'On mange tôt dans les maisons de retraite : les serviteurs ont pris le pas sur les maîtres. Quand vient la marche à la mort, il faudrait donc avancer sa montre ?'   Héléna Marienské

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Angélique Villeneuve




- 5 -



Angélique VILLENEUVE
Nuit de septembre
Grasset
155  pages
14  euros

19-06-2016

 

    Une mère, Angélique Villeneuve, est à terre. Elle est atteinte, son fils, une nuit, dans sa chambre, s’est tué. Vingt ans de bonheur, de partage, pulvérisés en un instant. Les interrogations s’imposent, deviennent omniprésentes sans pour autant nous relater le passé de la famille et les éventuelles raisons de cet acte. Est-il parti accompagné de ces lumineux instants partagés ? Comment continuer sans lui, avec lui, sans créer de chapelle et de mausolée ? Les mots évidemment sont au centre du chemin emprunté par la mère : les entendre, les dire, les accepter, comme ce mot suicide qui siffle comme un serpent jailli d’un taillis ou comme ce mot qui néanmoins n’existe pas en Français qui la désignerait comme « orpheline d’enfant » ou plus simplement comme son prénom tant de fois exprimé sans y prêter attention. Comment vivre avec sa présence permanente malgré son absence définitive ? Pourra-t-elle être autre que la mère d’un suicidé ? Le regard des autres, leur peur, évolueront-ils ? Angélique Villeneuve nous parle avec franchise de son parcours intime dans ce chaos, de l’état de choc qui l’anéantit jusqu’à ces petits instants où la vie la pince et lui envoie de légers flashs de lumière. Pour cela, elle pratique dans ce récit le tutoiement, impliquant évidemment immédiatement le lecteur et établit ainsi un dialogue entre la mère dévastée et l’écrivain voire entre deux mères. On retrouve naturellement la superbe et précise écriture d’Angélique Villeneuve dans ce récit juste, pudique, digne, émouvant, doux et chaud par l’humanité qui s’en dégage, il rejoint le camp des livres qui nous font grandir et nous aident à vivre.

« Lorsqu’un enfant meurt, est-on toujours sa mère, est-ce qu’un enfant perd sa mère en même temps que la vie ? »

« Faudrait-il, de surcroît, se remettre de ce que l’on vit ? »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 4 -



Angélique VILLENEUVE
Les fleurs d'hiver
Phébus
160  pages
15  euros

26-04-2014

 

    Jeanne est une femme du peuple. Elle vit seule avec sa fille Léo, et travaille comme ouvrière fleuriste à son domicile, elle fabrique des fleurs artificielles, superbes, irréelles, si éloignées de la noirceur du quotidien. Métier artisanal qui exige précision, minutie, attention et concentration ce qui ne l’empêche pas de penser à Toussaint son époux. Il aimait la vie, grand, beau, il rayonnait au milieu de ses amis. Et puis, il y eut la grande guerre, il partit, il fut blessé, elle le sut mais il refusa qu'elle vienne le voir. Puis il revint, un jour, sans prévenir. Pourtant c’est un autre homme qui franchit la porte, blessé psychiquement et physiquement, un bandeau lui cachant le visage, le silence l’accompagnant. Mais si Jeanne sait qu’« elle a perdu sa vie d’avant », elle continue d’aimer, de vouloir cet homme, elle est patiente, courageuse et amoureuse, elle pansera chaque blessure avec douceur et attention. Elle et Léo continueront d’espérer de retrouver leur Toussaint (« Toussaint était à elles. ») et qu’il « bascule » à nouveau dans la vie et l’amour pour enfin ne redevenir qu’un. Angélique Villeneuve dans ce court roman (une belle habitude) a trouvé un angle singulier, émouvant et percutant pour évoquer la guerre, le quotidien de femmes simples, leurs vies éprouvantes au cœur de cet épisode tragique mais aussi la douleur de la disparition comme les difficultés du retour. Chaque mot est pesé, l'écriture ciselée, Angélique Villeneuve laisse deviner, ressentir, le ton est sensible sans pourtant jamais dissimuler réalité et vérité, les choses sont dites délicatement, les sentiments éprouvés, même le silence s’entend chez Angélique Villeneuve !

