« Si on n’attend rien de la vie, disait-il, le peu qu’on a c’est déjà de l’abondance. »
Valter Hugo Mãe

Les comptes-rendus-avis de lecture de la librairie Vaux Livres

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Franck MIGNOT

Mollesse
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9 | 138 pages | 19-03-2023 | 17€

Le narrateur est Monsieur Tout le Monde, il est venu s'installer avec sa famille en province, non loin de la mer : 3 enfants, une femme qui s’est éloignée comme le covid, discrètement. Une vie assez banale et un homme qui la regarde, ordinaire, sans aspérité et semble presque s’en satisfaire si ce n’est quelques fantasmes qui viennent l’égayer. La première partie du récit est à l’image de cette vie : tranquille, banale, lente. Puis une rencontre, la rencontre et tout bascule, tout s’accélère, même le récit. L’adultère, un coït inattendu et rapide et tout devient insaisissable, sans maîtrise, le piège se referme sur tous les protagonistes avec un poids et une angoisse permanents. Une descente aux enfers de Monsieur Tout le Monde, un premier roman explosif !

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de "Mollesse"

Fiche #2992
Thème(s) : Littérature française


Marie DARRIEUSSECQ

La mer à l'envers
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8 | 250 pages | 10-08-2019 | 18.5€

Rose et ses deux enfants changent temporairement d’environnement, une pause dans un quotidien peut-être répétitif. Elle abandonne quelques temps le centre médico-psycho-pédagogiques et ses patients : elle s’est fait payer une croisière pour noël, la Méditerranée, le repos, les animations, la fête, quelques escales et visites touristiques ou historiques, « une excursion hors de sa vie ». Une ville luxueuse embarquée avec éventuellement quelques rencontres amicales voire plus. Son mari, agent immobilier perfectionniste, est resté à quais. Ils envisagent un déménagement en province, retour à Clèves, non loin de l’Espagne, pour enfin quitter les tracas parisiens et son ciel triste et pollué. Le voyage commence dans la joie, Emma et Guillaume prennent leurs marques. Mais sur la Méditerranée il n’y a pas que des yachts qui naviguent, de frêles esquifs surchargés de passagers sont en quête de liberté et d’un nouveau monde. Certains font la fête sous les lampions, d’autres combattent pour leur survie. Dans le même espace. Contraste terrible et terrifiant. Indécence absolue. Mais est-il plus indécent de boire une coupe de champagne avec un bâbord une barque prête à basculer que de se baigner sur les plages varoises dans le plus grand cimetière maritime voire d’admirer le paysage depuis les calanques de Cassis ou de compter les morts chaque soir devant le 20h ? Marie Darrieussecq rappelle que la situation n’est pas inédite, « la petite fille aux allumettes est morte de faim et de froid sous les fenêtres des festins », n’avons donc nous pas changé ? Or le yacht de Rose croisera l’un de ces bateaux en perdition et le capitaine « brave » et courageux décidera de mettre les chaloupes à la mer et d’en remonter les occupants. Les survivants sauf un, décédé. Rose choisit et décide de stopper la fête et de venir voir, et même d’aider. Un choix de héros, sans le savoir : elle croise le regard de Younès, et lui confie le portable de son fils. Le fil rouge entre les deux ne se coupera plus. Elle mènera Rose sur des chemins inattendus, de Calais à Clèves, un chemin humain, d’entraide, de solidarité, un petite goutte d’eau pour un monde meilleur où l’on accepte de partager et d’ouvrir ses portes à l’autre.

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Fiche #2390
Thème(s) : Littérature française

Les titres de Marie Darrieussecq lus par Vaux Livres


Nathalie LÉGER

La robe blanche
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7 | 140 pages | 30-07-2018 | 16€

Après avoir découvert sa stupéfiante aventure, Nathalie Léger part à « la recherche d’une femme qui a voulu faire régner la paix dans le monde par sa seule présence en robe de mariée... » : Pippa Bacca, mariée sans mari, décide en effet de sauver le monde en joignant Milan à Jérusalem vêtue d’une robe de mariée. Elle s’interroge sur ses intentions, performance artistique ultime, « nuée idéaliste, le désir de réparer, le désir de répandre le bien, non pas le bien lui-même, mais son idée... Ce n’est pas son intention qui m’intéresse ni la grandeur de son projet ou sa candeur, sa grâce ou sa bêtise, c’est qu’elle ait voulu par son voyage réparer quelque chose de démesuré et qu’elle n’y soit pas arrivée. » Mais comme « tout n’est qu’affaire de famille », le déroulement de son enquête est lourdement perturbée par sa mère. Une mère rapidement divorcée, un époux et père injustement parti pour laisser une femme bafouée à jamais. Seuls les mots pourraient peut-être enfin réparer et puisque sa fille écrit, qui mieux qu’elle pour redonner une voix, un corps, une place, une pensée à sa mère, et les mères savent être très persuasives avec leurs filles... Mais ce projet n’est-il pas in fine aussi fou que celui de Pippa Bacca et la fin ne sera-t-elle pas identique ?

