'Le passé de tout être humain est identique à celui de tous ; nous ne nous différencions qu’au moment de le raconter.'   José Carlos Somoza

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Sabine Wespieser




- 27 -



Louis-Philippe DALEMBERT
Avant que les ombres s'effacent
Sabine Wespieser
295  pages
21  euros

16-04-2017

 

    Après le séisme de 2010 de Haïti, le moment est venu pour Ruben Schwarzberg, à plus de 90 ans, de dresser le bilan de sa vie. Sa petite cousine vient d’arriver d’Israël pour aider après cette catastrophe. Il va lui conter sa vie, ses fuites multiples, ses passages en Pologne, en Allemagne, en France, avant de trouver à Haïti un apaisement et une sérénité, sa Terre Promise. Il fit de brillantes études de médecine à Berlin mais connaîtra aussi le camp de Buchenwald. Il prendra le bateau à destination de Cuba qui sera refoulé mais fera partie ensuite de ceux qui seront sauvés par un petit pays, fier et visionnaire (comme il l’avait déjà été à propos de l’esclavage), qui dès 1939, promulguera un décret autorisant les consulats à aider les Juifs qui voudraient rejoindre Haïti. Le vieil homme raconte alors avec calme, reconnaissance et tendresse sa trajectoire, préférant se souvenir en premier lieu de l’humanité de ceux qui les ont aidés et accueillis. Un joli portrait d’un homme contraint à l’exode, une intégration réussie, un hommage vibrant à Haïti terre d’accueil, un rappel historique nécessaire, une écriture toujours aussi poétique et un ton non dénué d’humour, tous les ingrédients sont là pour que l’on dévore goulûment ces ombres !

« Et les Parisiens, c’est connu, sont peu patients avec ceux qui mastiquent mal leur langue, une manière habile, au fond, pour cacher leurs lacunes dans celles des autres. »

« Le passé d’un individu, c’est comme son ombre, on la porte toujours avec soi. Parfois il disparaît. Parfois il revient… Il faut apprendre à vivre avec, à s’en servir au mieux pour avancer. »

« L’être humain s’habitue hélas à tout. »

« Aucun rêve n’est fou, si on se donne les moyens de le réaliser. »



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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Louis-Philippe Dalembert lus par Vaux Livres

 


- 26 -



Michèle LESBRE
Chère brigande
Sabine Wespieser
78  pages
12  euros

30-01-2017

 

    Michèle Lesbre dans ce court texte ou cette longue lettre s’adresse voire se confie à Marion du Faouët, une femme rebelle, fougueuse, libre (« Ta liberté est ta force »), refusant l’ordre établi et insolente donc définitivement à la marge et elle le paiera cher. C’est un regard, une difficulté à créer un lien, une relation (« Elle me refusait le confort de la bonne conscience… la dignité de cette femme était inflexible. »), avec Marion, une jeune SDF aux cheveux roux qui déclenche cette rencontre avec Marion du Faouët mais aussi un jaillissement de ses souvenirs et engagements de jeunesse. Michèle Lesbre en écrivant son désarroi face au monde actuel met clairement en évidence une large passerelle entre les deux époques et hélas, certains points communs comme l’injustice, la pauvreté, la violence de la majorité pensante… Marion était aussi une femme et elle mourut sur le gibet. Un court texte débordant d’humanité et qui nous rappelle que rien n'est acquis, que le "progrès" reste infime et que les luttes pour les libertés restent cruciales et vitales !

« J’ai voulu l’océan. Je l’ai voulu comme une caresse. »

« J’ai d’autres frontières, une autre patrie, celles des belles utopies auxquelles je n’ai pas renoncé et qui excluent le racisme, la xénophobie, la violence, l’irrespect de tout être humain. »

« Tu n’étais pas un ange, mais les anges n’existent pas. »


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Michèle Lesbre lus par Vaux Livres

 


- 25 -



Catherine MAVRIKAKIS
Oscar de Profundis
Sabine Wespieser
306  pages
21  euros

17-08-2016

 

    Notre monde est en train de s’éteindre. Même le ciel est de la partie. Un gouvernement mondial s’est mis en place et feint de continuer de maitriser la destinée de tous. La division de la société a atteint son paroxysme. Les nantis semblent ignorer l’état de la société, se protègent et continuent leurs occupations volages en ignorant les gueux qui occupent les rues, survivent, ont pour la plupart accepté leur destin et attendent la mort (« Ils avaient appris à se voir comme des rats en sursis. Ils ne possédaient aucune légitimité à être. »). Dans ce contexte, Oscar de Profundis, une rock star à l’échelle mondiale, entre la folie et la mégalomanie, arrive à Montréal, la ville qui l’a vu grandir. C’est dans cette ville qu’il a vécu son plus grand drame qu’il n’a pas oublié, la mort de son petit frère. Son entourage, aux petits soins, a réglé à la seconde près, son séjour. Néanmoins, la période est mal choisie ! La maladie noire s’est déclarée dans la ville. Etonnamment, elle n’atteint que les gueux qui meurent dans d’atroces souffrances. Il faut donc attendre qu’elle fasse son travail puis nettoyer la ville ! Ca se complique lorsque l’état d’urgence est déclaré et que quelques irréductibles plutôt que d’attendre la mort en faisant la fête décident de prendre en main leur destin… Catherine Mavrikakis grâce à deux portraits extrêmement contrastés nous livre un conte apocalyptique noir qui décrit un monde en perdition qui a abandonné toute ambition d’humanité.

