« Personne pour lui dire que grandir ne suffit pas pour être à la hauteur de ses désirs. »
Fabienne Swiatly

Les comptes-rendus-avis de lecture de la librairie Vaux Livres

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Anna Enquist

Anna ENQUIST

Contrepoint
Actes Sud

228 pages | 22-11-2010 | 20.3€

Contrepoint est le titre parfait pour ce nouveau livre de la grande romancière néerlandaise : technique de composition musicale consistant à superposer plusieurs lignes mélodiques ou thème secondaire qui se superpose au thème principal. Le texte est en effet un va-et-vient permanent entre la recherche par une femme d’une grande et personnelle interprétation des variations Goldberg et de ses souvenirs brefs de mère (« Elle s’était tournée vers son piano pour obtenir de l’aide). Le drame qu’elle a vécu lors de la disparition tragique de sa fille (« On ne se prépare pas à une tragédie, elle vous tombe dessus ») semblait l’avoir éloignée à jamais des moments même furtifs de bonheur. L’art et la musique, l’étude d’une œuvre, d’un compositeur lui permettent aussi bien de faire rejaillir des souvenirs enfouis par la douleur (« Bach lui avait donné accès à sa mémoire »), de les verbaliser quand cela devient possible, de les incorporer dans ses interprétations, dans ses silences, mais aussi de pratiquer une thérapie douce et sobre qui mène note après note à une reconstruction de soi. Pianiste et psychothérapeute, Anna Enquist nous livre une superbe partition éclairée par une interprétation émouvante et sans fausse note !

« Ce que la musique a de libérateur, c’est justement de permettre de renoncer aux mots déprimants, gênants, pour se mettre à penser en sons, en lignes, en accords. Rien n’avait besoin d’être formulé ou traduit. »

« Des pas hésitants espacés par un intervalle de secondes, qu’on ne pouvait pas jouer sans de dramatiques changements de rythmes. Chanceler, grimper, tomber, ce genre d’histoires. Pourquoi une mélodie qui monte puis descend provoque-t-elle tant de tristesse ? Est-ce qu’on était plus avancé quand on le savait ? Inspirer avec espoir, souffler avec déception. Monter la colline puis, fatalement la redescendre. Recevoir une chose puis devoir y renoncer. La vie, quoi. »

« … les gens ont inventé des religions parce que la notion d’être seul confronté à la réalité est trop douloureuse, l’idée qu’un être humain va disparaître sans laisser de trace trop insupportable, l’insignifiance de l’existence humaine trop vexante. »

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Isabelle Rosselin