« Il partait du principe que le pessimisme est un fabricant de naufrage. »
Nadine Monfils

Les comptes-rendus-avis de lecture de la librairie Vaux Livres

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Denoël

Sylvie LE BIHAN

Les sacrifiés
Denoël

380 pages | 09-08-2022 | 20€

« Les sacrifiés » est constitué de trois parties autour des trois hommes, personnages principaux du récit auxquels vient se joindre Encarnación, la femme qui fait le lien entre eux. Le récit se déroule entre 1925 et les années 2000 et entre l’Espagne, New-York et Paris. Juan Ortega appartient à une famille gitane, « Etre un Ortega, c’est porter dans son sang le courage et la mort. », notamment dans les arènes, mais Juan préfèrera les cuisines et deviendra cuisinier. Il sera embauché par Ignacio, un célèbre torero, un personnage haut en couleurs, amoureux de la vie, de la vitesse et du risque qui délaissera les arènes pour l'écriture et le monde intellectuel et artistique. Federico (Garcia Lorca), « ...un môme qui pleure l’enfance disparue... », « ... révolutionnaire car il n’y a pas de poète qui ne le soit pas. », issu d’une famille aisée n’abandonnera jamais son attachement au peuple qui souffre, qui lutte pour sa survie face à l’hypocrisie des bons bourgeois catholiques du pays, « Je serai toujours du côté de ceux qui n’ont rien et à qui on refuse jusqu’à la tranquillité de ce rien. ». Ces trois hommes seront liés de plusieurs façons. Par Encarnación, danseuse de flamenco, elle fascine tous les hommes, elle peut être aussi bien douce et prévenante que dure et arrogante. Ignacio abandonnera tout pour elle, Juan en tombera follement amoureux, elle sera l’égérie du monde intellectuel donc de Federico. Par le duende qui les relie tous, duende pour les toreros, duende pour les danseuses, duende pour tout un chacun : « ... il brûle le sang comme une pommade d’éclats de verre... il épuise... il s’appuie sur la douleur humaine qui n’a pas de consolation. ». Evidemment, ces liens s’établissent dans un cadre historique écrasant à l’impact puissant, la guerre civile espagnole puis la seconde guerre. Tout ceci fait de ce roman autour de personnages attachants (ayant existé pour certains), un texte envoûtant, riche, dense qu’on ne lâche pas.

« Chaque vie lissée de tourments, de peine et de labeur contient une étincelle de joie. »

« ... je dis que la poésie est en toute chose. Dans le laid, dans le beau, dans le dégoûtant ; le plus difficile est de savoir la révéler, réveiller les lacs profonds de l’âme. »

Ecouter la lecture de la première page de Les sacrifiés

Thème(s) : Littérature française


Caleb Azumah NELSON

Open water
Denoël

202 pages | 04-08-2022 | 19€

Il est photographe. Elle est danseuse. Ils se croisent pendant une soirée, elle est l’amie de son ami, mais un regard suffit, ils savent tous les deux, que quelque chose s’est passé, s’est noué, qu’ils se reverront dans le cadre d’une relation « honnête ». Ils se revoient rapidement, et puis encore, et puis encore. Ils se découvrent une vraie amitié, osent se regarder, se toucher, se confier, partager leur confrontation avec le racisme, le regard des autres, les présupposés violents dus à leur couleur de peau... Ils parcourent le sud-est de Londres ensemble dans les chaleurs de l’été, les évènements leur rappellent régulièrement leur couleur de peau, la peur est en lui et le mine. Mais les sentiments commencent de naitre, « Vous jouez l’un et l’autre à ce jeu aux enjeux trop élevés... », l’amour avance, le désir croît seconde après seconde sans qu’ils n'osent se l’avouer ou l’avouer à l’autre, « Donner un voix au désir, c’est lui donner un corps qui peut respirer et vivre. ». Comment aimer et vivre quand l’insécurité, la peur et le danger sont permanents ? Un superbe roman d’amour qui dissèque les sentiments qui traversent une relation amicale ou amoureuse, un portrait émouvant d’un jeune homme noir amoureux, mais dramatiquement paralysé par le racisme qui perdure même dans une ville annoncée depuis des décennies comme absolument cosmopolite.

Premier roman

« Tu découvriras bientôt que l’amour te cause de l’inquiétude, mais qu’il te rend beau. »

« Comment se débarrasse-t-on du désir ? L’exprimer, c’est semer une graine, savoir que d’une manière ou d’une autre elle va pousser. C’est l’admettre et se soumettre à quelque chose qui se situe à l’extrême limite de ta faculté de compréhension. »

« Il n’y a en vérité que deux scénarios possibles quand on écrit : un inconnu arrive en ville, ou bien une personne part en voyage. Les bons livres ne sont que des variations sur ces thèmes. »

« Ne rien faire avec quelqu’un, c’est lui faire confiance, et faire confiance, c’est aimer. »

« Deux solistes qui mènent des conversations si harmonieuses qu’ils ont du mal à se séparer. Vous n’êtes pas les musiciens mais la musique. »

« Tu sais qu’aimer, c’est à la fois nager et se noyer. Tu sais qu’aimer, c’est être entier, partial, une attache, une fracture, un cœur, un os. C’est saigner et guérir. C’est faire partie de ce monde, honnête. C’est installer quelqu’un près de ton cœur battant dans l’obscurité absolue de tes entrailles et avoir confiance dans le fait que l’autre te serrera très fort. Aimer, c’est faire confiance, et faire confiance, c’est avoir foi en l’autre. Comment pourrait-on aimer autrement ? »

