'L'Histoire, c'est la passion des fils qui voudraient comprendre les pères.'   Pier Paolo Pasolini

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Actes Sud




- 137 -



Aro SAINZ DE LA MAZA
Les muselés
Actes Sud
368  pages
22.8  euros

03-07-2017

 

    Le corps d’une jeune étudiante « presque modèle » est retrouvé à peine caché sous des feuilles dans la banlieue de Barcelone. L’inspecteur Milo Malart, chargé de l’enquête accompagné de la sous-inspectrice Rebeca, reconnaît en elle l’archétype de l’étudiante barcelonaise d’aujourd’hui étouffée par une crise toujours aussi violente : elle est issue d’une famille modeste, travaille dans un cabinet d’avocats au service des recouvrements (très occupé en ce moment !) et complète en faisant l’escort-girl. L’homme en est ému et sa colère en sort renforcée. Alors que l’enquête piétine, un des associés du cabinet d’avocats est également retrouvé assassiné et dans le même temps, un sadique s’amuse à empaler des chiens et à les exposer dans les parcs publics. La pression s’accroît sur les enquêteurs et Milo redoute que le coupable soit l’un de ces exclus, de ces muselés, qui, écrasé par l’économie agonisante et la crise, ait décidé de se venger. Un inspecteur un peu bancal mais touchant, « légèrement éreinté » par ses soucis familiaux, par sa solitude, par sa clairvoyance qui l’empêche de prendre le train de Podemos même s’il adhère à leurs idées, un portrait réaliste de Barcelone au cœur de la crise et des habitants des quartiers populaires, et une intrigue efficace.

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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller
Traduction : Serge Mestre

 


- 136 -



Patrick DE WITT
Heurs et malheurs du sous majordome Minor
Actes Sud
395  pages
23  euros

19-06-2017

 

    Lucien Minor, dit Lucy, pense avoir trouver sa place loin de sa petite et triste bourgade : il prend le poste de sous-majordome au château von Aux, demeure lugubre digne des plus horribles contes, sur lequel règne M. Olderglough. Lucy est fier quand on fait appel à lui, mais souvent libre, il observe et ausculte ce lieu insolite occupé par une population atypique, aussi étrange qu’inquiétante. Il tombe amoureux de Klara une jolie jeune femme également convoitée par le soldat Adolphus. Il découvre un monde où le mensonge est la règle et la perversité l’habitude. Une comédie de mœurs grinçante, noire, folle et totalement décalée, à lire avec une gousse d'ail à proximité !

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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Emmanuelle et Philippe Aronson

 


- 135 -



 NIMROD
Les jambes d'Alice
Actes Sud
142  pages
16.3  euros

16-04-2017

 

    Le narrateur est professeur de français au Tchad, une vie bien installée avec sa femme et sa petite fille. Mais la guerre bouleverse les vies et la guerre civile au Tchad pousse les habitants de N’Djamena à retrouver le calme des campagnes. Le jeune prof croise alors Alice, et ne peut repousser ses fantasmes, les jambes de son élève le fascinent. C’est la guerre et il franchit le pas, ose, se lâche et ils partent ensemble pour assouvir leur passion. Mais le fantasme réalisé, que deviendront-ils ? Que deviendra-t-il ? La guerre ne permet qu’exceptionnellement de fonder des projets de vie… Une écriture subtile et sensuelle, une prose poétique à lire à voix haute pour mieux appréhender l’amour infini du narrateur pour les femmes tchadiennes mais aussi la guerre et ses implications.

« Les pieds montent et tanguent dans l’espace – qui s’en trouve poli, – atterrissent et, de nouveau, rebondissent. Rien de violent, rien que de la souplesse. L’eau, l’air et le vent sont leur royaume. »

« … la beauté n’offre aucun recours devant un fusil d’assaut. »



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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Nimrod lus par Vaux Livres

 


- 134 -



Aki SHIMAZAKI
Suisen
Actes Sud
162  pages
15  euros

18-03-2017

 

    Aki Shimazaki continue son chemin, elle nous propose un nouvel opus dans sa série en cours, chaque (court) volume pouvant être lu indépendamment des autres et proposant sous un angle différent l’existence des mêmes personnages tout en dressant un portrait tout en nuance du Japon, de son histoire et de ses coutumes. Cette fois, dans Suisen (narcisse en Japonais) le personnage central, Gorô, à la tête d’une société prospère de spiritueux, n’est guère sympathique : sûr de lui, ambitieux, arrogant, égocentrique, méprisant, il s’est construit deux vies. Dans la première, il est l’homme au foyer qui entretient sa femme effacée et ses deux enfants, pour lesquels il a déjà fixé l'avenir. Dans l’autre, adepte des partys, il entretient deux maîtresses, dont une célèbre et superbe actrice. Il pense être au centre de ce monde, croit en l’admiration de tous, exhibe les portraits de ses rencontres avec les célébrités actuelles, il est en effet très fier de ce qu’il a construit et le doute est une notion qui lui est inconnue : « Je suis tout le temps entouré de nombreuses personnes. Les partys me plaisent. Je ne rencontre personne de façon désintéressée. Je me vante de rencontrer des célébrités en montrant leurs photos avec moi. Tout le monde m’envie... » Jusqu’au jour où ce monde s’écroulera brutalement, en lui rappelant qu’il demeure un « enfant blessé » et que les failles de son enfance qu’il avait feint d’oublier sont encore à vif… Et il fallait au moins cela pour que Narcisse voit enfin sa véritable image dans le miroir…

« Les femmes aiment aimer, et les hommes aiment être aimés, voilà ce que je crois. »



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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Aki Shimazaki lus par Vaux Livres

 


- 133 -



Sinan ANTOON
Seul le grenadier
Actes Sud
320  pages
22  euros

05-03-2017

 

    Jawad est le fils cadet d’une famille chiite de Bagdad en plein règne de Saddam Hussein. Son père exerce un métier primordial pour la communauté, il lave et purifie les morts, les prépare avant de les remettre aux familles pour l’enterrement. Jawad aimerait échapper à son destin sur les traces de son père, et ainsi repousser quelques instants la mort : il espère devenir sculpteur au désespoir de son paternel, faire le choix de l’art qui « … permet à l’enfant enfoui dans l’adulte de s’épanouir. Il lui donne la liberté de jouer et de célébrer le monde et sa beauté. ». Au cœur de la guerre, les morts s’enchaînent, la mort étend son linceul et peu à peu rattrape Jawad et l’étreint, l’étouffe : « Mais, à l’époque, la mort était plutôt pudique et réservée, tandis que celle d’aujourd’hui ne nous lâche plus, elle s’est éprise de nous jusqu’à l’obsession. ». Les rêves disparaissent, ses études ne sont plus qu’un lointain souvenir, et le départ impossible, son destin comme le grenadier est au cœur de ce pays, Jawad prendra la succession de son père à sa mort. Il vit alors dans une grande solitude tandis que la frontière entre la vie et la mort s’estompe. Quotidien et chronologie d’une ville ravagée par les combats et les haines, d’un pays qui s’efface progressivement et douloureusement et des hommes qui l’habitent : éprouvant et hélas toujours d’actualité !

« Tous ces termes m’étouffaient, comme si c’étaient des clous rouillés dans mes poumons : chiite, sunnite, chrétien, juif, mandéen, yazidi, kitabi, rafidite, nasibite, athée. Si seulement je pouvais les effacer ou enterrer des mines dans la langue et les faire exploser pour qu’on ne puisse plus les employer. Mais encore, cela ne changerait pas le sens que portent les mots et les idées qu’ils symbolisent. Me voilà qui utilise, à mon tour, la langue du massacre et de la destruction. »


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Leyla Mansour

 


- 132 -



Carla GUELFENBEIN
Etre à distance
Actes Sud
315  pages
22.5  euros

08-02-2017

 

    Vera Segall, romancière octogénaire, meurt dès le début du roman et néanmoins, elle est au centre du récit. En effet, l’admiration que lui vouent les autres personnages, même à 80 ans elle les happe, la révèlera totalement au lecteur. Vera Sigall est tombée accidentellement, l’enquête tout du moins semble se diriger vers cette conclusion alors qu’elle est plongée dans le coma. Son jeune voisin, Daniel, l’admirait profondément et doute de l’enquête. Malgré sa vie d’architecte, sa jeune et belle femme, il éprouve une fascination évidente pour Vera et continue d’aller la visiter à l’hôpital. Il y rencontre Emilia, une jeune franco-chilienne venue pour faire une thèse sur Vera et son œuvre et qui souffre d’un trouble handicapant ; elle commença une nouvelle vie à 8 ans après un accident, « Une vie où mon corps se retrouva à l’envers. Un corps que personne ne pouvait toucher. » Elle vient sur la recommandation de Horacio, un poète qui a aimé Vera et dont l’œuvre s’invitera étonnamment dans le travail d’Emilia. Tour à tour, Emilia, Daniel et Horacio prennent la parole, se confient et dressent le portrait de Vera mais aussi nous parlent d’amour et de non-dits permettant ainsi au lecteur de découvrir une double histoire d’amour et un secret final inattendu. Comme à son habitude, Carla Guelfenbein sait tenir en haleine le lecteur et explore avec retenue la diversité des sentiments de ses personnages toujours attachants en nous offrant ainsi un récit parfaitement maîtrisé et sensible.

« Tu me disais souvent que toute la richesse d’un créateur, c’étaient ses fractures, ses incertitudes, ses questions et ses faiblesses, le doute constant de la raison ultime des choses. »

« Et je me dis que le bonheur et la douleur allaient ensemble et que nous ne pouvions pas savoir à l’avance quand l’un ou l’autre prendrait l’avantage. »


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Claude Bleton

Les titres de Carla Guelfenbein lus par Vaux Livres

 


- 131 -



Jo WITEK
Y a pas de héros dans ma famille !
Actes Sud
135  pages
13.5  euros

29-01-2017

 

    Maurice Dambeck est un joyeux luron de CM2, bien dans ses baskets, heureux à l’école comme à la maison. Pour cela, il y a deux Maurice ! Le Maurice de l’école, qui se tient bien, bon élève à l’écoute, poli et attentionné. Le Maurice ou Mo de la maison, plus libre, plus fou, plus bruyant, plus remuant : « J’ai l’habitude d’avoir un double lexique. C’est comme d’être bilingue. ». Jusqu’au jour où les deux Maurice ne peuvent plus se sentir, et « vu que les deux, c’était moi, c’était horrible ! » Et tout ça, la faute à Hyppolyte Castant venu à la maison pour préparer un exposé : Maurice se trouve tellement ridicule, sans parler de sa famille, des zéros par rapport à la famille Castant, Mo et Maurice sont devenus « un nul dans une famille de nuls ! » Mais heureusement, Mo a une super maîtresse au « super-sourire de maîtresse celui qui nous donne des ailes » et une vraie famille attentionnée et aimante qui saura redonner confiance à Mo et remplir à nouveau son regard d’étoiles lumineuses ! Comme d’habitude, lire un Witek nous remplit de bonheur !

« Je sais que les vrais héros sont ceux que les gens aiment, mais aussi ceux qui savent aimer. Ceux qui rendent les autres plus forts, au lieu de se croire les plus forts. »


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Thème(s) : Jeunesse

Les titres de Jo Witek lus par Vaux Livres

 


- 130 -



Antoine DOLE
Mon coeur caméléon
Actes Sud
100  pages
6.9  euros

04-10-2016

 

    Arthur dans la cour de l’école a repéré Camille et Bérénice, deux sœurs jumelle qui pourtant ne se ressemblent absolument pas. Et Arthur se refuse de choisir, il aime les deux ! Alors Arthur va devoir jongler, se partager. Mais Arthur n’a peur de rien même pas de Mme Faverio qui surveille l’œil aiguisé la cour de l’école ou de se lancer dans des expériences scientifiques périlleuses, mais si c’est pour l’amour, il est excusé d’avance !

Thème(s) : Jeunesse

Les titres de Antoine Dole lus par Vaux Livres

 


- 129 -



Valentine GOBY
Un paquebot dans les arbres
Actes sud
270  pages
19.8  euros

18-09-2016

 

    Odile et Paul Blanc tiennent un café à la Roche-Guyon sur les bords de Seine dans les années 50. Ils ont trois enfants et la vie coule jour après jour. Les clients du café sont devenus des proches voire des amis, Paul les connaît tous, les aide souvent, les fait danser avec son Hohner. Puis la famille s’effondre, Paul tombe malade, la tuberculose, bientôt imité par son épouse. Or, ils n’ont pas de sécurité sociale et doivent partir en sanatorium alors que tous leur ont tourné le dos, plus d’amis, la tuberculose et la contagion font peur. Les enfants, Mathilde et Jean, sont placés en famille d’accueil et les assistantes sociales rentrent dans la ronde… Mathilde, la cadette, prend en charge la famille, tous et tout, les rôles s’inversant. Elle rencontrera beaucoup d’égoïsme, d’abjection, mais aussi quelques autres qui seront l’épauler et lui réserver quelques brefs instants lumineux. Le roman dresse un portrait émouvant et attachant d’une gamine courageuse qui affronte la vie avec une volonté sans faille (elle acquerra son émancipation) mais aussi nous distille avec justesse et à bon escient des rappels historiques : la tuberculose torturait âprement les corps, la sécurité sociale n’a pas toujours existé, la misère existait aussi pendant les fameuses Trente Glorieuses, la guerre d’Algérie se déroulait aussi en métropole et enfin, les familles d’accueil n’étaient pas toujours bienveillantes...

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Valentine Goby lus par Vaux Livres

 


- 128 -



Magyd CHERFI
Ma part de Gaulois
Actes Sud
260  pages
19.8  euros

29-08-2016

 

    Magyd deviendra-t-il le premier bachelier de la cité (« le bac est une anecdote pour le blanc et un exploit pour l'indigène »), quartiers nord de Toulouse alors que Mitterrand accède au pouvoir et que la cité prend peur. Quelques-uns le souhaitent, beaucoup d’autres non. Et lui ? Sa mère a misé sur lui, l’a choisi : « J’ai longtemps maudit ma mère de m’avoir tant couvé, dans les cités, ça ramollit l’âme, ça vous fait poli, poète et merdeux, détesté de la bande. ». Alors Magyd nous fait partager sa schizophrénie identitaire, sa double vie, celle à l’école sur le chemin de la liberté et celle dans la cité où beaucoup refusent de faire place au p’tit intello, ce traître, ce « pédé » qui a choisi le camp des Gaulois et de la littérature (« Oui les livres mettaient l’accent sur tout ce qui nous faisait défaut. ») et le lui rappèleront violemment... Un témoignage de l’intérieur, la chronique d’un rendez-vous manqué avec les banlieues, avec une franchise totale où surgissent les colères, la tendresse, les espoirs et déceptions, les illusions (« J’ai maudit cette illusion de croire qu’un livre vous sauve, un livre quartier nord ça vous écourte le passage sur terre. »), les contradictions, l’engagement, la violence, la souffrance, les doutes (être Algérien, Gaulois, les deux ?), le combat pour les femmes, la libération du poids des traditions sans les oublier, le tout avec une autodérision évidente, un humour salvateur et enfin une langue singulière qui oscille entre le subjonctif et la phonétique. « Le mac du poème, l’Al Capone du vers » pose évidemment ouvertement la question de l’identité, qui est Français ? qui le parait ? l’apparence de certains les empêcheront-ils toujours d’être Français aux yeux des autres ? qui le devient ? peut-on le devenir ? En chroniquant une année qui date de plus de 25 ans, Magid Cherfi démontre ainsi clairement que les problématiques d'alors demeurent intactes…

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Thème(s) : Littérature française

 


- 127 -



Eric VUILLARD
14 juillet
Actes Sud
205  pages
19  euros

12-08-2016

 

    14 juillet, une date universelle ! Connue de tous, un jour historique, une journée charnière mais que sait précisément chacun de nous de ce jour si particulier ? L’histoire officielle, académique, nous a appris les grands noms, les grands discours, les grands effets de manche, les grandes joutes oratoires, le théâtre habituel. En effet, la Révolution ne se situe pas seulement dans les gymnases et les couloirs de l’Assemblée. D’autres peut-être sans toujours savoir réellement pourquoi sont sortis de leur maison, ont abandonné une femme et un enfant, ont pris la rue, les armes, ont crié, couru, sont morts et ce sont ces anonymes qui ont rendu possible ce bouleversement. Et Eric Vuillard se range ostensiblement à leur côté, il recadre, donne chair, remet l’humain au centre des événements, c’est aussi un charretier de Bourgogne arrivé on ne sait comment à Paris et on ne sait quand qui a fait la Révolution ne supportant plus le prix des perruques (les coiffeurs de nos têtes couronnées nous ont donc toujours coûté cher !) et le faste de la cour. Le récit nous plonge au cœur de la révolte, dans la place, loin de l’histoire lisse et propre, au plus près des acteurs anonymes, qui prennent part, souvent de façon très fugace (« Son épopée n’a duré que quelques minutes. ») aux actions du jour, même si « Personne ne sait de quoi la liberté est faite, de quelle façon l’égalité s’obtient. ». Un récit épique haletant qui revient de manière originale sur une journée fondatrice et arrive à point nommé tant l’éloignement entre le peuple et le pouvoir demeure une constante historique !

« Les nobles bouffent les rogatons de première main. Les domestiques rongent les carcasses. Et puis on jette les écailles d’huîtres, les os par les fenêtres. Les pauvres et les chiens récupèrent les reliefs. On appelle ça la chaîne alimentaire. »

« Dès qu’un esprit fermente, on l’emprisonne, dès que cent ou mille esprits fermentent, on envoie les gendarmes leur tirer dessus, mais quand des dizaines de milliers d’esprits fermentent de conserve, alors on envoie une députation, on noue un tire-jus au bout de sont stick, et on l’ébroue gentiment. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 126 -



Laurent GAUDÉ
Ecoutez nos défaites
Actes Sud
288  pages
20  euros

10-08-2016

 

    Assem Graïeb appartient aux services secrets français. Il se rend sur les différents conflits et terrains d’affrontements d’aujourd’hui. La mort l’accompagne, la donner, la recevoir. Vaincre ou vaincu, défaite ou victoire mais toujours pour le pays qui l’a engagé évidemment. L’histoire du monde, l’histoire de l’homme. Au cours de ses missions, il croise Mariam une Irakienne amenée à surveiller les sites archéologiques, symboles de l’Histoire. Une rencontre furtive mais marquante. Le récit suit ensuite leurs aventures sur les routes du monde étayé par trois retours historiques, la guerre de Sécession, Hannibal et ses conquêtes, le parcours du Négus, un entremêlement constant des hommes, du temps, pour placer chacun devant son destin, ses victoires, ses défaites (mais qu’est-ce qu’une victoire, sa validité ne s’étiole-t-elle pas avec le temps jusqu’à un renversement possible), sa capacité à apprendre de l’histoire pour gérer le présent. Evidemment, il s’agit ici de Laurent Gaudé, donc c’est subtil, dense, réfléchi, construit, les perspectives historique et mythologique toujours proches, du grand art !

« … il sait, lui, que l’obscurité tombe, lorsque le dernier adversaire est battu, le pire commence, car c’est le moment où il faut bien accepter de retourner à ses propres tics et à ses tourments. »

« Les historiens ont écrit, encore et encore, sur chaque massacre, chaque génocide, chaque convulsion de l’Histoire. Plus jamais cela. Chaque génération a prononcé cette phrase. Est-ce que l’Histoire ne sert à rien ? »


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Laurent Gaudé lus par Vaux Livres

 


- 125 -



Mikel SANTIAGO
La dernière nuit à Tremore Beach
Actes Sud
334  pages
22.5  euros

22-06-2016

 

    Peter Harper est un compositeur reconnu mais après un divorce mouvementé, il a besoin de s’isoler et de rester seul quelques mois. Il choisit Clenhburran, un petit village des côtes irlandaises, isolé, calme, venté, propice à la solitude et au retour de l’inspiration musicale, du moins l’espère-t-il. Il est si seul dans sa maison isolée que finalement, il voit d’un bon œil la présence de voisins non loin, sait-on jamais, on peut toujours avoir besoin d’aide... Un soir, la région est en alerte, les orages y sont courants mais celui annoncé devrait être particulièrement violent, la prudence est de mise. Il choisit néanmoins de répondre à l’invitation de ses voisins et brave le danger. Pourtant, au retour, un arbre brisé obstrue la route. Alors qu’il sort de sa voiture pour évaluer la situation, il ressent bourdonnements, et autres impressions bizarres et se réveille à l’hôpital. Il aurait pris la foudre et depuis un mal de tête l’accompagne. Et ce mal est complété par des rêves bizarres, ces rêves semblent réels, l’avertissent de graves dangers dans le futur et certains faits semblent le confirmer. Evidemment ses proches et le personnel médical demeurent incrédules et le considèrent progressivement comme fou. Il devient de plus en plus inquiet lorsque ses enfants s’installent pour les vacances et s’il voit l’avenir, pourquoi ne pas intervenir sur le déroulement du réel pour tenter d’éviter le pire ? Mais le laissera-t-on faire et trouvera-t-il quelqu’un pour le croire et l’aider, en effet, il se sent bien seul face à l’avenir. Du rythme et du suspense, tendu, angoissant et oppressant, de l’imaginaire, et l’Irlande toujours aussi attirante, pour une première, c’est une vraie réussite !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller
Traduction : Delphine Valentin

 


- 124 -



Nancy HUSTON
Le club des miracles relatifs
Actes Sud
300  pages
21  euros

05-06-2016

 

    Varian est né prématuré et dès son plus jeune âge sera différent. Aussi doué que fragile, il est rejeté des autres, même si ses parents, bon vivants et amoureux de la vie, l’épaulent au mieux. Son père marin pêcheur perd son boulot à cause de la sur-pêche, les poissons se font rares ! Il dépérit et choisit de partir où se trouve le travail et de l’argent à gagner. Les hommes y sont bien payés mais sont devenus, ont muté en machine, ils extraient sans discontinuité et en masse de l’ambroisie, ils travaillent, détruisent la terre tout en se détruisant eux-mêmes, dorment, mangent, boivent, violent voire assassinent une autochtone un soir comme les autres... Lorsque son père cesse de donner des nouvelles, Varian part à sa recherche. Il se retrouve en prison où l’on cherche, par tous les moyens, à le faire avouer ce qu'il manigançait avec son ami le Dr Luka. Seule échappatoire, le club des miracles relatifs qu’il fonde avec Luka et sa soeur et qui lui permet de lire de la poésie de Vyssotski et notamment ses poèmes de résistance. Un roman âpre et éprouvant sur notre monde d’aujourd’hui et de demain qui nous place sans artifice face aux monstruosités et à l’inhumanité assumée de nos sociétés.

« Etre une bernacle ! La vie d’une bernacle voilà la belle vie On n’aurait pas à aller constamment de-ci de-là à s’agiter à faire la conversation ou le plein d’essence à jouer avec les mômes Non on s’accrocherait à sa roche et basta »


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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Nancy Huston lus par Vaux Livres

 


- 123 -



Pierrette FLEUTIAUX
Destiny
Actes Sud
184  pages
19  euros

19-05-2016

 

    Destiny narre la rencontre inattendue de deux femmes, de deux mondes : Anne, blanche, classe moyenne et cultivée, prochainement grand-mère et Destiny, noire, Nigériane, démunie, sur le point d’accoucher. Elles auraient pu s’ignorer, mais cette fois, peut-être sans raison, elles vont se regarder, échanger, se confronter, aller l’une vers l’autre. Pour Anne, la migration et les migrants prennent corps, s'incarnent. Elle s’attache à Destiny et sans effacer l’incompréhension et les doutes qui parfois l’animent, elle sait que leurs destins propres comme ceux des mondes auxquels elles appartiennent sont maintenant liés, inexorablement. Destiny est persuadée qu’elle trouvera le chemin vers la vie, une vie simple, tranquille, au milieu des autres, comme les autres. Et pour Anne, c’est aussi une question de survie, malgré les différences, l’Autre et moi ne font qu’un. Pierrette Fleutiaux, sans nier les difficultés et avec une certaine dose d'optimisme, choisit clairement et brillamment le camp de l’humanité face aux barbelés qui (re)naissent un peu partout en Europe.

« Atteindre à l’ordinaire de la vie passe par des risques extraordinaires, avec la mort comme compagne tout à fait banale. »


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Pierrette Fleutiaux lus par Vaux Livres

 


- 122 -



Marion ACHARD
Comment j'ai survécu à la sixième
Actes Sud
76  pages
6.9  euros

10-05-2016

 

    L’année commence mal pour Taloula : la rentrée est un enfer ! Sa meilleure amie Adèle se retrouve dans une autre classe, elle ne peut choisir sa place dans la classe et se retrouve à côté de Jean qui ressemble furieusement à son frère. Et en rentrant, sa mère et son père (artistes dans un cirque) lui mettent la pression pour qu’elle leur raconte sa journée ! Heureusement Taloula a son journal et elle peut se confier librement pour notre plus grand plaisir !