« Leur destin était de disparaître. Contre eux, il n’y avait pas à signer de déclaration de guerre ou encore à fomenter à la hâte quelque holocauste. Il suffisait de laisser la vie aller. Les plus faibles se trouveraient éliminés avant la fin du monde. C’était la loi. Le ciel absent, occupé à s’éloigner de la Terre, en avait décidé ainsi. »

« Les touristes avaient afflué : en voyage, l’encanaillement et le danger acquièrent un attrait incomparable. »

« Trois ou quatre immenses compagnies géraient l’ensemble des ressources de la Terre en diversifiant leurs marques de commerce pour que les populations nanties n’y voient que du feu. Les êtres qui ne pouvaient s’accommoder de cet état de choses étaient devenus des parias ou des fous… »

« L’uniformité et l’homogénéité des esprits et des corps étaient les garanties de la stabilité de l’Etat. »

« … elle pensait, malgré ses études de médecine, sa culture humaniste d’autodidacte et sa foi dans la raison, que des heures meilleures, si elles voyaient le jour, devraient passer par l’horreur apocalyptique qu’elle et les siens connaissaient. Dans les derniers temps, la fin du monde était devenue l’unique espoir pour un être comme Cate. »


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Les titres de Catherine Mavrikakis lus par Vaux Livres

 


- 24 -



Kéthévane DAVRICHEWY
L'autre Joseph
Sabine Wespieser
278  pages
21  euros

17-04-2016

 

    A la fin du XIX ème, en Géorgie, deux gamins, deux Joseph, partagent les mêmes airs de jeux dans les rues de Gori. L’un est l’arrière-grand-père de Kéthévane Davrichewy et l’autre, que l’on surnomme Sosso, deviendra Staline. Les deux gosses se ressemblent, amis un jour, rivaux le lendemain, affrontements physiques comme intellectuels. L’auteur dresse le portrait de ce duo mais aussi de la Géorgie d’alors. Les gamins grandissent et prennent des chemins différents, Sosso part au séminaire et Joseph au collège où il rencontrera son premier véritable ami Lev Rosenfeld futur membre du triumvirat soviétique avec Staline. L’aventure de la vie mènera Joseph, qui continuera d’espèrer en une Géorgie indépendante, jusqu’en France où il refusera toujours de rejoindre Staline. Des questions restent sans réponse : qui était vraiment Joseph pour Sosso ? Qu’aurait accompli Joseph aux côtés de Sosso ? Le portrait de cet homme seul, incapable de se livrer, courageux, doutant toujours, fidèle à ses premiers engagements et convictions (« Moi je voudrais simplement faire quelque chose pour la Géorgie, qu’on y vive mieux, qu’on nous laisse être Géorgiens. ») permet aussi à l’auteur d’établir un pont entre ce grand-père et son père. Kéthévane Davrichewy plonge dans son histoire personnelle en mêlant avec succès la petite et la grande histoire ; elle dresse avec sa belle écriture un portrait attachant, nous parle de transmission et de non-dits dans une enquête aussi intime qu’historique.

« L’héroïsme se transforme en crime, et le crime en héroïsme selon la comédie que jouent les hommes… »


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Kéthévane Davrichewy lus par Vaux Livres

 


- 23 -



Eka KURNIAWAN
L'homme-tigre
Sabine Wespieser
255  pages
21  euros

23-08-2015

 

    Anwar Sadat a été sauvagement assassiné et son assassin arrêté immédiatement. Il s’agit de son voisin, le jeune Margio. Il ne nie pas avoir participé à ce meurtre, mais selon lui, il n’en est pas l’auteur, il s’agit en effet du tigre qui en lui, dans son corps. Depuis quelques temps, il se sait habiter par ce fauve qu'il tente depuis de réfréner et dompter. Seuls quelques indices le trahissent comme des yeux et un regard bien singuliers. Mais cette fois, lors de sa dernière rencontre avec Anwar Sadat, il n’a pas eu le temps de le stopper, le fauve a jailli comme un éclair, en effet Anwar a commis l’irréparable, trahir la mère de Margio ! Pour expliquer ce destin, Eka Kurniawan décrit le quotidien d’une famille indonésienne, du mariage de ses parents jusqu’à la mort prématurée de sa dernière petite sœur qui plongera sa mère dans un abîme dépressif, en passant par son amour impossible pour la belle Maharani, fille de Anwar Sadat. Au cœur de ce conte tragique, Eka Kurnawan place naturellement l'amour extrême d'un fils pour sa mère et le destin dramatique de deux familles mais nous parle aussi en miroir, de manière vivante et imagée, du quotidien de son pays, l’Indonésie.


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Etienne Naveau

 


- 22 -



Robert SEETHALER
Une vie entière
Sabine Wespieser
158  pages
18  euros

16-08-2015

 

    Robert Seethaler nous emmène à la rencontre d’Andreas Egger dont nous allons suivre pas à pas la vie entière. Andreas est un homme que l’on n’oublie pas. De la lenteur, peu de mots, et pourtant ! Pas de long discours pour le décrire, seulement un regard, un regard sur ses mains, Andreas fait en effet partie des hommes que leurs mains décrivent, une vie de labeur sans plainte, éprouvante et acceptée, mais qui n’empêche pas quelques espoirs et quelques instants de bonheur. Portrait bouleversant et attachant, tout en retenue, débordant d’émotion qui se lit d’une traite.