Ecouter la lecture de la première page de Open water

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Carine Chichereau


Pauline DESMURS

Ma théorie sur les pères et les cosmonautes
Denoël

182 pages | 02-08-2022 | 17€

Pour le petit Noé, c’est la double peine : son père, tel un cosmonaute, est parti, le voyage est très long et son retour tarde ; Beatriz la compagne de sa mère, celle de qui il était très proche, celle sur qui il pouvait compter, celle qui l’écoutait, celle qui lui lisait des contes, est morte d’un cancer. Alors Noé plonge dans un désespoir profond, la mort est incompréhensible, il hurle de douleur, et la révolte gronde en permanence : « Je ne sais pas quoi faire de ma rage au bide, de mon vide au cœur, et de mes couteaux dans la tête. ». Dompter sa douleur, trouver un apaisement relatif, prendront du temps et passeront par plusieurs canaux et étapes. Sa voisine Coralie et sa petite fille Charlotte qui même si elle ne comprend pas tout lui offre une place de grand frère. Alexandre un vieux monsieur éprouvé rencontré au cimetière avec son gros livre et dont la mère a passé sa vie à rechercher Marina Tsvetaïeva, ils pourront partager leurs peines et Alexandre avec tendresse et sagesse lui apprendra que toutes les douleurs, même les plus vives et terrifiantes, peuvent s’estomper. Patrice l’animateur d’un atelier qui lui ouvrira les portes de la vidéo et lui proposera de devenir maître de son monde et de son destin, Noé décidera du moment où le mot fin s’affichera et la lumière s’éteindra. Noé, un enfant qui raisonnera peu à peu comme un grand avec beaucoup de souffrances, le parcours d’un gamin qui se prendra en charge pour s’éloigner progressivement de la mort et supporter les absences.

Premier roman

« Notre distance ne se mesure pas, nos liens échappent au système des chiffres. »

« Mais j’avais trouvé bizarre qu’on foute des voix dans des enveloppes. Comment peut-on les entendre, si on les enferme dans des murs de papier ? »

Ecouter la lecture de la première page de Ma théorie sur les pères et les cosmonautes

Thème(s) : Littérature française


Alessio FORGIONE

Crier son nom
Denoël

250 pages | 01-08-2022 | 21€

A Soccavo, un quartier pauvre et violent de Naples, à la fin des années 90, une bande de gamins-ados entre deux joints jouent au foot. Certains fréquentent encore l’école et à part le foot, restent souvent désœuvrés. Sur le terrain, on l’appelle Marocco, et il est le meilleur contrairement à l’école, où il est un cancre. Il rêve de foot avec son père, sa mère les a laissés seuls il y a plusieurs années et cela reste une vraie souffrance. Son père l’aime, même s’il a parfois la main dure, et tente de lui inculquer les valeurs dans lesquelles il se reconnaît, mais le quotidien, le quartier... Il lui a promis un scooter, mais cela reste une promesse... Le gamin décide de trouver l’argent nécessaire par ses propres moyens aidé par son pote Lunno. Et où se trouve l’argent facile à Soccavo ? La seule vraie lumière dans la vie de Marocco sera sa rencontre avec Serena, elle seule semble pouvoir le sauver d’un futur déjà écrit, un premier amour fulgurant et peut-être salvateur. Un portrait émouvant d’une bande de gamins nés au mauvais endroit avec un destin social tout tracé, si l’école ne sauvera pas Marocco, espérons que Serena le pourra !

« On vivait et tout à coup, sans raison, on mourait. Les choses se brisaient sans que personne les ait touchées. »

« Elle ne comprenait pas le fait qu’aimer quelqu’un est un malheur, parce qu’on se met entre ses mains et on devient comme les nuages : de petites formes délicates et faciles à détruire. »

« Parce que nous sommes juste des choses qui roulent dans une pente et qui tôt ou tard s’arrêteront. »

Ecouter la lecture de la première page de Crier son nom

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Lise Caillat


Alexandre GARABEDIAN

La compromission
Denoël

254 pages | 05-08-2021 | 18€

Dans un futur proche ou éloigné, chaque lecteur en sera juge, un jeune ambitieux Hugo-Theo proche du pouvoir met tous ses talents aux services des gouvernants. Sûr de lui, jamais de doutes, il est prêt à tout pour monter, monter, monter, le pouvoir, l'argent... les effets collatéraux lui importent peu. Paris est maintenant réservé à l’élite à laquelle il appartient, ceux qui pensent, ceux qui savent. A l’écart, les pauvres, les exploités, les assistés, poids handicapant pour la société, sont repoussés. C’est de ce côté que son frère Gaspard a choisi d’être. Alors quand sa femme rejoint le camp des sacrifiés, il interpelle Hugo-Theo. Restera-t-il dans son tour d’ivoire ou acceptera-t-il de remettre en cause ses choix et œuvrer contre le système qu’il défend aujourd’hui ? La question mérite-t-elle d’être posée... Un brûlot au plus près du cynisme et du mépris qui expose une version possible de notre futur (voire par certains côtés de notre présent) à moins que chacun de nous prenne en main notre destin commun et refuse la moindre compromission...