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Thème(s) : Jeunesse

 


- 121 -



Anne-Marie GARAT
La source
Actes Sud
380  pages
21.8  euros

04-10-2015

 

    Dans cette saga dense et envoûtante, à partir d'un petit village de Franche-Comté et d'une vieille bâtisse aussi étrange qu'isolée, Anne-Marie Garat fait voyager le lecteur aussi bien dans l'espace que dans le temps, notamment par l'histoire contée par Lottie, une vieille dame solitaire qui occupe seule la vaste demeure des Ardenne. Elle héberge une jeune femme venue au village demander l'autorisation de consulter les archives avec ses étudiants, jeune femme également sur les traces de son histoire. Les deux femmes partagent immédiatement une complicité bienveillante et Lottie part dans une longue confession, raconte tout, ces souvenirs, ces rêves et inventions, son histoire scellée dans ce domaine. Il est parfois de ces rencontres qui offrent les clés d'une vie... Anne-Marie Garat est une véritable conteuse et si certains l'ignoraient ou en doutaient encore, « La Source » saura les convaincre. Anne-Marie Garat sait raconter des histoires avec un style personnel, un rythme particulier et un vocabulaire précis et élaboré où chaque mot trouve parfaitement sa place. Laissez-vous emporter, vous ne le regretterez pas !

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Anne-Marie Garat lus par Vaux Livres

 


- 120 -



Jean-Philippe BLONDEL
Un endroit pour vivre
Actes Sud
66  pages
9  euros

26-07-2015

 

    Le nouveau directeur du lycée a décidé de reprendre les choses en main ! Il assène ses vérités et ses interdictions à qui mieux mieux. Tout devient interdit, seul le travail demeure autorisé ! Et les élèves acceptent, sans mots dire. A la grande surprise du délégué adjoint de première qui vient d'arriver dans l'établissement. Il est discret, un peu retrait, aime observer, souvent de loin mais là, il faut agir et se mouiller. Il décide de venir avec sa caméra et de filmer la vie au lycée, l'amour au lycée et montrer que le lycée est un lieu d'apprentissage mais également un apprentissage à la vie où chacun initie son chemin et cette expérience lui permettra aussi de faire ses premiers pas d'homme libre. Comme toujours, un excellent Blondel pour les ados !

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Thème(s) : Jeunesse

Les titres de Jean-Philippe Blondel lus par Vaux Livres

 


- 119 -



Laurent RIVELAYGUE   -  Olivier TALLEC
Les Quiquoi et l'étrange maison qui n'en finit pas de grandir
Actes Sud
32  pages
12  euros

13-07-2015

 

    Olive l’artiste a décidé de dessiner une maison. Et à quoi sert une maison si ce n’est pour rentrer dedans et la visiter. Alors voici Olive, sa bande de joyeux lurons et surtout de ses armes hyper-puissantes, sa gomme et son crayon et sa bande, partis dans une grande aventure pleine de dangers et de découvertes ! Frais, original, joyeux et hilarant.

Thème(s) : Jeunesse

Les titres de Olivier Tallec lus par Vaux Livres

 


- 118 -



Jeanne BENAMEUR
Otages intimes
Actes Sud
195  pages
18.8  euros

06-07-2015

 

    Etienne est photographe de guerre, un homme parmi d'autres. C'est lui et c'est nous. Et Jeanne Benameur a le don de placer dès les trois premières lignes le lecteur aux côtés d'Etienne. Immédiatement, les liens se tissent avec Etienne qui a toujours été au plus prêt du feu, du danger et cette fois, il s'est retrouvé prisonnier. Otage. Longtemps. Alors lorsqu'il est libéré, le gouffre de la vie l'étourdit et il part naturellement retrouver les lieux de son enfance, petit village sauvage perdu au milieu d'une campagne boisée, « Ouvrir les paupières. Retrouver le jour. Comme tout le monde ». Renouer avec l'image du passé dont il se souvient, sa mère et les deux petits égarés qu'elle avait accueillis, Enzo le taiseux, Jofranka la petite devenue avocate au tribunal de La Haye. Il estime alors que sa reconstruction passe par son enfance, mais ne risque-t-il pas de découvrir que l'on demeure aussi otage de notre enfance ? Jeanne Benameur réussit parfaitement à toucher tout autant l'intime que l'universel. Elle expose Etienne et en même temps elle nous incite à la réflexion, à l'interrogation et à l'introspection. Comme dans tout bon film, les personnages secondaires prennent une place importante et contribuent à renforcer la densité évidente au texte. Elle nous parle de prison, de captivité, de confinement, de peur, de silence et évidemment de liberté. Nous avons tous une partie de nous prise en otage, laquelle ? Qui est l'oppresseur ? Pourquoi et comment l'acceptons-nous ? Elle décrypte tranquillement la complexité de l'Homme, et sans aucune description, fait ressentir l'extrême violence de la guerre, de l'enfermement. Et pour cela elle joue avec les mots, la ponctuation, délivre les flots tendus de pensée d'Etienne, maîtrise le rythme et emmène le lecteur sur le chemin de l'espérance.

« Parce qu'elle est bien là, la différence entre corps et chair. Les corps peuvent bien retourner à la liberté. La chair, elle, qui la délivre ? Il n'y a que la parole pour ça. »

« Oh Etienne non l'enfance et le monde ne se rejoignent pas. Et personne n'y peut rien. On peut juste faire en sorte que vivre soit encore possible. Malgré tout. Avec les mots. C'est pauvre, les mots. Mais c'est tout ce qu'on a. »


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Jeanne Benameur lus par Vaux Livres

 


- 117 -



Jonas KARLSSON
La facture
Actes Sud
190  pages
17  euros

22-06-2015

 

    Le bonheur a un prix, vous ne le saviez pas ? Le héros de « La Facture » le découvre à ses dépens lorsqu'il reçoit la facture d'une certaine société WRD qui a évalué son indice BV, Bonheur Vécu. Surpris du montant exorbitant, lui qui considère sa vie bien éloignée de cette évaluation : « Vous prétendez que je dois payer pour ma belle vie, mais en fait j'ai eu une vie de merde ». C 'est ainsi que le héros passera en revue sa vie tout en dialoguant avec une femme énigmatique de la WRD ne désespérant pas de négocier à la baisse ses dettes. Une réflexion originale sur la notion de bonheur tant espéré et attendu : « Vous comprenez, nous considérons la vie plutôt comme une pièce de musique classique. Il ne suffit pas d'aligner le plus de tambours et de trompettes pour gagner. Encore faut-il une bonne composition, sinon ça ne vaut rien... ».

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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 116 -



Amy Michael HOMES
Puissions-nous être pardonnés
Actes Sud
590  pages
24  euros

08-06-2015

 

    George et Harry, le narrateur, sont deux frères radicalement différents. George est chef d'industrie, hâbleur, beau parleur, dragueur, sûr de lui alors que Harry est réservé, timide, et partage une vie retirée et bien réglée avec sa femme. Jusqu'à ce qu'un épisode tragique provoqué par George vienne bouleverser leurs vies et leurs places dans la société. George se retrouve en prison et Harry le remplace. Harry découvre une nouvelle vie sans abandonner son sentiment de culpabilité et le peu d'estime qu'il s'accorde, il appréhende les événements qui lui arrivent tout en ne les maîtrisant absolument pas. Ils s'enchaînent dans un tourbillon et il semble les subir dans une marche parfois hésitante vers son destin. Et pourtant, ces événements l'éveillent à une autre forme de vie avec point constant sa passion pour Nixon et ce livre qu'il espère enfin achever, chacun son rêve… Un roman fleuve intense et haletant sur la difficulté d'être humain et sur la reconstruction, rien que ça !

« Je sanglote, je gémis, je pleure et fort, profondément, comme on ne pleure qu'une fois dans sa vie ; je mugis. La chienne vient vers moi, me lèche le visage, les oreilles, essaie de me faire cesser, mais je ne peux pas, je ne fais que commencer. J'ai l'impression que je vais pleurer comme ça pendant des années – regardez ce que j'ai fait. Et, nom de Dieu de merde, je ne suis même pas alcoolique, je ne suis rien, je ne suis qu'un type, un vrai pékin moyen – et c'est probablement le pire dans cette histoire, savoir que je ne suis en rien spécial ou exceptionnel. »

« Ce qui est choquant, c'est que tout le monde dise qu'il est tombé amoureux de son enfant dès l'instant où il a vu le jour, ce qui est choquant, c'est que personne n'ait l'honnêteté de dire à quel point c'est dur. Alors – est-ce que je suis surprise qu'une femme ait noyé ses enfants avant de se flinguer ? Non. Je trouve ça triste ; je regrette que personne n'ait remarqué qu'elle ne s'en sortait pas, je regrette qu'elle n'ait pas demandé de l 'aide. Ce qui me choque, c'est que nous soyons tous si seuls. »


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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 115 -



Kenneth CALHOUN
Lune noire
Actes Sud
320  pages
22  euros

03-05-2015

 

    Un roman apocalyptique qui prend sa source dans l’insomnie ! Les hommes ne dorment plus, deviennent des espèces de zombies, sans envie, sans mémoire, déconnectés. La folie guette et même le langage se délite. Seule la rencontre avec l’un des rares et derniers humains accédant encore au sommeil semble les « réveiller » en les mettant dans une rage profonde et dangereuse. Le monde s’effondre et semble voué à une disparition prochaine et Kenneth Calhoun nous propose de suivre avec angoisse les quelques aventuriers épargnés par le fléau sur lesquels repose la survie de notre monde. Un roman à ne pas lire avant de s’endormir !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller
Traduction : Alain Defossé

 


- 114 -



Kaoutar HARCHI
L'ampleur du saccage
Actes Sud
120  pages
15  euros

16-03-2015

 

    Arezki est bien seul dans sa tour. Il a été élevé par un chauffeur routier Si Larbi et ne sait que peu de choses sur son passé et ses origines, Si Larbi conservant le silence. Dans la solitude, il regarde de loin les femmes et elles continuent d’habiter ses rêves. Jusqu’au jour où, au détour d’une ruelle, il commet l’irréparable. Il ne fuit pas, se laisse prendre, avoue et se retrouve au fond d’une cellule de prison. Quelques années, plus tard, le directeur de la prison lui-même l’aide à s’évader et il se retrouve aux côtés d’un des matons pour un retour en Algérie sur les traces de son passé. Mais les trois autres personnages sont aussi du voyage, voyage vers leur enfance, vers une rédemption impossible mais aussi vers un passé terrifiant où ils ont pris part au drame originel, impardonnable. Kaoutar Harchi, sans jugement péremptoire, nous parle sans détour et avec puissance de solitude, de famille, d’inceste, d’oppression sexuelle et de frustrations, de violence et d’amour, de l’Algérie et de l’exil, dans une tragédie aussi antique que contemporaine. Noir, âpre et puissant.

"Car les gens ne croient plus en la vérité, mais seulement en la fiction, en l’invention d’un malheur qu’ils disent exagéré, faux, alors qu’il est le leur, le nôtre."


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Kaoutar Harchi lus par Vaux Livres

 


- 113 -



Antoine DOLE
Le baiser du mammouth
Actes Sud
80  pages
6.9  euros

16-03-2015

 

    Arthur a une amoureuse. Pour la vie, il en est certain. C'est Fiona, la meilleure amie de sa soeur. Seul souci : elle a six ans de plus que lui ! Pourra-t-il compter sur sa soeur, ses parents pour pouvoir déclarer sa flamme et passer du temps avec sa belle amoureuse, rien n'est moins sûr ! Frais et joyeux !

Thème(s) : Jeunesse

Les titres de Antoine Dole lus par Vaux Livres

 


- 112 -



Olivier TALLEC
Qui Quoi Où
Actes sud
12  euros

04-02-2015

 

    Un très bel album qui propose aux plus petits des énigmes à résoudre, les questions sont simples, les indices singuliers, c’est frais, original, les petits personnages sont sympathiques et ont de bonnes bouilles. Drôle, ludique et éducatif, n’en jetez plus, pour développer le sens de l’observation des minots.

Thème(s) : Jeunesse

Les titres de Olivier Tallec lus par Vaux Livres

 


- 111 -



Charlotte ERLIH
Highline
Actes sud
92  pages
9  euros

19-01-2015

 

    Avec Mouss, ils ont décidé que c’était pour ce soir. Le grand soir. Ils ont réussi à tendre, sans se faire repérer, la fameuse sangle (slackline), sur laquelle ils ont déjà passé beaucoup de temps, entre le balcon de Mouss et la Fugue, le bâtiment d’en face. Cent mètres au-dessus du sol. Ils sont prêts, tous les deux, funambules entraînés, mais un seul fera le voyage, un aller simple, sans retour, quels que soient les évènements. Tirage au sort, le hasard, pour une vie, un frisson, cinq minutes tendues et inoubliables. Mouss perd et voit son camarade faire les premiers pas sur l’élastique. Le corps est prêt, entraîné, souple et relâché, les bras écartés, balance maîtrisé, équilibre parfait. Il l’a déjà fait mais sans les cent mètres de vide sous lui. Mais la tête est-elle prête ? Il compte, regarde ni derrière, ni en bas, seulement devant. Combien reste-t-il de pas ? Doit-il suivre ce merle qui le regarde, interdit, depuis le bout de l’élastique. Puis il commence de réfléchir, au passé, au présent, au futur… Le temps se gâte, le vent se lève, les premières gouttes effleurent l’élastique. Arrivera-t-il à franchir les derniers mètres ? Que lui restera-t-il de cette épopée périlleuse ? Un texte tendu et maîtrisé.

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Thème(s) : Jeunesse

Les titres de Charlotte Erlih lus par Vaux Livres

 


- 110 -



Kamel DAOUD
Meursault, contre-enquête
Actes Sud
156  pages
19  euros

12-01-2015

 

    Moussa mort, Meursault continua de vivre. C’est Haroun qui nous le dit. Haroun est le frère de l’Arabe, de Moussa, il n’existe qu’à travers ce frère disparu et est demeuré auprès de leur mère après l’assassinat de Moussa par Meursault. Haroun est vieux maintenant mais toujours en colère et il raconte à quelqu’un dans un café cette histoire mais aussi l’histoire de l’Algérie d’hier où la mer, la lumière et le soleil restent essentiels. Ce récit à clés avec évidemment l’ombre de Camus omniprésente nous parle aussi du rôle pesant de la mère mais est également un réquisitoire contre la guerre et son absurdité : vous pouvez tuer un homme et être considéré comme un héros et une heure plus tard comme un traître, l’instant et le lieu décident ! Le récit oscille entre fiction autonome, dialogue avec Camus, réponse à Camus. Une vraie aventure littéraire dangereuse mais parfaitement maîtrisée, qui enquête sur le meurtre de Moussa, sur Camus mais surtout sur l’Algérie d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Ne nous reste plus qu’à relire L’Etranger !

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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 109 -



Olivier TALLEC
Louis 1er Roi des moutons
Actes Sud
15.8  euros

20-09-2014

 

    Louis est un mouton comme les autres lorsque qu'une couronne emportée par le vent tombe à ses pieds, euh pardon, à ses pattes. Il l'essaye, elle lui va à merveille. Il se dresse sur ses pattes arrières, prend un bâton comme sceptre et s'auto-désigne Roi des Moutons ! Mais le pouvoir a des effets rapides, l'ivresse du pouvoir touche les meilleurs et Louis se laisse griser... Jusqu'au prochain coup de vent qui désignera le prochain roi ! A méditer...

Thème(s) : Jeunesse

Les titres de Olivier Tallec lus par Vaux Livres

 


- 108 -



Alice FERNEY
Le règne du vivant
Actes Sud
206  pages
19  euros

24-08-2014

 

    Gérald Asmussen, caméraman, nous raconte « le règne du vivant ». Il monte à bord de l’Arrowhead qui part pour sa septième campagne arctique avec à son bord une poignée de militants soudés et décidés à s’opposer farouchement à la pêche illégale. Magnus Wallace, Don Quichotte moderne (ressemblant furieusement à Paul Watson) dirige avec peu de moyens mais beaucoup d’efficacité cette nouvelle mission. Gérald Asmussen se retrouve totalement impliqué dans cette lutte, et confronté au drame d’un homme qu’il admire, au drame des « océans sans loi », au drame des « eaux vivantes », au drame des espèces vivantes et évidemment des hommes ! Il filme, se pose en témoin mais choisit d’écrire : « Avant de consigner par écrit cette histoire, je l’ai filmée, close et tragique : les patiences et les attentes, les longs appareillages, la peine et l’ennui, la quête et le découragement, la bataille et la victoire, le danger, la peur et la chute… Je serai dans mes phrases, je choisirai chaque mot, tandis que les films ne capturent que le fait visible et le présent. Je remonterai le cours des choses, je révélerai les corruptions, les infamies. J’éclairerai la prédation du monde, l’arrogance et la cruauté des hommes, leur insatiable cupidité. » Il retrace le destin de Magnus Wallace amoureux depuis toujours de la nature et insoumis, engagé pour la vie (« Il y a quinze ans, je suis entré en dissidence. J’ai cessé de respecter la propriété plutôt que la vie ! »). Gérald Asmussen partage avec l’équipe la vie à bord, leurs espoirs, les rencontres avec les pilleurs, les négociations, les violences, la mort des baleines… L’époque de Moby Dick est bien loin, la lutte est définitivement inégale aujourd’hui, la place de l’homme a bien changé, et sa prédation totale. Magnus Wallace demeure constamment attentif, combatif, radical, déterminé et jamais fatigué, il ne craint personne, ne doit rien à personne et prône la désobéissance. Il ira jusqu’au bout de sa lutte, il dérange les puissants et bouscule le système, ils n’hésiteront pas, ce terroriste comme ils se plaisent à le qualifier les gêne... Vibrant et émouvant hommage à un Héros, à l’engagement, à la vie, à la mer et à la nature.

« Parce que dans ce moment de notre civilisation, le profit est devenu plus précieux que la vie. Nous ne l’avouons jamais, nous faisons mine de l’ignorer, nous professons le contraire, mais toutes les décisions de nos gouvernants en témoignent. »

« L’homme est une sale bête autant qu’une bête sale. »

« Exhiber ces clichés n’est pas indécent, c’est obligatoire. »

« L’homme est le seul prédateur qui ne prévient pas de ses intentions. »

« Celui qui se perd dans sa passion est moins perdu que celui qui perd sa passion. »



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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Alice Ferney lus par Vaux Livres

 


- 107 -



Kaoutar HARCHI
A l'origine notre père obscur
Actes Sud
165  pages
17.8  euros

10-08-2014

 

    La Mère et sa petite ont rejoint la maison des femmes. Cette maison fermée accueille les femmes que les hommes (maris, frères et pères) bannissent et contraignent à l’isolement. Une maison de femmes rejetées où règnent malgré le désespoir commun jalousie, hypocrisie, rumeurs et rivalités… La petite se retrouve au milieu de cette communauté de souffrance vivant encore dans l’ombre du mari, du frère, du beau-frère… continuant d’espérer en leur venue une libération prochaine. Elle devient le témoin de la passivité de ce groupe, elle observe les corps, son corps, les âmes et courageuse, elle se révolte parfois sans comprendre la « forme de complaisance à être enfermée, à être punie sans réelle raison, dans leur chair, dans leur âme, à être humiliée de la sorte… » Pourtant elle prend un soin extrême de la Mère. Un jour, l’une est la Mère, le lendemain c’est l’autre. Parfois elles ne sont qu’une, parfois elles se repoussent et s’éloignent l'une de l'autre. La petite lui voue un amour sans faille mais lucide. D’une volonté inouïe et courageuse, elle saura forcer les portes de la maison et affronter frontalement les traditions, le groupe, la famille, le passé pour entrevoir les lumières de la vie et de la liberté mais en sera évidemment profondément et définitivement marquée. Un texte prenant et bouleversant qui traite avec justesse du poids des traditions, du passé et de la famille comme des dérives des sociétés patriarcales auxquelles participent aussi nombre de femmes. Une écriture dépouillée et travaillée au service d’un récit tendu, intense, oppressant, tragique, et surtout questionnant.

« Celles qui, vous savez, maintiennent vivante la tradition avec un tel engagement, une telle fougue, qu’on les croirait être des hommes. »


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Kaoutar Harchi lus par Vaux Livres

 


- 106 -



In Koli Jean BOFANE
Congo Inc.
Actes Sud
300  pages
22  euros

29-07-2014

 

    Isookanga est un Pygmée, enfin presque, trop grand en effet pour les Pygmées et trop petit pour les Congolais de la Capitale ! Il vit dans la forêt pétri des traditions mais a découvert Internet et les possibilités offertes par la mondialisation. Il décide de partir à Kinshasa pour faire fortune. Il devient mondialiste et va devenir riche, aucun doute là-dessus ! Mi enfant mi adulte, il est accueilli par les enfants de Kinshasa. Il s’associe à un jeune Chinois exilé et désespéré pour vendre de l’eau potable et aura l’Idée géniale permettant d’accroître leurs ventes. Une multitude de personnages accompagne ces aventures dressant un portrait réaliste de l’état du Congo pillé par tous malgré ses richesses immenses. Le but premier de chacun demeure l’enrichissement personnel : se servir même si tout doit être détruit, sans état d’âme, sans limite, ignorant l’humain. In Koli Jean Bofane n’épargne personne dans ce conte drôle et effrayant (voire désespéré) balançant en permanence entre humour caustique et horreur.

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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 105 -



Edward KELSEY MOORE
Les Suprêmes
Actes Sud
320  pages
22.8  euros

30-06-2014

 

    Elles sont trois. Trois afro-américaines unies et complices depuis leur enfance, elles ne se sont jamais vraiment quittées. Très différentes, elles s’acceptent telles qu’elles sont (« Entre Suprêmes, nous nous traitions avec beaucoup de délicatesse. Nous fermions les yeux sur les défauts des autres et faisions preuve de prévenance, même quand cela n’était pas mérité. ») et admirent chacune certains traits, certaines capités des autres. Une amitié indéfectible qui résistera aux temps, aux épreuves de la vie dans une Amérique ségrégationniste. La cinquantaine, elles sont à tournant de leur vie dans une petite ville de l’Indiana et le roman revient sur leur passé et leurs expériences. On les appelle « les Suprêmes » en référence au célèbre groupe de chanteuses des seventies : la tornade et l’intrépide Odette née dans un sycomore, la mesurée Clarice qui supporte tout de son mari volage et la bombe sexuelle Barbara Jean sur laquelle le temps n’a pas de prise. Une chronique vivifiante qui aborde tous les sujets, les croyances, la famille, l’amitié, l’amour, le mariage, la maladie, le racisme et la ségrégation, mais toujours avec un ton enlevé. Touchant et attachant.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 104 -



Aki SHIMAZAKI
Yamabuki
Actes Sud
138  pages
13.8  euros

01-06-2014

 

    Pour le dernier volume du cycle romanesque ouvert avec Mitsuba en 2006, nous retrouvons Tsuyoshi Toda et sa femme Aïko à la fin de leurs vies. Cinquante-six ans de vie commune après un coup de foudre dans un train. Elle lui a été autant dévouée que lui à son entreprise Goshima. Ils profitent maintenant de la retraite avec sérénité, bonheur et amour. Attentionnés l’un envers l’autre, Aïko revient sur le long chemin qu’ils ont parcouru ensemble, main dans la main, sur le temps qui passe mais sans oublier un présent que de petits gestes, des regards, des observations communes éblouissent. Une plongée dans l’intime avec tact, retenue et tendresse avec l’écriture inimitable de Shimazaki.

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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Aki Shimazaki lus par Vaux Livres

 


- 103 -



Charlotte ERLIH
20 pieds sous terre
Actes sud
208  pages
13.8  euros

12-05-2014

 

    Une nuit terrible pour la famille de Manon réveillée par la police qui leur annonce la mort de Théo électrocuté sur les rails du métro. Accident, aucun doute, affaire classée. Sauf pour Manon, qui, connaissant la prudence de son frère, décide de mener sa propre enquête. Elle, si discrète, effacée, presque absente, part seule à la rencontre de son frère : « Il y a une semaine, elle croyait savoir qui était son frère. Chaque jour passé depuis n’a fait qu’épaissir le mystère. » Elle découvre un tout autre frère. Elle ignorait son homosexualité et surtout sa passion pour le graff. Et pour découvrir la vérité, Manon devra aller à la rencontre des graffeurs et de leurs bandes rivales adeptes d’une vie totale, extrême, violente, débordante de dangers et d’adrénaline, à la recherche de l’exploit, de l’art et de la compétition mais aussi de liberté : « Si tu veux vraiment vivre, faut être prêt à mourir. Sinon, tu végètes comme les automates qu’on voit partout à Paname, avec leurs tafs de merde, leurs apparts Ikea tous pareils, leurs lifes bien réglées, leurs bitures minables du week-end, leurs caméras de surveillance… » Un roman vif et prenant autour de l’enquête d’une jeune fille réservée mais volontaire qui vaincra ses peurs pour arriver à la vérité et une immersion singulière dans le monde du graff, une belle confirmation après Bacha Posh.

