« Nul ne peut, à neuf ans, par décret personnel, se passer d’amour et de joie de vivre. »
Jean-Frédéric Vernier

Les comptes-rendus-avis de lecture de la librairie Vaux Livres

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Elisabeth Laureau-Daull

Elisabeth LAUREAU-DAULL

Et l'ombre s'est épaissie
Diabase

110 pages | 14-05-2018 | 12.5€

Eva-Jeanne Szlomowicz est née à Lublin le 12 mars 1922 et suivit sa famille dans son exil français. Elle vécut une première mort à vingt ans, mais « mourir à vingt ans n’empêche pas la survie. » : Eva disparut pour laisser place à Jeanne et passa sa vie à survivre. Puis le jour où un Américain posait son pied sur la lune, une deuxième mort la consuma, l’enfant prit la décision de les quitter, l’enfant qui lui avait toujours dénié le titre de mère (« Tu n’es pas une mère comme il faut… Une mère doit juste être assez, partager la vie et passer le relais. »). L’enfant devant son refus de répondre à ses interrogations sur son histoire, leur histoire, n’avait pu grandir, se construire. Déportée à Ravensbrück en 1944, Jeanne à son retour choisit le silence (« Elle avait tout de suite su, quand elle était revenue, qu’il y aurait deux catégories de rescapés : ceux qui parleraient et ceux qui se tairaient. »), impossible de décrire l’horreur absolue, avait ignoré sa fille « préférant » son entreprise de parfums. Maintenant que Myriam n’est plus là physiquement, les souvenirs peuvent enfin percer, les fantômes reviennent et Jeanne peut mettre des mots sur son histoire, sur l’Histoire, et les tragédies multiples qui les accompagnent et qu’elle subit : un long dialogue avec la morte, car « ceux qui sont morts ne sont jamais partis… » Une confidence douloureuse d’une femme qui survécut seule et qui ne pouvait que marquer la fin d’une trajectoire cristallisée. Une écriture ciselée et épurée associée à une construction singulière et maîtrisée.

« L’absence est la plus assourdissante des présences… »

« Le passé devient fable quand il est récité, elle le sait, et se fier à sa mémoire est frôler l’imposture souvent. »

Ecouter la lecture de la première page de Et l'ombre s'est épaissie

Thème(s) : Littérature française


Elisabeth LAUREAU-DAULL

La jument de Socrate
Les Editions du Sonneur

120 pages | 07-06-2017 | 15.5€

Socrate fut mariée à Xanthippe, une femme beaucoup plus jeune que lui que l’histoire a oubliée. Pourtant, alors que Socrate est condamné à boire la ciguë, c’est elle qui parcourt, comme une jument folle, Athènes, la ville à qui Socrate a tout donné, pour tenter d’obtenir une révision de son procès. Le lecteur accompagne Xanthippe dans une visite guidée de la ville, de sa justice, de son monde intellectuel, du déroulement du procès. Elle aimerait tant le sauver (« Le jour où on écoutera une femme n’est pas venu encore. »), lui, qui lui a accordé une vraie place dans leur intimité (« Grâce à lui, elle était épouse et mère, mais aussi quelque chose de plus, elle ne saurait dire quoi, ni comment cela s’était fait. ») en permettant une relation équilibrée. Elle espère plus que tout continuer de l’écouter, encore et encore. Le portrait érudit d’une femme amoureuse, en colère, pleine de fougue, déterminée à livrer combat, une femme libre déjà si moderne.

« Pourquoi se mettre en peine du vulgaire et de son opinion ? »

« La beauté est-elle dans la chose regardée ou dans l’œil qui regarde ? »

« Une liberté dont on ne fait rien, est-ce encore liberté ? »

Ecouter la lecture de la première page de La jument de Socrate

Thème(s) : Littérature française


Elisabeth LAUREAU-DAULL

Le syndrome de glissement
Arléa

188 pages | 12-01-2012 | 18.5€

Julienne est née le 31 décembre 1925. A 85 ans (« J’en suis à l’âge du singe, je l’ai même dépassé »), elle nous conte son histoire depuis un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Elle y est rentrée encore active et forte mais « Une page était tournée, j’avais franchi un point de non-retour, je le savais. Ma vie vivante était passée, des jours à ne plus savoir les compter, tels nuages en ciel, comme a écrit je ne sais plus qui. ». Elle montre alors comment en vieillissant, elle disparaît progressivement aux yeux des autres. Le vieillissement est détaillé, mais la Julienne reste vive, les retours sur son passé, sur une lignée de femmes souvent quittées par les hommes, les jours qui passent, ses préoccupations passées ou présentes, tout respire la vie, elle a vécu debout et continue de le rester. Tous les sentiments continuent de l’animer, la colère, la révolte ne l’ont pas abandonnée malgré « le glissement » inéluctable. Le ton est alerte, le portrait attachant et le récit rythmé se lit d’une traite !

« Si je reviens avec entêtement aux eaux glauques de mon passé, c’est avec l’espoir de m’y noyer. »

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de Le syndrome de glissement

Thème(s) : Littérature française