« La valeur d’un individu n’est que la somme de ce qu’il consomme »

« ... la fabrication d’infirmes du langage est la condition nécessaire à la création d’une nouvelle race de consommateurs. La vraie victoire aura été remportée lorsque l’humanité entière ne communiquera plus que par chiffres. »

« Le droit n’existe pas. Seule s’impose la loi du plus fort. »

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Thème(s) : Littérature française


Jessica KNOSSOW

La jongleuse
Denoël

121 pages | 29-04-2021 | 14€

Ophélie, 35 ans, est cancérologue et reprend le travail après la naissance de son troisième enfant. Elle attendait ce moment, donner la vie, donner de soi, se partager, prolongement d’elle-même, une naissance pour une renaissance. Mais le quotidien peut aussi peser, noircir le tableau idyllique de la maternité et de la naissance. Elle veut être parfaite, épouse parfaite, belle fille parfaite, mère parfaite, médecin parfaite. Attentive à ses enfants qu’elle a désirés, soucieuse de leur présent et de leur avenir. La course effrénée reprend, les biberons, changer les enfants, préparer à manger, travailler, soigner ses patients, espérer accéder à un nouveau poste… course sans fin, aveuglément, seule, sans jamais trouver quelqu’un à qui se confier, se sentir toujours au service de, sans pouvoir prendre de distance, de liberté… jusqu’à ce que l’épuisement la gagne et commence à produire ses premiers effets pour ne plus se reconnaître, sortir de sa vie. Un texte incisif, percutant, portait douloureux d’une femme, de la vie d’une femme, des souffrances d’une mère. Un livre à partager en couple pour peut-être ouvrir un dialogue fondateur et salvateur.

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de La jongleuse

Thème(s) : Littérature française


Sarah MARTY

Juste après l'amour
Denoël

298 pages | 04-01-2021 | 18€

Elle l’aime, elle pense son amour absolu et infini. Indestructible. Partage et confiance pour la vie. Et pourtant, elle va s’apercevoir qu’il la bafoue, qu’il ne l’a jamais vraiment aimée, regardée, qu’il la trompe certainement depuis le premier jour. Alors c’est la chute. Vertigineuse. Dangereuse. Ce sex addict devient l’Autre, l’Enfoiré puis le Salaud. Sa trahison l’obsède, questionnement ininterrompu, sur elle, sur lui, sur son amour, sur le désamour dans sa famille. Mais elle choisit de ne rien lui dire et observe cet homme devenu anonyme, ce traître. Elle, la reporter de guerre, qui a affronté la mort et le danger, se sent si fragile. Fragile mais enragée, dépitée et dégoûtée. Que faire ? Le frapper ? Le tuer ? L’envie de faire mal, de nuire et une haine latente s’installent. Où l’emmènera cette rupture ? Elle s’isole dans sa douleur mais rencontre un SDF qui va l’écouter, il connaît les drames familiaux et le désamour, alors il va l’aider. L’aider à se venger, à mettre un point final à cette histoire, à cette vie, pour mieux repartir sur le chemin d’une autre vie et peut-être de l’amour.

« Accepte l’inattendu, accepte ce que tu n’as pas demandé et qui te déstabilise, alors seulement tu pourras danser avec le chaos. »

« C’est l’amour qui tient les hommes debout, c’est la haine qui les fait tomber. »

Ecouter la lecture de la première page de Juste après l'amour

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Sarah Marty lus par Vaux Livres


Olivier BLEYS

Mon nom était écrit sur l'eau
Denoël

240 pages | 27-08-2020 | 19€

La famille Spautz règne royalement sur la mort au Luxembourg. Elle gère l’agence Lumières-de-l’Est (« Mourez, nous ferons le reste ») de pompes funèbres avec un quasi monopole. Depuis très longtemps. Depuis toujours. Enfin peut-être. De père en fils. La fille Janelle a déjà bien endossé le costume de croque-mort et s'apprête à initier son jeune frère. Mais, gros souci, le petit dernier, le successeur, Gabriel ne montre pas une motivation extrême pour suivre le chemin tracé par le destin familial. Sa rencontre avec son premier mort, Alphonse Pétrelle, le marquera à jamais. Alors que faire ? Baisser la tête et devenir agent de pompes funèbres dans la lignée ou relever la tête et faire ses propres choix. Il va pouvoir y réfléchir puisque son père, amoindri après avoir été foudroyé un jour d’alunissage…, l’inscrit dans une école de formation aux métiers du funéraire. Une étape qui va lui permettre de réfléchir à son avenir mais aussi de découvrir les secrets d’un passé bien enfouis de sa propre famille. Une plongée précise et souvent drôle dans le quotidien d’un métier ignoré : Jean Teulé avait portraitisé le jeune et joyeux mouton noir d’une famille intimement liée au suicide dans Le magasin des suicides, Olivier Bleys nous fait rencontrer avec bonheur son frère croque-mort débordant de vie : « Si fossoyeur j’allais devenir, ce serait d’un genre qu’on n’avait jamais vu, jovial, avec des habits de couleurs et le sourire aux lèvres, plutôt voyagiste de l’au-delà qu’escorte des endeuillés. »