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Thème(s) : Jeunesse

Les titres de Charlotte Erlih lus par Vaux Livres

 


- 102 -



Javier CERCAS
Les lois de la frontière
Actes Sud
350  pages
23  euros

09-03-2014

 

    Quelques années après la chute de Franco, à Gérone, un adolescent de la classe moyenne qui rencontre quelques soucis au lycée croise dans une salle de jeu Zarco et Tere une fille qui l’accompagne partout. Attiré par les deux et amoureux de Tere, Ignacio franchit la frontière, passe du côté de ceux qui n’ont rien, rien à perdre, frontière de quartiers, frontière sociale, frontière vis-à-vis de la légalité et frontière vis-à-vis de la liberté. Petits larcins puis braquage, Ignacio participe à tout. Puis Zarco est arrêté et prend la direction la prison. Zarco étant devenu une légende, un romancier est chargé de raconter cette histoire, recueille les témoignages et retrace le parcours chaotique de Zarco. Trois témoins apportent des points de vue différents à cette aventure : Ignacio est devenu un brillant avocat et vingt ans plus tard assurera la défense de son ancien compagnon, le commissaire de police qui a arrêté Zarco et le directeur de la prison. Au milieu de tous ces fils emmêlés, l’écrivain et le lecteur tenteront de faire émerger la vérité. Mais n’y en a-t-il qu’une ? Javier Cercas apprécie le doute, laisser la réflexion se construire et mettre à mal les certitudes, soulève questions et interrogations sans jamais asséner ses vérités, parle de rencontres, d’enchaînements d’événements, d’incertitude et de culpabilité. Un roman dense qui se dévore !

« Si on ne comprend pas qu’il y a des choses plus importantes que la vérité, on ne comprend pas combien la vérité est importante »

« Voyez-vous, j’ai toujours entendu dire que dans les relations entre les gens, la première impression est celle qui compte. Il me semble que ce n’est pas vrai : il me semble que la première impression est la seule qui compte ; tout le reste n’est qu’ajouts qui ne modifient en rien l’essentiel. »

« … un livre est comme un miroir, et que ce n’est pas le lecteur qui lit les livres mais les livres qui lisent le lecteur… »


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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 101 -



Jo WITEK
Un jour j'irai chercher mon prince en skate
Actes Sud
128  pages
11  euros

24-01-2014

 

    « En plus je m’appelle Frédérique. C’est vraiment pathétique. ». Frédérique se croit évidemment différente, « nous sommes nombreuses à être des "trop" ou des "pas assez". ». Fred se moque de l’apparence, ne se maquille pas, ne sait pas danser, style garçon manqué, elle a une passion : le skate. Pourtant, sans vraiment se l’avouer, elle ne désespère pas de trouver le prince charmant, elle aussi aimerait découvrir l’amour. Jo Witek explore avec justesse et humour l’âge où les jeunes filles se cherchent, se construisent, éprouvent les premiers émois amoureux et les recherchent alors que boutons et appareils dentaires font traîtreusement leur apparition. Elle n’oublie pas le rôle et parfois le poids de la famille (même si, ici, ce n’est pas n’importe quelle famille). Un roman vif, drôle et optimiste qui incite chaque ado à croire en lui, à s’accepter, à savoir forcer le destin si nécessaire et enfin à laisser les complexes au bord de la piste !

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Thème(s) : Jeunesse

Les titres de Jo Witek lus par Vaux Livres

 


- 100 -



Lyonel TROUILLOT
Parabole du failli
Actes Sud
188  pages
20  euros

12-01-2014

 

    Pedro aimait les mots, les mots des autres, la poésie. Il aimait les partager, les faire voler, passer. Il était joyeux, fou, sans limite. Il regardait chaque personne, chacun trouvait sa place à ses côtés, il prenait les devants. Mais il est mort, il s’est envolé et l’un de ses deux amis écrit une longue lettre d’amour. Dans cet hommage, il revient sur son parcours au cœur d’Haïti où la vie est si trépidante, ardue, exubérante, violente et si terriblement humaine. Pourquoi la poésie ne l’a-t-il pas sauvé ? Où se situe la rupture ? Toujours aussi vif et sensible !

« C’est toujours sur le dos des autres qu’on développe des amitiés. »

« La mort ne commence rien, à part ce sentiment de perte qui habite nos insomnies. »

« Nul n’échappe au pouvoir de la détestation. Il y a toujours quelqu’un pour détester quelqu’un. »

« Tu t’en foutais pas mal des genres, des conventions qui font les esclaves. »

« Quand on publie un texte de son vivant, je suppose que c’est comme une lettre de demande, un appel au secours. On s’imagine qu’un lecteur, une lectrice, répondra à l’appel. Mais des textes posthumes ne peuvent plus rien pour leur auteur. Ils renvoient les lecteurs à leur aveuglement, à tout ce qu’ils n’ont pas pu saisir. »


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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Lyonel Trouillot lus par Vaux Livres

 


- 99 -



Loïc MERLE
L'esprit de l'ivresse
Actes Sud
287  pages
21.5  euros

16-09-2013

 

    Un soir, une banlieue. Youssef Chalaoui, fatigué, rentre chez lui. Ils sont encore là. Les policiers surveillent, contrôlent, en espérant encore en leur pouvoir. C’est la fois de trop. Bavure. Youssef tombe, il est mort. Embrasement local puis national. Loïc Merle en suivant trois personnages principaux ancrés dans leur solitude, Youssef, Clara égérie combative et féministe des évènements, et le président Henri Dumont fuyant, décrit les espoirs et peurs, les rêves et compromissions mais aussi l’inéluctable. Ivresse du pouvoir, ivresse du groupe, ivresse du chaos, ivresse de la colère, ivresse de la liberté, que d’ivresses depuis toujours avec au bout la révolte individuelle ou collective, « Une seule nuit peut changer votre vie ». Un premier roman ambitieux, dense composé de phrases de grande amplitude, sans paragraphe et au vocabulaire riche.

Premier roman

« … on se trouvait dans les rues des Iris aux noms de communistes morts, de villes normandes, de poètes, le communisme manquait toujours, et les pommiers, et la poésie. Dans cette réalité tronquée des noms d’avenues, de bâtiments, mieux valait dormir… et rêver de voyages possibles, accessibles, en charter… et éviter du regard ces noms qui leur faisaient sentir la France, sa domination sans partage, qui s’alliaient aux Voix pour les provoquer : Etrangers étrangères, étrangers pauvres étrangers… »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 98 -



Nancy HUSTON
Danse noire
Actes sud
21  pages
350  euros

15-09-2013

 

    Milo est en train de mourir sur un lit d’hôpital avec, à ses côtés, son ami Paul Schwarz. Réalisateur new-yorkais d’origine argentine, Paul lui parle de son projet de film narrant la vie de Milo, ce qui a fait sa vie, ses fondements, sa généalogie. Nancy Huston excelle pour passer d’un continent à l’autre, remonter le temps et une généalogie heurtée et multiple, dévoiler les liens cachés et l’héritage familial assumé ou non, disséquer le quotidien de l’exil qui « ramène de force à l’enfance » et témoigner de la violence qui accompagne nos vies. Sur le rythme de la capoeira, elle nous entraîne cette fois à Montréal, à Dublin, en passant par Rio en suivant les lignes brisées d’une chaîne familiale. Une nouvelle fresque d’ampleur dont le rythme est hélas parfois rompu par les longs paragraphes en Anglais (voire en Joual) traduits en bas de page.



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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Nancy Huston lus par Vaux Livres

 


- 97 -



Claudie GALLAY
Une part de ciel
Actes Sud
448  pages
22  euros

08-09-2013

 

    Alors que l’hiver approche, Carole est de retour dans sa vallée natale, au cœur de la Vanoise ("Je suis née ici, d'un ventre et de ce lieu."). Son père lui a promis de la rejoindre, elle, son frère et sa soeur. Elle a quitté le village de longue date alors que son frère et sa soeur sont restés. Elle craint légèrement ces retrouvailles, les liens se sont effrités, eux sont restés soudés, ont accepté le passé, pourra-t-elle retrouver sa place dans la fratrie ? Mais, cette fois, elle a le temps, elle attendra son père, comme auparavant sa mère l’a tant fait. Claudie Gallay établit tranquillement, sereinement, l’atmosphère au coeur de ce village à l’ancienne. Les personnages sont simples mais cabossés, toujours si humains. Tous conservent une part de rêve, lueur d’espoir et béquille d’existences souvent rudes. Dans ces villages, dans ces familles, les secrets perdurent et Carole mettra à profit cette pause pour parler, revenir sur le passé, notamment sur l’incendie de leur maison qui les a tous éprouvés pour repartir grandie et apaisée. Claudie Gallay avec un style direct et sec et de nombreux dialogues, nous enchante encore avec ce beau roman, ses personnages attachants, et comme Christo dont Carole traduit une biographie, elle sait dévoiler quand il le faut, les non-dits, les secrets et la vérité de ses personnages.

« Ici, comme ailleurs, c’est l’ennui qui fait devenir salaud. »

« Les pères sont les failles des filles. »

« La vie, on ne la refait pas. On fait des choix et on laisse des choses. »

« Tu te souviens trop, Carole, il faut te dépolluer de tout ça. »


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Claudie Gallay lus par Vaux Livres

 


- 96 -



Valentine GOBY
Kinderzimmer
Actes Sud
222  pages
20  euros

14-08-2013

 

    Longtemps après. Longtemps après, Suzanne Langlois parcourt les établissements scolaires pour raconter, témoigner. La question presque anodine d’une jeune élève la bouscule. Mi-avril 1944, elle partit pour Ravensbrück dont elle ignorait tout, comme cette jeune fille aujourd’hui. Kinderzimmer témoigne du départ de Mila, ni emblème de la résistance ni prisonnière politique, avec d’autres femmes depuis Romainville. Elles savent qu’elles ne seront pas fusillées comme les hommes mais déportées vers Ravensbrück. Mila ignorait également qu’elle ne partait pas seule, elle était enceinte. Rencontre d’un soir avec un résistant blessé, elle qui codait des messages au cœur de partitions. Quatre cents femmes débarquent au milieu des hurlements des Allemands et des chiens dans ce camp où plus de quarante mille femmes vivent. Le camp a sa propre langue et Mila doit vite apprendre. Rapidement, la vie du camp vient à elle, mais c’est une autre vie, « Une guerre dans la guerre », d’autres gestes, d’autres regards : « Le camp est une régression vers le rien, le néant, tout est à réapprendre, tout est à oublier ». Le camp n’est pas hors du temps et de l’espace, le camp est dans le monde, dans la vie malgré l’omniprésence de la mort et la puissante horreur du quotidien. Les corps, leurs formes, leurs états, sont révélateurs, chacune voit son propre corps dans le corps de l’autre, de sa voisine, de la prochaine morte, de la prochaine condamnée… Chaque geste est primordial, une lutte pour la vie, pour continuer d’y croire (« … ne pas mourir avant la mort. »), sans nécessairement en prendre conscience : « N’empêche, rien ne change, vous êtes debout. ». Comme partout, l’entraide et la solidarité demeurent salvatrices, une petite attention (« De vraies humaines vivent encore ici. »), et la vie repart, mais jusqu’à quand ? Mila saisira que son cas n’est pas isolé et qu’au sein du camp, une Kinderzimmer accueille les enfants nés à Ravensbrück, la vie et la mort côte à côte. Mila découvre son corps et s’interroge sur cette naissance. Elle et ses amies s’accrochent à ce petit bout de chair qui a déjà tant lutté dans le ventre de Mila et qui continue aussitôt l’accouchement de lutter pour sa vie. Mila et les autres mères se soutiennent, combattent pour ne pas perdre, ne pas abandonner, jamais. Mais la guerre fut longue, très longue. Un livre éprouvant, grave et émouvant, qui en maîtrisant parfaitement le lien entre fiction et histoire, grave dans le marbre « l’instant présent » vécu par des personnages simples qui ont aussi écrit l’Histoire.

« Qu’on ne dise pas à Mila que rien ne vaut la vie. »

« Tous les jours tu fais ton choix : tu continues ou tu arrêtes. Tu vis, tu meurs. »

« La vie est une croyance. »


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Valentine Goby lus par Vaux Livres

 


- 95 -



Jean-Philippe BLONDEL
Double jeu
Actes Sud
140  pages
11  euros

11-08-2013

 

    Quentin a passé une année catastrophique dans son ancien établissement. Seule issue, quitter Saint Ex et ses copains, changer de lycée et se retrouver au lycée Clémenceau. L’accueil est glacial, il n’appartient pas au même quartier, au même monde et chacun garde ses distances. Les profs, les élèves. Néanmoins, une prof, La Fernandez est différente. Elle sait écouter et « sent » sa classe. Il la provoque. Elle résiste. Elle le provoque. Il résiste. Passionnée de théâtre, elle monte cette année une pièce de Tennessee Williams, le personnage principal dégage de nombreux points communs avec Quentin. Elle le voit bien dans ce rôle, mais il doute et hésite : « Je sentis que ma vie prenait un tournant – j’avais peur de ce que j’allais perdre et, encore plus, de ce que j’allais gagner. ». Elle saura faire sauter les verrous, « Me donner des conseils, me houspiller, m’appeler Silber, me casser, faire naître en moi de la fierté. » et ouvrir les portes d’une nouvelle existence à Quentin. Un face-à-face émouvant et avec toujours autant d’humanité et de compréhension du monde des ados, ce nouveau roman de J-P Blondel se dévore !

« C’est comme ça, par ici. On se débrouille. On fait vivre une économie parallèle puisque l’économie principale nous laisse sur le bas-côté. »

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Thème(s) : Jeunesse Littérature française

Les titres de Jean-Philippe Blondel lus par Vaux Livres

 


- 94 -



Valeria LUISELLI
Des êtres sans gravité
Actes Sud
185  pages
19.8  euros

09-07-2013

 

    A Mexico, quand son époux et ses enfants lui laissent le temps, une jeune femme écrit. Elle revient sur son passé, sur une autre vie à New-York, un autre monde, une jeunesse révolue. Elle travaillait alors pour un éditeur et chaque jour voyait une nouvelle rencontre avec des personnes toutes plus surprenantes les unes des autres. Le récit oscille entre présent et passé, jusqu’au mélange, jusqu’à la folie, « Tout est fiction… », même la vie qu’elle invente au poète Owen. Un roman singulier, Valeria Luiselli réussit parfaitement à surprendre son lecteur aussi bien par son écriture que par les méandres qu’elle l’incite à emprunter.

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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 93 -



Pia PETERSEN
Un écrivain, un vrai
Actes Sud
220  pages
20  euros

27-06-2013

 

    Le souffle médiatique est puissant et étouffant et Gary Montaigu va l’apprendre à ses dépens. Au sommet de son art, cet auteur populaire reconnu de tous vient d’obtenir le prestigieux et estimé Booker Prize. Pourtant la célébrité aveugle, et il accepte de participer à une émission de téléréalité « Un écrivain, un vrai ». Les caméras s’installent à son domicile et filment sans discontinuité, rien ne leur échappe, sa femme, attirée par les lumières étoilées, est aux anges… Peu à peu, l’extérieur s’installe, exprime son avis. Son écriture devient prisonnière, sa liberté disparaît, les téléspectateurs interviennent, guident, font pression, une écriture participative s’élabore. L’écrivain résiste, plie, la toile est en effet tissée, un contrat signé ne peut être rompu, sa femme véritable araignée venimeuse et le producteur veillent. Mais reste-t-on écrivain en acceptant de devenir star et en répondant aux exigences de tout un chacun, star également, nécessairement ! Gary saura-t-il s’échapper, briser la toile et retrouver une liberté perdue ? Pia Petersen continue l’œil pétillant de titiller le lecteur avec un ton aussi réfléchi que grinçant et moqueur.

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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Pia Petersen lus par Vaux Livres

 


- 92 -



Murray BAIL
La traversée
Actes Sud
196  pages
20  euros

02-06-2013

 

    Frank Delage entame une longue traversée, retour de l’Ancien Monde vers le Nouveau. Australien il est venu en effet présenté son piano révolutionnaire en Europe. Le récit mêle le bilan de ce voyage initiatique d’un homme introverti et ses réflexions que ce retour lui évoque accompagné d’Elisabeth, la seule avec sa mère qui a accordé quelques échos à son invention.

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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 91 -



Olivia PROFIZI
Les exigences
Actes sud
175  pages
18  euros

28-04-2013

 

    Rachel aime un homme, plus que tout, plus qu’elle-même certainement. Elle accepte tout, absolument tout, sans aucune retenue, même la violence et la perversité les plus ultimes. Domestiquée sexuellement, elle est devenue sa chose. Et puis un jour, elle dit stop mais se méprise et tente d’en finir. Elle se retrouve dans une clinique et revient alors sur son expérience et sur le cheminement qui l’a amenée à ce statut d’esclave. Elle évite toute facilité et n’endosse pas le rôle de victime, elle n’a pas seulement subi, loin de là, elle reconnaît en effet sa responsabilité et son acceptation dans cette relation univoque et dans ces violences. Et seule cette lucidité lui permettra tant d’en l’analyse de cette relation consentie que dans la revisite de son enfance, d’éloigner la dépression qui la mine et commencer une seconde vie.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 90 -



Jo WITEK
Rêves en noir
Actes Sud
272  pages
14.5  euros

23-04-2013

 

    Jill est en pleine adolescence, à 16 ans, suite à une tumeur apparue plus tôt, elle est aveugle. Son père s’occupe tendrement d’elle mais elle voudrait tant être comme les autres, faire tout comme les autres, être regardée comme les autres… Même après avoir rejoint l’Institut National des Jeunes Aveugles à Paris et s’être jointe à une bande de copains soudée et dévouée, elle continue d’agir singulièrement pour une jeune aveugle. Lors de l’une de ses escapades, elle assiste à une agression et bouleversée, elle s’aperçoit qu’elle rêve maintenant en couleur (« La deuxième nuit, la lumière apparut. Elle se tut. La troisième, les couleurs. Elle s'inquiéta en silence. La quatrième, les contrastes. Elle se mit à espérer. Au petit matin de la cinquième nuit, Jill retrouva le sourire. Elle voyait en dormant. Pour la première fois depuis des années d'obscurité totale, elle distinguait les images, des couleurs et même la lumière du jour. C'était inouï, inespéré, troublant. ») puis que ses rêves puisent leurs substances dans la réalité. Interdite, elle s’interroge, mais lorsqu’elle rencontre le jeune Louis qu’elle a vu en danger dans l’un de ses rêves, elle n’hésite pas ! Elle doit l’aider et lance sa bande de copains à sa recherche. Un long voyage haletant dans les rêves et dans la réalité qui lui permettra peut-être de ressentir autrement sa cécité et le regard des autres. Le récit est rythmé, les thèmes intéressants et atypiques, et les personnages attachants, que demander de plus ?

« C’est fou d’ailleurs comme les regards faisaient du bruit quand on savait les écouter. »

« Ralentir ou poursuivre ? Seul, sans guide. Courir aveugle et sourde aux dangers. Il y en avait forcément. Tant pis il fallait les accepter… Mais qui pouvait regarder le soleil sans se brûler les yeux ? Il suffisait de le sentir pour être heureuse. Se laisser inonder de sa lumière, de sa chaleur, de son énergie et dire oui à la vie. »



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Thème(s) : Jeunesse Littérature française Polar/Thriller

Les titres de Jo Witek lus par Vaux Livres

 


- 89 -



Charlotte ERLIH
Bacha Posh
Actes sud
185  pages
13.5  euros

23-04-2013

 

    En Afghanistan, « Bash posh » désigne des jeunes filles déguisées en garçon qui donnent le changent à l’extérieur de l’antre familial. Sans descendance masculine, les familles risquent en effet l’opprobre et préfèrent déguiser ainsi l’une de leurs filles, du moins jusqu’à la puberté. Elles ont alors une vie de garçons, partagent le quotidien d’autres garçons, de leur père, l’extérieur leur étant accessible. Puis, le jour de leurs premières règles, tout change. Retour à la maison, à sa place, avec le voile… Charlotte Erlih suit les traces de Farrukh et/ou de Farrukhzad. Elle (ou il) est barreur dans un équipage d’avirons. Ses camarades dans ce groupe amical et soudé ignorent qu’à leur tête se trouve une jeune fille. Ils ambitionnent une participation aux JO et se donnent corps et âme à ce projet. Pourtant, Farrukh va devoir redevenir Farrukzhad et après avoir goûté à l’amitié, à l’entraide, à l’effort partagé, à une certaine liberté mais aussi à l’attention de son père, pourra-t-elle accepter de replonger dans un monde de servitude ? Un superbe roman qui expose le poids des religions, de la famille et des traditions sur des jeunes filles qui ne souhaitent qu’apprendre, découvrir, et vivre !

"C'est avec ce livre (ndlr Un amour de Swann) que j'ai compris que toutes les blessures du coeur, même les plus profondes, finissent par se recoudre, murmure-t-il. Il faut juste du temps. Becucoup de temps parfois. Mais ça passe."

"C'est précisément par ce que tu vas être enfermée qu'il est primordial que tu aies ton jardin intérieur. Celui-là, personne ne pourra t'empêcher de t'y promener. Toi seule en aura les clés."


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Thème(s) : Jeunesse Littérature française

Les titres de Charlotte Erlih lus par Vaux Livres

 


- 88 -



Alice FERNEY
Cherchez la femme
Actes Sud
550  pages
23.5  euros

01-04-2013

 

    Alice Ferney propose au lecteur de monter dans un manège, montagne russe qu’est la vie de couple. On pense y monter à deux, un long parcours chaotique, où certains, s’ils n’ont pas refusé auparavant de prendre place, peuvent souhaiter descendre avant la destination. L’histoire de couples (deux couples de deux générations successives), de leur naissance où chacun arrive avec son vécu, son enfance, ses parents et leurs empreintes indélébiles, son origine sociale, ses différences, à leur épanouissement, mais aussi à leur usure voire à leur déchirure, aimer ne suffisant pas parfois pour vivre et vieillir ensemble. Alice Ferney montre qu’un couple passe aussi par la découverte de l’autre et dissèque les différents états des couples, entre épanouissement et enfermement, les déséquilibres, petits égoïsmes et autres jalousies, les illusions, les extases, leur complexité mais aussi et peut-être surtout l’implication évidente ou non du passé personnel ou commun. Une plongée dans l’intime toujours aussi passionnante.

« … preuve s’il en faut que le mariage unit deux familles et deux styles, et qu’on le traverse non pas en tête à tête mais en lignée, non pas à deux mais à six. »

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Alice Ferney lus par Vaux Livres

 


- 87 -



Jeanne BENAMEUR
Profanes
Actes Sud
277  pages
20  euros

06-02-2013

 

    A quatre-vingt-dix ans, Octave Lassalle, ancien chirurgien, ne répare plus les cœurs depuis longtemps. Il vit seul dans sa maison avec toujours le désir de vivre (« C’est l’arrêt du désir qui fait le nid à tout ce qui crève. Plus d’élan, plus de vie. Et moi je veux vivre. Pas en attendant. Pleinement. »). Sa vie a continué après la mort de sa fille même si ses circonstances l’interrogent encore, la vieillesse l’a rattrapé, les questions aussi. Pour préparer ses dernières années, Octave réunit quatre personnes, trois femmes et un homme, il partage son temps, se frotte à d’autres vies, d’autres avis, quatre destins accompagnés de blessures bien évidemment, mais une foi partagée en l’homme et en la vie intacte, loin de toute religion. Ces cinq voix humbles, qui continuent de tenter de vivre, de douter et de se questionner, toujours respectueuses de l’Autre entretiennent et attisent le vif de la Vie, elles se mêlent, s’écoutent, s’éloignent, se rejoignent, se répondent. Un livre apaisant, lumineux et superbement humain.