« Les cicatrices sont comme les années, se disait-il, elles s’accumulent petit à petit, et tout ça finit par faire un être humain. »

« Alors qu’un homme selon lui devait élever son regard, pour voir plus loin que son petit bout de terre, le plus loin possible. »


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Elisabeth Landes

 


- 21 -



Michèle LESBRE
Chemins
Sabine Wespieser
143  pages
16  euros

16-03-2015

 

    L’auteur remonte le temps et part à la rencontre de son père, un « corps immense » qui, un jour dans l’année de ses trois ans, s’imposa à elle et à sa mère. Le couple est alors loin de partager une vie harmonieuse, « …leur couple n’était qu’un pur et malheureux hasard. » Le père est mort jeune, trop jeune et une distance a toujours existé entre eux. Elle aimerait comprendre, comprendre les silences, les non-dits, rencontrer vraiment cet « intime étranger ». Elle revient, sans se presser, sur ses souvenirs, sur les lieux qui réveillent et stimulent sa mémoire. Comme une péniche qui remonte tranquillement un canal, « Chemins » est une balade à l’atmosphère feutrée, tendre et douce, débordant d’images et d’odeurs, au cœur d’une nature apaisée. Superbe escapade poétique !

« Ce jardin me parlait de ça, de ce qui se transforme, de ce qui se perd, de ce qui manque sans que nous y prêtions attention, ou alors trop tard. »


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Michèle Lesbre lus par Vaux Livres

 


- 20 -



Léonor de RECONDO
Amours
Sabine Wespieser
278  pages
21  euros

26-01-2015

 

    Amours. Histoire d’amours. Amours dépassant les différences, les milieux sociaux et leurs conventions, les habitudes. Nous sommes au début du vingtième siècle. Deux femmes vont se découvrir et s’aimer en dépit du mépris et de la violence des hommes certains de leur puissance et supériorité, en dépit de l’église toujours prête à détruire des vies pour protéger son influence et maintenir son pouvoir, en dépit de la peur des corps partagée par toutes et tous. Victoire a épousé un notaire, Anselme de Boisvaillant, presque par hasard, ils habitent en 1908 une maison bourgeoise dans le calme de la campagne du Cher. A leur service, Céleste, petite bonne de dix-sept ans, est enceinte, et pas par hasard... En couple depuis cinq ans mais sans enfant, Victoire, se sentant vide et inutile, décide Céleste à lui confier son enfant. Un enfant enfin pour elle, elle seule. C’est ainsi que Victoire et Céleste se trouveront, se libèreront, découvriront leurs corps et leurs désirs, s’aimeront mais aimeront aussi cet enfant partagé. Ces amours aussi puissants soient ils pourront-ils résister au poids des conventions et de la religion ? Le style est précis et le roman bouleversant.

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Thème(s) : Littérature française

 


- 19 -



Yanick LAHENS
Bain de lune
Sabine Wespieser
275  pages
20  euros

24-09-2014

 

    Après une tempête extrême, une jeune fille est retrouvée sur une plage. La rescapée libère sa parole et en appelle aux dieux du vaudou et aux ancêtres. Deux familles d’Anse Bleue se croisent, se déchirent au fil des générations qui partagent une haine persistante. Les Mésidor, riches, seigneurs des lieux, sans scrupule et les Lafleur, pauvres, qui ont toujours vécu à Anse Bleue, zone sans justice, sans règles, seules les traditions et l’attachement à la terre les réunissent. Les rapports entre les familles sont en effet désastreux même si parfois l’amour s’en mêle et brouille les cartes. Bain de lune est donc une saga familiale mais aussi évidemment un roman sur Haïti et son histoire, sur le pouvoir représenté par l’homme à chapeau noir qui ne recule devant rien pour prolonger son règne et asseoir son pouvoir (ses successeurs suivront le même chemin), sur les croyances et l’imaginaire qui permettent parfois d’échapper temporairement à ce quotidien lourd et violent mais le réel rattrape rapidement le fugitif… Une pure tragédie haïtienne !

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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 18 -



Marion RICHEZ
L'odeur du minotaure
Sabine Wespieser
125  pages
14  euros

18-08-2014

 

    Marjorie a fait de brillantes études, maîtrise totale, parcours parfait, maintenant au service d’un ministre. Elle a rejoint le camp des puissants, froide et cynique, « Mon rang, c’est celui que je prends. Eh ! Je ne fais qu’exécuter ce que j’ai appris… Plus on me saccage, plus je suis méchante et plus on me respecte. » Un monde très éloigné de son enfance, une enfance dont la seule marque visible est une vieille cicatrice laissée par des barbelés. Néanmoins Marjorie, la petite fille qui ne voulait pas grandir et rejoindre le monde des adultes cache d’autres blessures non cicatrisées, le manque d’amour et d’attention de ses parents, les histoires que lui racontaient sa mère… et un soir, sur la route du retour car sa mère l’a appelée lui demandant de venir au chevet de son père en train de mourir, sa voiture heurte le seigneur du bois, un grand cerf, dont elle recueille les derniers râles. A cet instant, sa vie bascule, cet évènement va la terrasser, remettra en question toutes ses certitudes et fera remonter à la surface son passé. Une violence feutrée accompagne ce premier roman-conte ambitieux à l’écriture ciselée et à la construction singulière.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 17 -



Catherine MAVRIKAKIS
La ballade d'Ali Baba
Sabine Wespieser
195  pages
18  euros

28-07-2014

 

    « La ballade d’Ali Baba » est un hommage d’une fille à son père. Un père libre, insouciant, amoureux de la vie, hâbleur, et qu’elle continua d’aimer et d’admirer malgré ses mensonges. Vassili parcourut le monde, de Rhodes à Alger, d’Alger à New York : « Vassili aimait les gens et les lieux. Pas les pays. » A l’image de son caractère, elle n’oubliera jamais le réveillon de 1969 et le voyage insensé avec sa Buick en 1969 qu’ils firent avec ses deux sœurs, du Canada à la pointe de Key West. Ils s’éloignèrent, mais jamais ne se quittèrent, et même après sa mort, elle pouvait encore le rencontrer.