Ecouter la lecture de la première page de Mon nom était écrit sur l'eau

Thème(s) : Littérature française


Mirko SABATINO

L'été meurt jeune
Denoël

280 pages | 06-08-2019 | 19.9€

« L’été meurt jeune » est la chronique d’un village des Pouilles au début des années 60. Au centre du récit, trois gamins de douze ans, Primo (le narrateur), Mimmo et Damiano, trois petits gars différents mais amis absolus et inséparables. La ville est calme, peu d’activités, tout le monde se connaît et tout le monde s’épie. Ils partagent leur vie de tous les instants, à l’école, en dehors, dans leur famille. Un jour, un groupe de gamins les agresse plus violemment qu’à l’habitude et ils décident de réagir, fondent un pacte à trois et décident que dès que l’un d’eux sera dans la difficulté, le clan réagira dans son unité, toujours à trois, et l’aidera. Ils ne font plus qu’un mais sans le savoir, c’est le début de la fin de leur enfance et de leur adolescence. Le clan devra œuvrer trois fois, une fois pour chacun d’eux, et à chaque fois, la violence deviendra plus prégnante et indispensable à leurs yeux. Ils sauront rester unis malgré les hésitations de l’un ou l’autre et découvriront à leur dépens que « ... certaines blessures ne cicatrisent pas, restent ouvertes à vie. ». Une bouleversante histoire d’amitié entre trois gamins que les histoires et les dérives d’adultes viendront anéantir dans un désespoir partagé, un vrai Pagnol qui finit en roman noir absolu !

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de L'été meurt jeune

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Lise Caillat


Olga LOSSKY

Risque Zéro
Denoël

332 pages | 28-07-2019 | 20.9€

On nous vend depuis quelques années la société idéale à risque zéro qui nous prend en charge de A à Z et donc nous surveille en permanence dans un monde aseptisé. L’homme maîtrise tout, prévoit tout, anticipe, gère… Evidemment, le monde médical n’est pas oublié et le système Providence en est l’incarnation. Les adhérents ont accepté une puce sous-cutanée qui contrôle leur santé et leur environnement. Le logiciel a pris la main sur leur vie. Agnès, anesthésiste, bien que pas totalement convaincue a adhéré comme son mari, Victorien, l’un des concepteurs du projet. Agnès n’est à l’aise ni dans son monde « simplifié, sécurisé », ni dans celui de ses grands-parents qui ont choisi de vivre loin du sien, isolés, en autarcie. Son existence va être chamboulée et bouleversée après le décès lors d’une opération d’une adhérente de Providence. Agnès se retrouve au centre de la polémique et de l’ouragan médiatique. Elle choisit de fuir avec en Afrique du Sud avec ses enfants, son grand-père et le chien, coupure radicale pour retrouver une vie moins encadrée, moins dirigée, avec moins de confort, mais plus d’humanité où l’erreur et l’échec redeviennent à l’ordre du jour. Retrouver l’acte de soigner, être « juste sensible à la personne qu’elle a en face d’elle. », « des humains qui soignent d’autres humains comme on peut. ». Risque zéro nous offre une belle réflexion sur la société de demain, nous interroge sur le risque zéro, sur la gestion numérique de notre santé (et du reste), sur la perte d’une certaine humanité et donc sur la liberté. Elle réussit néanmoins à ouvrir quelques fenêtres ténues sur un retour à l’humain…

Ecouter la lecture de la première page de Risque Zéro

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Olga Lossky lus par Vaux Livres


Sarah MARTY

Soixante jours
Denoël

288 pages | 15-04-2018 | 20€

Un mur s’écroule dans une propriété fatiguée des Yvelines et la propriétaire découvrira le périple exceptionnel de Yoldas, un maçon kurde qui a choisi ou subi l’exil, et qui lui propose son aide. Yoldas va se confier et Sarah Marty nous livre son témoignage qui donne corps et visage aux migrants, une incarnation absolue. L’exil du peuple kurde est singulier, ces apatrides quittent un pays qui n’est pas le leur et pourtant, la décision est douloureuse, abandonner son histoire, abandonner les siens, un sacrifice, une lourde culpabilité à surmonter. Ils vont se retrouver à quatorze. Progressivement le groupe va se former, se connaître, s’unir et ne former plus qu’un (« Il n’y a pas de victoire individuelle… »). Chacun a sa propre histoire, son vécu, ses souvenirs, les évoquera timidement alors que ses compagnons ne poseront que peu de questions, accepteront les silences ou les confidences. Une solidarité et une fraternité sans faille jaillira dans l’adversité des chemins de l’exil. Ils ont décidé de fuir la peur (« Il veut vivre dans un pays où les mots ne font pas peur, où ils ont le droit d’être écrits, d’être lus, d’être aimés comme d’être détestés. Il ne veut plus être muselé. »), de s’en éloigner et néanmoins durant ce périple, elle sera là, omniprésente, de tous les instants, dans tous les lieux, étouffante et inquiétante. Chacun aidera son compagnon à la supporter, à l’oublier pour quelques brefs instants, voire à rêver ensemble d’un futur souriant. Ces surhumains continueront, résisteront (« Dans quelles ressources a-t-il puisé pour échapper à sa peur ? »), face à l’inhumanité de ce voyage, face à la brutalité et l’avidité insatiable des passeurs. Ils côtoieront la mort, la peur, la faim, la violence mais le groupe toujours se dressera pour tenter de rattraper les épuisés, les exténués prêts à renoncer. Un récit puissant, haletant et terriblement émouvant pour ne pas oublier que chaque jour, sur les chemins européens, au bout de notre jardin, dans les mers qui bordent nos côtes, des hommes, nos frères, subissent un exil contraint et périlleux et perdent toujours un bout de leur histoire et parfois leur vie.