« Il est ce profane. Ils sont ces profanes. Au cœur de chacune de leurs vie, le temple. Vif. Le seul sacré qu’il connaisse. Cette vie qui vibre et échappe à chaque pas. »


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Jeanne Benameur lus par Vaux Livres

 


- 86 -



Hervé DECCA
404 not found
Actes Sud
298  pages
20  euros

06-01-2013

 

    En 2005 (cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ?), à Villeneuve-Saint-Maur, si proche et pourtant si éloigné de Paris, « De la tour, les enfants contemplaient l’école. Et de l’école, ils contemplaient la tour. » La tour Presov et le lycée Ravel représentent pour beaucoup leur seul univers et lorsque Déborah disparaît, fugue ou disparition criminelle, les flics s’installent dans le quartier ! Arénas mène l’enquête tout en préparant son concours de commissaire. La jeune Lila veut coûte que coûte s’en sortir, laisser la tour derrière elle, elle semble en avoir les capacités et la volonté suffisante mais son frère Hicham veille… L’enquête sous forme de témoignage sociologique et réaliste ouvre les portes d’une banlieue triste, isolée et désespérée, de ses établissements scolaires et des enseignants parfois désabusés.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller

 


- 85 -



Maaza MENGISTE
Sous le regard du lion
Actes Sud
368  pages
23.7  euros

05-11-2012

 

    Hailu est chirurgien à l’hôpital d’Addis-Abeba. Sa femme est très malade mais il continue de croire et d’espérer en sa guérison. Ils ont deux fils, Youna enseigne l’histoire à l’université et est père d’une petite fille tandis que Dawit, étudiant en droit, rêve d’un monde libre et juste pour tous. Mais, 1974 marque un tournant dans l’histoire de l’Ethiopie qui vit alors le début d’une longue révolution, Hailé Sélassié est renversé (« Notre empereur a bâti le mythe de ce pays sur le sang de ceux qui étaient trop épuisés pour faire entendre leur propre vérité. ») et les militaires prennent le pouvoir. Certains peuvent espérer un instant demeurer en retrait, mais les évènements contraignent tous, y compris la famille d’Hailu, à réagir, à prendre parti, impérativement. La violence les rattrape, un à un. Fidélité à ses principes, engagement, courage, lâcheté, trahison, chacun devra trancher. Cette fresque historique décrit les réactions de cette famille comme d’une multitude d’autres personnages, anonymes ou non, capables du pire comme du meilleur. Ce premier roman tout en retenue et d’un style fluide dresse le portrait d'une Ethiopie moderne, pays marqué par la religion, épuisé par les famines, ravagé par les guerres, sans répit, jusqu’à l’épuisement. Maaza Mengiste sans jamais prendre parti ni juger dépeint également la complexité des sentiments, l’instant crucial où un choix définitif fait basculer d’un côté ou l’autre et replace l’humain au centre de l’histoire de l’Ethiopie.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 84 -



Laurent GAUDÉ
Pour seul cortège
Actes Sud
190  pages
18  euros

01-10-2012

 

    Dans ce roman polyphonique et épique qui enchaîne les scénettes en mêlant l’intime à l’Histoire, Laurent Gaudé décrit les derniers jours d’un colosse qui tremble et s’affaisse. A Babylone, un mal inconnu ronge Alexandre. Alors que l’homme conserve son envie de vivre et de combattre intacte, le mal progresse irrémédiablement. Inquiétudes, craintes et compassion chez certains, premiers indices de la guerre de succession pour d’autres, l’empire doit survivre mais qui en prendra la tête... Convulsions d’un homme, convulsions de l’empire. Comme d’habitude, le style et l’écriture sont parfaits, la construction étudiée, Laurent Gaudé excelle dans la tragédie, les portraits, Alexandre, Driptéis complétés ici par le portrait d’un empire, sa naissance, son extension, son apogée puis son déclin.

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Laurent Gaudé lus par Vaux Livres

 


- 83 -



Alex CAPUS
Léon et Louise
Actes Sud
315  pages
22.5  euros

09-09-2012

 

    Le roman s’ouvre dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. Une famille attend le prêtre pour célébrer l’enterrement du grand-père pourtant loin d’être un catholique fervent… C’est alors qu’une petite dame s’approche du cercueil et pose un baiser furtif sur le front du défunt, geste inattendu et dérangeant qui déclenche l’intérêt de l’un de ses petits-fils. Alex Capus nous fait alors découvrir la vie de son grand-père et de ce couple à partir de leur première rencontre au moment de la première guerre mondiale et pendant les quarante années qui suivirent. Ils se rencontreront, la guerre les séparera, ils vivront chacun leurs vies sans jamais oublier cette rencontre et se retrouveront plusieurs fois bien plus tard. Un émouvant et vivant roman d’amour d’un couple qui traverse le temps et les péripéties du XXe.

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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 82 -



Metin ARDITI
Prince d'orchestre
Actes Sud
375  pages
21.8  euros

18-08-2012

 

    Alexis Kandilis est au sommet de son art. Chef d’orchestre célèbre, connu et reconnu de tous, il domine son art. L’homme est élégant, sûr de lui et de son art (« un jeune homme grec formé à Genève, qui semblait réunir en lui la beauté d’Apollon, une précision helvétique et le charme de l’Orient »), assez méprisant, il excelle dans son domaine mais reste assez antipathique. Papillonne autour de lui une cour d’admirateurs plus ou moins intéressés tandis qu’il est persuadé de poursuivre sa carrière et d’obtenir le B16 ou la direction pour les neuf symphonies de Beethoven, dernière consécration. Pourtant dès les premières pages, le lecteur ressent une faille que sa maîtrise, l’amour de son art, sa passion pour la musique laissent malgré tout transparaître, sans compter que le leitmotiv des Kindertotenlieder de Gustav Mahler lui rappelle sans pitié le secret qu’il escompte oublier. Lors de rencontres autour du jeu (poker puis roulette), il entrevoit que la gente fortunée n’a finalement que peu de considérations pour son art. Puis, lors d’une répétition, un incident relayé par la presse, déclenche une série d’évènements catastrophiques, les cicatrices lâchent... Son monde se brouille, les admirateurs d’antan s’éloignent. Il espère rebondir encore avec une idée singulière concernant la direction d’orchestre, ultime tentative, et il s’interdit l’échec… La petite musique de Metin Arditi et son orchestration sont toujours aussi parfaitement maîtrisées : l’art, l’aléatoire qui peut engendrer aussi bien le sublime que l’horreur parfaite et enfin la fragilité humaine, un trio exaltant au cœur de ce formidable roman.

« Regarder la bille. La regarder et la regarder encore. La suivre dans tous ses aléas, pour enfin comprendre et accepter. »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Metin Arditi lus par Vaux Livres

 


- 81 -



Jérôme FERRARI
Le sermon de la chute de Rome
Actes Sud
208  pages
19  euros

10-08-2012

 

    « Le démiurge n’est pas le Dieu créateur. Il ne sait même pas qu’il construit un monde, il fait une œuvre d’homme, pierre après pierre, et bientôt sa création lui échappe et le dépasse et s’il ne la détruit pas, c’est elle qui le détruit. » et l’échelle de ce monde varie selon ses auteurs. Un petit village corse se meurt gentiment lorsque deux de ses enfants, étudiants en philosophie, décide de reprendre le débit de boisson qui va à vau-l’eau depuis quelques années. Ils sont unis par une amitié indéfectible, portent ce projet et s’y consacrent sans retenue aucune. A la surprise de tous, le commerce prend son essor et beaucoup du village et d’ailleurs viennent y prendre part et apportent leur pierre à l’édifice maintenant soutenu par une équipe entretenant ce rêve collectif. Jérôme Ferrari dresse ainsi le portrait de ce microcosme en le recadrant naturellement dans une perspective beaucoup plus large puisque mythologique ! L’écriture est précise, le roman ample, les personnages puissants, la tragédie saisissante, à découvrir « sur-le-champ » !

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Jérôme Ferrari lus par Vaux Livres

 


- 80 -



Aki SHIMAZAKI
Tsukushi
Actes Sud
140  pages
14.5  euros

23-06-2012

 

    Aki Shimazaki continue son deuxième cycle romanesque avec ce quatrième volume. On retrouve Mitsuba et sa mère Yûko, narratrice de ce roman. Yûko est la femme de Takashi Sumida, fils unique d’une grande et riche famille. Il est et a toujours été un mari attentionné et attentif au bonheur de sa femme. Pourtant, lorsque sa femme découvre par hasard dans un tiroir de sa table de nuit une boîte d’allumettes joliment décorée d’une image de tsukushi qu’elle juge « artistique et érotique », cette image l’obsède immédiatement et l'incite à un retour dans son passé, vers son premier amour. Mais elle est également loin de se douter que ses relations maritales en seront bouleversées et qu'elle découvrira qu'un autre homme se cachait derrière son époux, des secrets profonds et intimes jusqu’alors ignorés qui remettront en question des règles de vie communes qu’elle croyait partagées. Aki Shimazaki continue avec succès, sensibilité et esthétisme d’explorer de front les secrets intimes, leur puissance et impact, et la culture, les moeurs et l’histoire japonaises.

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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Aki Shimazaki lus par Vaux Livres

 


- 79 -



Fernando TRIAS DE BES
Encre
Actes Sud
172  pages
18  euros

11-06-2012

 

    En 1900 à Mayence, capitale du monde des livres, Johann Walbach tient la librairie « L’Encre ». Sa femme rejoint tous les mardis son amant, soumise, elle ne peut résister à l’attraction que cet homme suscite : « La réponse résidait dans la peau de l’amant. Ses pores contenaient de minuscules et invisibles traces de ce liquide noir qui génère tant de passions. Ce mélange dense et obscur au pouvoir illimité. De l’encre. ». Johann aussi amoureux des livres et de leur encre meurt de jalousie. Décidé à éliminer l’amant, sa femme lui conseille plutôt de trouver la raison de cet écart et la libérer. Il décide de trouver la solution dans sa librairie : « Toutes les passions sont ici. Toutes les réponses, toutes les raisons. Peut-être même qu’ici se trouve la raison de notre infortune. ». Cinq années à lire, à chercher, à voyager entre les lignes. Il sera aidé par un mathématicien qui cherche une solution à l’injustice, par un imprimeur également en quête du Livre et par un correcteur. Dans chaque livre, ils espèrent trouver une phrase, un mot qui les éclairera sur leur infortune. Les regrouper, les ordonner pour constituer le Livre imprimé dans une encre singulière. Un texte étonnant, poétique, philosophique, superbe hommage à la lecture, aux mots, aux livres où chacun peut, en y accordant le temps nécessaire, trouver ce qu’il cherche au détour d’une phrase, d’un chapitre, d’un changement de page...

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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 78 -



Shaughnessy BISHOP-STALL
Milles petites falaises
Actes Sud
335  pages
22.5  euros

17-05-2012

 

    Mason est écrivain, il a publié quelques textes ou poésies et est en train d’écrire un roman, Le Roman ! Il prend continuellement des notes entre deux lignes de coke, deux verres d’alcool fort. Univers à la Bukowski, univers noir et désespéré. Seul Chaz un ami totalement dévoué dans sa vie, mais aussi dans sa chute, est à ses côtés. En sus de la coke, il lui offre même une camionnette singulière pour vendre des hot-dogs au coin de sa rue. Un client apprenant ses capacités d’écriture, lui demande de rédiger une lettre d’amour. En réalité, cette lettre sera sa lettre d’adieu après son suicide. Mason croit avoir trouver le filon pour purger ses dettes, il passe une annonce proposant d’écrire la dernière lettre des futurs suicidés. Les personnages tous plus désespérés ou fous (« On est tous fous. Ca veut dire qu’on est vivants. ») les uns que les autres viennent à sa rencontre. Souvent ému par ces personnages cassés par la vie, Mason va au devant de son destin qui passera aussi bien par la terreur extrême que par un amour bouleversant.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller

 


- 77 -



Wilfried N'SONDÉ
Fleur de béton
Actes Sud
215  pages
18  euros

25-04-2012

 

    Rosa Maria est encore lycéenne. D’origine sicilienne, elle vit dans la cité des 6000, cosmopolite à souhaits avec sa famille. Son père est au chômage depuis peu et le supporte mal, sa grande sœur pour aider la famille a quitté l’école et est devenue caissière, sa mère s’occupe du foyer et de sa dernière petite sœur. Le présent est gris mais Rosa Maria, née dans cet univers bétonné, rêve de soleil, de sable, de mer et d’amour. Depuis toujours, elle aime le beau Jason, beau gosse que toutes les filles admirent en cachette, « playboy des halls d’immeubles, mais elle, c’est différent, un jour, il la regardera, elle en est certaine. Pourtant, la cité tremble et gronde. C’est d’abord son frère, figure emblématique et respectée qui est retrouvé mort dans un coin sombre de la cité sans qu’aucun coupable ne soit identifié. Puis la police décide d’interdire une soirée et la révolte éclate, les évènements s’enchaînent, irrémédiablement, le passé et le présent s’entrechoquent, la rage retenue explose. Entre violence et innocence, rêve et oppression du présent, Wilfried N’Sondé et son écriture chantante au travers d'une famille représentative au quotidien fragile et décrit la réalité branlante d'une cité et nous offre un roman puissant, sans manichéisme ni misérabilisme, vibrant d’émotion, quelque peu désespéré mais hélas si réaliste et contemporain.

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Wilfried N'Sondé lus par Vaux Livres

 


- 76 -



Lydie ARICKX   -  Charles PERRAULT
Le petit chaperon rouge
Actes Sud
13.5  euros

09-04-2012

 

    Un superbe petit album de la version intégrale du conte de Charles Perrault.                                

Thème(s) : Jeunesse

 


- 75 -



Raphaël JERUSALMY
Sauver Mozart, le journal d'Otto J. Steiner
Actes Sud
90  pages
16.8  euros

23-02-2012

 

    Le journal d’Otto J. Steiner s’étend sur la période de juillet 1939 à août 1940. Otto est un patient d’un sanatorium autrichien. Peu de visites, un fils disparu, la musique comme unique compagne, Otto est un expert, critique musical et son ami Hans vient encore régulièrement requérir son aide, ses avis. Les Nazis apprécient la musique, concerts, accompagnements de défilés ou autres manifestations et Otto les croise de loin, lui, « le poids mort » aux origines troublesJe ne suis ni juif, ni non-juif. ») qui regrette que la musique se range derrière ce pouvoir autoritaire. La peur atteint même les chambres, le docteur dirigeant l’établissement doit parfois donner des gages au pouvoir… Mais que faire depuis ce lieu contre Hitler et son pouvoir ? Chaque année, le Festspiele est organisé, les plus grandes huiles sont là, la programmation musicale et son interprétation ne souffriraient d’approximation. Otto ne manquera pas l’occasion et l'histoire aurait pu basculer, il s'en fallut de peu ! Et puis, un jour, les militaires occupent l’établissement. Soigner les malades n’est plus une priorité. Comme partout en Europe, le quotidien des malades devient oppressant, risqué, oppressant et Otto saura sereinement en rendre compte et participer à sa mesure à la résistance. En mêlant musique et maladie, Raphaël Jerusalmy offre une description singulière et maîtrisée non sans humour des premières années du nazisme en terre autrichienne.

« Nous sommes tous esclaves des mots »

« Les instruments devraient se taire. Les ténors, les violonistes. Ne pas être complices de tout ça. Par pudeur. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 74 -



Cécile LADJALI
Aral
Actes Sud
252  pages
18.9  euros

21-01-2012

 

    Cécile Ladjali nous emporte pour un douloureux voyage vers le Kazakhstan à la rencontre d’Alexeï et Zena. Alexeï se souvient de leurs enfances, ils sont nés au bord de la mer d’Aral qui continue de s’assécher alors que le jeune garçon devient sourd. La catastrophe écologique est accrue par une usine d’armes dont les rejets ont de lourdes conséquences sur la santé des enfants notamment. La mer disparaît, se tait et Alexeï malgré son handicap se noie dans l’apprentissage du violoncelle, seul instrument qui lui permet de sentir et resentir la musique, puis dans la création musicale. Zena, jeune femme belle et indépendante, étudie l’écologie, et partira chercher son bonheur en Europe. Seul, isolé, Alexeï, dans son pays austère et malmené, se questionne sur ses origines alors qu’il voit ses trois amours, sa femme, la mer et la musique s’éloigner douloureusement. Portrait âpre d’un homme terriblement isolé, coupé d’un monde malade et hostile que seule la composition et la quête de la huitième note sauvent.

« Ouïr, c’est obéir, adhérer à un commandement. Je n’entends pas donc je n’obéis pas. Je fais ce que je veux de moi et des autres. La musique crée le monde et le musicien avec lui. Mon corps sort du ventre de bois, l’instrument m’accouche, me rend à la vie. Avant, dans le silence, j’étais mort. A présent, sur la portée, je vibre et je sens. »

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Cécile Ladjali lus par Vaux Livres

 


- 73 -



Olivier BRUNHES
La nuit du chien
Actes Sud
240  pages
18.8  euros

12-01-2012

 

    Tobias est devenu subitement « Dog » une nuit à l’âge de onze ans, seul, dans la montagne enneigée, face à un chien menaçant. Cette nuit terrible et fondatrice marquera-t-elle à jamais son destin ? La vie toujours continue néanmoins, il grandit. La vie bouscule, heurte, chaotique et violente. Aucun attendrissement, cette brute ! Les rencontres malaxent sa vie, elles l’orientent ou la désorientent : Les Vieux aussi sages que fous du village qui le prennent sous leur protection, sa tutrice attentionnée Martine toujours présente à ses côtés, Marco son peu recommandable et dangereux compagnon de cellule... Le gouffre semble profond et puissant. Il l’appelle, l’aspire, Dog y plonge sans retenue, sans maîtrise mais saura-t-il en ressortir, prendre en main sa vie et « choisir la clarté » ? Rien n’est tout noir, tout blanc, rien n’est définitif, l’humanité est partout, Olivier Bruhnes en a pris le parti dans cette « Nuit du Chien ».

Article paru dans la Revue Page des Libraires (janvier 2011)


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Thème(s) : Littérature française

 


- 72 -



Nele NEUHAUS
Flétrissure
Actes Sud
362  pages
22.5  euros

19-09-2011

 

    Un vieil homme de quatre-vingt-douze ans vient de mourir. Assassiné, aucune indice d’effraction. Une inscription 16145 a été écrite avec le sang de la victime sur les lieux du crime. On découvre sur le corps de David Josua Goldberg pourtant juif un tatouage identifiant les anciens membres de la SS. Le commissaire von Bodenstein épaulé par l’inspectrice Pia se lance dans une enquête longue, touffue, périlleuse, parfois dérangeante. Le couple est brillant mais les meurtres de personnes âgées s’enchaînent avec le même mystère. Une grande famille francfortoise est rapidement placée au centre de l’enquête mais le silence étouffe ses membres, le poids de la famille inhibe toute sortie d’indices. Famille, passé familial et histoire de l’Allemagne ne font plus qu’un et il leur sera difficile de démêler les fils. La narration alterne entre les principaux acteurs imprimant un rythme rapide à l’enquête qui s’équilibre efficacement entre préoccupation historique et familiale.

« Il avait dû faire tout ça pour protéger la famille ! La famille était le bien suprême, c’était le credo de sa mère. »


Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller

 


- 71 -



Jean-Philippe BLONDEL
Brise glace
Actes Sud
110  pages
10  euros

19-09-2011

 

    Depuis qu'Aurélien est arrivé dans son nouveau lycée, il demeure isolé. Ni railleries, ni méchancetés, simplement il est à l’écart. Il évite le contact, le dialogue, réagit quand on l’interpelle, très souvent à propos, mais rien de plus. Le lecteur ressent immédiatement une fêlure, une faille, un malaise : « Après tout, je peux bien faire une entorse à mon anormalité ». Aurélien préfère passer inaperçu, « Je n’avais qu’un but dans la vie : ressemble au papier neutre d’une pièce anonyme… » mais peut-être : « On ne peut pas passer sa vie à se fondre ». Quel(s) évènement(s), quelle(s) rencontre(s) pourront lui permettre de revenir à une vie plus souriante, plus entourée ? Qui le sortira de son hibernation ? Qui brisera la glace ? Un ami ? Les mots ? Jean-Philippe Blondel offre un nouveau texte débordant d’émotions sur la vie, la mort, l’amitié, les mots et la poésie, l’attention à l’autre, l’adolescence.

Thème(s) : Jeunesse Littérature française

Les titres de Jean-Philippe Blondel lus par Vaux Livres

 


- 70 -



Régine DETAMBEL
Son corps extrême
Actes Sud
152  pages
17  euros

17-08-2011

 

    Suite à un accident de la route certainement suicidaire, Alice, la cinquantaine, se retrouve immobilisée sur un lit d’hôpital. Cassée, son corps a été malmené, ce corps si souvent oublié, négligé et pourtant si prégnant et indispensable. Dans ces instants, corps et pensée se rejoignent, s’entraident, se repoussent, s’épient. Les souvenirs surgissent, sont ressassés, peuvent soulager ou éprouver et accroître la peine. Les moments de solitude, de repos et de réflexion s’enchaînent avec les séances de rééducation. Le corps est palpé, bousculé, malmené, elle l'écoute, l'analyse, l'observe, le dissèque. Les descriptions pointilleuses et précises de Régine Detambel fondent le lecteur dans le corps d'Alice. Le lieu prend aussi toute sa place dans cette renaissance. Des êtres différents s’installent dans cet espace, des sportifs confirmés, des inactifs, des riches, des pauvres, chacun de nous peut s’y retrouver du jour au lendemain. Ils cohabiteront, s’épauleront, s’écouteront quelque soient leurs sentiments. Chacun épie ses propres progrès comme les progrès de ses voisins. Des amitiés sans lendemain se nouent, avec les corps au centre des préoccupations, un long chemin vers une guérison. Ces deux longues années éprouvantes pour Alice la reconstruiront, la libèreront de son corps et de son passé sans pourtant succomber à l’oubli : « Voilà son rêve est arrivé, son rêve a été exaucé : pouvoir repartir de zéro, avec une ardoise nette, changer de forme, disparaître et resurgir plus tard en étant quelqu’un d’autre ». Par une prose travaillée, précise, souvent envoûtante, évitant tout pathos, Régine Detambel éblouit le lecteur avec cette renaissance et le plonge au plus profond des corps et des âmes.

« Pourquoi s’attache-t-on à ces choses là, qui nous détruisent, sous prétexte que c’est notre histoire ? »

« Toute la vérité, on n’en sait rien, on peut seulement en donner des petits bouts, des bribes. Pas toute. Elle va donc mettre des souvenirs vrais sur les faux jusqu’à ce que les faux en crèvent ! Mais les vrais sont-ils vraiment vrais ? Et les faux sont-ils vraiment tout à fait falsifiés ? Qui peut dire ce qu’on est, juste avec sa mémoire, ce serait trop facile. »

« Lorsqu’on veut comprendre quelque chose de sa propre vie, il faut en parler avec le premier venu. Nul besoin d’un esprit particulièrement pénétrant, l’illumination viendra en parlant. »


Thème(s) : Littérature française

Les titres de Régine Detambel lus par Vaux Livres

 


- 69 -



Metin ARDITI
Le Turquetto
Actes Sud
287  pages
19.5  euros

16-08-2011

 

    Le petit Elie Soriano n’a pas connu sa mère, il vit avec son père et Arsinée sa compagne qui vendent des esclaves. La famille juive vit à Constantinople aux environs de 1520, en terre musulmane. Elie peint, dessine, littéralement habité par la passion de représenter ce qui est formellement interdit par sa religion. Mais il persévère et se rapproche également de Djelal Baba musulman fabricant d'encres (sacrées) et calligraphe. Il ne sait faire que ça, et s’en satisfait pleinement au grand désespoir de son père et d’Arsinée. A la mort de son père, il émigre à Venise, la ville des peintres, devient alors Ilas Troyanos, et se dit converti à l’église grecque, franchissant ainsi la dernière passerelle entre les trois religions monothéistes. Il apprend au côté du grand maître, Titien, progresse vers la perfection. Ilas Troyanos maintenant surnommé le Turquetto éblouit rapidement les amateurs d’art et les religieux : « Mais chacun s’accordait à dire que ses tableaux provoquaient des émotions choisies, qui donnaient envie de silence. Que de tous les peintres de la ville, il était le plus grand. Supérieur à Titien et au Véronais. Et qu’il était le seul à avoir réussi la fusion miraculeuse du disegno et du colorito, de la précision florentine et de la douceur vénitienne ». Les commandes de toiles, de fresques, s’enchaînent, ascension rapide, le Turquetto en oublierait quasiment son histoire, mais le passé même à cette époque et surtout parmi les ambitieux ne peut demeurer éternellement tu… et le Turquetto ou plutôt Elie se dévoilera au grand jour dans une toile confessionnelle. De l’histoire picaresque d’un tableau, Metin Arditi tire le portrait coloré et attachant d’un peintre de la Renaissance que seul l’art intéresse. Le roman est rythmé, vivant, intrigant, empreint de suspense et étayé par de superbes portraits dans le Bazar de Constantinople, d’une description des querelles de pouvoir, des ambitions, de la puissance des religions, des relations entre l’art et le pouvoir. De nombreux thèmes abordés avec réalisme et simplicité parcourent donc cette fresque éblouissante.