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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Catherine Mavrikakis lus par Vaux Livres

 


- 16 -



Kéthévane DAVRICHEWY
Quatre murs
Sabine Wespieser
185  pages
18  euros

16-02-2014

 

    Après une longue période d'éloignement, une fratrie de quatre se retrouve entre les murs de leur enfance, « Ils se tiennent aux quatre coins de la pièce. » « Ces murs nous ont façonnés, nourris, portés. Tu imagines parfois notre vie, sans Somanges ? Je repense à nos rires, notre complicité, nos disputes, ces petits riens du quotidien qui ne laissent de trace qu’à l’intérieur. ». La mère les a convaincus de venir, il faut débarrasser, vider la maison, elle ne peut y demeurer seule. Chacun se retrouve, la parole évoque le passé, discrètement, avec moult sous-entendus. L’héritage futur est même évoqué. Pourtant, deux ans plus tard, rien n’a évolué, ils se retrouvent en Grèce, chez l’aîné revenu dans leur pays d’origine. Chacun prendra la parole, l’objectif le fixera, le dévoilera petit à petit : sa relation aux autres, les souvenirs, comment s’est-il construit sur l’histoire de cette famille, ses différences, sa fragilité, sa colère. Entre douceur et violence, l’image de chacun se construit page après page, devient nette malgré une tension permanente, il y eut connivence et fusion puis rupture, le lien s’est brisé et le passé demeure inscrit en eux (« Tu l’as dit, c’est inscrit en nous, on ne se débarrasse pas de son passé. ») mais si la parole se délie, ils repartiront peut-être plus libres et légers… Ce court roman choral au style parfait se lit d’une traite et aborde avec justesse le poids de la famille qui impose souvent à chacun sa place (« J’ai tenu le rôle qu’on m’avait assigné. »), sa manière d’être (« Les habitudes familiales doivent-elles cesser à un certain point de notre existence ? Le peuvent-elles ? Ou faut-il renoncer, prendre de la distance au risque de se perdre ? »), le poids et le venin des silences, et glisse quelques vérités sur la culpabilité, l’enfance, l’éloignement, la solitude et l’émancipation.

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- 15 -



Edna O'BRIEN
La maison du splendide isolement
Sabine Wespieser
320  pages
21  euros

16-01-2014

 

    Josie est une vieille dame qui mène une vie de solitude dans une maison isolée au cœur de la campagne irlandaise (superbement décrite par Edna O’Brien). McGreevy est un homme traqué, clandestin en fuite, il appartient à l’IRA. Il se réfugie dans la maison de Josie. Face à face étrange, ambigu, tendu. Josie se confie progressivement, revient lucidement sur son mariage, sur son mari violent, ses amours fantasmés. Elle ne comprend pas McGreevy et son engagement, elle osera une question, puis deux, le dialogue se noue et les deux se rapprocheront l’un de l’autre malgré leurs différences, la tension et la peur partagée. Dans ce roman à la construction singulière et à l’écriture accomplie, Edna O’Brien excelle encore une fois pour nous parler sans retenue ni parti pris de l’Irlande (« Terre si vieille et hantée, si affamée et repue. »), des femmes, des luttes et des convictions menant souvent au sacrifice, de la fraternité et de la haine, du poids de l’histoire, de la religion et de la violence sur les destins individuels.

« Cette façon qu’avait le soldat de croire qu’ôter la vie à un Anglais compenserait des siècles d’injustice, mais comment cela pourrait-il ? »

« Quand nous ôtons la vie, nous crions d’une certaine voix, et quand nous perdons la vie nous crions d’une autre voix. »

« Oui, les fils sombres de l’Histoire formaient boucle sur boucle, les enserrant peu à peu dans ses rets, elle et les gens comme elle - pris au piège. »


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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 14 -



Michèle LESBRE
Ecoute la pluie
Sabine Wespieser
100  pages
14  euros

26-04-2013

 

    Une jeune femme s’apprête à rejoindre son amant dans un hôtel du bord de mer. Encore sur le quai de métro, rêveuse, elle y est déjà. C’est alors qu’un vieil homme la fixe un bref moment, interrogatif et serein, il lui sourit, se retourne et se jette sur la voie. Le choc est immense, bouleversée, elle se lance dans une errance sans fin dans les rues de Paris par cette nuit d’orage et de pluie. Enfermée dans ses interrogations le temps de l’explosion de cette orage, elle revient sur son histoire mais aussi sur celui de cet anonyme : pourquoi a-t-il croisé sa route, par hasard, vraiment ? Pour le savoir, elle se retourne sur son passé, sur notre passé, pour tenter d’identifier les évènements historiques ou intimes qui ont influé sur leur existence, qui les ont amenés sur ce quai, à cet instant précis. Saura-t-elle abandonner cet homme et s’affranchir de cette rencontre ? En un instant la mort et l’amour se sont heurtés, et l’auteur revient sur ses rencontres amoureuses. Elle ne pourra pourtant trouver les mots pour expliquer à son amant, photographe de l’éphèmère, les raisons de son retard et de son absence à leur rendez-vous. Un roman aussi dense que succinct avec l’écriture minimaliste et précise de Michèle Lesbre, son extrême justesse dans les descriptions, son art de décrire un monde qui bouge et qui gronde tout en donnant l’impression de calme et d’immobilisme mais aussi son extrême aptitude à installer une atmosphère très personnelle que l’on retrouve avec tant de plaisir de livres en livres.

