il peut en dire, qu’il ait ou non de l’éducation ou un diplôme. Elle est plus profonde, plus sourde, plus sombre que ces mots morts-nés dont nous disposons pour communiquer chaque jour et peut-être aussi que tous les vocables dont nous nous servons pour écrire… Nous ne croyons plus aux lettres : elles n’ont pas su protéger de la chute ceux qui les maîtrisaient.'   Rhéa Galanaki

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Andrés Neuman




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Andrés NEUMAN
Parler seul
Buchet-Chastel
168  pages
17  euros

25-04-2014

 

    Trois voix participent au récit de « Parler seul », trois visions, trois tons différents qui relatent les mêmes évènements, le même voyage. Chacun parle seul et pourtant le trio est particulièrement uni. Mario, le père, se sait très malade et condamné et veut absolument partager quelques derniers instants privilégiés avec son fils et lui offrir ainsi une bibliothèque riche de souvenirs. Lito a dix ans, plein de vie et de fougue, d’espoir et d’insouciance, ignore l’état réel de son père et adore parler et faire partager son enthousiasme. Elena, la mère, sait que son mari va mourir et accepte néanmoins de les laisser s’évader tous les deux dans un long périple en camion. Pour oublier ses peurs et sa colère et trouver du réconfort, elle se noie dans la lecture (« La lecture me calme les nerfs. Faux. Elle ne me les calme pas. Elle les oriente différemment. ») et l’écriture en attendant avec impatience les prochaines nouvelles. Chacun des trois raconte ce voyage à sa façon, résiste avec ses moyens, sa personnalité et expose ses sentiments et se nourrit des deux autres. Chacun a sa vision de la mort, de la maladie, du mensonge, mais aussi de la vie et surtout, les trois veulent vivre, et vivre encore. Une relation père-fils sublimée au cœur de ce roman intense et prenant, sans pathos et terriblement humain.

« Je me demande si, sans forcément en avoir conscience, on ne va pas vers les livres dont on a besoin. Ou si les livres eux-mêmes, qui sont des êtres intelligents, ne détectent pas leurs lecteurs et ne se font pas remarquer d’eux. Au fond, tout livre est un Yi King. Tu l’ouvres et c’est là, tu es là. »

« … les enfants deviennent adultes en jouant, un peu à l’inverse de nous, parents, qui jouons pour retourner en enfance… »

« … tout ce qui est dans mon corps est désormais mon ennemi, c’est ce qu’on appelle être mort. »


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Alexandra Carrasco

 


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