« Pour les dominants, le plus souvent, la politique est une question esthétique : une manière de se penser, une manière de voir le monde, de construire sa personne. Pour nous, c’était vivre ou mourir. »
Edouard Louis

Les comptes-rendus-avis de lecture de la librairie Vaux Livres

46012044

Vous appréciez nos comptes-rendus, vous souhaitez nous soutenir mais vous n'avez pas la chance d'habiter aux alentours de Vaux-le-Pénil, tout n'est pas perdu ! Vous pouvez commander l'ouvrage de votre choix sur le site LesLibraires et choisir Vaux Livres comme librairie indépendante. Nous nous ferons un plaisir de vous livrer au plus vite.

Nous comptons sur vous et nous avons besoin de vous.

Pascal Manoukian - Le cercle des hommes

Pascal MANOUKIAN

Le cercle des hommes
Le Seuil

330 pages | 17-01-2020 | 19.5€

Tout réussit au personnage principal du Cercle des Hommes. Homme d’affaires très riche, puissant, il vient d’être nommé « à la tête d’un des plus importants consortium miniers du monde. », une femme plus jeune et éblouissante, des propriétés au quatre coin du monde, un portable dans chaque poche… Quand il se met aux commandes de son petit avion pour survoler l’Amazonie, il est loin de se douter qu’il est à un tournant de sa vie. En effet, devant la falaise aux aras, il va subir une attaque en règle de ces oiseaux majestueux et multicolores. Son avion s’écrasera au milieu de la forêt et il se réveillera blessé et entouré par des Yacou, huit Yacou, derniers représentants d’une tribu isolée. Prisonnier, sans portable, sans rien, dans une fosse avec des cochons sauvages et menaçants sous l’œil inquiet et inquisiteur de la tribu qui s’interroge sur sa vraie nature. Toute sa richesse, son pouvoir, ses propriétés ne lui seront d’aucun secours pour les convaincre qu'il n'est ni cochon ni animal. Ici, « Rien ne se vendait. Rien ne s’achetait. Tout se prélevait, après avoir demandé la permission et s’être fait pardonner d’avance. La richesse se trouvait ailleurs. » Et il va falloir qu’il l’intègre et qu’il prenne son temps pour comprendre les codes, le langage, trouver la protection de certains, éviter les dangers, mais « Après tout, pour la première fois de son existence, il goûtait au seul luxe que sa fortune ne lui permettait pas de s’offrir : prendre son temps. » La tribu semble heureuse, gérée par une vraie démocratie et libre dans son Cercle, dans sa vie toute simple, totalement incluse dans la Nature idolâtrée, « … la science tenait déjà tout entière dans la nature et le bonheur… », bien loin de la toute puissance et de l’« effronterie envers la nature, par péché d’orgueil, pour avoir eu la prétention d’être plus efficace que les saisons, d’exiger tout, tout de suite, tout le temps… ». Pourtant son espace vital se réduit drastiquement. De nouvelles bêtes, monstrueuses, jaunes, aux dents acérées, tuent les arbres sacrés dans un vacarme assourdissant et rien ne semble pouvoir les arrêter. Alors le chemin va être long, passionnant, dangereux, pour que ce frère de Carlos Gohsn (mais nous avons tous un peu de Carlos !) redevienne le Yacou qu’il fut (car nous avons tous été Yacou !), et il faut se dépêcher de ne pas l’oublier ! Ce roman d’aventure, ce conte philosophique voire écologique nous offre une belle rencontre, improbable et passionnante, incitant à la réflexion et peut-être à l’action, comme Pascal Manoukian nous le rappelle avec cette citation d’Albert Einstein : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les regardent sans rien faire. »

Ecouter la lecture de la première page de Le cercle des hommes

Thème(s) : Littérature française