'Pour eux, j’ai peur. Je sais pas, ils rêvent, tu comprends c’que je veux dire ? Ça pardonne pas ! Un jour ou l’autre, tu payes tous les trucs que t’as volés en les imaginant…'   Kaoutar Harchi

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Yannick Haenel




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Yannick HAENEL
Les Renards pâles
Gallimard
178  pages
16.9  euros

07-11-2013

 

     Jean Deichel, la quarantaine, vit encore dans son appartement. Pas de travail, pas de volonté et sentiment politiques (« la politique mange les corps qui ont encore la faiblesse d’y croire »), pas d’opinion semble-t-il, il vit seul (« … peut-être n’avais-je pas besoin de faire croire aux autres que j’étais vivant. ») sans existence politique. En effet, quoi de plus beau que de s’asseoir devant sa fenêtre et dialoguer avec le soleil. Mais sa propriétaire a peu à voir avec la poésie ! Dehors, Monsieur Deichel ! Il récupère quelques affaires et s’installe dans son seul bien, sa voiture enfouie sous des pétales de cerisiers avec ses deux compagnons, Godot et son papyrus. L’homme n’est pas révolté, a quitté délibérément le monde du travail et profite de tous les instants et des quelques rencontres au cours de ses errances. Distrait, il vit presque sereinement et paisiblement dans « l’intervalle » malgré sa plongée effective dans la pauvreté et sa disparition sociale. Pourtant, depuis l’intervalle, tout reste possible : « Le monde n’est pas complètement asservi. Nous ne sommes pas encore vaincus. Il reste un intervalle, et, depuis cet intervalle, tout est possible. ». Il se réveille peu à peu à la lecture de mots, de slogans tagués sur les murs qu’il rencontre au hasard de ses flâneries. Il sera happé par une envie, un courant politique. Sa solitude (je) rejoint une communauté (nous) qui décide de prendre, d’occuper sa place et le chemin de la guerre. Il rejoint les sans-papiers et les autres, les Maliens et les autres, les Dogons et les autres ; ils s’arment de masques sacrés ou non et vont défier, fiers, ensemble, les fleurons de notre société. Les renards pâles apatrides et sans identité sont en marche, défient l’autorité et sa violence mais leurs cris seront-ils assez puissants pour vous réveiller ? Esthétique uppercut rageur et poétique !

« …je découvrais que la solitude est politique. »

« On ne fait parfois que subir ce que l’on croit désirer. »

« La solitude est un pays qui brûle. »

« … l’œil braqué en permanence sur nos gestes nous rappelle qu’à chaque instant nous sommes virtuellement fautifs. »

« … personne, pas même le plus enragé des révolutionnaires, ne peut aller aussi loin que la République française. »


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Thème(s) : Littérature française

 


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