Premier roman

« Je veux aller dans un pays où le soleil se lève, je vais où les rires sont permis et où les couvre-feux n’existent plus. »

« … on ne reconstruit pas sur des ruines, sur des corps de femmes, d’enfants, d’hommes. On ne peut pas rebâtir sur des âmes sans être persécuté par leurs cris. Il faut fuir. Oui, s’offrir un autre destin. Yusuf aime l’idée de poser quelque part des fondations sur une terre qui n’a pas été nourrie de sang. »

Ecouter la lecture de la première page de Soixante jours

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Sarah Marty lus par Vaux Livres


Ivan REPILA

Le puits
Denoël

111 pages | 11-11-2014 | 11€

Ils sont deux frères. Unis. Au fond d’un puits. Un petit monde caché sous un autre. Une vie laborieuse loin de la Vie. Il semble qu’ils ne puissent s’échapper. Pourquoi se sont-ils retrouvés là, coincés. Il faut bien survivre en attendant, en attendant la fin mais quelle fin ? Le plus petit est faible alors que le plus grand tente de garder la forme, mais pour quoi ? Il faut préserver chaque goutte d’eau, chaque bout de ver de terre pour prolonger la vie. Ne pas sombrer dans la folie et ne pas abandonner. Partager et surtout ne pas craquer. L’interdit : ne pas se servir dans le sac de commissions qu’ils doivent rapporter à leur mère au village. Le grand imagine leur fuite, mais dans son scénario, un seul pourra sortir, le petit. Sacrifice. Il le faut. "Le puits" est un texte aussi court que dense, conte philosophique qui vous étouffe, vous aspire dans un univers noir et angoissant, débordant de métaphores qui invitent à une relecture immédiate.

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de Le puits

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Margot Nguyen Beraud


Marie-Renée LAVOIE

Mr Roger et moi
Denoël

254 pages | 20-05-2014 | 16€

Hélène, la narratrice, est une gamine de 8 ans et elle aimerait bien être le narrateur puisqu’elle se fait appeler Joe. Garçon manqué, aventureuse et volontaire, « exaltée devant les plus petits frétillements de la vie », passionnée, elle nous fait partager la vie de sa famille et de son quartier, un père prof légèrement désespéré, une mère assez silencieuse et ses sœurs. Le quartier est populaire, peuplé de personnages cabossés, blessés de toute part par la vie, santé, argent… Et puis, au milieu d’eux, Monsieur Roger, un vieil homme qui boit en râlant et en attendant sa dernière heure. Ils se rencontrent, l’amitié naît, ils peuvent alors veiller l’un sur l’autre. Un texte (au vocabulaire québécois parfois déroutant) fantaisiste, sensible, tendre, débordant d’émotions et d’humour.

Ecouter la lecture de la première page de Mr Roger et moi

Thème(s) : Littérature étrangère


Tuomas KYRÖ

Les tribulations d'un lapin en Laponie
Denoël

332 pages | 03-05-2012 | 19.5€

Vatanescu vit en Roumanie avec sa famille dans une pauvreté extrême. Même ses rêves demeurent tristes, pourtant il aimerait tant offrir à son fils Miklos la paire de chaussures de foot dont il rêve. Vatanescu espère avoir trouvé la solution en rejoignant « l’entreprise » d’un trafiquant russe, marchand d’esclaves moderne qui ne recule devant rien pour accroître son pouvoir et sa richesse. Il rejoint les trottoirs d’Helsinki, mendiant sans papiers le jour, une caravane pour dormir à partager avec un camarade d'infortune. Mais la machine se dérègle rapidement et il est contraint de fuir. Lors de cette fuite, il fait La Rencontre ! Un lapin blessé lui tombe dans les pattes et ne le quittera plus : « Toi, mon lapin, je te protège, mais je ne te possède pas. Nous sommes frères ». Ce couple improbable pourchassé par la mafia et la police entre autres prend alors la route et part à la rencontre de Finlandais hauts en couleur, pour la plupart atypiques et sympathiques mais aussi du mode de vie si classique des pays développés. Ils approcheront aussi bien un vieil ours perdu la campagne finlandaise que les arcanes du pouvoir, pourtant Vatanescu n’oubliera jamais son but premier : offrir un paire de crampons à son fils ! Cette épopée burlesque voire ubuesque, hommage à un célèbre quadrupède finlandais et à son auteur, vous épatera par sa verve, sa bonne humeur et son ironie. Très rafraîchissant.

Premier roman

« Le yaourt promettait à l’homme stressé d’aujourd’hui ce que l’Eglise lui faisait auparavant miroiter. Le vie éternelle, un bon équilibre psychique, plus d’énergie au travail et le paradis après la pénitence. Pour y parvenir, il n’était même plus nécessaire de mourir, juste de vivre. Le yaourt avait un sale goût, mais on n’a rien sans rien. La sainteté a toujours été le fruit de privations et de souffrances. »

« La réalité l’avait frappé au visage comme un torchon trempé dans du lait, rien n’empêchait la vieillesse, pas même la réalisation d’un rêve de jeunesse. »

Ecouter la lecture de la première page de Les tribulations d'un lapin en Laponie

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Anne Colin du Terrail


Guillaume LEBEAU

Frédéric RÉBÉNA

Stieg Larsson avant Millenium
Denoël

12-01-2012 | 13.5€

Guillaume Lebeau revient sur la trajectoire de Stieg Larsson épaulé par le dessin de Frédéric Rébéna. Trois instantanés permettent de mieux connaître l'homme et donc de mieux appréhender sa fameuse trilogie : son enfance avec ses grands-parents loin de la ville, un voyage chez les amazones d'Erythrée à la recherche d'un encadrement militaire et enfin la création de la revue Expo en pleine ascension de l'extrême droite. Le rythme est vif et l'homme attachant. Le dessin en noir et blanc et le trait de crayon sont en symbiose totale avec ce récit. Un joli prolongement de l'inoubliable trilogie.