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- 13 -



Kéthévane DAVRICHEWY
Les séparées
Sabine Wespieser
185  pages
18  euros

24-03-2013

 

    Elles ont seize ans en 1981. Elles ne se quittent pas (« Ton amitié faisait rempart. La mienne te suffisait »), partagent tout de leur vie autocentrée, les larmes, les rires, les pleurs, les amours, la musique, la littérature... Amies pour toujours ? Cécile et Alice, trente ans plus tard, reviennent sur ces moments qui marquent la fin de l’enfance et l’adolescence et le passage dans le monde des adultes. La relation fusionnelle a pris fin, maintenant éloignée l’une de l’autre, chacune présente son parcours. Même très liées, même si l’on croit tout pouvoir dire, des silences et non-dits persistent et ont en effet participé à leur séparation. Mais l’amitié ne s’oublie pas et ces moments demeurent gravés à jamais. Peut-être espèrent-elles les retrouver à l’âge adulte ? Ces instants de complicité, « la sensation de pouvoir tout dire », ces confidences intimes, à qui les confier maintenant ? Kethévane Davrichewy place l’amitié au centre du roman et dissèque à la perfection avec une écriture précise et musicale la fin de l’adolescence mais aussi les effets du temps qui passe.

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Les titres de Kéthévane Davrichewy lus par Vaux Livres

 


- 12 -



Catherine MAVRIKAKIS
Les derniers jours de Smokey Nelson
Sabine Wespieser
345  pages
22  euros

08-08-2012

 

    Le 15 août 2008, quatre destins basculent définitivement. Smokey Nelson assassine atrocement dans un motel des environs d’Atlanta une famille de quatre personnes (les parents et deux jeunes enfants) faisant une halte sur le chemin qui les mène vers leurs parents. Les quatre voix hétérogènes reviennent sur cet évènement et ses dramatiques conséquences. Sidney Blanchard, noir comme Smokey Nelson, fut accusé un temps du meurtre et emprisonné. Nous le découvrons sur la tombe de Jimi Hendrix (né le même jour que lui) au départ d’un long voyage dans sa superbe Lincoln Continental blanche de 1966 accompagné de sa protégée Betsy ; il part à la rencontre de la Nouvelle-Orléans terre de son enfance que Katrina a transformée. Le discours est vif, imagé, souvent singulier mais rempli de bon sens. L’homme n’a pas oublié qu’il a frôlé le couloir de la mort, et qu’il ne doit sa survie qu’à Pearl Watanabe qui a découvert les corps le soir de l’assassinat. Elle croisa l’assassin et persista à affirmer que Sidney n’était pas l’assassin. Elle demeure encore interdite sur le fait que Smokey l’épargna. Plusieurs mois plongée dans le silence, elle ne retrouva un semblant de vie qu’en repartant sur son île, à Hawaï. Mais parfois les coïncidences… Elle accepte enfin de revenir dans la région d’Atlanta pour séjourner quelques temps chez sa fille au moment où l’exécution de Smokey est annoncée… La quatrième voie est la voie divine, celle qui accompagne depuis toujours Ray Ryan, le père de Sam, la maman assassinée. Cette voie le guide vers l’apaisement, même s’il part avec son fils Tom, membre des Combattants de Dieu pour assister à l’exécution tant attendue. Ils abhorrent cette Amérique contemporaine qu’il juge décadente et seule la parole de Dieu peut les sauver de l’enfer. Catherine Mavrikakis réussit un brillant et noir récit sans porter le moindre jugement sur l’acte lui-même aussi atroce qu'il fut, sur le ressenti de ces quatre voix de l'Amérique marginale, sur leurs tentatives de survie pendant 20 ans, elle dresse simplement en creux un portrait d’une Amérique qui tangue dangereusement. Du grand art !

« Moi, même en mourant, j’espère rigoler. Oui, je veux rire en crevant… C’est un peu la seule liberté, non ? Tu crèves, t’as pas le choix, mais au moins tu peux te marrer un peu… »

« Je suis juste un homme de trente-huit ans, bien banal. J’essaie de me donner du bon temps, en attendant la mort, qui vient toujours trop tôt… J’ai pas d’idéal, pas de destin… »


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Les titres de Catherine Mavrikakis lus par Vaux Livres

 


- 11 -



Yassaman MONTAZAMI
Le meilleur des jours
Sabine Wespieser
138  pages
15  euros

11-06-2012

 

    « Le meilleur des jours » est l’hommage d’une fille à son père, un père exceptionnel. Dès sa naissance, il se fit remarquer. Prématuré, tout le monde le donnait pour mort. Miraculé, il fut nommé Behrouz, ou le meilleur des jours en persan. A sa mort, sa fille entreprend de retracer son parcours : personnage hors du commun, plein d’esprit, cultivé, épris de justice et de liberté, idéaliste et excentrique, toujours le rire aux lèvres qui ne trouvera jamais vraiment sa place dans la société. Combattant le salariat, il ne travaillera jamais: « Karl Marx et mon père avaient un point commun : ils ne travaillèrent jamais pour gagner leur vie. "Les vrais révolutionnaires ne travaillent pas", affirmait mon père. Cet état de fait lui paraissait logique : on ne pouvait œuvrer à l’abolition du salariat et être salarié – c’était incompatible. » . Arrivé en France il poursuit des études (thèse sur l’œuvre de Karl Marx) qui resteront inachevées, il est vrai que l’ambition était grande, il pensait y trouver « la cause originaire de l’inégalité entre les hommes » et qu’alors « le monde deviendrait meilleur ». En 1979, il vit donc en exilé les évènements d’Iran qui installent la République islamique et accueillent les Iraniens qui fuient leur pays. Le récit élargit alors ses portraits à une série de personnages, souvent exilés, qui font des allers-retours en Paris et Téhéran et passent raconter leurs périples à la famille. Un saisissant portrait plein d’esprit, de lucidité, d’amour d’une fille envers son père vénéré, personnage atypique et attachant.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 10 -



