'On mange tôt dans les maisons de retraite : les serviteurs ont pris le pas sur les maîtres. Quand vient la marche à la mort, il faudrait donc avancer sa montre ?'   Héléna Marienské

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Pascal Manoukian




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Pascal MANOUKIAN
Le cercle des hommes
Le Seuil
330  pages
19.5  euros

17-01-2020

 

    Tout réussit au personnage principal du Cercle des Hommes. Homme d’affaires très riche, puissant, il vient d’être nommé « à la tête d’un des plus importants consortium miniers du monde. », une femme plus jeune et éblouissante, des propriétés au quatre coin du monde, un portable dans chaque poche… Quand il se met aux commandes de son petit avion pour survoler l’Amazonie, il est loin de se douter qu’il est à un tournant de sa vie. En effet, devant la falaise aux aras, il va subir une attaque en règle de ces oiseaux majestueux et multicolores. Son avion s’écrasera au milieu de la forêt et il se réveillera blessé et entouré par des Yacou, huit Yacou, derniers représentants d’une tribu isolée. Prisonnier, sans portable, sans rien, dans une fosse avec des cochons sauvages et menaçants sous l’œil inquiet et inquisiteur de la tribu qui s’interroge sur sa vraie nature. Toute sa richesse, son pouvoir, ses propriétés ne lui seront d’aucun secours pour les convaincre qu'il n'est ni cochon ni animal. Ici, « Rien ne se vendait. Rien ne s’achetait. Tout se prélevait, après avoir demandé la permission et s’être fait pardonner d’avance. La richesse se trouvait ailleurs. » Et il va falloir qu’il l’intègre et qu’il prenne son temps pour comprendre les codes, le langage, trouver la protection de certains, éviter les dangers, mais « Après tout, pour la première fois de son existence, il goûtait au seul luxe que sa fortune ne lui permettait pas de s’offrir : prendre son temps. » La tribu semble heureuse, gérée par une vraie démocratie et libre dans son Cercle, dans sa vie toute simple, totalement incluse dans la Nature idolâtrée, « … la science tenait déjà tout entière dans la nature et le bonheur… », bien loin de la toute puissance et de l’« effronterie envers la nature, par péché d’orgueil, pour avoir eu la prétention d’être plus efficace que les saisons, d’exiger tout, tout de suite, tout le temps… ». Pourtant son espace vital se réduit drastiquement. De nouvelles bêtes, monstrueuses, jaunes, aux dents acérées, tuent les arbres sacrés dans un vacarme assourdissant et rien ne semble pouvoir les arrêter. Alors le chemin va être long, passionnant, dangereux, pour que ce frère de Carlos Gohsn (mais nous avons tous un peu de Carlos !) redevienne le Yacou qu’il fut (car nous avons tous été Yacou !), et il faut se dépêcher de ne pas l’oublier ! Ce roman d’aventure, ce conte philosophique voire écologique nous offre une belle rencontre, improbable et passionnante, incitant à la réflexion et peut-être à l’action, comme Pascal Manoukian nous le rappelle avec cette citation d’Albert Einstein : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les regardent sans rien faire. »

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Thème(s) : Littérature française

 


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Pascal MANOUKIAN
Le paradoxe d'Anderson
Le Seuil
295  pages
19  euros

06-09-2018

 

    Une famille habite une maison isolée avec son arbre du bonheur dans l’Oise à Essaimcourt : « Essaimcourt a la beauté de ses arbres presque morts… » Elle vit pour l’instant dans une certaine insouciance. Les parents travaillent en usine, quelques emprunts, une maison à crédit, une voiture à crédit, mais toujours des projets et les enfants continuent de susciter joie et bonheur. La plus grande prépare le bac en section économie et révise les théories économiques qui éprouvent ses parents et étouffent son village ; mais s’il faut en passer par là pour espérer une vie meilleure et éviter le paradoxe d’Anderson... Aline et Christophe sont aux petits soins pour Mathis, le petit dernier, atteint d’une maladie inconnue. Et puis un jour, vous apprenez au boulot, au détour d’un couloir, ou devant la machine à café que l’usine vient d’être rachetée qui par un concurrent chinois qui par un fond de pension américain. Et le lendemain, un courrier, Le courrier, cinq lignes brèves directes après trente ans pour vous annoncer cordialement que vous ne faites plus partie de l’équipe. La violence ultime. Désespoir, sentiment d’abandon, d’inutilité, plongée dans un long tunnel noir sans fin. C’est Aline la première qui subit le viol, la maladie mortelle : « Cancer du chômage. Elle fait partie des métastasés. Effondrée, elle s’arrête sous son arbre. Plus rien ne surgit à l’intérieur de son ventre. La bête s’est installée. Elle est là pour longtemps, elle le sent… Rien n’a encore changé, mais tout est différent. » Pourtant, le couple préfère faire illusion devant les enfants, ne rien dévoiler, et tenter de continuer à survivre, à la protéger. Mais la violence de notre société n’a guère de limite, et les seules questions qui demeurent sont : jusqu’à quand tiendront-ils et jusqu’à quand les enfants l’ignoreront-ils ? Chronique sociale, réaliste et désespérée de notre société où le déclassement devient la règle, où l’espoir s’amenuise chaque jour, où le monde ouvrier disparaît, où les plus pauvres sont devenus majoritaires mais impuissants. Indispensable !

« Dans la queue, personne ne crâne. Tout le monde a peur, un jour aussi, de ne plus pouvoir y arriver… L’écart de salaire entre ceux qui vendent et ceux qui volent est devenu si ténu qu’il faut surveiller tout le monde. »

« Ils nous laissent une vue bien dégagée sur les usines vides, comme ça, quand tu passes devant en allant pointer au chômage, tu jures de fermer ta gueule la prochaine fois que tu trouveras du boulot. »

« Il n’y a pas mieux aujourd’hui pour enseigner la géographie aux enfants que de leur apprendre où sont passées les usines de leurs parents… »

« Vivre sans usines, c’est vivre sans poumons. »

« Depuis la grève et le licenciement d’Aline, Christophe n’y croit plus, ni à lui ni aux autres et à leurs promesses d’un monde meilleur. Dieu, Karl Marx, Mark Zuckerberg se moquent bien d’eux. Les pauvres n’ont pas plus de chance de s’en sortir qu’un taureau dans l’arène. On les laisse espérer, c’est tout, pour mieux les obliger à tourner en rond, parce qu’on a besoin d’eux pour remplir les caisses, les églises et les réseaux. C’est le même mensonge depuis toujours. ‘‘Chrétiens, prolétaires, facebookeurs de tous les pays, unissez-vous, le monde est à vous.’’ En vérité, il est à eux. »


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Thème(s) : Littérature française

 


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