Sélection Prix Page des Libraires 2011

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Metin Arditi lus par Vaux Livres

 


- 68 -



Lyonel TROUILLOT
La belle amour humaine
Actes Sud
174  pages
17  euros

16-08-2011

 

    Anaïse et Thomas se partagent la narration de ce voyage qu’Anaïse qui vit en Europe effectue à Haïti. Elle vient sur les traces de son père mort quand elle était petite et Thomas jeune autochtone sera son guide particulièrement disert. Elle et sa mère ne connaissent que le nom d’un village et elle a décidé de s’y rendre. Son grand-père aidé de son complice « le Colonel » se sont comportés ici en despotes, en tyrans, elle ne saura rien des vraies raisons de leur mort, la solidarité et le silence l'emporteront. Sa remontée vers le passé justifie une série de portraits de personnages haut en couleur, des hommes et des femmes vivant de peu mais avec une lumière, une intensité peu communes. Anaïse cherche à comprendre, à savoir mais Thomas la prévient : « … c’est qu’ils souhaitent que tu comprennes que peu de choses méritent qu’on en saisisse les origines, les pourquoi et les conséquences. Qu’il est des faits sans importance qui ne valent pas de bavardage, et d’autres dont les causes sont d’une telle profondeur qu’elles échappent à toute analyse et qu’il convient pour être heureux de les laisser à leur mystère. », la vraie question n’est-elle pas plutôt « Ai-je fait un bel usage de ma présence au monde ? ». Pourtant Anaïse poursuivra son chemin sur les traces de son passé préférant peut-être d’abord se trouver, atteindre une forme de sérénité, puis donner un sens à sa vie. Un flamboyant conte philosophique coloré et odorant qui explore avec une écriture belle et riche le hasard des destinées et le rapport à l’autre.

« La mort demeure pour le vivant la plus banale des occurrences, la seule qui soit inévitable. La mort ne nous appartient pas, puisqu’elle nous précède. Mais la vie… »


Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Lyonel Trouillot lus par Vaux Livres

 


- 67 -



Caroline LUNOIR
La faute de goût
Actes Sud
116  pages
16  euros

31-07-2011

 

    Mathilde après plusieurs années revient passer l’été dans la maison familiale. La famille au grand complet s’y donne rendez-vous tous les étés excepté les quelques absents habituels ou occasionnels. Cette année, son mari Alexandre et ses parents ne seront pas de la fête. Grand-père, grand-mère et ses quatre sœurs et les autres l'attendent de pied ferme autour de la piscine fraîchement construite. Mathilde d’un œil quelque peu détaché mais pas totalement déconnecté observe le ballet de cette grande famille bien occupée à entretenir ses coutumes : elle pense ou espère qu’« en dehors de ces quelques gouttes de sang que nous partageons et de cette maison, érigées en symbole et transmises à chacun comme partie de notre identité, rien ne nous réunirait. ». Pourtant même vis-à-vis du couple gérant le domaine, Rosana et Antonio, cette dualité transparaît. Immersion totale au sein de la haute bourgeoisie et ses petites préoccupations, son mode de vie bien particulier, bien loin du monde et de l’histoire : « L’Histoire de ma petite vie est de ne pas en avoir. J’échappe à la marche du monde, qui ne m’a pas happée. »

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

 


- 66 -



Véronique BIZOT
Un avenir
Actes Sud
105  pages
15  euros

27-07-2011

 

    « Un avenir » rappelle qu’une maison est souvent emblématique d’une famille. Des six enfants, seul Odd réside dans la maison familiale. Il s’éloigne pour un temps indéterminé et demande à son frère Paul de passer vérifier l’état d’un lavabo. Cette maison aussi grande que triste submerge naturellement Paul d’une multitude de souvenirs, souvent tristes ou noirs. Un patchwork d’évènements retrace la destinée de cette famille nombreuse. Image après image, Paul ressent une certaine culpabilité face à son frère jumeau qui, en endossant seul le poids du bâtiment et de la famille, a compromis sa réussite. Ils l’ont délaissé, en décidant d'ignorer les conséquences mais peut-être est-il encore temps de se racheter et de lui venir en aide ?

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Véronique Bizot lus par Vaux Livres

 


- 65 -



Anthony PASTOR
Petit Pierre le pirate
Actes Sud
39  pages
8  euros

16-05-2011

 

    Venez rencontrer Petit Pierre le pirate, intrépide, sans peur ou presque, accompagné du fidèle Pépin perroquet attentif et joyeux sur bateau voguant dans les mers du Sud. Première lecture.

Thème(s) : Jeunesse

 


- 64 -



Siri HUSTVEDT
Un été sans les hommes
Actes Sud
216  pages
18.5  euros

09-05-2011

 

    « Un été sans les hommes » confronte le lecteur à quatre générations de femmes en suivant leurs destins de l’adolescence à la vieillesse et la mort. Les personnages sont marquants, souvent fragiles, et les sentiments et caractéristiques de chaque âge sont dépeints avec justesse comme leur évolution au cours du temps. Mia, la narratrice, 55 ans, a sombré dans la folie lorsque son mari lui a proposé de faire une parenthèse dans leur vie de couple, pause due à une belle et jeune collègue française qu’elle surnommera d’ailleurs « La Pause ». Internée, elle se retrouva au milieu de lourds cas psychiatriques qu’elle quittera pour sa région natale, le Minnesota, où elle tente depuis de se reconstruire en revivant sa vie de petite fille, de jeune femme, de femme et de poète. Elle retrouve sa mère qui vit dans une résidence entourée de veuves joyeuses (les Cygnes), pleines de vie et d’humour sans pourtant oublier que la fin approche. Elle se lie d’amitié avec sa jeune voisine, mère délaissée et brisée par son mari hurleur. Elle anime enfin un atelier d’initiation à la poésie pour sept adolescentes (les sorcières) que la cruauté et la perversité animent parfois à l'orée de leurs vies d’adultes. Quatre générations de femmes sans hommes, sorte de bilan d’une vie de femme voire de la vie de la Femme. Siri Hustvedt avec une écriture irréprochable et accomplie réussit à chaque livre à happer le lecteur dans son univers, dans le monde de ses personnages, mais ici, en le prenant à témoin, elle renforce encore sa proximité avec ces quatre générations de femmes. Siri Hustvedt un auteur à ne pas manquer (cf. livre du mois de janvier-mars 2011).

« L’enchantement réside dans le sentiment et dans la façon de raconter, voilà tout »

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Siri Hustvedt lus par Vaux Livres

 


- 63 -



Aki SHIMAZAKI
Tonbo
Actes Sud
135  pages
13  euros

07-05-2011

 

    Nobu après avoir quitté une grande entreprise fonde un établissement privé d’enseignement spécialisé dans la préparation des examens. Il réalise ainsi le rêve de son père, instituteur accompli et admiré qui s’est pourtant suicidé suite à la mort d’un élève et d’accusations infondées. La fille de Nobu choisit le nom de l’établissement : « Tonbo », c’est-à-dire « libellule », libellules qui font le voyage de l’Asie du sud-ouest vers le Japon du nord pour y mourir. La vie s’écoule tranquillement entre son établissement, sa famille, ses balades… jusqu’à la venue d’un ancien élève de son père qui lui dévoilera les circonstances de la mort de son père. Aki Shimazaki continue son évocation du Japon, de sa culture et de ses coutumes, toujours avec retenue mais intensité dans ses textes minimalistes qui évoquent avec douceur, par petites touches légères, la vie, ses secrets comme ses violences. Un auteur incontournable.

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Aki Shimazaki lus par Vaux Livres

 


- 62 -



Lotte HAMMER   -  Soren HAMMER
Morte la bête
Actes Sud
398  pages
23  euros

07-04-2011

 

    Les vacances avec sa fille de l’inspecteur Konrad Simonsen sont brutalement interrompus par la découverte atroce de cinq cadavres, cinq hommes affreusement mutilés et pendus dans un gymnase d’un établissement scolaire. Après quelques flottements dans l’enquête (même l’identification des corps s’avère ardue), et quelques rumeurs, le point commun les unissant est découvert : ces cinq hommes étaient pédophiles. La colère dans la population gronde, la presse et l’opinion semblent entériner cette justice expéditive et personnelle ! La recherche des coupables est-elle vraiment indispensable ? n’était-ce pas la vraie solution ? autant de questions que l’on sent parfois poindre à chaque évènement de ce type… La population refuse de coopérer, les pressions, manipulations s’enchaînent, même l’équipe de Konrad Simonsen semble parfois vaciller, hésiter surtout qu’elle tarde à établir les véritables mobiles, manipulation, pressions sur l’Etat, vengeance personnelle… Heureusement ce premier volume de la série des polars de ces auteurs danois nous prouve que Konrad Simonsen est un enquêteur entêté et ne cédant à aucune menace et pression !

"Il m'a demandé si je pensais que le monde pouvait être changé par une poignée de personnes se battant contre l'ordre établi... une réponse aussi simple que vraie : le monde a toujours été changé de cette façon"

Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller

 


- 61 -



Anna ENQUIST
Contrepoint
Actes Sud
228  pages
20  euros

22-11-2010

 

    Contrepoint est le titre parfait pour ce nouveau livre de la grande romancière néerlandaise : technique de composition musicale consistant à superposer plusieurs lignes mélodiques ou thème secondaire qui se superpose au thème principal. Le texte est en effet un va-et-vient permanent entre la recherche par une femme d’une grande et personnelle interprétation des variations Goldberg et de ses souvenirs brefs de mère (« Elle s’était tournée vers son piano pour obtenir de l’aide). Le drame qu’elle a vécu lors de la disparition tragique de sa fille (« On ne se prépare pas à une tragédie, elle vous tombe dessus ») semblait l’avoir éloignée à jamais des moments même furtifs de bonheur. L’art et la musique, l’étude d’une œuvre, d’un compositeur lui permettent aussi bien de faire rejaillir des souvenirs enfouis par la douleur (« Bach lui avait donné accès à sa mémoire »), de les verbaliser quand cela devient possible, de les incorporer dans ses interprétations, dans ses silences, mais aussi de pratiquer une thérapie douce et sobre qui mène note après note à une reconstruction de soi. Pianiste et psychothérapeute, Anna Enquist nous livre une superbe partition éclairée par une interprétation émouvante et sans fausse note !

« Ce que la musique a de libérateur, c’est justement de permettre de renoncer aux mots déprimants, gênants, pour se mettre à penser en sons, en lignes, en accords. Rien n’avait besoin d’être formulé ou traduit. »

« Des pas hésitants espacés par un intervalle de secondes, qu’on ne pouvait pas jouer sans de dramatiques changements de rythmes. Chanceler, grimper, tomber, ce genre d’histoires. Pourquoi une mélodie qui monte puis descend provoque-t-elle tant de tristesse ? Est-ce qu’on était plus avancé quand on le savait ? Inspirer avec espoir, souffler avec déception. Monter la colline puis, fatalement la redescendre. Recevoir une chose puis devoir y renoncer. La vie, quoi. »

« … les gens ont inventé des religions parce que la notion d’être seul confronté à la réalité est trop douloureuse, l’idée qu’un être humain va disparaître sans laisser de trace trop insupportable, l’insignifiance de l’existence humaine trop vexante. »

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 60 -



Carlos SALEM
Nager sans se mouiller
Actes Sud
298  pages
21.8  euros

03-11-2010

 

    Juanito Pérez Pérez vit une vie bien rangée avec sa femme, sa fille et son fils. Un peu trop rangée pour sa femme qui préfère partir vers d’autres cieux. Elle ignore pourtant que son tendre époux a une double vie. Cadre dans une multinationale, il est aussi un redoutable tueur à gages. Alors qu’il vient de tuer sur ordre l’un de ses collègues, il décide de partir en vacances avec ses enfants. Direction sud de l’Espagne pour un camping de nudiste. Cependant, dès son arrivée, tout dérape. Son ex est aussi présente accompagnée de son nouveau compagnon, un célèbre juge. Il retrouve également un ancien ami d’enfance qui a perdu un œil et une jambe par sa faute, un collègue de son entreprise à l’ambition folle. L’efficace Numéro Trois est perturbé, il sent sa maîtrise habituelle mise à mal, alors quand au milieu de patchwork de personnages atypiques, ses enfants sont en danger, Juanito va peut-être devoir enfin réfléchir à ses choix de vie et devoir se mouiller !

"C'est facile d'être un tueur à gages. Ce qui est difficile c'est d'être père."

Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller

Les titres de Carlos Salem lus par Vaux Livres

 


- 59 -



Alice FERNEY
Passé sous silence
Actes Sud
204  pages
18.5  euros

18-08-2010

 

    Passé sous silence revient sur un fait historique de la seconde moitié du vingtième siècle mais tous les noms, lieux et dates ont été changés. Ce moment historique implique deux hommes, le chef de l’état Jean de Grandberger et le lieutenant colonel Paul Donadieu. L’un juge et partie condamnera l’autre après qu’il a organisé un attentat. Les deux hommes reflètent deux visions différentes du pouvoir, de l’honneur, du respect. Bastien Thiry qui l’a pourtant admiré ne peut accepter la trahison de De GrandBerger. Manipulé, il montera cet attentat voué à l’échec et après un procès expéditif, sans la grâce de De GrandBerger, il sera exécuté. Alice Ferney plonge au plus profond de la psychologie de ces deux personnages et en ces temps commémoratifs, elle éclaire à bon escient et au bon moment ces épisodes encore très présents dans notre quotidien.

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Alice Ferney lus par Vaux Livres

 


- 58 -



Laurent GAUDÉ
Ouragan
Actes Sud
189  pages
18  euros

07-08-2010

 

    Laurent Gaudé a vraiment l’art de prendre le lecteur par la main, page après page, pour lui faire découvrir à chaque roman des chemins différents, des rencontres singulières affrontant lors de chaque épopée des problématiques à la fois contemporaines et intemporelles, particulières et universelles. La tempête s’annonce et la Nouvelle-Orléans (« la tombe humide ») se vide, l’évacuation s’accélère. Pourtant quelques-uns demeurent dans la ville, irréductibles, laissés pour compte, prisonniers… attendent le déchaînement de la nature et ses effets. Le récit suit alternativement le parcours d’une série de personnages et leurs réactions au sein du chaos, personnages amenés à se croiser un jour ou l’autre pour le meilleur et pour le pire... Le rythme de la narration adopte la vitesse de la tempête. Keanu revient de l’enfer et souhaite retrouver Rose son ancien amour comme une ultime chance. Rose est perdue avec son fils sans père dans cette ville entourée de ses terrifiants bayous. Josephine « négresse depuis presque cent ans », « mère de tous les nègres », fière, désespérée et entêtée, n’a rien oublié de son histoire et de celle de son pays, et garde la tête haute et le regard fixe devant les vieux blancs, sa liberté n’a pas de prix (« Alors ils sont venus comme ils viennent toujours dans ces cas-là, la main tendue d’un côté et les doigts pour se boucher le nez de l’autre… Ils ont tiré en l’air pour effrayer le nègre. Depuis toujours, ils aiment ça. Je ne monterai pas. Je suis Josephine Linc. Steelson, je prends le bus tous les matins pour que les vieux Blancs baissent les yeux devant ma liberté. Je ne veux pas monter comme ça, comme une bête apeurée que l’on sauve par charité. Alors je reste assise. »). Cette chorale disparate continue d’avancer au milieu de l’apocalypse, chacun conservant aussi longtemps que possible un brin d’espoir, un projet pour le maintenir à flot. Des personnages vrais, humains avant tout, forts ou faibles, torturés, lucides, fraternels ou haineux... qui vous entraîneront dans leurs pas souvent hésitants.

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Laurent Gaudé lus par Vaux Livres

 


- 57 -



Claudie GALLAY
L'amour est une île
Actes Sud
351  pages
21.8  euros

19-07-2010

 

    Cet été là, le festival d’Avignon sera singulier. La grève des intermittents vient perturber son déroulement et les sentiments des spectateurs, acteurs, organisateurs seront exacerbés. Parmi eux, Odon Schnadel toujours artistiquement ambitieux présente avec sa compagnie la pièce d’un auteur inconnu et décédé, Paul Selliès. Mathilde, dite la Jogar, revient en star à Avignon et tentera de retrouver les traces de son passé avignonnais. Enfin, la jeune Marie, qui n’appartient pas au monde du théâtre, écorchée vive (au sens figuré comme au sens propre), toujours sur le fil du rasoir, vient trouver des réponses notamment concernant le suicide de son frère Paul Selliès qu’elle n’accepte toujours pas. Ces trois personnages principaux égratignés et blessés par la vie et le temps se croisent, se repoussent, s’attirent, s’aiment, toujours sur fond de théâtre, mais le théâtre est la vie et la vie est le théâtre : la totalité de la palette des sentiments s’exprimera donc autour d’eux, sentiments pour lesquels l’œuvre et la disparition de Paul Selliès demeurent le personnage principal : "Associer la beauté et la mort, il voulait ça, cette union infernale".

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Claudie Gallay lus par Vaux Livres

 


- 56 -



Jérôme FERRARI
Où j'ai laissé mon âme
Actes Sud
154  pages
17  euros

13-07-2010

 

    Deux hommes se retrouvent en 1957 à Alger. Deux militaires. Deux anciens prisonniers d’Indochine. Un vécu, une histoire, les lient à jamais. Le capitaine Degorce a protégé voire épaulé le lieutenant Horace Andreani en Indochine et ils se « partagent » maintenant les prisonniers sur ce nouveau continent. Ils ont été victimes, ils se retrouvent bourreaux ; ils demeurent et demeureront toujours des militaires, répondant aux ordres quoiqu’ils arrivent. Mais les âmes sont différentes et le degré d’acceptation des hommes de l’horreur peut différer… Et lorsque le capitaine Degorce arrête enfin le « rebelle » Tahar si recherché, la victoire provoquera la fin. Celui-ci révèlera aux deux hommes leurs sentiments les plus profonds, au cœur de leur intimité et de leur personne. Jérôme Ferrari en s’appuyant sur de longs monologues de ces deux hommes interrompus par les questions et les observations de Tahar dissèque littéralement la psychologie de ces deux militaires que l’enfer et les ténéèbres de la guerre annihileront.

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Jérôme Ferrari lus par Vaux Livres

 


- 55 -



Asaf SCHURR
Motti, sa chienne de vie
Actes Sud
188  pages
19  euros

25-04-2010

 

    Motti passe son temps à rêver sa vie, mais à trop la ou les rêver, il omet de la vivre. Jeune instituteur, il partage son temps libre entre ses rêves, l’observation de sa jeune voisine qui prolonge également ses rêves, et Laïka sa chienne adorée seule témoignage concret et physique du réel. Replié sur lui-même, il subit « le monde », sa force, son autorité, Menahem notamment un ami rencontré à l’armée, tout son contraire, un homme bien planté dans le réel et dans ces problèmes. Lorsqu’ils provoquent un accident mortel, Motti se dénonce et se sacrifie pour son ami. Il passe quelques années en prison et a tout le temps de prolonger ses songes… Les rêves, la vie, la mort, l’amour, le fil du destin reste souvent inattendu…

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 54 -



Paul AUSTER
Invisible
Actes Sud
294  pages
22.5  euros

15-04-2010

 

    Paul Auster continue de jouer avec ses lecteurs en cachant la fiction derrière la réalité et vice-versa. Un jeune américain, Adam Walker, naïf amoureux de la poésie et des poètes lie son destin à un mystérieux mécène français, Rudolf Born. Promesses professionnelles dans le financement d’un journal, promesses amoureuses en la personne de la femme de Rudolf mais toujours obscures promesses. Ils deviennent liés jusqu’au soir où de retour d’une soirée, Adam croit ou est certain d’être le témoin d’un crime, Rudolf assassine un jeune les ayant menacés. Sa vérité le mine, l'obnubile et l’aveugle. Il rejoindra, traquera Rudolf jusqu’en France pour le démasquer, crier sa vérité. Sa vérité ou la vérité ? Illusion ou certitude ?

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Paul Auster lus par Vaux Livres

 


- 53 -



Pascale FONTENEAU
Propriétés privées
Actes Sud
189  pages
16  euros

14-03-2010

 

    Histoire d'un quartier, de nos quartiers. Dortoir ou quartier paisible, et pourtant, la tension comme le sentiment d'insécurité montent... Un banal cambriolage et les masques tombent. Des patrouilles de vigilance sont mises en place pour apporter de l'aide aux forces de police. Henri et Robert se retrouvent associés pour des rondes où rien ne se passe donc propices aux confidences. Jusqu'au soir où un cadavre vient perturber leur routine... Robert disparait et Henri demeure seul face à ses réflexions, face à ses doutes et à sa solitude. Même les quartiers les plus calmes ont leurs secrets et leur part d'ombre...

Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller

 


- 52 -



Wilfried N'SONDÉ
Le silence des esprits
Actes Sud
171  pages
17  euros

07-03-2010

 

    Clovis Nzila échappe de peu à un contrôle de routine (…) de la police sur les quais de la gare de Lyon. Apeuré, tremblant, il monte au hasard dans un train en partance pour la banlieue. Il prend place dans un wagon en cherchant à devenir invisible malgré son état de terreur et sa piètre apparence. Pourtant, peu à peu, il relève la tête et observe la femme assise en face de lui. Il sent la détresse, elle sent la solitude, les regards s’accrochent et ils descendront ensemble. Protectrice, Christelle le fait rentrer chez elle et dans un état second, ils vont peu à peu se dévoiler, ouvrir le passé pour mieux renaître. Mais ne naît-on pas qu’une seule fois… Wilfried N’Sonde, romancier et musicien, nous offre un second roman qui continue de dresser des ponts entre l’Afrique et le France et oscille cette fois, tant dans le rythme que dans les thèmes, entre berceuse ou chanson d’amour et le plus violent des hard-rocks !

Ecouter la lecture de la première page de "Le silence des esprits"    Get Adobe Flash player

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Wilfried N'Sondé lus par Vaux Livres

 


- 51 -



Gérald STEHR   -  Frédéric STEHR
Monstres de père en fils
Actes Sud
14.5  euros

05-03-2010

 

    Le père de Balthazar pense qu'il est maintenant temps qu'il choisisse son métier. Dans la famille, on est monstres de père en fils, mais monstre de quoi ? Monstre d'égoïsme ? Monstre sacré ? Monstre classique ? Monstre de tendresse... Balthazar fera le tour de la famille afin de déterminer sa monstrueuse vocation. Une monstrueuse histoire qui ravira petits et parents.

Thème(s) : Jeunesse

 


- 50 -



Carla GUELFENBEIN
Le reste est silence
Actes Sud
312  pages
21  euros

28-02-2010

 

    Carla Guelfenbein revient sur les relations au sein d’un trio (cf. Ma femme de ta vie) cette fois constitué d’un homme, d’une femme et d’un enfant. Tommy petit garçon de 12 ans, malade du cœur, observe avec attention, enregistre les conversations des adultes et réussit ainsi à donner sens au silence qui accompagne ses relations, ses liens familiaux. Le garçon est malade dans son corps mais pas dans sa tête ! Lucide, attentif, il développe une grande capacité d'analyse et une parfaite compréhension du monde des adultes. Juan, le père taciturne, veuf, chirurgien, peine à exprimer l’amour qu’il ressent pour son entourage. Alma, nouvelle épouse, mère d’une petite Lola et belle mère attentionnée de Tommy, assiste avec impuissance à la dérive du trio. Les trois voix s’entremêlent mais jamais ne pourront s’unir. Chacune dévoile ses sentiments profonds, ses peurs, sa fragilité avec émotion et retenue mais jamais ne pourra l’exprimer, l’offrir à l’autre. Un roman sur l’intimité de nos vies : homme, mari, père, femme, épouse, mère… où quand les silences, les secrets familiaux et la difficulté d’exprimer nos sentiments entravent un quotidien pourtant prometteur. "Parfois les mots sont comme des flèches. Ils vont et viennent, blessent et tuent, comme à la guerre", mais le silence n’est-il pas pire ?

