'L'idiotie est une maladie qui va bien avec la peur. L'une et l'autre s'engraissent mutuellement, créant une gangrène qui ne demande qu'à se propager.'   Philippe Claudel

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Lise Beninca




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Lise BENINCA
Les oiseaux de paradis
Joëlle Losfeld
14  pages
125  euros

05-09-2011

 

    Trois personnages animent Les oiseaux de paradis : Samuel régulièrement à l’étranger pour des conférences, sa compagne, la narratrice, traductrice scientifique et Flavie la sœur de Samuel modèle pour les élèves des Beaux Arts. Ils vivent dans une douce harmonie, heureuse, jusqu’au jour, où, alors que le fumet du rôti attend le retour de Samuel du Brésil, une voix inconnue au téléphone bouleverse le présent comme le futur, il revient mais mort : « Je suis au regret de vous annoncer que monsieur Laugier a trouvé la mort dans le taxi qui le conduisait à l’aéroport ». Nous allons suivre la narratrice dans son deuil brutal avec d’abord la sidération qui la saisit puis la colère avant de laisser le chagrin l’envahir. Même si elle avait naturellement conscience de leur condition de mortels, la surprise est immense et douloureuse. Quelques bouées de sauvetage vont nous aider à ne pas sombrer avec elle : les descriptions microscopiques, froides et précises (« l’infini des détails qui nous composent ») des tissus du corps humain qu’elle est chargée de traduire, Flavie qui partage sa peine immense, les mots que Flavie vole et note dans son petit carnet et avec lesquels la compagne de Samuel semble se saouler, les longues phrases qui nous empêchent de reprendre notre souffle, le Jardin des Plantes où elle arrive enfin à observer de nouveau la vie autour d’elle : d’abord le Muséum d’Histoire Naturelle « suspendu entre la vie et la mort avec ses squelettes et ses animaux naturalisés » puis les passants, les fleurs et les oiseaux, et enfin Arnaud, dessinateur d’oiseaux de paradis qui lui donne envie « pour la première fois depuis longtemps de connaître la suite de l’histoire ». Un livre émouvant, une écriture enveloppante dépeignant une résurrection face au deuil : « il y a toi qui n’existes plus ; il y a moi qui existe encore. On ne sait pas à quoi cela rime » mais on finit par accepter de nouveau « de faire partie de ce cycle, de cette éternité ».

Thème(s) : Littérature française

 


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