Clara DUPONT-MONOD
Nestor rend les armes
Sabine Wespieser
117  pages
15  euros

19-06-2011

 

    Nestor est obèse et solitaire, différent, en marge. Seul dans sa maison, son seul horizon de survie est la photographie d’un phare rayé de rouge et blanc du bout du monde, icône de son enfance, de son passé. Argentin, la dictature l’a poussé à l’exil (« Partir, c’était moins douloureux qu’être parti »). Il retrouve en France Mélina avec laquelle il se marie, a une fille, une vie douce que viendra achever un drame terrible. Mélina est maintenant à l’hôpital où se rend chaque jour Nestor. Chaque visite est une incursion dans le monde des vivants avec son corps comme frontière, forteresse, barrière et refuge, ce corps à la fois enveloppant et à côté de sa vie. Une jeune femme médecin terriblement seule l’aide et tente d’apaiser tous ses moments douloureux, entraide de deux êtres différents face au monde, à la norme, toujours entre la vie et la mort. Avec patience, un lien se crée entre eux, deux errances qui s'unissent face au monde des vivants. Clara Dupont-Monod dresse le portrait attachant et inachevé d’un homme en marge en laissant singulièrement le lecteur responsable de sa fin.

Thème(s) : Littérature française

 


- 9 -



Erling JEPSEN
Sincères condoléances
Sabine Wespieser
328  pages
23  euros

12-03-2011

 

    Allan est écrivain et n’a pas revu son père depuis des années. Dans ses romans et pièces, il mène une attaque en règle de ce père, instruit un procès à charge avec constance et insistance. Alors que le Danemark s’apprête à rentrer en guerre face à l’Irak, il apprend sa mort et envoie finalement un billet avec ses sincères condoléances. Emue, sa mère l’appelle et le convainc de revenir sur les lieux de son enfance… Retrouvailles avec une famille déchirée où les silences, mensonges, et autres manipulations ont meurtri définitivement les parents et les enfants. De retour, Allan découvre que son père se préoccupait de son parcours, cet homme abhorré l’aurait-il finalement aimé malgré sa perversité ? Allan se met à enquêter sur son père, sa mort, découvre des évènements curieux, un comportement singulier de sa mère, remonte dans l’histoire de ce couple qui semble s’être mutuellement manipulé, annihilé, et enfin détruit consciemment semble-t-il. La vérité n’existe pas dans cette famille ou si elle existe, elle disparaît, étouffée par une multitude de mensonges. Un terrible et noir portrait sans aucune retenue de la perversité des familles, "familles, je vous hais !".

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 8 -



Vincent BOREL
Antoine et Isabelle
Sabine Wespieser
490  pages
24  euros

30-07-2010

 

    Vincent Borel retrace une partie de notre histoire à travers celle du couple formé par Antoine et Isabelle, en réalité Antonio et Isabel. Il suit de front les trajectoires d’une famille espagnole exilée en France et d’une grande famille bourgeoise et industrielle lyonnaise, deux mondes qui se croisent dans leur quotidien et impliqués dans la même Histoire. Evidemment le comportement pendant dans la seconde guerre mondiale des grands industriels plus préoccupés par leurs intérêts et la préservation de leur puissance est loin des engagements et rêves des républicains espagnols. Chacun sa vie, chacun ses choix…

Thème(s) : Littérature française

 


- 7 -



Hyam YARED
Sous la tonnelle
Sabine Wespieser
277  pages
21  euros

07-12-2009

 

    La grand-mère de la narratrice vient de décéder au Liban en 2006. Avant de repartir en France, elle quitte les « corbeaux » et leurs condoléances pour s’isoler dans un petit boudoir. Elle aimait par-dessus tout sa grand-mère et parmi les carnets, courriers et autres notes de celle-ci, elle la découvre, redécouvre, elle la retient, la prolonge. Sa grand-mère d’origine arménienne a perdu son mari à 31 ans et lui a fait vœu de fidélité comme elle est restée fidèle à sa maison malgré les pressions : une maison située entre Beyrouth est et Beyrouth ouest au centre d’un Liban si multiple. Comme cette maison, cette femme est demeurée ouverte, attentive aux autres quelque soit leur camp, leurs origines. Elle est continuellement restée fidèle à elle-même, sans concession, libre et a aidé sa petite fille à tenter d’acquérir sa liberté dans sa vie personnelle (« Se libérer est aisé. C’est rester libre qui compte. Droit devant c’est un mur. »). Un brillant et brûlant hommage à une femme libre marquée par l’Histoire, représentative d’un Liban ouvert et tolérant, elle respectera ses convictions sur les hommes et sur la vie sans jamais se soucier des conséquences au sein d’un Liban perpétuellement torturé.

