« Voilà pourquoi nous sommes si dépendants de la dame au pelvis. Un poulain marche dès la naissance, un babouin sait s’arrimer au dos de sa génitrice : très vite les bêtes oublient leurs mères. Il n’y a que nous qui nous y accrochons tels des vampires. Les bébés sont des monstres prématurés dans lesquels rien ne fonctionne, des ni-faits-ni-à-faire, dont la totale absence de défense vis-à-vis de l’extérieur est effrayante. Un bébé n’a rien d’admirable, un bébé est une erreur que l’on veut bien corriger. »
François Beaune

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Sylvie Le Bihan - Les sacrifiés

Sylvie LE BIHAN

Les sacrifiés
Denoël

380 pages | 09-08-2022 | 20€

« Les sacrifiés » est constitué de trois parties autour des trois hommes, personnages principaux du récit auxquels vient se joindre Encarnación, la femme qui fait le lien entre eux. Le récit se déroule entre 1925 et les années 2000 et entre l’Espagne, New-York et Paris. Juan Ortega appartient à une famille gitane, « Etre un Ortega, c’est porter dans son sang le courage et la mort. », notamment dans les arènes, mais Juan préfèrera les cuisines et deviendra cuisinier. Il sera embauché par Ignacio, un célèbre torero, un personnage haut en couleurs, amoureux de la vie, de la vitesse et du risque qui délaissera les arènes pour l'écriture et le monde intellectuel et artistique. Federico (Garcia Lorca), « ...un môme qui pleure l’enfance disparue... », « ... révolutionnaire car il n’y a pas de poète qui ne le soit pas. », issu d’une famille aisée n’abandonnera jamais son attachement au peuple qui souffre, qui lutte pour sa survie face à l’hypocrisie des bons bourgeois catholiques du pays, « Je serai toujours du côté de ceux qui n’ont rien et à qui on refuse jusqu’à la tranquillité de ce rien. ». Ces trois hommes seront liés de plusieurs façons. Par Encarnación, danseuse de flamenco, elle fascine tous les hommes, elle peut être aussi bien douce et prévenante que dure et arrogante. Ignacio abandonnera tout pour elle, Juan en tombera follement amoureux, elle sera l’égérie du monde intellectuel donc de Federico. Par le duende qui les relie tous, duende pour les toreros, duende pour les danseuses, duende pour tout un chacun : « ... il brûle le sang comme une pommade d’éclats de verre... il épuise... il s’appuie sur la douleur humaine qui n’a pas de consolation. ». Evidemment, ces liens s’établissent dans un cadre historique écrasant à l’impact puissant, la guerre civile espagnole puis la seconde guerre. Tout ceci fait de ce roman autour de personnages attachants (ayant existé pour certains), un texte envoûtant, riche, dense qu’on ne lâche pas.

« Chaque vie lissée de tourments, de peine et de labeur contient une étincelle de joie. »

« ... je dis que la poésie est en toute chose. Dans le laid, dans le beau, dans le dégoûtant ; le plus difficile est de savoir la révéler, réveiller les lacs profonds de l’âme. »

Ecouter la lecture de la première page de Les sacrifiés

Thème(s) : Littérature française