'A partir de quel âge vit-on par procuration ou à travers ses souvenirs au lieu de vivre tout court ?'   Myriam Bellecour

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Laurent Seyer




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Laurent SEYER
Ne plus jamais marcher seuls
Finitude
200  pages
17  euros

28-03-2020

 

    Naomi Strauss est l’archétype de la Parisienne, trentenaire, bobo de gauche, prête à s’engager depuis le boulevard Saint-Germain pour toutes les causes humanistes, écologiques, progressistes comme on dit habituellement. Elle est journaliste dans un hebdo plutôt à gauche qui propose une rubrique dressant le portrait de personnes représentant des courants de pensée opposés à la ligne du journal. Le journaliste de cette rubrique absent, elle se porte volontaire pour un séjour en Angleterre pour rencontrer un pro-Brexit. Elle se réjouit de ce séjour, cela fait tellement longtemps qu’elle n’a pas revu Londres. Raté ! Ce sera Liverpool et ses quartiers pauvres ! Ce sera Nick Doyles, un chauffeur de taxi, supporter naturellement des Reds, buveur de bière, pro-Brexit et anti-immigration. Un autre monde ! Pourra-t-elle comprendre cet homme ? Envisager ses motivations ? Découvrir son histoire, son quotidien ? Alors qu’un feu dévaste un immeuble dans Liverpool et que les attentats frappent Paris, Naomi découvrira derrière ses choix politiques qu’elle juge erronés et archaïques, qu’il y a des hommes, des humains avec de vrais sentiments, leurs convictions et leurs contradictions. Mais, ne rêvons pas, ces deux mondes peuvent parfois, suite à un concours de circonstance, se croiser, et même parfois se comprendre le temps de cette rencontre ou d’un évènement particulier, ils n’en resteront pas moins deux mondes bien distincts, avec ceux qui restent persuadés de savoir, de représenter le monde d’aujourd’hui et de demain, qui conserveront leur mépris et les autres, ceux qu’ils jugent dépassés, rétrogrades, sans avenir et surtout abrutis ! Les évènements d’aujourd’hui (Coronavirus) feront peut-être douter et réfléchir les premiers au moins quelques secondes, mais rien n’est moins sûr ! Laurent Seyer nous propose un deuxième roman percutant avec ce face-à-face singulier entre deux mondes à nouveau sur fond de football. Les aspects humains, sociaux, politiques sont traités avec réalisme et parfois humour, les personnages crédibles et représentatifs, l'amour absolu des Reds parfaitement rendu. Un seul défaut, une extrême jalousie envers Naomi qui s’assoira malgré elle sur les gradins des Reds, un rêve, « You'll never walk alone » !

« Elle en avait pour plus de six cents euros de fringue sur elle, achetées dans les boutiques à la mode du boulevard Saint-Germain et ce plouc sapé comme un ado des années quatre-vingts trouvait qu’il lui manquait une écharpe de Liverpool pour être présentable ! »

« D’aucuns disent que le football est une question de vie ou de mort, mais c’est en fait beaucoup plus important que cela. »


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Thème(s) : Littérature française

 


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Laurent SEYER
Les poteaux étaient carrés
Finitude
137  pages
15  euros

07-08-2018

 

    Le 12 mai 1976 sera un grand jour pour Nicolas Laroche, le premier, le dernier. A treize ans et demi, il s’apprête à vivre sa première finale de coupe d’Europe, de football naturellement, Saint-Etienne affrontant le tenant du titre, le Bayern de Munich dans l’Hampden Park de Glasgow. Adolescent passionné de foot, il nous raconte en parallèle l’avant-match, sa vie, ses copains, le collège (« D'ailleurs, je déteste être adolescent. Je n'aime pas ce temps où tout nous semble définitif alors que tout est transitoire.). Sa préparation du match est perturbée, quelques mois avant le jour J, sa mère quitte la maison, ses parents divorcent. Mais avant la rencontre, son père a déjà trouvé une remplaçante accompagnée d’une chose s’annonçant être son fils : « Maman est partie et papa l’a remplacée par Virginie, un peu plus tard. Moi je l’ai remplacée le jour même par une équipe de football. » Même si l’ASSE prend une grande place dans ses pensées, un questionnement récurrent revient concernant ses parents, leur rupture, le départ de sa mère, l’amour de son père. Il vacille et seuls les Verts le maintiennent en état de continuer à jouer ! Alors lorsqu’il s’installe avec son père, sa nouvelle femme et son fils (quelle tristesse de regarder avec ces ignares, et oui, regarder un match de football, c’est aussi une histoire de partage et d’amitiés), il est tendu, très tendu. La victoire doit être au bout, sinon comment supporter de vivre toute son existence en vaincu, à se poser sempiternellement les mêmes questions sans réponse, pourquoi cette défaite ? pourquoi ces maudits poteaux étaient-ils carrés ? ... Joli et émouvant portrait d’un adolescent sensible et toujours dans l'absolu, bouleversé sans avoir pu en parler par la séparation de ses parents et adulant (hélas peut-être) une équipe de football devenue mythe.

Premier roman

« C’est cela que j’aime le plus dans le football : se diluer dans une foule qui vibre à l’unisson et se laisser emporter par ses mouvements démesurés. Ouvrir la bouche pour crier et sentir les gradins vibrer sous la clameur démultipliée. Se dresser en levant les bras au ciel et voir la vague soulever une écume de milliers de mains tendues. Je suis entré en football comme on entre en religion, le jour où pour la première fois j’ai été secoué par cette jouissance éphémère de se sentir tout-puissant en disparaissant dans la houle d’une foule. C’est cette émotion que depuis j’aime ressentir au stade, ce moment océanique où l’on ne se laisse pas simplement emporter par la vague, mais où l’on devient la vague. »

« Finalement, c’est toujours la même histoire lorsqu’il s’agit de la foi, ce n’est qu’à la fin que l’on sait si on a eu raison d’y croire ou pas. »


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Thème(s) : Littérature française

 


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