'Pour moi, l'anarchisme c'est une certaine fraternité (encore que le mot soit assez grand !), c'est une certaine, je ne sais plus qui disait cela, volonté de noblesse.'   Georges Brassens

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Les Allusifs




- 5 -



Dag SOLSTAD
Honte et dignité
Les Allusifs
184  pages
16  euros

22-08-2008

 

    «Honte et dignité» est le premier roman traduit de Dag Solstad, écrivain régulièrement primé en Norvège. Il nous livre les réflexions sous forme d’un long monologue d’un professeur de norvégien qui pour la vingt cinquième année présente Le canard sauvage d’Ibsen aux élèves préparant le baccalauréat. Son auditoire comme chaque année est amorphe, somnolent voire hostile. Il se souvient qu’il en était de même lorsqu’il était élève, mais Ibsen et le canard sauvage sont essentiels pour le patrimoine culturel norvégien, n’est-ce pas ! Pourtant, cette année, comme une illumination (ou peut-être est-ce dû au verre de plus bu la veille au soir…), il semble enfin avoir trouvé une clé du texte, une explication originale, à la présence dans la pièce d’un personnage secondaire ainsi qu’à ses répliques. Hélas son auditoire reste indifférent, frustré il perd tout contrôle. A défaut de répondre aux élèves, il s’en prend violemment à ... son parapluie et le ridicule l’incite à quitter le lycée dont il se sent irrémédiablement exclu. Chute brutale et définitive. Lui, alors désespéré, qui a toujours regardé en spectateur sa propre vie et qui n’a plus personne avec qui vraiment débattre (les discussions abordant exclusivement des sujets futiles) nous livre sa vie à partir de ses années estudiantines, sa rencontre avec le brillant Johan Corneliussen, sa première rencontre avec l’éblouissante Eva Linde puis son mariage et sa vie de couple, sa peur concernant le devenir de sa femme. Mais l’intérêt de ce récit réside aussi dans les réflexions du narrateur qui l’accompagne grâce auxquelles il réussit enfin mais peut-être tardivement à analyser son existence.

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 4 -



David DESCAMPS
L'apéritif des faibles
Les Allusifs
101  pages
13  euros

02-04-2008

 

    Le narrateur originaire des Flandres vit à Marseille. Il reçoit un jour un courrier de la mère de son ancien ami Dino qui vient de se suicider la veille de ses trente ans. Comme Dino l’a souhaité, elle le prie de venir mettre un peu d’ordre dans les notes de son fils. Retour sur une jeunesse perdue, une jeunesse masculine festive, libre, jouissive, dépendante à l’alcool, aux filles et aux drogues. En découvrant page après page le contenu des carnets de Dino, le narrateur retrouve sa jeunesse passée, son histoire, son identité acceptée ou non. Il revient sans complaisance mais avec chaleur, sans idéaliser le défunt mais avec mélancolie, sur cette amitié pesante qui unit les deux jeunes hommes. Amis et pourtant si différents. Le passé d’une jeunesse folle croquant à pleines dents la vie (« Il s’était parfait et fatigué ») et un présent morne et triste s’entremêlent chapitre après chapitre. Peu à peu, ce retour sur le passé et l’environnement se referment sur le narrateur jusqu’à l’étouffer (« Tomber malade de la tête est tout de même, je le sais, la chose la plus facile qui soit dans cette affreuse Flandres ») et seul un retour définitif vers la lumière du sud le sauvera. Un beau texte pas du tout larmoyant sur la mort, l’amitié et l’insouciance.

