« Les confidences, ça se mérite. »
Isabelle Minière
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Erik Dogam sur les conseils de son secrétaire fait un break (court) et profite d’une rare journée de congé pour visiter la campagne suisse. Son téléphone dernier cri perdu dans cette nature tombe en panne. Une jeune femme le récupère au bord de la route et lui propose son aide. Dogam se retrouve invité à passer la soirée chez elle. Elle est accompagnée de deux amies, d’une vieille dame et d’un physicien à la retraite, sorte d'homme à tout faire. Erik Dogam fait partie des gagnants, il dirige brillamment une multinationale, une femme, des enfants, la réussite absolue, parait-il. Pourtant les trois femmes l’invitent à un jeu : sorte de jeu de la vérité pour juger l’existence de leur invité, un jeu dangereux, une mise à nu mais Dogam est sûr de lui, aucun doute, omniscient, omnipotent, rien ne peut l’atteindre, alors avec toute sa suffisance, il va jouer le jeu et se dévoiler sciemment jusqu’à devenir une caricature de lui-même, un monstre sans émotion. Les trois femmes obtiendront sans difficulté toutes les informations avouables ou non qu’elles ne connaissaient pas pour le juger. Et même après la terrible sentence, Dogam continuera de fanfaronner avec exubérance. Jusqu’à quand les Dogam continueront-ils d’empoisonner l’existence des populations, à se servir sans vergogne d’elles et du monde pour leur soif de pouvoir et richesse ? Un court roman percutant qui se dévore, brillant hommage à La panne de Dürrenmatt, qui en dressant le procès de Dogam fait aussi celui de notre société et de tous ceux qui ont permis à cette nouvelle classe dominante de s’installer.
Ecouter la lecture de la première page de "Un imprévu"Fiche #3492
Thème(s) : Littérature étrangère
Le narrateur croit s’être construit une carapace indestructible, une vie bien réglée, protégée (« Oui, il y a chez moi cette forme de régularité, ou plutôt d’exactitude, qui est la réalité de mon existence. Là est ma force. Là est ma vie. »). Jusqu’au jour où, dans une file d’un supermarché, un ado le traite de « pauvre type ». Jamais il n’avait entendu cette sentence, jamais il ne l’avait pensée ou supposée. Ces deux mots le transpercent, sa protection se fissure, et l’homme décide de s’enregistrer, de se raconter, de présenter son « petit panthéon privé ». Il est cultivé, a beaucoup lu, hanté par les mots, il sait trouver la citation adéquate et définitive à toute situation, ce qui lui a permis jusque là de mépriser allègrement son prochain, de s’estimer supérieur au cœur de ce petit monde clos qu’il s’est construit. Ces deux mots et le calme avec lequel ils ont été énoncés lui ouvrent une nouvelle humanité, sorte de rédemption qui semble être salvatrice et la prose raffinée et recherchée de Michel Layaz accompagne parfaitement cette redescente sur terre d’un grand présomptueux en espérant qu’il ne représente pas l’un des archétypes de nos sociétés modernes !
Ecouter la lecture de la première page de "Le tapis de course"Fiche #1326
Thème(s) : Littérature française
Le narrateur est un garçon de quinze ans qui en plus de l’école travaille dans une boucherie. Son univers tourne autour de quelques personnes : ses parents bien que son père atteint d’une maladie incurable est en train de mourir ce qui mobilise totalement sa mère, Walter, un collègue boucher maître en sagesse, et sa mère artiste Giuletta, Raton, le roi de la mécanique qui mélange ses mots, et Charlotte son initiatrice. Elle lui enseigne l'amour, l'initie à d'étranges rituels animaliers dans la forêt. L’enfant est attendrissant et nous est immédiatement sympathique par sa fraicheur, son innocence, son attention aux autres, son écoute. La seconde partie du texte nous apprend que ce retour sur une adolescence bien réelle est raconté par le même garçon devenu très âgé (88 ans), alors que la mort rode. Il vit un dernier amour en la personne de Lucie, une infirmière en qui il retrouve passagèrement Charlotte. Cette infirmière attentionnée a découvert un procédé original et si humain pour que ses pensionnaires préférés puissent choisir eux-mêmes et en toute quiétude l'instant de leur mort quand le désir de vivre devient trop faible. Ce texte poétique aborde la vie dans son ensemble et sa complexité : vie, mort, amour, désir, amitié… Aucun mot de trop, aucun mot ne manque, superbe !
"Walter me parle de l’état d’innocence, quand les hommes pouvaient se passer des animaux : de leur peau, de leur viande, de leur force. Il ajoute que personne alors n’avait besoin d’un animal de compagnie. Rien n’aurait pu le justifier."
"Alors que le dernier moment approche – que ce dernier moment je le ferai venir un peu plus vite -, je suis prêt à tout recommencer, prêt à aimer Charlotte comme je l’ai aimée. Je suis prêt à recevoir à nouveau ce qu’elle m’a donné, comme au premier jour, comme à la première heure. C’est peut-être pour cela que je parle dans le petit enregistreur bleu, pour juxtaposer les espaces-temps, les serrer les uns sur les autres, les rétrécir jusqu’à ce qu’ils se confondent, que l’espace de maintenant et le temps d’avant se mêlent au temps de maintenant et à l’espace d’avant."
Fiche #157
Thème(s) : Littérature française