Thème(s) : Adulte Bandes dessinées

Les titres de Guillaume Lebeau lus par Vaux Livres


Khadi HANE

Des fourmis dans la bouche
Denoël

150 pages | 11-08-2011 | 14.7€

Khadîdja est née au Mali. Elle réside aujourd’hui dans le quartier Château-Rouge à Paris, et élève seule ses quatre enfants. Le plus âgé s’éloigne la haine dans les yeux, les petits subissent les lourds tracas du quotidien. L’argent manque, constituer le menu de chaque repas est un combat. Khadîdja, musulmane pratiquante mais en proie au doute devant les épreuves que lui fait subir son Dieu et sa surdité, est au centre des commérages du voisinage et de sa communauté. Mise à l’écart, elle vit seule, sans mari, et en outre, elle a aimé un Blanc ! Même si elle continue d’aider ceux restés au pays, la communauté la juge. Le tunnel parisien est long, très long, et pénible, et Khadîdja commence de chercher une issue de secours… Un texte qui dépeint avec réalisme, dureté mais non dénué d’humour l’âpreté du quotidien d’une femme africaine éprise de liberté, française sans oublier ses origines et sa culture africaines.

« On dit que quand Dieu est heureux, Ses anges fredonnent un air d’Afrique. »

« Il leur fallait tout le temps de l’argent. Pour se soigner. Pour manger. Pour se marier. Pour les gosses. Pour un baptême. Pour tout. L’épée me suivait partout. Dans mon sommeil. Au marché. Dans la rue. »

« La culpabilité d’être pauvre en France me bouffait le moral, le physique et le mental, elle me rendait la vie plus dure encore. »

« J’avais fini par me lasser de Paris, de ses habitants grincheux, de son bruit, de son caquetage et par-dessus tout de ses promesses jamais tenues. Tout était devenu si pénible à porter. Cité cruelle aux formes avenantes, ville-putain plutôt que ville-lumière, elle ne cessait de remplir sa cargaison d’amants, alors qu’elle n’avait plus rien à offrir. »

« Mais tant que le pauvre a faim, il brave le législateur. »

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Khadi Hane lus par Vaux Livres


Natacha BOUSSAA

Il vous faudra nous tuer
Denoël

175 pages | 18-08-2010 | 16.25€

Lena a 27 ans en mars 2006. Elle mène de front ses études et un travail "alimentaire" comme hôtesse d’accueil dans une entreprise. Quotidien très éloigné de son sujet d'étude et de prédilection, le poème d’Antonin Artaud, « Van Gogh, le suicidé de la société ». Mars 2006 fut marqué par les manifestations anti-CPE et Lena retrouva ses anciens amis, qui ont vieilli et suivi des voies différentes. Les trois semaines de manifestations seront l’occasion de parler de leur vie, de leurs convictions, de leurs espoirs pour certains, de leurs désespoirs pour d’autres, et toujours de leur quotidien. Les discussions ou réflexions abordant tous les thèmes (politique, démocratie, intellectuels, amour, avortement, SDF, mort, suicide, art, folie…) seront vives et animées. Sorte de bilan aussi cruel que réaliste d’une génération, ce texte enrichi de nombreuses citations (Debord, Artaud) montre une génération sacrifiée par une société bloquée où acquérir un logement, trouver un emploi, choisir librement ses loisirs, accéder à la culture demeurent souvent inacessibles pour la majorité. Le rythme est rapide, vif et le récit laisse augurer (espérer ?) qu’une rébellion salvatrice a planté ses germes au cours de ces trois semaines sauf si Chateaubriand avait vu juste...

Premier roman

Thème(s) : Littérature française


Alan BENNETT

La mise à nu des époux Ransome
Denoël

12 pages | 20-06-2010 | 12.15€

De retour de l’opéra, les époux Ransome, anglais représentatifs de la petite bourgeoisie, ont la désagréable surprise de découvrir leur appartement cambriolé. Mais il s’agit d’un cambriolage singulier : tout a littéralement disparu, l’appartement est totalement vide, tout, absolument tout, a été emporté. Tandis que son époux s’évertue à identifier les auteurs de ce crime, Madame Ransome s’adapte rapidement à son environnement et y voit presqu’une change, en tous cas, un nouveau départ, une nouvelle vie. Tous les gestes quotidiens sont prétextes à de nouvelles découvertes, elle explore les gestes les plus simples de la vie, rencontre ses voisins, les petits commerçants de son quartier. Mais son mari n’en démord pas, il faudra trouver les coupables ! Britsh, so british !

