'Les enfants commencent par aimer leurs parents ; devenus grands ils les jugent ; quelquefois ils leur pardonnent.'   Oscar Wilde

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Violaine Bérot




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Violaine BÉROT
Comme des bêtes
Buchet Chastel
148  pages
14  euros

03-05-2021

 

    Ils sont venus témoigner un à un, subir un interrogatoire, parler de l’Ours, donner leurs impressions parfois leur jugement. Il vient d'être arrêté, c’était un gamin différent, sans père, alors, c’est la tradition dans la vallée, on l’a surnommé l’Ours. Ce surnom lui allait comme un gant, tant il était grand, trapu, costaud, silencieux, grognant parfois. Souffre douleur de la cour d’école, il suscitait autant l’attirance que la répulsion dans cette vallée où certains se retirent, sans se cacher, juste à la marge, vivant de pas grand-chose, continuant d’être surnommés les hippies, pour oublier leur passé, leurs origines dans cette terre vierge, peut-être « terre d’expérimentation » d’une autre société, d’autres relations humaines et avec la terre. L’antre de l’Ours était encore plus isolé, au fin fond de cette vallée, sur les hauteurs, là où personne ne passe. Il y vivait avec Mariette, sa mère, une louve protectrice, dévouée et aimante. L’Ours, sorte d'enfant sauvage, passait beaucoup de temps dans la nature, éprouvant son don de soigner et celui mystérieux de détecter le mal chez ces animaux, et alors il devenait agneau, doux et protecteur. Son repaire était une grotte partagée avec les fées observant les déviances des hommes et protégeant les enfants. La cohabitation avec le village et les autres habitants de la vallée suivait son cours, « mais les brav’s gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux », alors le jour où un évènement singulier se produit, les véritables sentiments, peurs et haines jaillissent et lorsque l’Ours sera découvert avec une petite fille inconnue, venue de nulle part (l’Ours est-il le père ? L’a-t-il enlevée ? Mariette serait-elle la mère ?...) vivant dans la grotte de l’Ours et des fées, la bonne société se doit d'agir, sa mère et lui l’éprouveront violemment et douloureusement. Ce texte sous forme d’une suite de témoignages entrecoupés de poèmes féeriques implique nécessairement le lecteur qui se crispe page à page sentant aux travers des témoignages le mécanisme froid et inhumain de la machine à exclure et à juger ceux qui sont pas dans la norme. Il tremblera jusqu'à la fin redoutant la catastrophe finale. Violaine Bérot complète brillamment sa description précise et directe de la violence des relations humaines par un opus ou conte aussi beau que brutal.

Ecouter la lecture de la première page de "Comme des bêtes"   

Thème(s) : Littérature française

 


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Violaine BÉROT
Nue, sous la lune
Buchet-Chastel
120  pages
12  euros

13-02-2017

 

    La narratrice est une jeune sculptrice à l’avenir rayonnant quand elle se rend chez un sculpteur plus âgé, un grand artiste. Elle va rester, l’aimer au-dessus de tout, au-dessus de sa vie elle-même. Il deviendra le Maître, elle sera là, il ne la verra pas, « Tu étais celui qui détenait le savoir et moi j’exécutais, c’était aussi simple que cela. ». Jour après jour, il se nourrit d’elle alors qu’elle disparaît progressivement. Il l’utilise au même titre qu’un outil de sculpture. L’œuvre de destruction est en marche, le couple s’établit entre soumission et violence autant psychique que physique à l’insu des visiteurs. L’emprise est totale, elle sait qu’elle doit partir, mais elle reste malgré la peur qui l’étreint (« J’ai peur et je ne sais même pas de quoi. »), et quand elle part enfin, à notre grand désarroi, elle reviendra, « Pour ton sourire, je sais que je pourrais me damner à nouveau. » Le lecteur, tendu, attend le hurlement libérateur qui lui apportera une respiration et la délivrera enfin de cet étouffement. Un roman aussi court qu’intense de souffrance, l’amour peut être aussi douloureux que dangereux !

Ecouter la lecture de la première page de "Nue, sous la lune"   

Thème(s) : Littérature française

 


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Violaine BÉROT
Des mots jamais dits
Buchet-Chastel
188  pages
14  euros

18-08-2015

 

    Dès la première phrase, le ton de ce conte est donné : « Il était une fois une vilaine petite fille qui venait de naître. L’histoire commence là. ». Aucun membre de la famille n’est nommé, chacune et chacun portent son rang, la petite fille deviendra successivement la fillette, la fille puis l’aînée. Elle est née de l’amour de deux personnes, un amour total, exclusif (« L’amour entre eux est déraisonnable, vertigineux, enragé.). Elle fut donc immédiatement l’intruse dans cette relation. La mère et le père, malgré leurs nombreux enfants, ne vivent que l’un pour l’autre (« Le père ne regarde que la mère. »), et c’est donc l’aînée qui prendra tout ce petit monde en charge. Cela se fait simplement, naturellement, sans que la fille ne soit surprise voire révoltée par son rôle (« Elle s’est habituée depuis toujours, à coup de volonté, de certitudes, à tout maîtriser de son corps et de ses émotions. »). Elle n’aura ainsi pas le temps de l’enfance, de l’insouciance, de l’adolescence, pas le temps de grandir et de se construire, de rêver, adulte et responsable, elle le sera dès son plus jeune âge et portera sans cris, sans mots, le quotidien de cette famille. Par son style et sa construction, Violaine Bérot implique immédiatement le lecteur dans ce conte douloureux et émouvant.

Ecouter la lecture de la première page de "Des mots jamais dits"   

Thème(s) : Littérature française

 


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