'En amour, la fidélité n’est-elle qu’une absence de désir ?'   Jean-Daniel Verhaeghe

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Denis Guedj




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Denis GUEDJ
Villa des hommes
Robert Laffont
307  pages
20  euros

14-09-2007

 

    Deux hommes aux parcours totalement différents se retrouvent dans un hôpital psychiatrique en Allemagne en 1917. Hans Singer (inspiré de Georg Cantor père des mathématiques modernes et de la théorie des ensembles) est un vieux mathématicien de renom sujet à des crises de folie. Il en est à son neuvième séjour. Matthias Dufour jeune soldat français, mort d’être encore en vie, ancien conducteur de locomotive, libertaire en perdition se sentant en contradiction avec ses convictions et dont les espérances en l’humanité se sont écroulées, ne sait pas trop comment il s’est retrouvé dans cet endroit. Ils vont devoir partager ce petit espace qu’est leur chambre. Après s’être ignorés, nous allons assister à l’établissement d’une relation étroite entre les deux hommes. Le mathématicien va peu à peu apprivoiser le jeune français par de longues discussions abordant tous les sujets, chacun dévoilant progressivement son vécu, ses ambitions personnelles et collectives. Etrangers l’un à l’autre, ils vont devenir d’une intimité extrême. Evidemment dans ces dialogues, les mathématiques reviennent de manière récurrente à la fois sur le fond (« Pour les mathématiques, le monde est constitué d’un seul et unique pays. Les frontières sont contraires à sa nature ») mais aussi par le vocabulaire employé. Ces deux hommes rebelles à leur façon ont deux existences à la fois opposées et parallèles : l’un s’est mis en marge du monde des mathématiques par ses théories qui les remettaient en cause et que ses collègues repoussaient et l’autre s’est attaqué aux fondements de la société : deux infinis qui se rejoignent dans un ping-pong où chaque problème mathématique trouve son équivalent dans l’humanité... L’un comme l’autre seront donc déclarés comme fous (« Pourquoi faut-il que nous soyons fous ? Vous croyez qu’il y a une réponse ? »)... La société n’apprécie pas les individualités qui la bousculent… Un joli texte sur la folie, contre la guerre et pour l’humanité : « Si l’on ne croit pas que les hommes seront un jour égaux, si l’on ne croit pas qu’ils seront un jour heureux, il n’y a qu’à se foutre en l’air ».

« Satisfait, votre ami ! Et de tout ! De ce qu’il avait, de ce qu’il n’avait pas, de ce qu’il était, de ce qu’il n’était pas, de son poste, de sa maison, de sa sœur, de son frère ! Si les hommes étaient tous comme lui, rien n’aurait bougé, jamais, depuis la nuit des temps. Il y a pour chaque homme un devoir d’insatisfaction, Herr Singer. On se doit d’être insatisfait. Insatisfait de l’état du monde, insatisfait de la pauvreté, de la famine, de l’oppression, de l’exploitation, de l’injustice, insatisfait de l’abandon des enfants. Insatisfait de l’état du monde, non parce que l’on le hait, mais parce qu’on l’aime. Et d’autant plus insatisfait qu’on l’aime. Oui, le transformer et l’aimer, le transformer parce qu’on l’aime. Bien sûr, cela empêche de se poser, de se reposer. »

« Monsieur Singer, je ne connais rien de plus beau que la révolte. C’est là qu’il y a le plus d’humanité, de tendresse, une tendresse immense et vivante. Je souhaite à chacun de vivre au moins une fois dans sa vie un moment de révolte, et de s’en souvenir, c’est de la bonne eau. Se révolter contre l’oppression, on ne le fait pas par devoir, on le fait par conviction, par passion. »

Thème(s) : Littérature française

 


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