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Pierre Ménard


Jean-Philippe DEPOTTE

Les démons de Paris
Denoël

515 pages | 11-05-2010 | 20.3€

Dans le Paris du début du XXème, Joseph qui va prochainement être ordonné prêtre, se dit capable de converser avec les morts et sa réputation grandit au point que le peuple le surnomme Saint-Joseph des Morts. Joseph n’hésite pas à braver le danger pour tenter de percer les mystères de l’après-vie. En outre, ses recherches lui prouveront rapidement qu’il n’est pas le seul dans Paris à s’intéresser à ce sujet ! Son enquête l’emmènera au plus proche du pouvoir officiel et souterrain : la Présidente Desnoyelles, le préfet Lépine, le tsar Nicolas II en visite exceptionnelle dans le métro, Fulgence Bienvenüe et ses jumeaux, Lénine préparant sa Révolution, le Paris occulte avec le Grand Kahn directement venu de l’Enfer et sa Horde (sauvage) d’Or, sa fille Lucrèce, Gérard Encausse dit Papus qui espère maîtriser le passage du monde des humains aux enfers en respectant la règle de l’équilibre un humain contre un démon ! Entre thriller, roman historique, roman fantastique, polar, aventure, Jean-Philippe Depotte mêle avec tact la fiction et la réalité dans un Paris du début du siècle qui se cherche entre modernité et passé ; ses personnages écrivent une histoire fantastique et périlleuse avec une trame qui malgré quelques petits détours inutiles plongera le lecteur dans les gouffres de l’enfer… Imaginatif !

Premier roman

« Newton a observé les objets inanimés et a compris que l’Univers n’a pas besoin de Dieu pour ordonner les astres et les planètes. Darwin a observé les plantes et les animaux et a compris que la Vie n’a pas besoin de Dieu pour créer les espèces et concevoir l’Homme. Aujourd’hui, en observant les morts, Joseph Sterbing a découvert que l’Au-delà n’a pas besoin de Dieu pour juger les âmes ! »

Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir


Serge MESTRE

La lumière et l'oubli
Denoël

379 pages | 16-10-2009 | 20.3€

La guerre d’Espagne continue de bouleverser, d’intriguer, d’intéresser, une période où les hommes (« Des hommes » comme dirait Mauvignier) se sont révélés dans leur vérité profonde, intrinsèque. L’histoire débute en 1953 lors de l’évasion de deux jeunes femmes Esther et Julia (18 et 13 ans) lors du transfert d’un couvent organisé par les militaires et les sœurs. Le roman au gré d’allers-retours dans le temps détaille le destin réservé aux enfants des « Rouges », des Républicains, par le régime franquiste. Esther et Julia seront placées dans un couvent et subiront la cruauté à l’état brut des sœurs et autres curés, petits bras armés du régime. Un régime sur lequel le roman revient : les horreurs, les tortures, le mépris, la haine et l’arrogance des Franquistes réduisent à néant l’humanité pendant que certains résistent, des Héros, ce qui n’empêche pas l’avenir de demeurer problématique : comment vivre après ? les conséquences d’un tel traumatisme peuvent-elles s’amoindrir ? Un livre prenant, grave et dur qui revient sur un passé proche toujours aussi présent.

Thème(s) : Littérature française


André BUCHER

La Cascade aux miroirs
Denoël

180 pages | 01-09-2009 | 16.25€

Sam Démon est chauffeur de car et pompier volontaire dans un petit village du sud-est de la France dans le Jabron et la montagne des Baronnies. L’homme vit toujours avec sa mère Elise et n’a jamais connu son père dont il ne connaît pas l’identité. Sa mère voue une dévotion extrême et étrange à une cascade asséchée et entourée de miroirs. Mais Sam étouffe et le jour où un gigantesque incendie se déclare, son destin bascule. Il trouve un homme décédé dans les flammes et endosse son identité. Il devient mort pour le village et pour sa mère et prend la route sur les traces du jeune ornithologue dont il a usurpé l’identité. Il s’installe dans sa maison près des Saintes-Marie-de-la-mer mais ne pourra se satisfaire totalement de sa nouvelle identité et surtout échapper à l’emprise de sa mère. Un retour aux « sources » pourra-t-il éventuellement ramener son fantôme à la réalité ? Un roman à l’écriture raffinée et aboutie qui navigue entre cette Nature ambivalente qui exerce toute sa puissance sur des personnages esseulés et l’intimité, les tourments et la psychologie de ces personnages.

Thème(s) : Littérature française


Samuel CORTO

Parquet flottant
Denoël

189 pages | 24-08-2009 | 16.25€

Le titre aurait pu être aussi « Ubu au pays de la justice » tant ce texte est un témoignage impertinent de la folie surréaliste de la justice ce qui serait sans conséquences si au centre de ce naufrage ne se trouvaient les hommes. On sent le vécu ! Etienne Lanos ancien avocat vient d’être nommé substitut du procureur dans un tribunal de province, nouveau substitut atypique que la loi des statistiques n’arrive pas à émouvoir et qui aborde son métier avec le justiciable au centre de ses préoccupations et un questionnement de tous les instants comme un regard acerbe sur ses collègues et son institution. Le texte alterne les témoignages concrets, les explications pédagogiques sur le fonctionnement quotidien de la justice et les réflexions du narrateur ce qui procure un ensemble drôle, grinçant et alerte sur ce corps intouchable et ses dérives actuelles.