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Carla Guelfenbein lus par Vaux Livres

 


- 49 -



Véronique BIZOT
Mon couronnement
Actes Sud
108  pages
13  euros

15-01-2010

 

    Le narrateur est un vieux monsieur qui vit seul, enfin presque... Mme Ambrunaz, sa femme de ménage, l’aide, le surveille, l’épaule, l’encadre… Une vie bien paisible jusqu’au jour où un courrier d’apparence anodine bouleversera ses journées : on lui annonce une décoration prochaine pour une importante découverte scientifique réalisée de longues années en arrière et à son insu ! Surpris, déconcerté mais jamais flatté, le vieil homme qui estime ce prix injustifié regarde les évènements d’un œil sage et amusé, parfois interrogatif mais toujours sans illusion. Ils lui procurent l’occasion de faire une pause pour mieux explorer sa solitude et son éloignement. Un portrait bien attachant et non dénué d’humour.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Véronique Bizot lus par Vaux Livres

 


- 48 -



Natalia KLIOUTCHAREVA
Un train nommé Russie
Actes Sud
190  pages
18.9  euros

18-09-2009

 

    Nikita est en quête, il ne peut oublier Iassia son amour de jeunesse et parcourt le pays à la recherche de "la Russie". Il s’interroge sur les Russes, ce que représente la Russie, hier, aujourd’hui (« Et pourquoi la Russie ne pourrait pas être en toi aussi ? Puisqu’elle est en nous , Pourquoi cherches-tu la Russie des autres ? La tienne ne te suffit pas ? »). Ses rencontres sont en souffrance, mais continuent de vivre, voire parfois de survivre, chacun à sa manière. Les personnages expriment tous les sentiments : colère, mélancolie, humour, obsession, tendresse, fatalité, amour… Un roman riche, multiple, flamboyant, haut en couleurs, image d’une Russie contemporaine et jeune qui n’a pas oublié son passé.

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 47 -



Metin ARDITI
L'imprévisible
Actes Sud
204  pages
7.5  euros

03-09-2009

 

    Anne-Catherine appartient à la haute société genevoise et pour fuir ses souvenirs, elle souhaite se débarrasser d’un tableau et contacte alors Guido Gianotti, professeur d’histoire de l’art à la retraite. Guido se lance dans des recherches qui nous fait découvrir les grands peintres de la Renaissance florentine ainsi que leurs techniques. Mais au cours de cette enquête, et malgré leurs différences, Anne-Catherine et Guido se rapprochent dans une relation déséquilibrée : Guido reste fortement préoccupé par sa puissance sexuelle en déclin alors qu’Anne-Catherine recherche tendresse, bonheur et dialogue. Metin Arditi réussit à merveille à démontrer que l’imprévisible est possible tant dans la vie que dans l’art dans cette histoire d’amour crépusculaire.

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Metin Arditi lus par Vaux Livres

 


- 46 -



Minh TRAN HUY
La double vie d'Anna Song
Actes Sud
188  pages
18  euros

24-08-2009

 

    Le narrateur de « La double vie d’Anna Song » est Paul Desroches mari d’Anna Song amoureux depuis leur tendre jeunesse. La narration est entrecoupée de coupures de presse rendant compte de l’aventure de Paul et Anna. Paul orphelin a rencontré Anna chez sa grand-mère. Paul devient très proche d’Anna par cette relation tendre qui le porte, le soutient, la passion d’Anna pour la musique, ses dons exceptionnels, les légendes vietnamiennes qu’elle lui conte illuminent le quotidien de Paul. La carrière d’Anna est brisée par une maladie qui l’empêche de mener à bien ses projets. Mais l’amour et la passion de Paul sont plus forts que la mort. Il crée un studio d’enregistrement, et diffuse les CD d’Anna. Grâce à Internet notamment, le succès d’Anna devient gigantesque et les admirateurs conquis extrêmement nombreux. Jusqu’au jour, où l’un d’eux découvre la supercherie. Anna n’a pas enregistré une note, les morceaux ont été créés de toute pièce à partir de différentes interprétations. Le scandale éclate et contraint Paul à exposer ses confidences et le mythe qu’il a créé et qui l’a épaulé dans sa vie de tous les jours. Minh Tran Huy confirme ici la réussite de son premier roman avec cette histoire (inspirée d’une histoire vraie) sur la passion, la folie d’aimer, les mythes, la musique et toujours et encore en arrière-fond le Vietnam.

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Minh Tran Huy lus par Vaux Livres

 


- 45 -



Metin ARDITI
Loin des bras
Actes Sud
426  pages
21.9  euros

24-08-2009

 

    Le livre raconte l’histoire d’un pensionnat suisse, l’Institut Alderson, à la fin de l’année 1959. Cet institut situé près de Lausanne est réservé aux gosses de riches mais subit actuellement quelques difficultés financières. Madame veuve Alderson envisage la vente de l’établissement à un repreneur américain. Les enfants sont envoyés là très jeunes pour diverses raisons, loin des bras de leurs parents mais quelles que soient leurs différences auront toujours un point en commun, l’abandon froid et réfléchi de leurs parents (« Les internes de l’Institut, ils sont éduqués, ils sont riches, ils sont ceci, ils sont cela. Mais on les a mis de côté ! Et qui les a mis de côté ? Qui ? Leurs parents ! Pas la vie. Pas la guerre. Pas la misère. »). Leur famille s’éloigne dans l’isolement et la solitude malgré un apprentissage complet ce qui permet à Metin Arditi d’aborder avec réussite de nombreux thèmes : la photographie, le sport et notamment le football, la danse, la musique... Les seules personnes avec lesquelles les enfants pourraient entretenir des relations humaines sont leurs professeurs. Mais ceux-ci à l’image de leurs parents ne leur seront pas d’un grand secours. On apprendra leurs secrets, leurs faiblesses, leurs sentiments. Une belle brochette de personnages tourmentés qui se révèleront à l’approche de l’audit nécessaire au rachat de l’institut qui devrait provoquer inévitablement quelques départs... Chacun passera sur le gril d’un entretien individuel, choisira de se raconter ou de se taire, d’accepter ou de réagir, de se vendre ou de refuser le marché. Un beau texte sur la solitude et les rencontres qui jalonnent l’existence permettant de l’éclairer autant qu’il est possible.

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Metin Arditi lus par Vaux Livres

 


- 44 -



Cécile LADJALI
Ordalie
Actes Sud
204  pages
18  euros

24-08-2009

 

    Zak, le narrateur, orphelin depuis que ses parents sont morts sous les bombes de la seconde guerre, reste un inconditionnel du Reich alors qu’il est recueilli par un oncle ancien nazi en Autriche. Amoureux de sa cousine Ilse, poétesse et romancière, il raconte les amours difficiles entre Ilse et Lenz un poète roumain rescapé de l’holocauste. Malgré toutes leurs oppositions, leurs visions différentes de la vie, de l’humanité, Zak restera le confident d’Ilse, témoin « noir » à l’opposé des combats de cette femme sans concession (« La certitude qu’elle avait de ne pas tricher la maintenait en vie ») et de ses idéaux. La passion qui la lie à Lenz est orageuse, elle les rapproche et les éloigne simultanément, autant dans la vie que sur le plan littéraire où des divergences les opposent (« Nous étions affamés de bonheur, quoique parfaitement inaptes à en saisir les occasions. Elles se présentaient à nous pourtant, et beaucoup plus souvent que nos discours chagrins ne le concédaient. Je pense que notre tristesse s’enferrait dans une indécrottable mauvaise foi. »). Pourtant, ils se trouvent, se retrouvent… jusqu’à la folie… Ordalie est un livre pluriel à l’écriture parfaite, exigeante sur l’histoire d’un amour impossible, sur la création comme sur l’art, sur l’Allemagne et son passé mais aussi un hommage aux deux figures de la littérature que sont Paul Celan et Ingeborg Bachmann.

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Cécile Ladjali lus par Vaux Livres

 


- 43 -



Sébastien LAPAQUE
Les identités remarquables
Actes Sud
175  pages
18  euros

22-07-2009

 

    « Tu vas mourir, aujourd’hui, et tu ne le sais pas encore ». Dès la première phrase, tout est dit, le sujet et la forme narrative sont spécifiés. Le narrateur (mais qui est-il ?) tutoie le héros qui vient de débuter à son insu sa dernière journée. Ce narrateur témoin, miroir, rarement juge, suit pas à pas cette dernière journée faite de petits riens et du temps qui passe mais peut également remonter le passé de cet homme qui a quitté Paris à la mort accidentelle de ses parents. Enseignant, il est venu s’installer dans cette ville du sud-ouest de la côte atlantique où son quotidien se partage entre son seul ami et confident collègue philosophe au verbe ironique et détaché et une petite marchande de jouets amoureuse folle du héros et de la vie. Les heures passent inexorablement alors que Mlle Mystère et son frère rodent dans la ville décidés à mettre en œuvre une vieille vengeance venue d'un passé familial… Une variante de polar sans suspense au premier abord, mais d'ailleurs, lecteur, en es-tu si certain ?

Sélection Prix Page des Libraires 2009

Thème(s) : Littérature française

 


- 42 -



Lyonel TROUILLOT
Yanvalou pour Charlie
Actes Sud
175  pages
18  euros

16-07-2009

 

    Mathurin D. Saint-Fort est un jeune et brillant avocat installé à Port-au-Prince. Mathurin D. Saint-Fort a décidé d’oublier son passé et ses origines, l’initiale de son prénom le trahit pourtant pour certains. Il vient de la campagne haïtienne, a fait le grand voyage vers la grande ville et ne souhaite plus se retourner confirmant ainsi le morcellement de la société haïtienne. Il croit avoir réussi son intégration dans un monde bourgeois, aveugle face à la réalité. Jusqu’au jour où Charlie, jeune ado en cavale, fait irruption sur son lieu de travail et s’accroche à lui telle une sangsue. Charlie l’emporte, l’entraîne vers son passé mais aussi vers des milieux qu’il feignait d’ignorer. Quelques souvenirs bien enterrés resurgissent… Un monde violent, sans pitié, souvent désespéré où cependant des niches d’amour et d’amitié subsistent. Lyonel Trouillot toujours aussi efficace pour nous décrire le peuple d’Haïti fait appel à quatre personnages, quatre voies, quatre trajectoires dans le Haïti contemporain où la pauvreté biaise les destins de chacun et les entraîne souvent involontairement sur des voix pas toujours choisis alors que la classe dominante continue elle de s’enrichir sans état d’âme particulier.

Sélection Prix Page des Libraires 2009

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Lyonel Trouillot lus par Vaux Livres

 


- 41 -



Fiona CAPP
Portrait de l’artiste en hors-la-loi
Actes Sud
367  pages
23  euros

10-07-2009

 

    Jemma Musk est une artiste peintre australienne mais avant tout une femme libre, une femme à part, singulière. Indépendante, artiste, des caractères que la bonne société n’apprécie guère... Son histoire commence véritablement en 1868 alors qu’elle peint une famille en train de pique-niquer. Lorsque le vent se lève, elle continue de peindre, et quand la violence du vent soulève la petite fille, absorbée, passionnée, elle ne réagira que tardivement ce qui fixera à jamais sa réputation. Elle épousera un émigré italien et deviendra mère. Un bonheur éphémère que les évènements balayeront telle une tornade. Mais Jemma demeurera toujours debout, combative, passionnée. Un récit captivant, riche, aux multiples facettes, éclairé par la trajectoire de cette femme libre et entière.

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 40 -



Attila BARTIS
La tranquillité
Actes Sud
319  pages
21.8  euros

22-05-2009

 

    Ne vous fiez au titre de ce roman hongrois : la lecture de ce texte ne sera ni tranquille ni paisible. A la fois par ses thèmes et son écriture, Attila Bartis vous secouera violemment ! Chronique d’une famille à Budapest alors que le régime totalitaire la privant de liberté est toujours de mise, entre destins personnels et histoire nationale. La mère de la famille Weer fut une comédienne de théâtre reconnue mais tombée en disgrâce après le départ de sa fille, Judit, jeune prodige du violon, vers l’ouest. Elle sombre alors dans la folie, la haine et la rancœur qu’accompagne son fils, frère jumeau de Judit et narrateur qui espère devenir écrivain. Même si le fils tente de protéger sa mère, la vie les rattrape inexorablement dans cette sorte de huis clos pesant ; la violence du pays rejaillit sur les relations humaines, les relations de couple et familiales au quotidien.

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 39 -



Anne ENRIGHT
Retrouvailles
Actes Sud
310  pages
21.8  euros

15-05-2009

 

    Veronica est l’une des filles d’une famille ou plutôt tribu irlandaise, famille nombreuse où les enfants naissent les uns après les autres, au fil des rapports des parents. Elle pense être proche et connaître son frère ainé Liam, pourtant lorsqu’elle apprend son suicide, elle va découvrir que finalement, elle ne sait pas grand-chose sur sa vie, ses sentiments, son histoire. Au fil de ses nuits d’écriture, elle part à sa découverte qui inévitablement est aussi la découverte de sa famille… Entre souvenirs et hypothèses, rêve et réalité : famille, amour, sexe, secret, responsabilité, culpabilité…

Prix Booker Prize 2007


« Et ce qui me stupéfie quand je m’engage sur l’autoroute, ce n’est pas que tout le monde perde quelqu’un, mais que tout le monde aime quelqu’un. Cela semble une telle perte d’énergie – et nous le faisons tous, tous les gens qui filent entre les lignes blanches, qui se joignent au flot des voitures, qui convergent, qui doublent. Nous aimons tous quelqu’un, même si ceux que nous aimons vont mourir. Et nous continuons à les aimer, même quand ils ne sont plus là pour qu’on les aime. Or il n’y a, me semble-t-il, aucune logique ni aucune utilité à cela. »

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 38 -



Camilla LÄCKBERG
Le prédicateur
Actes Sud
374  pages
22  euros

17-04-2009

 

    Nous retrouvons avec plaisir le couple Erika et Patrick de la « Princesse de glaces » maintenant bien installé : Erika est enceinte et l’accouchement approche alors que l’inspecteur Patrick Hedström doit abréger ses vacances. Le corps d’une jeune femme vient d’être retrouvé et le passé resurgit quand on retrouve sous elle les restes de deux cadavres, deux squelettes de femmes assassinées des années plus tôt. L’enquête s’annonce difficile : un meurtre vingt-quatre ans après deux autres, quels liens peut-il exister ? Rapidement, la famille Hult aux liens complexes et aux comportements erratiques initiés par le patriarche Ephraïm aujourd’hui disparu apparaît au centre de l’affaire. Pourtant, Patrick peine à placer les pièces d’un puzzle mélangeant présent et passé. Il parait même quelque peu perdu lorsqu’une nouvelle adolescente vient à disparaître. Une intrigue menée de main de maître au rythme croissant qui tiendra en haleine le lecteur jusqu’à la dernière page qui apportera son ultime révélation.

Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller

Les titres de Camilla Läckberg lus par Vaux Livres

 


- 37 -



Alaa EL ASWANY
J'aurais voulu être égyptien
Actes Sud
201  pages
19.5  euros

04-04-2009

 

    Un recueil de dix nouvelles dont la première est la plus étoffée. A l’exception de l’une d’elles, la vision d’El Aswany de la société égyptienne dans sa globalité semble assez noire. Une société assez désespérée et largement corrompue. El Aswany se préoccupent des gens simples et vrais, du peuple qui survit tant bien que mal, sans illusion ni espoir. Il s’intéresse aux relations humaines (donc universelles et non spécifiques à l’Egypte), souvent déviantes et intéressées, trahison, mépris et autres sentiments noirs ne sont jamais loin.

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Alaa El Aswany lus par Vaux Livres

 


- 36 -



Aki SHIMAZAKI
Hotaru
Actes Sud
137  pages
12.8  euros

27-03-2009

 

    Hotaru (lucioles en japonais) est le dernier volume du « poids des secrets ». Dernier volume, dernier secret… A la saison des lucioles, Tsubaki, étudiante à Tokyo, rend visite à ses parents qui hébergent sa grand-mère, 84 ans, qui faiblit et voit régulièrement des lucioles qu’elle tente d’attirer avec une chanson d’enfants. Et puis un jour, la grand-mère va se confesser à sa petite fille et lui apprendre le secret qui la mine depuis cinquante ans. Secret lié à sa rencontre à 16 ans avec un homme qui abusera d’elle dans tous les sens du terme et marquera à jamais son destin qui la rattrapera tout au long de sa vie. Ce volume clôture la série et boucle l’histoire puisqu’il revient sur le point de départ du premier tome. Toujours aussi fort, entre l’intime et le général, tout en oscillant entre douceur et violence induisant une ambiance si particulière.

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Aki Shimazaki lus par Vaux Livres

 


- 35 -



Aki SHIMAZAKI
Tsubaki
Actes Sud
121  pages
12.04  euros

27-03-2009

 

    Tsubaki (camélia en japonais) est le premier volume de la remarquable pentalogie d’Aki Shimazaki, « le poids des secrets ». Yukiko est une survivante de la bombe atomique mais elle est toujours restée discrète sur cette période. Pourtant, dans une lettre laissée à sa fille, elle dévoile enfin l’histoire de la famille Horibe et ses (lourds) secrets. De son enfance à Tokyo à son départ vers Nagasaki, elle détaille leur vie, leurs sentiments, la peur de la guerre, l’arrivée des Américains ou des Russes mais aussi les secrets de sa famille et de ses voisins Takahashi qui l'ont poussée au meurtre (« Pour moi, c’était le début de ma guerre. J’avais manqué l’occasion de mourir pour le crime que j’avais commis »). Un superbe roman au parfum oscillant entre celui des camélias et celui du cyanure… L’écriture d’Aki Shimazaki est véritablement superbe, minimaliste, tout en retenue et en douceur, alors que les évènements et sentiments sous-jacents peuvent être terribles, contraste impressionnant entre la délicatesse des mots et la violence des sentiments. Les écrivains japonais (même si Aki Shimazaki écrit directement en français) excellent vraiment pour mêler les trajectoires personnelles et l’Histoire collective sans oublier la description par petites touches de la nature environnante.

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Aki Shimazaki lus par Vaux Livres

 


- 34 -



Frédérique DEGHELT
La grand-mère de Jade
Actes Sud
391  pages
21  euros

22-02-2009

 

    Le lecteur se fond littéralement dans l'histoire de Frédérique Deghelt et aimerait tant qu'elle soit vraie ! Mamoune, savoyarde et grand-mère de Jade, vient d'avoir un malaise. Le père de Jade qui vit en Polynésie la prévient que ses tantes ont décidé de placer la vieille dame en maison de retraite pour plus de sécurité. Jade qui vient de quitter son compagnon décide d'enlever sa grand-mère (avec son consentement). Elle s'aperçoit qu'elle ne sait pas grand-chose de celle-ci et ces deux femmes, de deux générations différentes, vont apprendre à se connaître, se dévoiler progressivement, avec pudeur (« Nous sommes aveugles et ce que nous voyons chez nos plus proches c'est ce que nous croyons savoir d'eux. ») sur fond de tendresse, d'attention à l'autre, de douceur et d'émotions. Jade découvre alors la passion de Mamoune pour les livres et la lecture (« J'ai beaucoup lu, depuis très longtemps. Je suis une lectrice assidue, une amoureuse des livres. On pourrait le dire ainsi. Les livres furent mes amants et avec eux j'ai trompé ton grand-père qui n'en n'a jamais rien su pendant toute notre vie commune »). Ainsi, Mamoune épaule Jade dans la rédaction d'un livre jusqu'alors refusé par les éditeurs. Mamoune qui « avait adopté la formule qui consiste à être dans l'action tant qu'on est vivant puisque cesser d'agir c'est être mort » continue de vivre, d'espérer, d'aimer, elle et Jade ne se cachent rien de leurs vies amoureuses, passées et présentes. Récit (obscurci par un épilogue inattendu) à deux voix de femmes unies face à ou plutôt dans la vie pour notre plus grand plaisir. Un pur moment de bonheur.

Thème(s) : Littérature française

 


- 33 -



Daniel KEHLMANN
Gloire
Actes Sud
175  pages
18  euros

21-02-2009

 

    Daniel Kehlmann se renouvelle à chaque nouveau livre. Gloire est un recueil de huit nouvelles qui se répondent l'une à l'autre. L'absurde n'est jamais loin, le mélange entre virtuel et réel, les relations entre héros de papier et auteur... Un livre réjouissant et rythmé.

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Daniel Kehlmann lus par Vaux Livres

 


- 32 -



Aki SHIMAZAKI
Zakuro
Actes Sud
151  pages
14.8  euros

17-02-2009

 

    L’Histoire et les destins familiaux se croisent et s’entrecroisent dans les romans de Shimazaki. Tsuyoshi Toda n’a plus revu son père depuis 1942, date à laquelle installée en Mandchourie sa famille le quitta pour rentrer au Japon devant la défaite pressentie par le père. Comme de nombreux autres Japonais, le père fut déporté en Sibérie et l’on perdit sa trace. Vingt-cinq ans plus tard, la mère de Tsuyoshi sombre dans la maladie d’Alzheimer et dans le passé tout en restant persuadée que son mari n’est pas mort et qu’il la rejoindra prochainement. Tsuyoshi garde le silence mais est convaincu que son père est mort depuis longtemps. Jusqu’au jour où l’un de ses amis lui apprend que son père est vivant, installé non loin d’eux et a refait sa vie. Stupéfaction et incompréhension. Pourquoi son père n’a pas donné de nouvelles et souhaité reprendre contact ? Si près et pourtant si loin… Il décide de le rencontrer, une dernière fois peut-être avant de connaître l’explication. Il la trouvera dans une lettre où son père se confiera et exposera ses souffrances, regrets et doutes qui ont rejailli indirectement sur toute la famille.

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Aki Shimazaki lus par Vaux Livres

 


- 31 -



Pia PETERSEN
Iouri
Actes Sud
360  pages
21.8  euros

03-02-2009

 

    Iouri est un brillant artiste plasticien reconnu par le milieu de l’art. Il partage sa vie avec Max la narratrice qui l’aime plus que tout, l’artiste, l’homme, l’œuvre. Pourtant Iouri devient franchement hostile aux mesures sécuritaires de plus en plus contraignantes qui gèrent et encadrent son quotidien. Il estime également que l'art est devenu trop consensuel alors qu'il doit toujours bousculer, être subversif, dangereux, voire violent. En réaction, il s’engage en solitaire dans une démarche artistique radicale, peut-être ultime. Max assiste impuissante, avec une certaine incompréhension, à son changement de comportement et se morfond d’être mise à l’écart de ce terrifiant projet (« Je lui en veux parce qu’il ne m’a pas impliquée mais m’a tenue à l’écart et il aurait pu faire de moi sa complice, mais il ne l’a pas fait et je lui en veux, à lui et à son art »). Iouri a un secret et elle croit ou craint de le deviner. Sans être définitivement certaine des conséquences de ce projet, elle oscille entre adhésion et terreur et nous livre ses observations et ses interrogations les plus intimes. Elle n’en aura la certitude qu’à la fin du roman et seulement à cet instant, elle pourra choisir et figer son jugement devant la dernière « œuvre » de Iouri… Un roman obsédant et lancinant, troublant et dérangeant sur les limites de l’art et de l’amour.

« Il me dit qu’il faut trouver comment préserver son droit à la liberté et que c’est absurde mais c’est comme ça, il faut revendiquer le droit au crime pour se réapproprier sa liberté et c’est là tout le problème »

« Quand je regarde Iouri, je me dis qu’entre artiste et criminel, il n’y a pas tant de différence, ils contournent ou détournent ce qui est donné pour vrai et ils vivent selon d’autres normes parce qu’ils ont une vision différente de la société... »

« J’ai encore un choix à faire. Je me demande si j’ai encore un sens moral et si cela veut dire quelque chose. Quand je regarde le monde, je me dis que le sens moral est une idée dépassée, qu’elle n’a plus de sens, que le sens moral se maintient pour des raisons de nostalgie et que la nostalgie tue le monde et j’aurais bien voulu que les choses se passent autrement. »

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Pia Petersen lus par Vaux Livres

 


- 30 -



Juli ZEH
L'ultime question
Actes Sud
415  pages
23  euros

25-09-2008

 

    Un homme meurt bizarrement sur son vélo, deux physiciens amis, Sebastian et Oskar, s’affrontent devant leur divergence théorique. Oskar provoque Sebastian dans un duel télévisé pour régler leur désaccord : Qu’est-ce la réalité ? Est-elle unique ? Existe-t-elle en dehors de notre perception ? Mais cette soirée ne peut que marquer un tournant dans la relation de ces deux amis et Maïke, la femme de Sebastian, le pressent. Sebastian suite à un odieux chantage enfile la peau d’un meurtrier et lui, l’adepte des mondes multiples, doute que cet homme continue de vivre dans un monde parallèle. Un officier de police malade et amoureux vient participer aux débats… Julie Zeh continue sa route avec un nouveau roman ambitieux mêlant métaphysique et physique quantique face à la grande question du réel et de sa perception.

