'Les adieux sont incompréhensibles, comme la mort.'   Ulrike Edschmid

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Régine Detambel




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Régine DETAMBEL
Son corps extrême
Actes Sud
152  pages
17  euros

17-08-2011

 

    Suite à un accident de la route certainement suicidaire, Alice, la cinquantaine, se retrouve immobilisée sur un lit d’hôpital. Cassée, son corps a été malmené, ce corps si souvent oublié, négligé et pourtant si prégnant et indispensable. Dans ces instants, corps et pensée se rejoignent, s’entraident, se repoussent, s’épient. Les souvenirs surgissent, sont ressassés, peuvent soulager ou éprouver et accroître la peine. Les moments de solitude, de repos et de réflexion s’enchaînent avec les séances de rééducation. Le corps est palpé, bousculé, malmené, elle l'écoute, l'analyse, l'observe, le dissèque. Les descriptions pointilleuses et précises de Régine Detambel fondent le lecteur dans le corps d'Alice. Le lieu prend aussi toute sa place dans cette renaissance. Des êtres différents s’installent dans cet espace, des sportifs confirmés, des inactifs, des riches, des pauvres, chacun de nous peut s’y retrouver du jour au lendemain. Ils cohabiteront, s’épauleront, s’écouteront quelque soient leurs sentiments. Chacun épie ses propres progrès comme les progrès de ses voisins. Des amitiés sans lendemain se nouent, avec les corps au centre des préoccupations, un long chemin vers une guérison. Ces deux longues années éprouvantes pour Alice la reconstruiront, la libèreront de son corps et de son passé sans pourtant succomber à l’oubli : « Voilà son rêve est arrivé, son rêve a été exaucé : pouvoir repartir de zéro, avec une ardoise nette, changer de forme, disparaître et resurgir plus tard en étant quelqu’un d’autre ». Par une prose travaillée, précise, souvent envoûtante, évitant tout pathos, Régine Detambel éblouit le lecteur avec cette renaissance et le plonge au plus profond des corps et des âmes.

« Pourquoi s’attache-t-on à ces choses là, qui nous détruisent, sous prétexte que c’est notre histoire ? »

« Toute la vérité, on n’en sait rien, on peut seulement en donner des petits bouts, des bribes. Pas toute. Elle va donc mettre des souvenirs vrais sur les faux jusqu’à ce que les faux en crèvent ! Mais les vrais sont-ils vraiment vrais ? Et les faux sont-ils vraiment tout à fait falsifiés ? Qui peut dire ce qu’on est, juste avec sa mémoire, ce serait trop facile. »

« Lorsqu’on veut comprendre quelque chose de sa propre vie, il faut en parler avec le premier venu. Nul besoin d’un esprit particulièrement pénétrant, l’illumination viendra en parlant. »


Thème(s) : Littérature française

 


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Régine DETAMBEL
Les enfants se défont par l'oreille
Fata Morgana

44  pages
9  euros

30-12-2005

 

    Tout d'abord, un extrait de la première page : " Un proverbe dit à peu près que tout ce qui est bon vient de moi, ce qui est mauvais me vient de mes ancêtres. J’estime qu’on peut le prendre au pied de la lettre. Beaucoup tâchent d’aimer leur famille, s’efforcent de la vénérer, avec opiniâtreté et parfois de remarquables percées vers l’abnégation. Je prétends que c’est impossible et même aussi mauvais que du vieux pain avec de la graisse rance. Ces gens-là, les amoureux de leur arbre généalogique, les chasseurs de stèles, les collectionneurs d’ancêtres, n’ont jamais eu la malchance, comme le jeune garçon que j’étais, de posséder encore, de connaître et de garder longtemps leurs huit arrière-grands-parents, tous les huit capables de parler, bien qu’affligés, à des degrés divers, des maux qui viennent de l’épaisseur de la sagesse dans le sang, de la friabilité des os, de la fragilité des tripes et qui donnaient à tous les hommes l’air d’infirmes qui se sont habillés tout seuls, à toutes les femmes, ou presque, un œil bleu braqué et le goût des piqûres stimulantes. "

Le cousin d'Eva nous propose dans ce beau petit livre de nous faire partager la découverte de sa cousine par huit portraits de ses ancêtres. Chaque portrait revisite la vieillesse et est accompagné par une rencontre caline avec sa cousine interrompue par l'arrivée du vieillard qui achèvera la rencontre par une sentence sans appel et définitive ! Ces épisodes marqueront à jamais le jeune homme. Un beau texte dans la toujours très belle collection de Fata Morgana.

Thème(s) : Littérature française

 


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