« La fin d’une vie est grande comme un mouchoir de poche, on se cogne à tous ses bords, a-t-elle dit. »

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Fiche #2176
Thème(s) : Littérature française


Mathieu LINDON

Les hommes tremblent
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6 | 170 pages | 11-11-2014 | 14.9€

Le tremblement touche tous les hommes, partout sur la planète, depuis toujours. Mais d’où viennent ces tremblements ? Martin, le SDF, tremble, mais pourquoi ? Il observe les habitants de l’immeuble où il s’est installé et où Martine viendra le rejoindre, trembler également, mais pourquoi ? Il les observe l’observer. Chacun a son propre regard sur cet intrus qui s’immisce progressivement au cœur de leurs vies, son attention ou non, sa sensibilité. Mathieu Lindon évoque tous les sentiments, tous les comportements, cynisme, hypocrisie, égoïsme, idéalisme, détresse, pudeur, colère… Il suscite questionnements sans prendre parti, tend simplement le miroir dans lequel se reflète la France d’aujourd’hui. C’est caustique, ça interroge, ça dérange, il faut donc le lire !

« Elle déguerpit sans rien lui répondre, mécontente de cet air qu’il se donne de distribuer la pitié plutôt que de la recevoir. »

« Comme un prof de philo déclassé qui fouillerait dans les consciences, un psy sans le sou qui se paierait sur la bête, se nourrirait de la souffrance de la bête. »

« C’est tout Martin : à l’entendre, parfois, personne ne voudrait être à sa place, et, parfois, il ne voudrait pas être à celle de personne d’autre. »

« Tout le monde leur souhaite de gagner au Loto et déguerpir en quatrième vitesse : ce mélange de solidarité et d’hostilité est ce qui ressemble plus à l’indifférence. »

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Fiche #1545
Thème(s) : Littérature française


Iegor GRAN

L'écologie en bas de chez moi
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5 | 189 pages | 18-06-2011 | 15.7€

Quelle joie de retrouver le ton moqueur, caustique, ironique parfois cynique et féroce de Iegor Gran. Nous allons enfin savoir si les écologistes ont de l’humour ! En effet, après la bureaucratie, les ONG, le prix Goncourt entre autres, Iegor Gran s’attaque dans ce nouveau roman à ce qu’il nommerait sans aucun doute cette nouvelle religion ! Son attaque frontale passe par le récit de l’amitié du narrateur avec son voisin « durable » , un voisin qui trie, recycle, attentif à la planète mais aussi et surtout au comportement de son voisin ! Pamphlet évidemment moqueur, ironique, avec ses têtes de turc (les icônes écolos médiatiques doivent encore avoir les oreilles qui sifflent !) qui parfois en dénonçant une religion en établit une autre, parfois réaliste, parfois exagérateur mais toujours source de réflexion donc nécessaire voire salvateur !

Fiche #964
Thème(s) : Littérature française


Emmanuelle BAYAMACK-TAM

Une fille de feu
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4 | 185 pages | 21-08-2008 | 16.25€

Charonne a vingt ans. Charonne est magnifique, aux origines incertaines. Charonne est grosse et « on n’est jamais grosse sans être héroïne » : ce texte le démontrera. Charonne vit avec sa mère et sa tante du moins le pense-t-elle. Elles tiennent un magasin, sorte de bazar au goût particulier et exotique. Charonne provoque les rencontres et son physique influe toujours. Jusqu’au jour où Arcady et Daniel poussent la porte du magasin et provoquent une rupture complète et irrémédiable dans la vie de Charonne. Il s’agit de deux homosexuels à la recherche d’une mère porteuse. Ils examineront intimement Charonne dès leur première rencontre et Arcady demeurera fortement impressionné. Il faut dire que l’intimité de Charonne a subi quelques outrages, la mère de Charonne ayant des mœurs outrancières. Cette mutation permettra à Charonne de découvrir enfin son passé et ses origines et d’entrevoir un nouveau départ vers une vie plus libre et plus accomplie...

« Les timides méritent d’être punis, ils méritent qu’on les brutalise : ça leur apprendra à s’imaginer que tout le monde les regarde en dépit des démentis qu’ils reçoivent à ce sujet depuis toujours. »

« …j’ai la révélation de ce qui nous attend l’enfant et moi, une vie où je serai son bourreau sans que jamais personne vienne mettre fin à la torture. »

Fiche #435
Thème(s) : Littérature française


Marie DARRIEUSSECQ

Tom est mort
POL

3 | 247 pages | 03-09-2007 | 17.25€

Tom est mort accidentellement, de manière inattendue et définitive ! Il avait quatre ans et demi. Sa mère nous livre ses sentiments dix ans après. Peut-on combler cette absence si pesante et infinie ? Peut-on faire le deuil d'un petit bout de quatre ans ? D'ailleurs qu'est-ce que c'est que cette expression "faire le deuil" ?... Comment survivre en Australie encore entourée de deux enfants et d'un mari ? Le nouveau fantôme de Marie Darrieussecq est cette fois bien présent et encore bien vivant malgré sa disparition. Marie Darrieussecq met son style inimitable qu service d'une dissection pointilleuse des sentiments d'une mère brisée à jamais.