Premier roman

« Pardonnez-moi, mais je ne suis pas d’accord : la justice n’a pas à s’identifier à la victime. En aucun cas. C’est le prévenu qu’elle juge et personne d’autre. C’est lui qui compte, dans sa faute et dans sa présomption d’innocence ; on ne condamne pas pour faire plaisir à la victime. Or, tout s’inverse aujourd’hui. »

Thème(s) : Littérature française


Arto PAASILINNA

Le Cantique de l'apocalypse joyeuse
Denoël

324 pages | 22-08-2008 | 20.3€

Asser Tropainen, 89 ans, dernier bolchevik de la planète, athée convaincu, va mourir. Il appelle alors son petit-fils Eemeli pour lui faire part de son testament dans lequel il demande la création d’une fondation funéraire pour l’édification d’une église ! (« … il ne croyait pas en Dieu ni même trop en Jésus, mais il trouvait plaisant, en un sens, d’édifier une église. L’idée lui en était venue par pure malice. En souvenir, en quelque sorte. »). Tâche originale pour cet ancien PDG d’une société de construction de chalets. Asser meurt effectivement peu de temps après leur rencontre et Eemeli commence de respecter le testament : trouver le lieu idéal d’implantation, obtenir l’autorisation de construction... Une réunion arrosée dans un sauna avec quelques membres de la commission l’autorise à débuter les travaux. Ils continueront malgré le rejet de la demande d’autorisation. Quelques écolos soutiennent son projet, le rejoignent et s’installent à proximité dans des maisonnettes qu’Eemeli leur fait construire. L’installation de l’église progresse et la communauté s’agrandit jour après jour. Elle apprend à vivre en autonomie et à exploiter le plus rationnellement possible les ressources naturelles (pêche, chasse et culture donnent lieu à de superbes descriptions de la nature finlandaise). Une crise mondiale qui couvait éclate, les économies s’effondrent, la troisième guerre mondiale se généralise et le monde moderne disparaît finalement suite à l’apocalypse engendrée par une comète. La communauté en réchappent et saura s’adapter au changement de climat en découlant. Arto Paasilinna a vraiment l’art de créer des récits attachants et enrichis d’anecdotes truculentes toujours avec humour (même si le Pasteur Huskonnen de l’an dernier reste un modèle du genre).

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Anne Colin du Terrail

Les titres de Arto Paasilinna lus par Vaux Livres


Richard MORGIÈVE

Miracles et légendes de mon pays en guerre
Denoël

331 pages | 30-08-2007 | 20.3€

Fin de printemps 40 en France, l’exode bat son plein. Sur la route, un quintet inhabituel : un proxénète, trois putes et un enfant ! « Les Benz » sont partout. Le bébé meurt mais Saint-Jean, le proxo, en retrouve un abandonné au bord de la route et l’adopte. Et l’histoire d’amour entre ces adultes et cet enfant est lancée. L’exode les amènera dans un lieu magique, étrange, au bord de marais et d’un fleuve, où Saint-Jean annexera une maison abandonnée, la Riviera, pour créer un nouveau bordel. Tous les protagonistes de cette période en profiteront (« Les collabos avaient beau se faire du gras sur le dos de la population, ça les empêchait pas de vouloir de la pute et les résistants, plus maigres peut-être, en voulaient pareil. ») et nous feront vivre par un angle inhabituel les drames et exploits d’une France alors vaincue. Une écriture très singulière et personnelle, inventive, explosive et rythmée pour ce mélo joyeux.

« La guerre c’est l’exode pour les Made in France et pour Saint-Jean il y a deux sortes de Made in France : les exodés et les exodards. Les exodés c’est ceux qui l’ont toujours dans le baba. L’avaient avant que le Benz se pointe, l’auront après. Plus profond bien profond, ils sueront pour les nouveaux patrons, danke schön bite au cul ! Les exodards eux se débrouillent pour ne pas l’avoir. L’exodé se fait piquer et en crève vite ou moins vite. L’exodard, le dard, il le montre aux cons et leur met profond et à satiété disait Saint-Jean. »

« C’est comme ça que ça marche la génération, les parents font chier les gosses et les gosses s’en souviennent pas. Faut attendre quelques années pour que la haine vienne à l’enfant et le sauve. »

« Sans Dieu, l’homme pourrait vivre sa liberté dit le mac comprendre qu’il n’y a ni bien ni mal que de la vie et de la mort. »

Thème(s) : Littérature française


Arto PAASILINNA

Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen
Denoël

307 pages | 05-07-2007 | 20.3€

Le pasteur Oskar Huuskonen a la cinquantaine difficile, ses rapports avec sa femme, ses paroissiens et la religion, avec sa hiérarchie se troublent. Ses prêches deviennent enflammés et véhéments. Pour son anniversaire, ses paroissiens lui offrent un petit ourson orphelin. Le pasteur le baptise Belzeb... et décide de l’adopter. L’ourson l’accompagne dans tous ses déplacements et Oskar lui construit un abri pour son sommeil hivernal. Les relations avec son entourage s’aggravent alors que Sonia, une éthologue, vient observer l’ourson et observera même un peu plus que l’ourson ! Oskar est mis en congé et décide de prendre la route avec son ourson et Sonia. Belzeb élève doué apprend très vite à leurs côtés les gestes de la vie quotidienne. Aucun évènement ne les séparera. Nous suivons avec jubilation leur traversée mouvementée de toute l’Europe jusqu’à Malte avant un retour pour une vie plus paisible dans une zone isolée et sauvage de la Finlande. Paasilinna nous offre encore une épopée hilarante avec des personnages attachants et où un ours vaut bien un lièvre !

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Anne Colin du Terrail

Les titres de Arto Paasilinna lus par Vaux Livres





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