« Il est un creux immense, et Jeanne ignore s’il est possible de l’emplir. Si à eux deux ils en seront capables. »

« La victoire est belle, mais elle aplatit tout, voilà ce qu’elle se dit. La victoire assourdit les douleurs personnelles en en faisant plus qu’une, nationale. Elle n’écoute pas. Et Jeanne veut écouter. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 3 -



Angélique VILLENEUVE
Un territoire
Phébus
15  pages
152  euros

18-12-2011

 

    Un territoire propose le portrait d'une femme à part, isolée. Encore jeune, elle se sait rapidement sourde mais ne peut être appareillée. Elle a toujours vécu dans la maison de son enfance, territoire de cette famille où malgré sa mise à l'écart, enfant, elle parvenait à savourer quelques bons moments notamment avec sa soeur. Peu à peu, son entourage l'ignore, avant pour certains de la brimer ("S'ils faisaient un effort pourtant, les gens, elle les comprenaient assez bien. Mais ils n'en faisaient jamais longtemps. Bientôt, elle n'eut même plus à sourire."). Aucun du Garçon, de la Fille, de la Soeur, de la Mère et du Père n'aura un geste, une attention. Elle occupe maintenant ce territoire accompagnée du Garçon et de la Fille, vie à trois éprouvante qu'elle semble néanmoins accepter. Elle reste attentive et attachée à des choses simples, souvenirs anodins mais si marquants et évocateurs qui l'aident à résister, à rester droite mais aussi à rester prisonnière de ce territoire... Un bel hommage et un portrait douloureux d'une femme différente que son handicap repoussera loin d'une vie familiale apaisée et à qui personne ne saura accorder attention et amour.

"Elle n'est pas complètement sourde, seulement un peu. Et pas débile, comme ici, au village, chacun se l'imagine, à cause, au début, des sourires à contretemps, des yeux roulants quand la voix des autres s'engluait, des oui, des d'accord, des ah bon lâchés au hasard, pour faire plaisir, pour ne pas s'enfuir. Mais rapidement et malgré sa bonne volonté, ceux du village se sont fait leur idée."


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Thème(s) : Littérature française

 


- 2 -



Angélique VILLENEUVE
A la recherche du paon perdu
Les Grandes Personnes
189  pages
14  euros

16-03-2011

 

    Mollux est un gamin de douze ans, presque comme les autres, bavard (ou plutôt "loquace" comme il aime à se définir), amoureux des dictionnaires et de la mousse au chocolat même industrielle, il a cependant une imagination débordante. Son entourage proche, ses profs, enfin tout ce qui bouge autour de lui est affublé d’un surnom ou autre sobriquet toujours plus imagé que le précédent ! La famille foldingue au grand complet ! La mère, dite l’Outarde experte en innovations culinaires, la petite sœur Cocotte, le chat Soupechaude et enfin le père Sauf2fois puisqu’il ne lui a adressé la parole qu’à deux reprises. Lorsque Mollux surprend dans le salon en pleine nuit son père en compagnie d’un paon aussi beau que menaçant, il s’interroge. Et quand le lendemain, les deux compères ont disparu, Mollux épaulé par son inséparable ami Procopé, se lance dans une enquête aussi périlleuse que loufoque. Vous assisterez alors, hilare, à sa mue en Supermollux ! Une enquête menée tambour battant par des ados audacieux et surtout désopilants. Un texte joyeux, cocasse, foisonnant de trouvailles, imaginatif qui se partagera entre parents et ados comme un bon et riche repas ! A déguster sans aucune modération !

Article paru dans la revue Page


Thème(s) : Jeunesse

 


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Angélique VILLENEUVE
Grand paradis
Phébus
171  pages
16  euros

18-08-2010

 

    Dominique, la cinquantaine, est fleuriste à Rochefort. Séparée de son mari, elle vit seule. Sa sœur frise la folie depuis de nombreuses années, son père s’est envolé de longue date et sa mère est décédée figée dans son amour pour cet homme qui semblait l’ignorer. Dominique s’est créée une vie en marge, loin des humains, plus proche de la nature et sa beauté, tel son site favori, le Grand paradis. Son quotidien sera bouleversé par une photo familiale représentant un portrait étrange d’une aïeule, Léontine. Le portrait est signé d’un collaborateur du professeur Charcot à la Salpétrière. Dominique part sur ses traces, dans les pas de l’hystérie, et son enquête la mène dans les archives de l’hôpital en chasse de Léontine mais cette traque lui révèlera également beaucoup sur sa famille et sur elle-même. Un roman douloureux où la différence de l’héroïne sera l’un des moteurs de son enquête qui lui apprendra qui elle est et lui procurera une certaine forme d’apaisement.

"Grand Paradis, la vie minuscule des branches dans la haie, Grand Paradis, la lumière bourdonnante des mouches qui calment les pleurs, Grand Paradis, le silence loin des humains."


Thème(s) : Littérature française

 


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