« … toute société en dégénérescence est obnubilée par la surveillance et la peur. »
Violaine Bérot

Les comptes-rendus-avis de lecture de la librairie Vaux Livres

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Romans traduits par Lise Caillat

Giulio CAVALLI

L'ultime testament
L'Observatoire

4 | 271 pages | 20-08-2023 | 21€

en stock

DF est un pays où toute singularité a disparu. L’égalité s’est muée en uniformité (« ... tout ce qui n’était pas commun, était interdit et la beauté est une sorcière qui t’égare dans la forêt... la beauté était interdite à DF... »), plus d’émotion (un vaccin l’assure), plus de sentiments, plus de couleurs, la culture disparaît, seul le sport reste, les personnalités s’effacent et rentrent dans le moule avec obéissance. La société est sous contrôle (« ... un gouvernement serein qui pouvait se permettre de tout décider, même la forme et l’épaisseur des pensées... »), l’humain est sous contrôle et manipulé médicalement, le mensonge et l’hypocrisie règnent, la peur produit ses effets, peur de perdre son petit confort, sa tranquillité, l’engourdissement est généralisé, éviter les soucis pour le train train d’une vie grise sans poser de questions. Andrea Bussoli est le président, le quatrième de sa famille. Le pouvoir est en effet accaparé par une caste et se transmet de père en fils. Quelques résistants dans la clandestinité restent isolés, la lutte est périlleuse, les gains minimes et les évènements organisés par le pouvoir annihilent chaque petite victoire. Un roman d’anticipation angoissant, qui fait froid dans le dos, un avenir tragique annoncé par quelques signes avant-gardistes mais aussi par le passé.

« ... mais les élections ne sont pas nécessaires dans un pays où le sentiment de liberté n’existe pas, où l’inhibition sentimentale n’existe pas, où les besoins n’existent pas. »

« Vous voulez raconter une histoire à des gens qui ne comprennent pas votre langue. »

« On ne livre pas des batailles en fonction des probabilités de victoire, on livre des batailles parce qu’elles sont justes. »

« ... ils attendraient donc, qu’on s’occupe de sa sécurité et de la sécurité de tous mais d’abord de la sienne, de laisser ramper le désespoir, laissons monter le désespoir, à la fin nous mangerons l’espoir et les terroristes avec, les gens ont une foutue peur de se sentir bien quand pendant des années ils n’ont rien senti, ils confondent pour la plupart le calme et le néant, ainsi on s’y retrouve. »

Ecouter la lecture de la première page de "L'ultime testament"

Fiche #3078
Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Lise Caillat


Alessio FORGIONE

Crier son nom
Denoël

3 | 250 pages | 01-08-2022 | 21€

A Soccavo, un quartier pauvre et violent de Naples, à la fin des années 90, une bande de gamins-ados entre deux joints jouent au foot. Certains fréquentent encore l’école et à part le foot, restent souvent désœuvrés. Sur le terrain, on l’appelle Marocco, et il est le meilleur contrairement à l’école, où il est un cancre. Il rêve de foot avec son père, sa mère les a laissés seuls il y a plusieurs années et cela reste une vraie souffrance. Son père l’aime, même s’il a parfois la main dure, et tente de lui inculquer les valeurs dans lesquelles il se reconnaît, mais le quotidien, le quartier... Il lui a promis un scooter, mais cela reste une promesse... Le gamin décide de trouver l’argent nécessaire par ses propres moyens aidé par son pote Lunno. Et où se trouve l’argent facile à Soccavo ? La seule vraie lumière dans la vie de Marocco sera sa rencontre avec Serena, elle seule semble pouvoir le sauver d’un futur déjà écrit, un premier amour fulgurant et peut-être salvateur. Un portrait émouvant d’une bande de gamins nés au mauvais endroit avec un destin social tout tracé, si l’école ne sauvera pas Marocco, espérons que Serena le pourra !

« On vivait et tout à coup, sans raison, on mourait. Les choses se brisaient sans que personne les ait touchées. »

« Elle ne comprenait pas le fait qu’aimer quelqu’un est un malheur, parce qu’on se met entre ses mains et on devient comme les nuages : de petites formes délicates et faciles à détruire. »

« Parce que nous sommes juste des choses qui roulent dans une pente et qui tôt ou tard s’arrêteront. »

Ecouter la lecture de la première page de "Crier son nom"

Fiche #2883
Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Lise Caillat


Andrea DONAERA

Je suis la bête
Cambourakis

2 | 216 pages | 28-05-2020 | 20€

Domenico Trevi, dit Mimi, est à la tête de la Sacra, dans les Pouilles, une organisation mafieuse violente, cruelle et prête à tout pour conserver son pouvoir, accroître sa richesse et sa domination. Alors il sait que la vie n’a que peu de valeur et la mort fait partie de son quotidien (« Les morts méritent le respect. Toujours. ») ; Mimi et ses hommes dévoués et obéissants ne comptent plus les cadavres qu’ils laissent derrière eux… Cette fois, c’est différent, Mimi est touché dans sa chair, son fils Michele de quinze ans est mort, il s’est suicidé. Mais il faut bien faire payer à quelqu’un ce drame : ce sera Nicole à qui Michele offrait ses poèmes et qu’elle a éconduit avec mépris et moquerie. Qui pourrait sauver la Belle de la Bête ? Au cœur de ce drame, de cette vengeance, de cette violence bestiale et de cette organisation mafieuse, Andrea Donaera donne la parole aux différents acteurs, variant les points de vue, les sentiments entre l’amour et la haine, la bestialité et l’humanité. Son style entêtant renforce la puissance et la tension de la trame, variations de rythme, scansions, musicalité, répétitions, courts dialogues nous entraînent dans une ronde dangereuse, une danse du feu brûlante et obsédante au goût amer de sang. Une très belle découverte.

Premier roman

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Fiche #2544
Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Lise Caillat


Mirko SABATINO

L'été meurt jeune
Denoël

1 | 280 pages | 06-08-2019 | 19.9€

en stock

« L’été meurt jeune » est la chronique d’un village des Pouilles au début des années 60. Au centre du récit, trois gamins de douze ans, Primo (le narrateur), Mimmo et Damiano, trois petits gars différents mais amis absolus et inséparables. La ville est calme, peu d’activités, tout le monde se connaît et tout le monde s’épie. Ils partagent leur vie de tous les instants, à l’école, en dehors, dans leur famille. Un jour, un groupe de gamins les agresse plus violemment qu’à l’habitude et ils décident de réagir, fondent un pacte à trois et décident que dès que l’un d’eux sera dans la difficulté, le clan réagira dans son unité, toujours à trois, et l’aidera. Ils ne font plus qu’un mais sans le savoir, c’est le début de la fin de leur enfance et de leur adolescence. Le clan devra œuvrer trois fois, une fois pour chacun d’eux, et à chaque fois, la violence deviendra plus prégnante et indispensable à leurs yeux. Ils sauront rester unis malgré les hésitations de l’un ou l’autre et découvriront à leur dépens que « ... certaines blessures ne cicatrisent pas, restent ouvertes à vie. ». Une bouleversante histoire d’amitié entre trois gamins que les histoires et les dérives d’adultes viendront anéantir dans un désespoir partagé, un vrai Pagnol qui finit en roman noir absolu !

Premier roman

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Fiche #2388
Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Lise Caillat