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Juli Zeh lus par Vaux Livres

 


- 29 -



Laurent GAUDÉ
La porte des enfers
Actes Sud
267  pages
19.5  euros

22-08-2008

 

    Matteo et Giuliana et leurs fils Pippo vivent à Naples une vie heureuse. Il est chauffeur de taxi et elle travaille au Grand Hôtel Santa Lucia. Pourtant, un matin, leur vie bascule définitivement et tragiquement. Matteo en emmenant Pippo à l’école se retrouve par hasard au beau milieu d’une fusillade opposant deux clans de la Camorra et Pippo est touché par une balle perdue et meurt. Ils ne s’en remettront pas, ni l’un ni l’autre, ni le couple puisque Giuliana devant l’incapacité de Matteo de se faire vengeance et de ramener Pippo fera ses valises. Matteo continue de parcourir la ville avec son taxi sans prendre de client jusqu’au jour où une cliente étrange en force la porte. Il fait alors la rencontre de Grace une prostituée travestie, de Garibaldo le patron du café où ils se retrouvent, de Don Mazerotti un curé atypique, et du professeur Provolone masochiste. Quatuor détonnant ! Provolone redonne enfin un mince espoir à Matteo. Depuis 20 ans, il étudie les passages entre l’Au-Delà et notre monde et assure connaître l’entrée des Enfers. Chaque mort emporte un peu de nous et de notre vie que nous espérons toujours recouvrer, or la littérature et les textes anciens démontrent selon le professeur l’existence de portes permettant le passage d’un monde à l’autre. Et si Matteo (tel Orphée)pouvait finalement satisfaire la demande de sa femme et ramener Pippo à la maison ? A chaque roman, Laurent Gaudé nous emporte avec bonheur et réussite dans un nouvel univers dans lequel le lecteur plonge sans hésitation ni retenue.

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Laurent Gaudé lus par Vaux Livres

 


- 28 -



José Carlos SOMOZA
Daphné disparue
Actes Sud
218  pages
19  euros

03-08-2008

 

    « Je suis tombé amoureux d’une inconnue » est la première phrase d’un court texte incomplet écrit par Juan Cabo, écrivain à succès. Il l'a ou l'aurait écrit quelques heures avant un accident de la route qui le rendit amnésique dans un restaurant très littéraire... Il le retrouve dans un petit carnet enigmatique à sa sortie d'hôpital. A partir de ce court texte, Juan Cabo (ou José Carlos Somoza ou quelqu'un d'autre qui sait ?) oriente ou désoriente le lecteur dans une aventure entre fiction et réalité. La perspicacité de Juan Cabo et du lecteur seront mises à l'épreuve pour déceler le vrai du faux. L’amnésie engendre le doute chez l’écrivain, doute permanent sur la véracité des faits, des écrits, de la création littéraire (« Il m’arrive une chose très bête, vraiment très bête, dis-je. Je suis écrivain, de sorte que je ne peux me fier à ce que j’écris. Qui sait si ce que j’ai écrit hier, je l’ai inventé ou vécu ? Et si je ne l’ai pas vécu, dans quelle mesure l’ai-je inventé ? Amnésique, comme je suis, comprenez-le, les mots en soi ne suffisent pas… »). Un terrible labyrinthe où le lecteur suit l’écrivain et le héros. L’auteur, spécialiste des Métamorphoses d’Ovide, saura-t-il retrouver son chemin et cette belle inconnue ? Intrigue palpitante au service et sur la création littéraire. Cette enquête originale et haletante à la chute inattendue réussira peut-être à faire douter le lecteur de l’assertion "la seule chose réelle d’un texte est l’auteur"…

« Tu inventes, j’invente, nous inventons tous, personne ne peut vivre sans inventer. »

« Vous croyez que vous pensez librement, je crois que je pense librement, mais nous nous trompons tous les deux : en fait, nous pensons et nous faisons ce que cet être invisible nous ordonne… La vie fonctionne comme ça, mon ami. Nous sommes de simples personnages. »

« Le passé de tout être humain est identique à celui de tous ; nous ne nous différencions qu’au moment de le raconter »

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 27 -



Eugène DURIF
Laisse les hommes pleurer
Actes Sud
139  pages
16  euros

24-07-2008

 

    Léonard, gardien de prison, s’arrête : « Un jour, je ne pouvais plus ». Vie heureuse semble-t-il pendant de longues années, et un jour, tout se dérègle. Léonard fait le point et se retourne vers son passé qu’il avait gommé de sa mémoire. Pour se reconstruire, il doit l’accepter, le digérer et pour cela il part à la recherche de Sammy. Enfant, Léonard était un « populart », pupille de la Nation, il n’a pas connu ses parents. Son père est mort rapidement et il n’a jamais souhaité retrouvé sa mère. Sammy est un enfant réunionnais que la France a « invité » sur le continent. Ils se retrouvèrent tous les deux dans une ferme de la Creuse où les propriétaires virent en eux de la main d’œuvre peu coûteuse plutôt que des enfants aux parcours chaotiques à la recherche d’amour. Léonard s’offre donc une pause et part à la recherche de son identité qui passe par Sammy. Sammy est devenu sans illusion, sans attente et a quitté notre monde : « Ca ne te le fait jamais, toi, cette impression que tout est joué, que tout est fini, que l’on peut bien se débattre, c’est pour la forme, parce qu’on sait bien, en fait, que ça n’a plus beaucoup d’importance. Certains jours, je me demande si je ne suis pas mort depuis un bout de temps, et que je m’oblige à survivre… ». Le couple se reforme un instant, retour en arrière émouvant, parfois désespéré, parfois violent ou tendre, qui expose leurs points communs et leurs différences. Roman particulièrement émouvant et humain ce qui n’exclut donc pas la violence et l’animalité.

« Je savais depuis longtemps qu’il ne faut rien attendre de personne. Ce qui était donné en plus, il fallait le prendre, mais surtout ne rien attendre. J’avais bien compris que la vie ne me devait rien. »

« On est des fantômes à vie, tu sais, on habite un autre pays dans notre tête, celui-là ne sera jamais le nôtre. »

Thème(s) : Littérature française

 


- 26 -



Jeanne BENAMEUR
Laver les ombres
Actes Sud
159  pages
15  euros

13-07-2008

 

    Lea est une danseuse. Perfectionniste à l’extrême, maîtrise constante et totale de ses déplacements, sentiments… même l’immobilité est un mouvement réfléchi chez elle (« Elle ne sait offrir au regard que le corps conscient »). Lea et son métier ne font qu’un et peut-être est-ce pour cela qu’elle ne peut s’abandonner, se confier aveuglement, et même aimer. Cette obsession entrave sa liberté, elle n’est libre qu’en spectacle. Ou alors, les raisons sont plus profondes, plus intimes et elle porte en elle à son insu les stigmates d’une histoire familiale. Alors qu’elle conçoit un nouveau spectacle, l’intuition salvatrice lui vient d’y incorporer sa mère qui vit en Bretagne. Une mère à l’histoire tragique : italienne, elle quitta ses parents pour se marier avec le « bel ami français » qui la vendit dans une grande maison. Ils s’exilèrent à la fin de la guerre en France et donnèrent naissance à Lea. Lea part à la rencontre de sa mère et de ses confidences à propos de son ou plutôt de leurs passés. Jour de tempête où, par tableaux alternant entre présent et passé, les propos maternels l’éclaireront puissamment et efficacement sur son passé, sur son père et sa mère elle-même mais surtout la relanceront comme un ressort vers une vie plus accomplie.. Entre mélancolie et tristesse, sans jamais tomber dans le désespoir, Jeanne Benameur vous emportera à pas chassés, retenus et maîtrisés, telle son héroïne, dans cette histoire où le poids familial ne pourra être dépassé que par la vérité.

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Jeanne Benameur lus par Vaux Livres

 


- 25 -



Samuel SHIMON
Un Irakien à Paris
Actes Sud
363  pages
23  euros

17-05-2008

 

    L’auteur-narrateur est Irakien et passionné de cinéma. Il est persuadé qu’Hollywood l’attend et décide de quitter l’Irak. Le récit est donc constitué de deux parties : la première concerne son épopée pour finalement atteindre Paris puis son vagabondage parisien et la seconde un retour sur son enfance. Son voyage passe par Beyrouth, Damas, Tunis, Aden, Nicosie… Voyage éprouvant, terrible, nulle part il n’est le bienvenu et le scénario du film de sa vie est terrible. Il subira les pires épreuves avec humour et détachement sans jamais perdre espoir. Puis, obtenant l’asile politique en France, après un passage au Rocheton tout près d’ici, il se lance à l’assaut des bas-fonds parisiens sans chercher à s’installer (« J’aspire à cette vie de vagabond »). Il entraîne alors le lecteur dans son errance pleine d’émotions, de découvertes et de références cinématographiques. Il écrit au jour le jour sa vie comme un scénario même si « Dieu est le plus grand scénariste ». Cette errance sera suivie par un retour sur la passé dans le récit de son enfance particulièrement émouvant. Un livre original composé de deux parties totalement différentes.

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 24 -



Camilla LÄCKBERG
La princesse des glaces
Actes Sud
382  pages
21  euros

14-05-2008

 

    Encore une belle découverte dans cette collection de polars venus du nord. Erica Falck, 35 ans, écrivain spécialisée dans les biographies est revenue sur le lieu de son enfance, petit port de pêche de la côte suédoise. Elle découvre le cadavre d’une amie d’enfance les poignets tailladés dans sa baignoire d’eau gelée. Elle écarte rapidement l’hypothèse du suicide et son enquête débute et les pièces d’un puzzle immense s’emboîteront les unes après les autres. Elle retrouve un ancien camarade devenu policier, toujours amoureux transi d’elle et ils s’épauleront dans cette enquête et dans la vie… Très bon polar au suspense maîtrisé et aux multiples rebondissements qui dépeint façon Chabrol les habitants de cette petite bourgade : la famille riche à la tête de l’entreprise locale, les habitants des grandes villes voisines venant en villégiature dans le petit port, les exclus, les familles implantées de longue date, une petite vie tranquille avec ses petits secrets… Pour notre plus grand plaisir, quatre autres enquêtes d’Erica sont déjà sorties en Suède. Impatience à la retrouver…

Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller

Les titres de Camilla Läckberg lus par Vaux Livres

 


- 23 -



Siri HUSTVEDT
Elégie pour un Américain
Actes Sud
400  pages
23  euros

14-05-2008

 

    Après la mort de leur père, dans une Amérique encore et toujours traumatisée par les événements du 11 septembre, une famille d’exilés norvégiens est en deuil. Erik Davidsen, psychiatre divorcé et sa sœur, Inga, jeune veuve dévastée d'un écrivain célèbre, découvrent une lettre qui leur apprend un pan inconnu de leur père et un secret passé. Pas à pas, les personnages vont se lancer dans leurs souvenirs et leurs rêves pourront aussi les épauler dans cette enquête qui est une enquête à la fois sur leur identité profonde et singulière comme sur leur pays et ses fondements, pays en dépression (« On aurait dit que la Dépression ne finirait jamais ») et en interrogation. Roman psychologique profond, puissant et dense.

Nous sommes des créatures fragmentées que nous cimentons comme nous pouvons, mais il y a toujours des fissures. Vivre avec les fissures, ça fait partie d’une vie, mettons, relativement saine.

En même temps, réalité est devenue en Amérique synonyme d’ignoble et de sordide. Nous pratiquons le culte de l’histoire vraie, de la confession intégrale, de la téléréalité, des gens réels dans leur vie réelle, les mariages de célébrités, leurs divorces, leurs vices, l’humiliation offerte en spectacle – notre version des pendaisons en publics.

Il est aussi blanc que vous, mais ses origines sont mêlées. Sa grand-mère était à moitié noire, avec un peu de sang cherokee, ce qui faisait de lui un Noir dissimulé, comme il disait. Vous savez, une seule goutte de sang. Miranda me lança un coup d’œil ironique. C’est ça l’Amérique.


Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Siri Hustvedt lus par Vaux Livres

 


- 22 -



Russell BANKS
La réserve
Actes Sud
380  pages
23  euros

22-03-2008

 

    « La Réserve » en bordure d’un lac des Adirondacks accueille une population privilégiée de l’Amérique des années trente. L’histoire débute lors d’une soirée organisée par un célèbre neurochirurgien newyorkais. Parmi ses invités figure Jordan Groves un peintre qui vient regarder les œuvres que le Dr Carter Cole a acheté à l’un de ses collègues. Le destin de Jordan Groves basculera lors de cette soirée après sa rencontre avec la fille adoptive du docteur, Vanessa Cole, femme sulfureuse, survoltée, habituée de la rubrique fais divers des journaux, troublante et quelque peu inquiétante voire dérangée. Attraction inéluctable qui malgré son attachement à sa femme et ses enfants bouleversera son quotidien, provoquant confusion et déroute. Comme un papillon devant la bougie, Jordan sait qu’il va se brûler mais il ne peut réprimer son attirance (« Soit on était attiré par elle comme par un aimant, soit on éprouvait de la répulsion vis-à-vis d’elle ; et dans le cas de Jordan, c’était les deux »). Dans le cadre magnifique et sauvage de la Réserve, la folie de Vanessa entrainera son entourage vers un destin tragique inéluctable. Loin de là, l’Histoire s’oriente également à la tragédie. Quelques écrivains américains célèbres amis de Jordan Groves ont déjà rejoint la guerre civile espagnole aux côtés des républicains. Parallèle entre histoires personnelles et collectives que le célèbre zeppelin Hindenburg relie…

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 21 -



Hubert NYSSEN
Les déchirements
Actes Sud
300  pages
20  euros

08-02-2008

 

    Hubert Nyssen nous emmène à la rencontre des trois frères V : Vincent, Victor l’aîné et Valentin le plus jeune narrateur de cette histoire. Valentin s’est installé à proximité de Victor marié à Colette. Victor a toujours repoussé son jeune frère, s’en est éloigné. Lorsque Victor disparaît lors d’un accident de voiture, Valentin cherche à expliquer le comportement de son frère et se rapproche de sa belle-sœur. Elle a aussi l’envie de se confier, de parler de son couple, de son entourage. Valentin sait l’écouter et découvre des faits singuliers restés inconnus de lui qui concernent son frère et ses parents. Colette raconte tout, sans retenue, avec ironie, avec détresse, avec inquiétude… Leurs dialogues les rapprochent irrésistiblement bien que Valentin soit homosexuel. Il apprend que son frère fut amoureux d’une professeur d’art Julie Devos. Cet amour platonique demeurera tu mais l’ombre de Julie obscurcira constamment les relations du couple. Valentin rencontre Barbara qui a connu Victor à qui il s’était confié. Elle lui dévoile la fin possible tragique et horrible de Julie provoquant la culpabilité infinie de Victor. Un texte fouillé sur la mémoire, mémoire consciente ou inconsciente, subjective ou interprétée, mémoire familiale partagée ou non, sur l’écriture et la langue (« Ecrire, je le découvre, c’est s’éloigner de ce qu’on voulait écrire »), sur l’appréhension d’un récit, les relations et sentiments humains, la fiction et la réalité.

Thème(s) : Littérature française

 


- 20 -



Andrea Maria SCHENKEL
La ferme du crime
Actes Sud
158  pages
15  euros

28-01-2008

 

    Toute une famille fut assassinée, en 1920, à Tannöd, un hameau de Bavière. L’affaire n’a jamais été résolue et Andrea Maria Schenkel s’en est inspirée pour son premier roman. Il situe le drame aux lendemains de la seconde guerre mondiale, les rancœurs et la pauvreté perdurent. Le nazisme rode encore et la religion demeure bien ancrée dans le quotidien de ces campagnes. Dans une ferme isolée, une famille complète et son employée, vivant quelque peu en marge et n’échappant à quelques rumeurs, sont assassinées sauvagement à la hache. Sans témoin, l’enquête semble vouée à l’échec. Comme à la barre du prétoire, différents témoins vont fournir un à un, chapitre après chapitre, dans un kaléidoscope de voix discordantes ou non, leurs avis et éclairages sur cette affaire. Seules les prières de la mère créent un intermède à cette litanie renforçant cette atmosphère étrange. Une réussite dans la forme et le fond pour ce premier roman classé meilleur roman criminel du printemps 2006 par les libraires allemands.

« Je te le dis, on est tout seul toute sa vie. On naît seul et on meurt seul. Et entre les deux, j’étais prisonnier de mon corps, prisonnier de mon désir. Je te le dis, il y a pas de Dieu dans ce monde, il y a juste l’enfer. Et l’enfer, il est sur terre, dans nos têtes, dans nos cœurs. Le démon est en chacun de nous et chacun peut le faire sortir à tout moment. »

Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller

 


- 19 -



Alaa EL ASWANY
Chicago
Actes Sud
460  pages
23  euros

26-11-2007

 

    Après l’inoubliable immeuble Yacoubian, Alaa El Aswany nous emmène à la rencontre des Egyptiens résidant à Chicago. Férocité, tendresse et humanité éclairent la description de ses congénères. Les chapitres se succèdent en donnant la parole aux personnages qui appartiennent à plusieurs générations : exilés dans les années 60 ou installés après les attentats du 11 septembre… des exils qui traversent les générations mais dont les causes n’évoluent guère. Chaque personnage est lié à l’Université de Chicago, ville omniprésente dans le livre et leur vie quotidienne reste marquée par les douleurs de l’exil, jamais l’Egypte ne les quittera, les Américains étant aussi là pour la leur rappeler (ils ne seront jamais vraiment américains, exil et sérénité sont-ils compatibles ?), cette Amérique disparate entre amie et ennemie… Comme dans l’immeuble Yacoubian, la religion est évidemment présente, pesante, biaise les relations et hante les couloirs de l’Université autant les esprits de la diaspora égyptienne que les relations américano-égyptiennes. Fresque magistrale aux multiples facettes qui prolonge avec brio l’immeuble de Yacoubian.

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Alaa El Aswany lus par Vaux Livres

 


- 18 -



Pia PETERSEN
Passer le pont
Actes Sud
396  pages
21.8  euros

09-09-2007

 

    En attendant Nathan au musée Victor Hugo de Paris, Kara se remémore sa rencontre avec cet homme dont elle ne peut se détacher. Peu avant leur rencontre, elle reçut un courrier qui lui apprenait son licenciement, premier coup dur. Souhaitant des explications, son patron lui assura que ce licenciement était souhaité par l’ensemble de ses collègues, seconde nouvelle, terrible qui la plongea dans un profond désarroi. Les sentiments d’inutilité, de solitude, d’humiliation l’envahirent et dans cette mauvaise passe, sa vulnérabilité fut extrême. Un ancien camarade de classe lui proposa alors de rencontrer Nathan dont elle deviendra immédiatement dépendante. Le magnétisme de Nathan l’aveugle. Sous influence, elle intègre une petite communauté aux services de Nathan et ne pourra plus se passer de lui. La pression psychologique ira croissante. Pia Petersen décortique avec précision les méthodes appliquées par Nathan pour maintenir les membres de son groupe sous pression et sous dépendance et montre comment il réussit finalement à ce qu’ils nient eux-mêmes leur propre identité et leur existence. Kara épaulée par un ami prendra conscience de son enfermement psychologique mais pourra-t-elle aller jusqu’à rompre cet attachement ?

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Pia Petersen lus par Vaux Livres

 


- 17 -



Lyonel TROUILLOT
L’amour avant que j’oublie
Actes Sud
192  pages
17  euros

30-08-2007

 

    Un vieil écrivain reconnu rencontre lors d’une conférence une jeune femme de vingt ans qu’il n’ose aborder. Il l’admire et l’observe mais trop vieux, il a perdu la langue d’amour, aussi il va lui parler (par écrit) d’autre chose, de sa famille de cœur. Comme un testament à toutes les femmes à toutes les femmes qu’il n’a pas aimées (« Et puis, parce que j’atteins la limite d’âge qui ne laisse plus à l’homme le loisir d’oublier ce qui lui tient à cœur. J’ai peu de temps. A peine ce qu’il faut pour tenter de s’accrocher à quelque chose ou à quelqu’un avant de s’en aller. Juste ce qu’il faut pour se souvenir, chasser la mauvaise part, et espérer à toute vitesse »). Il lui contera sa jeunesse entourée de trois figures, l’Historien, l’Etranger et Raoul. Ils vivaient tous les quatre à Port-au-Prince dans une pension (« La pension était notre monde et l’on n’y rentrait pas avec un patronyme ») et se rencontraient constamment pour de longues palabres sous l’arbre d’une cour. L’Ecrivain traquait la nuit les femmes absentes de sa vie dans ses poésies mais sa vraie vie était sous l’arbre avec ces rencontres. L’Etranger bien que maniaque les faisait rêver, toujours en attente d’un départ repoussé faute d’un passeport en règle, les comptes-rendus de ses voyages (« Chaque phrase était un long voyage… ») et de ses rencontres féminines éclairaient le quotidien de ses trois amis. L’Historien vivait dans un milieu bourgeois, notable installé, il profitait d’une belle carrière, de sa femme et de sa fille jusqu'au jour où il abandonna tout. Personne n’en connaît les raisons. Raoul maintenant en retraite installait des conduites d’eau et continue de rendre hommage à ces travailleurs de force au-delà de leur mort. Mais quel lien unit donc ces hommes ? Malgré ses longues et interminables discussions, chaque personnage ("les Ainés", l’écrivain est le plus jeune) a son secret, chaque vie est un roman et l’écrivain ne les découvrira que plus tard à l’approche de leur mort et les révèlera par son écriture. Des personnages d’une admirable humanité, des histoires attachantes, une langue superbe et une poésie marquée font de ce roman une grande réussite.

« Oui, même écrire peut devenir un acte dangereux. Qui peut dire à l’avance quel côté de la rue habite le cœur de l’autre ? »

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Lyonel Trouillot lus par Vaux Livres

 


- 16 -



Minh TRAN HUY
La princesse et le pêcheur
Actes Sud
187  pages
18  euros

19-08-2007

 

    Lors d’un voyage en Angleterre, une jeune française d’origine vietnamienne croit reconnaître en Nam un réfugié vietnamien son prince charmant. Ils ne se quitteront plus du voyage et pourtant ils n’ont rien de commun, même leur passé et l’appréhension de leur origine commune sont différents. A son grand désespoir, Nam la considère comme sa petite sœur. Leur dialogue va pourtant l’éveiller à son passé qui se dévoilera pas à pas lors de deux voyages au Vietnam avec ses parents peu diserts sur leur passé. Et puis Nam partira, sans explication, sans trace. Rupture dans la construction de cette ado qu’un livre achèvera peut-être des années plus tard. Récit sur l’exil, le grand écart entre deux pays, deux histoires, entremêlés de contes qui renforcent la puissant du texte, un conte n’est pas un roman...
Premier roman

« Il était inutile de renier que de se charger du poids du passé : connaître l’histoire de ma famille et l’assumer pouvait être considéré comme un devoir, en aucun cas comme une raison d’être »

« Toutes les politesses de rigueur au Vietnam entre gens de même sang ne pouvait dissimuler qu’il existait entre mes cousines et moi un fossé à la mesure de l’océan qui séparait la France et son ancienne colonie. Je n’avais pas connu la pauvreté, la faim, l’ennui de ne rien pouvoir faire d’autre que subir, patienter, au mieux espérer, au pire se résigner aux lendemains qui déchantent. »

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Minh Tran Huy lus par Vaux Livres

 


- 15 -



Metin ARDITI
La fille des Louganis
Actes Sud
238  pages
19  euros

19-08-2007

 

    Reprenant les thèmes universels et intemporels de la passion impossible et de la séparation, Metin Arditi nous convie à suivre la famille Louganis : les frères Spiros et Nikos ont respectivement une fille Pavlina et un fils Aris et viennent de mourir sur leur bateau. Après ce double décès à Spetses (île grecque), seuls le prêtre et la mère de Pavlina connaissent la vérité : Pavlina et Aris ont le même père. Pavlina grandit, devient belle, nageuse aguerrie, elle travaille avec son cousin qui à son grand désespoir préfère les garçons. A la suite de déceptions amoureuses d’Aris, ils font l’amour. Elle se retrouve enceinte alors qu’Aris disparaît tragiquement. Comme une malédiction, tous les hommes disparaissent autour d’elle dans cette île : son père, ses frères, son amant. Sa mère soutenue par le prêtre oblige Pavlina à partir pour Athènes et à abandonner sa fille tout en la coupant définitivement de son passé et de son île. Aussitôt, elle n’aura de cesse de la retrouver. Cette obsession ne la quittera jamais et malgré les amitiés, les soutiens, les rencontres, cette quête la laissera toujours plus désespérée. Jusqu’au jour où, à Genève, elle rencontre une jeune fille qui pourrait être sa fille : âge, physique, couleur des yeux, même facilité à nager et sans mère depuis son plus jeune âge. Tout concorde. Sa quête est-elle enfin achevée et pourra-t-elle profiter pleinement de sa fille retrouvée ? Metin Arditi signe un roman touchant et émouvant et cette Isis moderne ne laissera pas le lecteur indifférent.