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Hyam Yared lus par Vaux Livres

 


- 6 -



Catherine MAVRIKAKIS
Le ciel de Bay City
Sabine Wespieser
294  pages
21  euros

24-08-2009

 

    Amy a vécu son adolescence à Bay City ville du Michigan représentative de la vie américaine. Elle partage son existence principalement avec sa tante, son oncle, son cousin, sa mère et son frère. Les deux sœurs sont venues pour trouver une nouvelle vie et quitter l’Europe et son histoire à l’issue de la seconde guerre. Juives polonaises, le passé familial est lourd pour ces deux survivantes. Il marque aussi Amy qui peine à accepter sa vie et même sa présence sur terre (« On n’en finit jamais de la honte d’exister… On voudrait demander vengeance pour la vie. Mais à qui ? »). Amy aurait pu être une adolescente comme les autres mais ce passé accompagné de ses tristes fantômes comme le ciel gris de Bay City l’entraînent sur des voies différentes. Les chapitres alternent entre le présent d’Amy et les jours de 1979 qui vont marquer à jamais son destin mais à tout instant, il s’agit pour Amy de combattre la malédiction familiale et d’en finir enfin avec son passé, mais peut-on gommer d’un trait son histoire personnelle ?

Sélection Prix Page des Libraires 2009

« Mon existence pourtant m’a été pénible. Et la mort inéluctable ne saura que m’apaiser. Chaque matin de ma vie, tout est à recommencer. Je n’ai jamais acquis, comme tant d’autres l’ont fait, la confiance dans le jour. Le matin, je n’ai jamais su si je verrais le soleil se coucher au loin dans le désert, et le soir, dans mon lit, au moment de m’endormir, je n’ai jamais pensé que demain m’apporterait un jour tout neuf, rempli d’espoirs et de nouveautés. Pour moi le quotidien est resté folie. Les jours se sont accumulés sans m’apporter la moindre foi en eux. »

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Catherine Mavrikakis lus par Vaux Livres

 


- 5 -



Forrest GANDER
En ami
Sabine Wespieser
136  pages
15  euros

23-07-2009

 

    Un texte bref constitué de quatre parties pour percer un personnage hors du commun : Lester est géomètre et poète, beau et séduisant, aimant les femmes, sachant charmé avec un détachement inouï, menteur invétéré. Lester exerce sur son entourage une véritable fascination. Quatre chapitres pour tenter de cerner ce personnage atypique : une naissance où la mort rode projetant un destin tragique ; un collègue entre ami et amoureux, fasciné, qui désire attiré son attention mais Lester préfère l’extraordinaire, les poètes, les artistes en marge, la lie (« Lester dit qu’être trainé dans la boue – c’est bien ce qu’il a dit ? – était une façon de se rendre à soi-même reconnaissable ») et Clay ne pouvant s’immiscer dans la vie de Lester provoque son suicide ; sa maîtresse Sarah découvre une nouvelle facette de l’homme qu’elle a aimé, adulé plus que tout sans qu’elle puisse se réfréner, elle va revivre par saccades les moments qu’ils ont partagés, sans ombres et sans mensonges ; enfin, dans la dernière partie, Lester se livre ou plutôt livre ses réflexions souvent philosophiques sur sa vie, sur lui, sur les autres… Un texte au style travaillé qui offre en miroir sur fond d’amour et de mort le portrait d’un homme épris d’absolu.

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 4 -



Michèle LESBRE
Sur le sable
Sabine Wespieser
149  pages
17  euros

25-04-2009

 

    Modiano a laissé quelques traces sur une plage du sud-ouest que Michèle Lesbre empreinte dans ce court roman avec sa prose toujours aussi travaillée et dans une ambiance plus « modianesque » que jamais. Un homme est assis sur une dune et regarde le feu, un feu qui embrase une maison, qui pourrait être « la Villa triste ». Une femme passe par là et intriguée, elle s’assoit à côté de l’homme. Entre la mer et le feu, les mémoires ne peuvent que s’épanouir. Chacun expose son passé, ses rencontres, ses rêves (« Si les rêves ne s’étaient pas réalisés, ils n’en étaient pas moins, comme l’enfance, plus grands que la réalité »), sans retenue. Les fantômes de l’un appellent les fantômes de l’autre dans une conversation éternelle : « Les fantômes ne meurent jamais ».

« On croit que les histoires se déroulent avec une sorte de logique, un début et une fin, on fait semblant de ne pas savoir qu’elles sont là toutes entières depuis le début, avec le commencement et leur chute ».

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Michèle Lesbre lus par Vaux Livres

 


- 3 -



Jean MATTERN
Les bains de Kiraly
Sabine Wespieser
133  pages
17  euros

22-08-2008

 