« … la vie n’est qu’un apéritif, on en reste toujours à l’apéritif des choses et la mort arrive »

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 3 -



Knud ROMER
Cochon d'allemand
Les Allusifs
183  pages
16  euros

17-07-2007

 

    Knud né en 1960 d’un père danois et d’une mère allemande nous raconte l’histoire de sa famille, une famille pour laquelle l’héritage de la seconde guerre mondiale sera très lourd. Sa mère a une vie heureuse à Berlin où elle suit ses études lorsque la montée du nazisme la pousse à un exil forcé au Danemark (« …avant que les nazis ne mettent fin à sa vie. ») et dès lors, la mort ne la quittera plus. Knud montre le mépris, la haine et les humiliations que les Danois font subir à ce couple mixte (allemande-danois). Unis par leur amour face à l'extérieur et replier sur eux-mêmes, Knud sera aussi mis à l’écart du couple malgré les sévices qu’il subit également à l’école notamment. Ses parents ne l’aideront pas à s’intégrer. Il ne pourra se protéger seul et restera le petit « boche », souffre-douleur des autres enfants. Les parents s’accommodent de la situation, même si on a l’impression qu’ils vivent à côté d’eux-mêmes, comme des zombies. Quant au petit, il vit dans la peur et l’horreur et restera marqué à jamais par ce quotidien. Devant cette haine constante, il croira même (à tort) que sa mère fut nazie. La seule personne dont il se sent proche est son oncle Helmut lui aussi marqué par la guerre puisque parti à 17 ans sur le front russe (« A l’âge de dix-sept ans, il avait été envoyé sur le front de l’est : il devait marcher sur Stalingrad ; deux millions de morts plus tard, après avoir retraversé en sens inverse l’hiver russe, il revint, trois orteils et l’entendement en moins… et même s’il réussit à revenir vivant au pays, il ne réussit jamais à revenir à lui-même. »). La vie de cette famille montre comment la guerre multiplie les victimes co-latérales comme on dit maintenant : sans l’avoir vécue, Knud en est aussi victime à travers la vie de ses grands-parents et de ses parents qui ne sont jamais réellement revenus de cette guerre. Réquisitoire contre la guerre, ce texte en démontre aussi sa puissance et on a même parfois l’impression que comme une bête blessée, elle est encore là, à l’affût, jamais achevée et toujours prête à se déclencher.

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 2 -



Dominique KOPP
L'ordre des choses
Les Allusifs
68  pages
10  euros

30-12-2005

 

    Premier roman de Dominique Kopp qui publiait jusqu'à maintenant pour la jeunesse. Raymond vit à la campagne sous la coupe de sa mère omniprésente, autoritaire et toute puissante. N'osant lui tenir tête, les jours passent les uns après les autres sans éclat. Il pense avoir trouver le remède en achetant en cachette une femme à des passeurs. L'arrivée de cette femme espère-t-il lui permettra notamment d'amoindrir l'autorité maternelle. Hélas, premier désagrément, la femme descend du bus accompagnée. En réalité, elle est doublement accompagnée puisque le drame qu'elle a vécu dans son pays d'origine ne la quitte pas. Raymond ne saura pas sortir de son rôle d'acheteur et n'adoptera pas les deux compagnons de Ileana. Lentement, avec délicatesse, Dominique Kopp nous dévoilera le drame d'Ileana et nouera celui qui anéantira la ferme de Raymond.
Une écriture toute en nuance pour une histoire dramatique.

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 1 -



Pan BOUYOUCAS
L'homme qui voulait boire la mer
Les Allusifs
220  pages
15  euros

30-12-2005

 

    Lukas, Grec émigré restaurateur à Montréal (son restaurant se dénomme Thalassa), voit dans ses rêves Zéphira fantasme de sa jeunesse mais décédée. Il l'a abandonnée trois fois et la dernière rencontre réelle date de quarante ans au bord d'une plage. Alors adolescent, son père avait interrompu leur rencontre et par lâcheté, il l'avait suivi. Cette culpabilité va le hanter après ce rêve et il décide d'avaler un somnifère pour aller à la rencontre de Zéphira et obtenir son pardon : Lukas croit en effet que les morts communiquent avec les vivants par le truchement du rêve. Dans le coma, s'en suit une épopée rêvée et flamboyante. Culpabilité, pardon et retour sur soi de l'homme d'âge mûr forment donc le fil conducteur du roman.

"Il y a le monde des vivants d'un côté, le monde des morts de l'autre, et la nuit ces deux univers se rencontrent sur ce pont qu'est l'imaginaire du dormeur."

Thème(s) : Littérature étrangère

 


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