'Des chants d’esclave naquit le blues, or il y aujourd’hui une mélopée de la soumission qu’il faut savoir pousser, sans art, afin de complaire aux miliciens de la cohésion sociale.'   Jean-Claude Leroy

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Mia Couto




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Mia COUTO
La pluie ébahie
Chandeigne
95  pages
14  euros

22-07-2014

 

    Un jeune garçon, le narrateur, nous raconte l’histoire de l’eau qui ne tombe plus et reste en suspens. Malédiction ou conséquences de l’usine située à proximité ? Il comprend que sa mère veut savoir et la voit partir vers l’usine. Mais pour comprendre le présent, le passé demeure souvent essentiel et, épaulé par son grand-père, l’enfant devra appréhender la légende de Ntoweni pour mieux connaître l’histoire de l’eau et de son pays. Ce court texte prouve à nouveau que la prose poétique délicate et envoûtante de Mia Couto est particulièrement adaptée aux contes.

« L’indécision de la pluie n’était pas motif de joie. Malgré tout j’inventai une facétie : mes parents m’avaient toujours traité d’ébahi. Ils disaient que j’étais lent pour agir, attardé pour penser. Je n’avais pas vocation à faire quoi que ce soit. Peut-être n’avais-je même pas vocation à être. Eh bien la pluie était là, clamée et réclamée par tous et finalement aussi ébaubie que moi. Enfin, j’avais une soeur tellement maladroite qu’elle ne savait même pas tomber. »

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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Elisabeth Monteiro Rodrigues

 


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Mia COUTO
Tombe, tombe au fond de l'eau
Chandeigne
80  pages
12  euros

11-06-2014

 

    Au Mozambique, au bord de l’océan, un ancien pêcheur vieillit et se laisse gagner par la saudade tout en espérant enfin un geste d’amour de sa plantureuse voisine, la mulâtre Dona Luarmina. Elle n’accepte que de converser avec lui, et attend surtout qu’il lui raconte ses aventures et ses rêves. Mais le passé fait peur au vieux marin, dialogue de sourds, dialogues émouvants, percutants entre ces deux personnages que quelque chose aimante, c’est certain ! Superbe fable poétique, une nouvelle pépite, indispensable !

« Je ne suis heureux que par paresse. Le malheur, c’est trop de boulot ! »

« La vie est si simple que personne ne la comprend. »

« ... le temps avance par vagues. Le tout est de rester léger et une de ces ondulations nous emportera quelque part. »

« Vous devriez plutôt vous passer un rêve sur le visage dès le matin. »

« Si je construisais une cheminée dans ma maison, ce serait non pas pour laisser sortir la fumée, mais pour laisser entrer le ciel. »

« Le jour commence toujours par un mensonge. Car le soleil ne feint que de naître. »

« L’escargot ressemble au poète : il lave sa langue sur la route du voyage. »



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Thème(s) : Littérature étrangère

 


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Mia COUTO
L'accordeur de silences
Métailié
240  pages
19  euros

09-10-2011

 

    Le père Silvestre vit à Jésusalem, un lieu isolé, clos, avec ses deux fils, et un serviteur, son beau-frère les visitant régulièrement, univers composé uniquement d'hommes à l’abri du monde, des femmes, des guerres et des horreurs. Le fils aîné a souvent été tenté de fuir ce lieu tyrannique mais jamais ne franchira le pas. Son jeune frère, Mwanito, accepte sa situation, il est l’accordeur de silences : « Je suis né pour me taire... J’ai un don pour ne pas parler, un talent pour épurer les silences. J’écris bien, silences, au pluriel. Oui, car il n’est pas de silence unique. Et chaque silence est une musique à l’état de gestation ». Il observe, écoute et démêle les fils de la vérité. Le groupe vit au milieu d’une végétation aussi luxuriante qu’oppressante, quasiment aussi violente que le père qui noie ses peurs et remords dans une violence aveugle, jusqu’à la folie. Mwanito attendra d’avoir onze ans pour rencontrer une première femme, Marta. Vision troublante, bouleversante, qui abattra les murs de ce monde clos, fera éclater la vérité, les transportera vers le monde des hommes, renaissance, nouveau départ. Splendide et envoûtante saudade, conte philosophique sur la vie, la mort et la tyrannie à la prose poétique et parfaitement maîtrisée.

« Les morts ne meurent pas lorsqu’ils cessent de vivre, mais quand nous les vouons à l’oubli. »

« Aucune guerre ne finit jamais. »

« …depuis le ventre du fleuve, je contemplai les éclats du soleil. Et ce scintillement m’éblouit dans un aveuglement enveloppant et doux. Si l’étreinte d’une mère existait, elle devait s’apparenter à cette perte de sens. »


Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Elisabeth Monteiro Rodrigues

 


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