    Gabriel, le narrateur, a passé son enfance près de Bar-sur-Aube. Il est d’origine hongroise, mais que sait-il de ses origines, de son histoire ? Rien, pratiquement rien. Ses parents ont toujours choisi le mutisme et refusé de lui en parler ("C’est du passé tout ça"). Puis, un jour, peut-être irrémédiablement, la question devient plus pressante et l’arbre veut connaître ses racines. Pourquoi ses parents ont-ils gommé cette histoire familiale d’Europe centrale ? Quelle était la confession religieuse de la famille alors qu’on lui a interdit de suivre ses camarades au catéchisme ? Est-ce lié à la mort accidentelle et soudaine de sa sœur qui a plongé ses parents dans le silence ? Comme un défi et pour se sauver, Gabriel, lui qui ne saura jamais être « celui qui reste », choisit a contrario les mots et les langues. Pour brouiller les pistes de ses origines, pour adopter une identité inconnue ou des identités, il choisit de passer d’une langue à l’autre, de nier toute langue maternelle, il sera traducteur. Ces mots qu’il ne peut prononcer à propos de la disparition de sa sœur : quand le traducteur recherche constamment Le mot idoine, peut-il trouver celui qui qualifiera cette disparition si injuste ? Comment verbaliser l’impossible, l’inqualifiable ? Ses parents choisissent la fatalité, l’impuissance « Dieu a donné, Dieu a repris », six mots irrémédiablement associés à l’histoire de Gabriel et de sa famille. Il croit un moment avoir trouvé la solution dans le rire de Laura. Mais le jour où elle lui annonce qu’elle est enceinte, la question des origines rejaillit subitement et lourdement. Il prend la fuite pour se comprendre, se trouver, dans le présent et dans le passé. Ce récit constitue le questionnement émouvant de cet homme fragile en quête d’origine et d’identité et qui devra peut-être uniquement se résoudre à « réécrire une histoire dont toute ma famille avait voulu me priver »

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

 


- 2 -



Nuala O'FAOLAIN
Best love Rosie
Sabine Wespieser
529  pages
26  euros

22-08-2008

 

    Rosie, cinquante-cinq ans, célibataire, sans enfant, est Irlandaise et a parcouru le monde depuis de nombreuses années (« Ce que je cherchais dans le voyage, c’était le mouvement lui-même. Il s’agissait d’avancer, envers et contre tout, vers des abris temporaires où le bonheur est possible ») mais elle ressent aujourd’hui le besoin de revenir sur les lieux de son enfance (Kilbride) où elle retrouve son univers inchangé et Min et ses amis avec quelques années en plus. Min, sa vieille tante (70 ans), l’a élevée avec son père à la mort de sa mère. Rosie ne connaît pas grand-chose de son histoire familiale. Min est également vieille fille et sans enfant. Elle se laisse un peu aller, est quelque peu dépressive et alcoolique. En parcourant des ouvrages pour tenter de l’aider, Rosie découvre des livres concernant le développement personnel, se dit qu’elle connaît bien les questionnements des cinquantenaires et envisage d’éditer un livre sur le sujet. Pour cela, elle contacte un ami irlandais émigré aux Etats-Unis impliqué dans le monde de l’édition. Pour aller le voir, elle se voit obliger de laisser Min dans une maison de repos. Mais Min ne supportant pas cette nouvelle vie rejoint Rosie aux Etats-Unis et c’est une révélation. Min revit, a des projets, des amis, retravaille et décide de rester aux Etats-Unis. Rosie s’en inquiète mais repart en Irlande où elle prend possession d’une vieille maison familiale isolée sur la côte irlandaise dont elle tombe amoureuse. Epaulée par ses amis, elle la remet en ordre et s’y installe. Mais même si elle tente d’y retrouver ses racines (sa mère et sa tante alors enfants ont vécu dans ce lieu), il est aussi particulièrement propice aux diverses interrogations qu’une femme de 55 ans célibataire et sans enfant peut se poser… Les personnages de Nuala O’Faolain sont terriblement attachants et les thèmes abordés sont multiples, toujours traités avec humanité (le ton est souvent joyeux malgré les doutes existentiels des personnages) et certainement proches de l’auteur (décédée à 68 ans en mai 2008) : le temps, vieillir et l’acceptation de son âge, la solitude, l’enfantement, la filiation, l’amour, la séduction, la famille, l’amitié, les rapports intergénérationnels, et non le moindre le bonheur ! Rosie et Min forment vraiment un couple singulier, très vivant et particulièrement attachant.

« De toute façon, je ne vois vraiment pas pourquoi on se donne tant de peine. On déploie mille ruses pour affronter le vieillissement, et quel est le résultat ? On meurt, c’est tout »

« Mais qu’est-ce que tu fais de l’amour ? n’ai-je pas pu m’empêcher de crier. Qu’est-ce que tu fais du désir ? Je n’arrive pas – j’ai beau essayer, Peg, je n’arrive pas à admettre que le monde me considère comme finie alors que je me sens encore en pleine vie. »

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 1 -



Hyam YARED
L'armoire des ombres
Sabine Wespieser
160  pages
18  euros

03-12-2006

 

    Premier roman d'une jeune libanaise ayant déjà publié des recueils de poésie. L'histoire se déroule à Beyrouth en 2005 alors que les manifestations se succèdent. Une jeune femme se rend à un casting et l'ouvreuse exige qu'elle laisse son ombre au vestiaire pour mieux appréhender le rôle. Le metteur en scène souhaite qu'elle soit dépouillée de tout et lorsqu'elle reviendra après avoir obtenu le rôle, il aura disparu. Les gens ne font que passer : "Tout le monde s'était volatilisé dans la rue. Avec la foule. Ils manifestaient pour qu'on leur rende la vérité". L'atmosphère est étrange. Elle accepte pourtant de jouer, sans scénario, sans décors mais devant un public toujours plus nombreux. Elle sort des ombres d'une armoire, ombres de femmes qu'elle met en scène avec force et émotion en s'incarnant en elles. Elle nous fait découvrir sa mère qui aurait préféré un fils puis Yolla l'avaleuse d'hommes, Greta violée à 16 ans, Lena serveuse d'un bar, Mona femme battue qui cherche à s'extraire de sa condition. Des destins de femmes dans un monde masculin qui dressent un tableau de la société libanaise contemporaine où les femmes (entre autres) trouvent difficilement leur place. Une découverte.

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Hyam Yared lus par Vaux Livres

 


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