'Mais nous ne voyons des autres que ce qu’ils nous montrent. Chacun de nous existe dans sa propre tête et dans son cœur, les seuls lieux où nous apparaissons tels que nous sommes, sans promesses et sans fard'   Maria Ernestam

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Stéphanie Chaillou




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Stéphanie CHAILLOU
L'homme incertain
Alma
166  pages
16  euros

03-03-2019

 

    C’est l’homme qui parle, se confie enfin. Ses enfants le questionnent, réveillent ses souvenirs et le sortent du silence. Tout jeune, son projet était établi, une ferme, une famille, du travail et de l’amour, construire, créer, exploiter. C’était simple, ça serait comme ça. Il a tout fait pour. Toujours. Le bonheur est passé par là, les enfants dansent en chantant des comptines. Instant fugace. La vie, l’extérieur, les ont rattrapés, empêchés, le réel s’est imposé. Années 70, la PAC se met en place avec quelques dégâts collatéraux comme certains ont l’habitude de le dire. Il n’a pas compris (« Je ne sais pas si c’est toujours après que l’on sait, que l’on peut savoir. »), il faisait partie de ceux qui allaient rester au bord du chemin, faillite, plus de choix, tout arrêter, « Il me semble que j’étais mort. Et que c’est pour ça que j’ai pu continuer. », se retrouver hors du monde, tenter de tout recommencer mais rester droit. Laisser le temps passer pour pouvoir se retourner, en parler. Le style prend une grande place dans ce portrait émouvant d’un homme seul, contraint et étouffé par le monde extérieur, il est percutant, travaillé, rythmé, accompagne parfois le sens, ou se place en opposition. L’intime rejoint brillamment l’universel dans ce premier roman bouleversant et inoubliable.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


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Stéphanie CHAILLOU
Le bruit du monde
Noir sur Blanc
166  pages
14  euros

18-03-2018

 

    Marie-Hélène Coulanges grandit à Brigneau, un hameau de la campagne française, lieu perdu au milieu de la nature où la pauvreté est la règle : une pauvreté qui vous marque bien avant votre naissance et à jamais, une blessure qui restera toujours ouverte, impossible à oublier. Les enfants grandissent, forgent leur personnalité dans cet environnement, sans livres, sans sorties, sans chants, la candeur disparaît vite (« … il y a en elle une dureté infaillible à l’égard de ce que la pauvreté enlève aux enfants. »). La course vers la vie est en effet pipée à l’évidence, les gagnants sont identifiés dès le plus jeune âge... Dans la honte (« Marilène a honte de tout et d’elle-même. Elle ne sait pas pourquoi. ») et face au mépris des autres, il faut s’endurcir pour accepter de vivre à côté, dans un autre monde : la frontière est en effet immédiatement marquée et évidente, la franchir sera pour beaucoup un Everest. Marilène suivra le chemin des études qui finalement mettront aussi en évidence sa différence, « son retard », son refus d’accepter les injustices et la pauvreté et peut-être son incapacité à vivre dans le monde, « une vie qui ne produit rien de plus que de la fatigue et du sommeil. ». Un style épuré, des phrases courtes, directes, un narrateur qui prend du recul et de la hauteur en décrivant froidement, sans parti pris ni jugement, la lutte de Marilène, en espérant que sa quête de liberté ne reste pas vaine et que les mots et l’écriture lui ouvriront d’autres portes…

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Thème(s) : Littérature française

 


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Stéphanie CHAILLOU
Alice ou le choix des armes
Alma
140  pages
16  euros

12-10-2016

 

    Samuel Tison est mort. Assassiné. Il a été retrouvé sous le pont Garibaldi. Il travaillait depuis 1999 chez Luxacor et était devenu chef de service. C’est lui qui avait recruté Alice Delcourt puis choisi de travailler avec elle. Rapidement soupçonnée, le lecteur suit son interrogatoire qui met à jour le harcèlement moral évident de Tison. Alice a été niée, effacée, s’est retrouvée derrière. Il y avait un ordre à respecter (« …Comme s’ils n’étaient pas vraiment des hommes. Pas des hommes et des femmes comme eux, ceux qui les recevaient. ») et elle l’avait fait. En silence. Sans jamais dire non, « sensation d’immense solitude, de perte de soi. », étouffée sous l’oppression constante. Alors elle raconte, elle explique, elle témoigne, peut-être pour « pouvoir comprendre comment une personne peut un jour désirer en détruire une autre… Comment une personne peut avec tout ça, grâce à tout ça, orchestrer une destruction, désirer mettre en œuvre une destruction. » Avec un ton sec, cassant, incisif, un rythme rapide et des répétitions, Stéphanie Chaillou réussit parfaitement à faire ressentir l’oppression, la tension permanente de ce personnel nié, ignoré, bafoué. Elle n’oublie pas de souligner les doutes, et la culpabilité de ces salariés devant leur impuissance à se lever et dire non pour rester vivant, mais Alice en choisissant de parler n’a-t-elle pas marqué son retour parmi les Hommes ?

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Thème(s) : Littérature française

 


Nouvelle consultation des comptes-rendus de lecture