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Metin Arditi lus par Vaux Livres

 


- 14 -



André BRINK
La porte bleue
Actes Sud
114  pages
13.8  euros

29-06-2007

 

    David sud-africain blanc est professeur d’histoire et de langues, sa femme est également blanche et ils n’ont pas d’enfants. Il est heureux et pourtant hésite à abandonner son métier pour se consacrer à sa grande passion qu’est la peinture. Un jour, la porte bleue de son atelier s’ouvre sur le visage superbe et radieux d’une femme noire accompagnée de deux jeunes enfants métis qui l’appellent papa. Cette apparition lui demeure inexplicable surtout que la femme connaît absolument tout de son existence. Il lui semble que ces trois intrus font partie de sa vie alors qu’il ne les connaît pas : un rêve ou un cauchemar ? une seconde vie ? Cette rencontre exceptionnelle et fantastique lui procure l’occasion d’un retour sur son passé et d’un questionnement sur notre capacité à maîtriser notre destin. Entre conte et allégorie, rêve et hallucination, le lecteur choisira dans ce roman qui laisse quelques portes ouvertes.

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 13 -



Daniel KEHLMANN
Les arpenteurs du monde
Actes Sud
299  pages
21  euros

15-06-2007

 

    D. Kehlmann nous emmène à la rencontre de deux monstres du savoir : Humboldt l'explorateur et Gauss le mathématicien. Deux hommes tellement ressemblants et tellement différents : l'un est ouvert au monde et cherche à le découvrir, l'autre demeure enfermé et quelque peu agoraphobe se consacrant uniquement à ses formules. Humboldt réussit à faire déplacer Gauss à Berlin pour une rencontre. Cette rencontre sert de prétexte à Kelhmann pour nous conter leurs histoires, leur terrible soif d'apprendre et de découvrir mais aussi leurs petits travers. Deux hommes toujours sur le fil, oscillant entre réussite et échec, grandeur et décadence, génie et mesquinerie... Kelhmann nous montre deux hommes vraiment humains et loin des icones ou de la perfection, la folie n'est jamais loin de ces hommes d'exception...

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Daniel Kehlmann lus par Vaux Livres

 


- 12 -



Carla GUELFENBEIN
Ma femme de ta vie
Actes Sud
300  pages
20  euros

21-04-2007

 

    Londres dans les années 80 accueille un trio attachant : Theo jeune anglais et Antonio chilien exilé sont étudiants en sciences politiques alors que la jolie Clara également chilienne fait irruption au milieu de leur amitié. Un trio qui s’aimera, s’unira, se séparera, se trahira, se retrouvera… Antonio est le héros parfait, exilé, révolutionnaire, beau, séduisant, son aura éblouit son entourage (« Quand Antonio s’arrête sur toi, tu n’opposes aucune résistance ») et pourtant derrière ce masque se cache une grande fragilité. Theo et Clara s’aiment et admirent Antonio. Antonio considère initialement Clara comme sa sœur mais le trio implosera et les trahisons réciproques les sépareront. Antonio et Clara se retrouveront non sans mal au Chili et s’uniront. Theo deviendra correspondant de guerre. Chacun d’eux poursuivra ses chimères et ses idéaux mais demeurera insatisfait. Et puis un jour, Theo recevra un appel téléphonique d’Antonio pour l’inviter à venir les rencontrer au Chili. Un très beau roman sur l’amitié, les sentiments, l’amour et l’exil.

Le coup de cœur de l’été pour ce Jules et Jim version chilienne (parution en juin).

« Au moins sa faiblesse m’a rendue forte. Quand on choisit d’être fort, plus rien de vous atteint, plus rien ne vous touche. On sacrifie son émotion mais on survit. J’ai décidé d’attendre ses rares gestes, ceux qui naissent quand elle renonce à la mélancolie et aux pages de ses livres. »

« Par chance, la révolution et le sexe font bon ménage… Ils sont faits de la même matière : un tas de testotérone. Alors que les sentiments, si tu décides de te battre pour un truc qui en vaut la peine, ils te foutent en l’air. »

« J’avais entendu dire que le courage n’est pas facile. Sauver la vie d’un ami et lâcher le dernier lien qui me rattachait à la femme que j’aimais, c’était une des rares occasions que j’aurais d’en éprouver la solidité. Je regardais de nouveau les hirondelles. Un air serein m’emplit les poumons. »



Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Carla Guelfenbein lus par Vaux Livres

 


- 11 -



Juli ZEH
La fille sans qualités
Actes Sud
466  pages
23.8  euros

20-04-2007

 

    L’héroïne Ada de Juli Zeh est élève dans un lycée privé fréquenté par des jeunes fortunés. Ada est quelque peu en marge et intrigue voire effraie les autres élèves : sa réputation s’est établie quand elle tint tête avec ses réparties froides et directes à un professeur réputé pour sa sévérité. Elle est froide, directe, surdouée, sans espoir mais pas totalement nihiliste, animée de pulsions destructrices, parfois cynique, souvent violente et sans scrupule ni artifice. Elle rencontre Alev de trois ans son aîné démoniaque et manipulateur. Elle le sonde et mesure sa puissance : "Elle voyait trop bien pourquoi Alev s'intéressait à elle. C'était le même intérêt que celui du joueur d'échecs ambitieux pour un cavalier bien placé". Lentement, Juli Zeh décrit l’engrenage qui amènera Ada et Alev à exercer un chantage sordide sur un professeur admirateur de Musil (comme J. Zeh) vite repéré par le lecteur et Ada pour sa vulnérabilité. La douceur de l’écriture tranche avec les violences des sentiments et des situations.

« A la différence de la machine, l’homme est capable d’inconséquence, il a le don d’esquiver une difficulté quand il pressent d’instinct qu’il lui faudrait s’attaquer à l’infini. Alors que l’ordinateur décroche, l’homme se contente de hocher la tête, de rire ou de pleurer avant de poursuivre tranquillement son chemin. »

« Teuter parlait du merveilleux système démocratique dans lequel ils vivaient tous et auquel il convenait d’acclimater les jeunes gens comme on acclimate les animaux aux conditions d’une petite réserve naturelle bien confortable. »

« Aucun philosophe n’écrirait un gros livre s’il savait d’avance comment on va le citer plus tard. Quand on a interdit à l’homme de connaître l’avenir, on ne voulait que son bien. »

« Au fond, Smutek voulait leur raconter la blague la plus brève qui soit : Deux hommes se rencontrent. Il y en a un qui dit : je suis heureux. »

« Aucun évènement n’est aussi grave que la peur qu’il vous inspire d’avance. Et elle compléta la formule : « Rien n’est pire que de rester indemne, car on est livré sans recours à sa peur. »



Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Juli Zeh lus par Vaux Livres

 


- 10 -



Wilfried N'SONDÉ
Le coeur des enfants léopards
Actes Sud
133  pages
15  euros

09-04-2007

 

    Un jeune homme noir abandonné par son premier amour, s’enivre, croise une patrouille de police et commet l’irréparable. Commence alors son introspection depuis sa cellule entre les interrogatoires plus que musclés. Ce dialogue rythmé avec lui-même, avec ses anciens compagnons Mireille et Drissa, et avec l’Ancêtre et les esprits des défunts, révèle le parcours d’un enfant arrivé en France rempli d’espoir et qui s’installe en banlieue puis tente de vivre et d’accepter sa double identité (« Tu seras un funambule au-dessus des continents, des mondes et du temps. Regarde droit, fier, souris et chéris la vie, c’est ton seul trésor. Sois l’artisan de la mutation sans laquelle nous risquons de n’être plus rien demain, puisqu’il s’agit de devenir ce que nous fûmes »). Le récit oscille avec réussite entre souvenirs, rêves et réalité. Drissa choisira un autre chemin (« Attention Drissa, les mots mauvais que tu envoies pour blesser pourrissent avant tout ton propre sang… D’où vient cette cécité qui t’empêche de réaliser que tu es déjà partie intégrante de ce monde »). Mireille l’épaulera, le protègera, l’aimera puis le quittera. Histoire d’un premier amour, d’un parcours chaotique d’exilés entre deux mondes. Histoire non larmoyante, réaliste, balançant entre optimisme et pessimisme, sans agressivité gratuite, sans compassion ni haine, sans slogan, discours idéologique ni grandes vérités péremptoires, un simple cri humain, terriblement humain.

« Le malheur est maladie contagieuse, son odeur est tenace… »

« Je souris de ma peur d’antan des yeux clairs, ils rappelaient les chairs à vifs, sans parler de ces nez, avec leurs narines serrées comme les pointes de flèches des guerriers lors des parades, le jour anniversaire de l’indépendance. Mon cœur de gamin ressentait une peine immense pour ce peuple condamné à souffrir un martyre sans fin pour respirer convenablement à chaque instant. »

« Avec nos gueules à ne pas être comme les autres, Drissa et moi resterons debout ! Ensemble, nous continuerons à nous étirer, toujours plus grands et agiles, merveilleux, étranges, extraordinaires. Je lui prendrai la main pour parfaire le grand écart, celui que nous tissons entre les continents, les mondes et aussi le temps. C’est le grand art de demain. »



Ecouter la lecture de la première page de "Le coeur des enfants léopards"    Get Adobe Flash player

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Wilfried N'Sondé lus par Vaux Livres

 


- 9 -



Paul AUSTER
Dans le scriptorium
Actes Sud
147  pages
18.5  euros

10-02-2007

 

    Un homme âgé se retrouve dans une chambre inconnue. Désorienté, il ne sait plus qui il est, il ignore pourquoi et comment il se retrouve assigné à résidence entre les quatre murs dénudés de cette pièce. La pièce est percée d'une unique fenêtre mais sans vision extérieure. Les visiteurs empruntent une porte à laquelle il ne peut accéder. De même pour un placard qui reste inaccessible. Ses visiteurs lui rappellent vaguement quelques souvenirs et le nomment Mr Blank (« le vide »). Ils semblent vouloir l’épauler pour retrouver le fil de sa vie notamment grâce à une série de photographies en noir et blanc, un manuscrit et un stylo. Qui est-il ? Pourquoi ces interlocuteurs (et notamment Anna si compréhensive) le maintiennent cloitré dans cette pièce et lui parlent de traitement médical ? Ils semblent tous avoir été à son service et lui reprochent de les avoir envoyés accomplir des missions qui ont laissé quelques traces. On apprend que ses faits et gestes sont enregistrés en temps réel par plusieurs caméras et micros. Que lui veulent ces mystérieux visiteurs ?

En peu de pages, Paul Auster aborde plus ou moins discrètement différents thèmes : historiques et contemporains avec l’histoire d’un pays qui ressemble beaucoup aux Etats-Unis mais aussi plus personnels peut-être avec le travail (solitaire) de l’écriture mêlant quelques références avec ses livres passés. Il mêle avec réussite fiction et réalité : à la fin du livre, le lecteur a la surprise de se retrouver dans une pièce agrémentée de multiples miroirs avec Mr Blank qui se reflète dans l’ensemble de ces miroirs et il est incapable de détecter le vrai Mr Blank des faux, mais existe-t-il d’ailleurs vraiment ?

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Paul Auster lus par Vaux Livres

 


- 8 -



Leena LANDER
Obéir
Actes Sud
361  pages
21.8  euros

13-10-2006

 

    Leen Lander nous confronte à un trio acteur de la guerre civile finlandaise en 1918 : un soldat de la garde blanche, une prisonnière rouge et un juge. Les deux premiers sont retrouvés dans une île alors que le soldat escortait la prisonnière vers une rencontre avec le juge. Ils vont finalement rejoindre le juge dans une ancienne clinique d'aliénés transformée en tribunal militaire. Le juge certain de son bon droit, de son pouvoir et de son intelligence s'attachera à faire avouer ses crimes à la prisonnière ainsi que le déroulement de son séjour insulaire qui l'intrigue particulièrement. Haine, honneur, séduction, ruse, amour construisent les relations de ce huis clos tragique.

"J'ai l'impression qu'une femme comme Miina supporte bien mieux d'être humiliée que d'avoir honte d'elle-même"

"On s'est fait baiser en chantant, mais on se serait fait aussi bien baiser sans chanter"

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 7 -



Laurent GAUDÉ
Eldorado
Actes Sud
238  pages
18.7  euros

21-08-2006

 

    Pendant que certains nous exhortent à nous protéger de l'invasion des "barbares" et arranguent les foules pour faire monter la peur, Laurent Gaudé choisit de rendre hommage aux hommes qui partent et risquent tout dans l’espoir d’une vie meilleure et d'un Eldorado. Malgré l'actualité brûlante du sujet, il rend encore plus réels et pesants ces parcours semés d'embûches que seuls un espoir et une volonté indéfectibles permettent d'affronter.

A Catane, le commandant Piracci navigue depuis vingt ans au large des côtes italiennes et intercepte les embarcations des émigrants clandestins : "Ils nous disaient que nous étions là pour garder les portes de la citadelle. Vous êtes la muraille de l'Europe... C'est une guerre messieurs... Il faut tenir. Ils sont toujours plus nombreux et la forteresse Europe a besoin de vous... J'y ai cru, moi, reprit Piracci. Je ne parle pas de politique ou d'idéologie, non, mais j'y ai cru parce que pendant longtemps c'est ce que je ressentais lorsque j'étais en mer". Il sauve tout d'abord les émigrants qui ont eu la chance de rester en vie puis les condamne immédiatement à une nouvelle tentative en les remettant à la police des frontières : "Pour un instant encore, il était en train de sauver des vies. De soustraire des êtres à l'engloutissement. Pour un instant encore, il n'y avait que cela. Dès qu'ils auraient tous pris pied à bord, il allait devoir redevenir le commandant italien d'un navire d'interception". Il prend à coeur sa tâche, gardien de la Citadelle, mais plusieurs événements viendront ébranler peu à peu sa foi et remettront en cause toutes ces certitudes provoquant un départ vers d'autres cieux dans le sens inverse...
Dans le même temps, au Soudan, deux frères envisagent le dangereux voyage vers l'Eldorado européen. Rapidement séparés seul Soleiman partira et Laurent Gaudé nous fera accompagner son périple jusqu'en Espagne épaulé par le boiteux et expérimenté Boubekar parti depuis sept ans pour la même destination.

Ni théorie, ni prise de position radicale, seulement une histoire humaine racontée avec pudeur et ancrée dans la réalité qui vous fait souffrir auprès de ces hommes qui, au péril de leur vie, ont décidé de partir et de changer radicalement de vie.

"Je me suis trompé. Aucune frontière n'est facile à franchir. Il faut forcément abandonner quelque chose derrière soi. Nous avons cru pouvoir passer sans sentir la moindre difficulté, mais il faut s'arracher la peau pour quitter son pays."

"Ils ont volé les miséreux que nous sommes. Même les plus pauvres ont encore quelque chose à donner aux charognards."


Thème(s) : Littérature française

Les titres de Laurent Gaudé lus par Vaux Livres

 


- 6 -



Alice FERNEY
Les autres
Actes Sud
532  pages
21.8  euros

21-08-2006

 

    Une maison, trois générations d'une famille et quelques proches et un jeu "Personnages et caractères". Ce jeu, "susceptibles s'abstenir", offert par Niels à son frère Théo entraîne la famille et ses proches dans une véritable et terrible introspection et analyse : la tension devant la vérité ira croissante, ce jeu est une machine à révélations. Toute famille recèle ses secrets et ses non-dits que le jeu fera voler violemment en éclats : les révélations se succèdent et l'analyse psychologique et comportementale des protagonistes sera impitoyable : connaît-on ses proches ? quelle image ont-ils de nous ? comment nous jugent-ils ? comment pensons-nous que les autres nous apprécient ? De quoi nous jugent-ils capables ? ... Tant de questions rarement posées que le jeu énoncera pourtant.

Alice Ferney décrit la même soirée selon trois modes ou éclairages :
- "Choses pensées" : suite de courts chapitres présentant alternativement le ressenti d'un acteur du vécu de la soirée et ses réflexions
- "Choses dites" : déroulement complet et collectif du jeu
- "Choses rapportées" : un narrateur neutre reprend la partie et éclaire certains faits, comportements, ou dialogues par de nouvelles informations.

Alice Ferney réussit parfaitement cette analyse psychologique familiale collective et a l'art d'explorer les failles de chacun. Ses personnages sont toujours aussi humains, sensibles, vulnérables et attachants. Reste à savoir si vous appliquerez ou non ce jeu en famille !

"Je regarde le journal télévisé. Comme si je pouvais par là m'acquitter de ma présence au monde, mais c'est peine perdue. A mon âge on ne résiste plus aux clameurs mondiales de la violence : on éteint le poste et on pleurt."

"Niels est fier comme un enfant. Il croit que son idée plaît. Pauvre Niels ! Qui se croit si intelligent et irrésistible, et qui a tout sous les yeux pour le croire. Ce qu'il ignore fait de lui un imbécile, mais justement il l'ignore."

"Depuis quand croyons-nous que notre perception du monde est le monde ? Depuis quand sommes-nous si sûrs que la réalité telle qu'elle existe pour nous existe identique pour les autres ?"

"On se tue avec des phrases. On cesse d'exister sous les yeux de celui qui a prononcé les paroles irréparables. Puis on cesse de l'aimer parce qu'il vous a fait disparaître en vous parlant si mal. Tout cela sans un mot après trop de mots."

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Alice Ferney lus par Vaux Livres

 


- 5 -



Nancy HUSTON
Lignes de faille
Actes Sud
487  pages
21.6  euros

21-08-2006

 

    Quatre générations d'une famille racontent leur histoires à des époques différentes. Le déroulement commence en 2006 et s'achève en 1945. L'histoire de chaque personnage débute à six ans et marque la fin de l'innocence : Solomon en 2004, Randall son père en 1982, Sadie sa grand-mère en 1962 et Kristina son arrière grand-mère en 1944. Sol est un petit américain de six ans conscient qu'il vit dans l'Etat le plus riche du pays le plus riche du monde doté du système le plus perfectionné capable d'anéantir l'espèce humaine en un clin d'oeil. Il est stupéfiant de suffisance, nourri par Google et s'identifiant à Bush et à Dieu. On ne connaîtra pas son devenir d'adulte mais le lecteur le quitte avec inquiétude... Son père Randall se souvient des absences de sa mère Sadie s'occupant toujours des autres et qui l'a emmené vivre à Haïfa pour étudier les archives afin de déterminer les antécédents de ses grands-parents dont sa mère ne lui parlait que très peu. Sadie fut élevée par ses grands-parents sans tendresse au Canada et l'absence initiale de sa mère lui fut lourde ("chaque jour a son parfum de tristesse bien à lui"). Elle se réfugie dans la lecture : "lire est mon seul et unique talent, si on me disait que je n'ai plus droit de lire, j'aurais une crise d'apoplexie et j'en mourrais". Elle vivra pourtant avec sa mère Erra et son beau père de brefs moments de bonheur entachés par les révélations d'Erra. Ne connaissant pas ses origines réelles, juive, allemande ou canadienne, elle n'aura de cesse de chercher la vérité sur sa mère et nous découvrirons avec elle ce qu'a été la vie d'Erra. Un des points communs entre les quatre personnages est un grain de beauté visible ou non, talisman pour les uns ou souillure pour les autres. Sol marquera une rupture puisqu'il fera extraire ce grain de beauté.
Ce roman qui traverse le vingtième siècle est cruellement d'actualité puisqu'on y croise : Abou Ghraïb, le 11 septembre, les Irakiens et Saddam Hussein, Bush et Dieu, Israël et la Palestine, les Allemands et les Lebensborn, les guerres, toutes les guerres... Sur la construction des hommes et la famille qui nous façonne : ces enfants changeront de pays, de langues, de religions. Mémoire, fidélité, culpabilité et Histoire traversent cette fresque qui nous tient en haleine du début à la fin.

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Nancy Huston lus par Vaux Livres

 


- 4 -



Cécile LADJALI
Louis et la jeune fille
Actes Sud
168  pages
17.5  euros

21-08-2006

 

    Louis Lecoeur est soldat dans les tranchées de 14 et Lorette Ficin apprend la sténo dans les années 50 à Paris. Ils écrivent tous les deux des lettres, Louis à sa famille, à ses proches et à ses "marraines de guerre" et Lorette à ses proches et pour les vieilles dames de son quartier. Ces lettres envoyées ou non constituent ce livre. Dans les deux cas, elles constituent un moyen de survie pour leurs auteurs (écrire des lettres pour quelqu'un, c'est vivre un peu par lui, pour lui), et sans ces écritures, la mort aurait frappé plus tôt. Deux vies éloignées avec des préoccupations différentes qui vont pourtant se rejoindre.
Louis exprime sa version de la réalité dans ses lettres mais il reçoit aussi les lettres adressées à ses copains morts et sera amené à écrire à Léonie veuve de guerre qui le fera espérer à un mariage à l'issue des hostilités. Lorette écrit notamment pour Lucette maitresse de Tao poilu chinois. Dans ces lettres, la mort rodent. Louis y est confronté évidemment quotidiennement par l'horreur de la guerre, par la survie dans les tranchées alors que Lorette est atteinte par la tuberculose. Mais on y trouve aussi l'amour, la tendresse, la jeunesse et l'espoir. Hymne aux mots, à l'écriture et à la correspondance, la force des mots et leur pouvoir mais aussi leur limite ("les mots ne peuvent pas tout") éclatent au fil des pages.

"Quand il se risque à écrire, Jean, un camarade presque illetré, graphie à sa famille les lettres les plus touchantes qu'il m'ait été donné de déchiffrer. Des mots aux signes manquants, des phrases tordues qui avancent à cloche-pied, mais un sens qui est, lui, toujours droit. La détresse a de ces rectitudes !"

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Cécile Ladjali lus par Vaux Livres

 


- 3 -



Paulina CHIZIANE
Le parlement conjugal
Actes sud
378  pages
23  euros

18-08-2006

 

    Le sous-titre de cette fable du Mozambique est "Une histoire de polygamie". Rami après avoir enfanté plusieurs fois est délaissée par son époux. Une enquête rapide lui confirme que son mari est polygame. Même si elle demeure la première femme et prépondérante sur ses rivales, l'amour de son mari s'éloigne avec sa jeunesse. Elle peine à s'en remettre et à force de réflexion et discussions, elle ira à la rencontre des quatre autres femmes accueillant son mari. Le lecteur suivra alors avec intérêt leur cheminement qui aboutira à la création d'un parlement conjugal. La femme africaine trouvera-t-elle ainsi une place égale à l'homme ? Le jugement final sera-t-il fatal au mari ou lui permettra-t-il un retour même discret dans le foyer conjugal ? Rami vous le fera découvrir !

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 2 -



Christos CHRYSSOPOULOS
Le manucure
Actes Sud
120  pages
13  euros

30-12-2005

 

    Récit de la folie et de l'obsession d'un homme, Philippos Dostal, envers les mains. Manucure, il est à leur contact quotidiennement et à leur service. Mais le roman ne consacre que quelques pages à son métier qui n'est qu'une conséquence de sa folie. Son obsession nous fera rencontrer une femme réduite à ses mains et qualifiée de "mains de marbre", un homme Pavel pour qui les mains ont un rôle primordial dans la communication et enfin une femme silencieuse estimée folle par Philippos.
La forme du roman renforce son efficacité : l'alternance entre le récit d'un narrateur inconnu et les pages du journal de Philippos le rend vif, rapide, sec, sans fioriture allant à l'essentiel. Un beau miroir de la folie qui finit dans le trouble...

"Phlippos voyait avec ses mains, sentait avec les doigts... Philippos n'avait pas peur de toucher... Les yeux fourvoient sans cesse, trompent. La façon dont tout, autour de nous, n'existe que si cela apparait, la facilité avec laquelle on fait confiance à la vue, l'abondance des images est une immense servitude. Quand on vit avec les mains et non avec les yeux, on vit lentement, humainement".

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 1 -



Ch'Oe INHO
La tour des fourmis
Actes Sud
67  pages
12  euros

30-12-2005

 

    Cette nouvelle coréenne nous plonge avant Bernard Werber dans le mode des fourmis. Dans son nouvel appartement, le narrateur découvre qu'il est envahi de fourmis, puis que l'immeuble en est également infecté. Il commençe alors à les étudier, à reconnaitre leur uniformité et à décrypter leurs comportements au service de la collectivité, puis leur déclare la guerre. Il fallait que ce soit un asiatique, peuple communément comparé aux fourmis, pour écrire ce petit texte.

Thème(s) : Littérature étrangère

 


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