"Le deuil qu'ils décrivent est un processus naturel qui dégoûte. Une digestion. On entre dedans et on avance, qu'on le veuille ou non, comme à travers une série de boyaux. La mort de Tom passe à travers nos corps. On n'a pas fini, je ne dis pas qu'il faut dix ans. Je ne dis rien. Est-ce que je souffre moins qu'avant."

"Avant il s'appelait Tom Winter, maintenant il s'appelle Tom est mort. Il est mort depuis bien plus longtemps qu'il n'a été vivant. Mon petit garçon est mort. Je ne dis pas que j'aie gardé la raison."

Fiche #295
Thème(s) : Littérature française

Les titres de Marie Darrieussecq lus par Vaux Livres


Jacques JOUET

Une mauvaise maire
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2 | 125 pages | 24-08-2007 | 12.15€

Marie Basmati sous l'ère Chirac est maire de gauche d'une ville moyenne et Jacques Jouet nous fait partager son quotidien professionnel et personnel. Une vie à 200 à l'heure, toujours en mouvement, avec ses petites et grandes ambitions, ses réussites et ses échecs, ses rencontres. Un joli portrait de femme intègre et dévouée que le scandale rattrapera pourtant malgré elle...

Fiche #289
Thème(s) : Littérature française


Héléna MARIENSKÉ

Rhésus
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1 | 316 pages | 17-09-2006 | 19.25€

Une vieille dame, Raphaëlle, est accueillie pour son plus grand malheur dans une maison de retraite où chacun tente de survivre. Raphaëlle accrochée à la vie, est déterminée à continuer de vivre coûte que coûte. Elle hait sa fille qui l’a poussée dans ce lieu. Elle deviendra bisexuelle après sa rencontre avec Céleste écrivain homosexuelle (« le genre qui continue à vivre rien que pour le plaisir de vous cracher sa haine ») et Hector ancien militant communiste devenu riche grâce au hasard et que sa fortune et le viagra aident à oublier la mort. Raphaëlle ne peut choisir entre ses deux amours qui la comblent de bonheur, au grand dam de l’entourage quelque peu perturbé par ces liaisons inhabituelles : le scandale ne demande qu’à éclater... Autour de ses personnages principaux gravitent évidemment le personnel de la maison, directrice, médecins, aides-soignants, personne ne manque. Si, une « personne » : un bonobo, un chimpanzé mais qu’est-il exactement ? … débarque et l’extraordinaire (au premier sens du terme) s’installe… La scandale éclate et la révolte gronde, les vieux entrent en résistance, le RAID s’impatiente pour intervenir et même les dirigeants du pays s’impliqueront dans cette crise : on suivra Sinusy, petit Ministre de l’Intérieur sans scrupule et Philippe de la Cour du Pin, Premier Ministre bronzé cherchant à lui nuire…
Chaque chapitre propose la vision d’un personnage des évènements en cours : selon Raphaëlle, selon Céleste, selon Ludovic (infirmier), selon Dhorlac (écrivain invité chargé d’écrire le déroulement de l’histoire), selon Witold (journaliste) et « selon moi » pour conclure. Ces témoignages éclairent différemment l’affaire, nous déroutent, mélangent rêve et réalité et laissent le lecteur maître de son et/ou de leur histoire. Les deux derniers chapitres seront salvateurs pour le lecteur dérouté.

Texte ambitieux et original, un roman (mais est-ce un roman ?) inclassable, incomparable, qui aborde notamment les tabous de la vieillesse de plein fouet : la mort, le sexe, la vie, la drogue, tout y passe ! Récit grotesque, absurde parfois loufoque, parfois émouvant, triste, hilarant, parfois cru, mais toujours décalé. Un livre à ne pas confier aux lecteurs TGV comme les définit Céleste : « Et j’emmerde le lecteur pressé, inculte, dont l’empan intellectuel et linguistique ne dépasse pas trois syllabes et dont le souci majeur est de faire coïncider le temps du livre et son trajet en TGV. »

« On mange tôt dans les maisons de retraite : les serviteurs ont pris le pas sur les maîtres. Quand vient la marche à la mort, il faudrait donc avancer sa montre ? »

« Elle radote un peu, c’est vrai. Et comme elle parle comme un livre, j’ai l’impression de revenir à la même page. »

Fiche #152
Thème(s) : Littérature française





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