Les comptes-rendus-avis de lecture de la librairie Vaux Livres

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Premiers romans




Lizzie POOK

La fille du pêcheur de perles
Gallmeister

401 pages | 01-11-2022 | 24.8€

En 1886, Eliza (10 ans) et sa famille (mère, père, frère, tante et oncle) débarquent en Australie avec la ferme intention de faire fortune dans le domaine des huîtres perlières. De Londres à Bannin Bay, dépaysement absolu : la faune, la flore, le climat, l’eau, le vent, les tempêtes, le racisme, les violences et la corruption. En dix ans, Charles Brightwell devient l’un des perliers les plus importants de la baie. Les malheurs n’épargnent pas la famille : la mère meurt en couches, l’un des frères d’Eliza meurt noyé… Eliza a vingt ans quand elle voit son frère et son père partir en mer et son frère revenir seul. Qu’est devenu son père ? Disparition inexpliquée, le mystère reste entier mais Eliza, aidée par un jeune Allemand en rupture avec sa famille, s’entête à trouver une explication. Une enquête familiale, une enquête dans le monde des perles, de l’aventure, une nature luxuriante et sauvage, des dangers variés et permanents, des références historiques et ethnologiques dans l’Australie du XIX ème pour un premier roman réussi.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Josette Chicheportiche


Gabriela GARCIA

De femmes et de sel
Les Presses de la Cité

302 pages | 17-10-2022 | 22€

Entre Miami, Cuba et le Salvador, Maria, Dolorès, Cécilia, Carmen, Jeanette, Ana portent sur leurs épaules le poids de l’histoire de leur pays et des Etats-Unis, le poids des hommes, le poids de l’exil, le poids de l’immigration, des expulsions… Il en faudra du courage pour ne pas abandonner, et un livre fait le lien entre elles, un exemplaire des Misérables avec une citation leitmotiv d’Hugo, « Nous sommes la force », qui les accompagnera en permanence et les aidera dans les moments les plus éprouvants. Il faudra en effet qu’elles arrivent à s’en convaincre au moment des tragédies qu’elles vont toutes vivre, à la fois entourées et seules. Cinq générations de femmes (entre la fin du XIX ème et les années 2000), plusieurs relations mère-fille, plusieurs exils, des épreuves, des non-dits, du courage, des vies pour prendre en main son destin et enfin réaliser que « Nous sommes plus que ce que nous pensons ».

Premier roman

« … Ne croyez pas les mères qui prétendent que la maternité est une vocation, ou un sacrifice, ou quelque chose de beau, ou tout ce qui figure sur les cartes de vœux. La maternité est un questionnement, une série sans fin d’interrogations commençant par et si ? … »

« Il n’y a pas de règles tangibles qui expliquent pourquoi certains naissent dans le chaos… Les dés sont jetés, puis nous venons au monde. »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Valérie Bourgeois


Pierre GUÉNARD

Zéro gloire
Flammarion

125 pages | 26-09-2022 | 16€

Aurélien Moreau est surnommé Harry en référence au petit sorcier auquel il ressemble, et de la magie, il va en falloir une bonne dose pour arriver au bout de ses espoirs et de ses rêves. Aurélien si jeune se retourne déjà sur sa vie d’enfant, d’ado, et de jeune adulte. L’école, le collège, le lycée, les potes, les sorties, la musique, la drague, une espèce d’obsession pour le sexe et les premiers morts tragiques, la coloc... Il va devoir travailler très rapidement, deux boulots enchaînés, MacDo la nuit, les pompes funèbres la journée : « Je me demande si je sens la mort autant que la frite. », et dans les deux cas, l’envie persistante de vomir. Mais heureusement, Aurélien a une idée en tête pour son avenir, et il ne lâchera rien, il va réussir à accomplir ce qu’il aime, à se réaliser. Au moins un de sauvé ! Une succession d’images, de moments pour dresser avec une dose de réalisme, une dose d’humour et d’ironie, une dose de poésie, le portrait d’une jeunesse qui malgré l’atmosphère, l’ambiance, les tragédies de la vie, doit absolument continuer de rêver, rêver pour vivre.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Mehtap TEKE

Petite, je disais que je voulais me marier avec toi
Viviane Hamy

250 pages | 20-09-2022 | 18.9€

« Petite, je disais que je voulais me marier avec toi » est un cri, un hurlement d’amour d’une fille pour son père, son idole absolu. Un père kurde né dans les montagnes d’Anatolie qui adorait les étoiles, les astres, rêvait d’une autre vie. Mais la tradition, la famille, la survie l’ont rapidement isolé dans les champs de coton. Il a dû travailler jeune pour aider sa famille, fin du rêve, fin de l’école, fin des projets d’étude, fin d'une autre vie avant qu'elle ait débuté, « Ainsi va la vie. », même s’il partagera de beaux moments de connivence avec son père. Toutes les vies restent entravées, conditionnées par les traditions, ses sœurs contraintes de se marier avec des maris qu’elle n’ont pas choisis, il en sera de même pour son père. Alors il n’aura de cesse de se battre pour que ses enfants accèdent à un autre avenir que le sien, leur dégager un espace de liberté, « Ce n’est pas déterminant de savoir d’où l’on vient : c’est la destination qui compte. ». Il travaillera dur pour cela, l’exil et ses déchirements, les corons belges, les chantiers de construction européens puis une petite épicerie. Un homme digne, beau et bon, le soleil éblouissant de sa fille qui lui rend ici un vibrant et émouvant hommage.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère


Jean MICHELIN

Ceux qui restent
Héloïse d'Ormesson

230 pages | 08-09-2022 | 19€

Lulu a disparu alors quatre hommes vont partir à sa recherche, où est-il parti et pourquoi ? Ils sont militaires, Lulu est caporal, et ils sont rentrés d’une mission difficile et dangereuse. Ils ont rejoint leurs familles et un pays en paix. Pour tenter de le retrouver, il va falloir aussi fouiller le passé, donc cette enquête nous emmène au cœur du quotidien de militaires, hier, aujourd’hui, au cœur de l’action mais aussi aux côtés de leurs femmes, ces femmes souvent seules qui attendent le retour, « Chaque fois, mon mari est rentré un plus seul, un peu plus en colère, un peu plus triste. » , mais leurs époux devenus parfois muets rentrent-ils vraiment ? Une part d’eux reste toujours bien loin du foyer familial. Les sentiments multiples et contrastés sont mis à jour, leur engagement, leurs envies, leurs désillusions, « Il n’ignorait plus le caractère dérisoire de ce qu’ils faisaient… », leur culpabilité lorsque l’un d’eux tombe. « Prendre des roquettes sur la gueule, ça crée des liens. », alors la notion de frères d’armes, de famille, de camaraderie, d’engagement pour l’autre, de solidarité est au cœur de leur vie et pourtant, ils sont seuls, immensément seuls face à leurs traumatismes, à leurs blessures, à leurs peurs, à leurs insomnies et autres cauchemars et face à la mort qui rode toujours. Un roman poignant, une enquête qui nous tient en haleine et dévoile les difficultés et les doutes mais aussi la sensibilité aussi bien des militaires que de leurs femmes.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Priya HEIN

Riambel
Globe

250 pages | 05-09-2022 | 22€

A Riambel sur l’île Maurice, une route marque une vraie frontière entre deux espaces, deux mondes. « Les gens importants. Les petites gens. » Richesse, pauvreté. Exubérance, dénuement. Taudis, riches demeures. Soumission, pouvoir et manipulation. Employé, patron… des vies opposées à 10 mètres d’écart. Noémie est née du mauvais côté de la route, son triste destin est prédéfini. Sa mère a toujours travaillé pour ceux d’en face, une famille de Mauriciens blancs, les De Grandbourg. Sa sœur suivra le même chemin. Puis elle. Une histoire sans fin qui se répète génération après génération. Ils les dominent, ils s’en servent puis ils les jettent, « c’est comme ça et ça l’a toujours été ». Pourtant, enfant, elle est pleine de vie, d’envie d’apprendre (même si elle ne fréquente pas l’école des Blancs), de lire (« Je lis parce que ça me permet de voyager et de découvrir des endroits dont je ne peux que rêver. Ouvrir un livre, c’est comme plonger dans un océan scintillant de promesses. »), de joie, de rire. Elle croira en l’un de ces jeunes blancs, une naïveté qui la confrontera avec le mépris et la manipulation (« Nos vies ne méritent pas d’être écrites - mais seulement ostracisées. »), lui coûtera cher et la ramènera à sa place en lui rappelant le destin tragique de sa sœur. La colonisation est paraît-il terminée, certains colons sont repartis et pourtant l’histoire reste un éternel recommencement, et les conséquences de la colonisation traversent les générations. Noémie rêve encore parfois que « Le passé est ton présent mais ne laisse pas le passé être ton futur. » même si elle continue aussi de pleurer « à cause de ma grand-mère. De ma mère et de ma sœur. A cause de ce qu’on a été. De ce que je suis. De ce que nous serons toujours. » Un roman important au style ciselé qui fait planer une certaine douceur en contraste absolu avec l’indignation qu’il suscite et la violence qu’il décrit.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Haddiyyah Tegally, Priya Hein


Pénélope ROSE

Valse fauve
Plon

270 pages | 14-08-2022 | 20€

Rose a dix-neuf ans et vit avec ses parents qui rêvent pour elle d’un mari, d’un foyer, d’enfants... Rose a d’autres rêves que celui de bonne épouse et notamment des rêves d’indépendance et de liberté. Une fête sur la place du village bouleversera sa vie. Elle y va transformée en garçon manqué et rencontre un accordéoniste venu de la ville qui vit un peu à l’écart, le village s’en méfiant. Elle découvre rapidement qu’André vit avec Michèle, sa fille. Ils se marient, le trio prend ses marques lorsque le pays est envahi et tombe aux mains des Salauds. L’occupation commence, la traque aussi. Angoisse, violence, meurtre deviennent le lot de tous. Alors certains rejoignent le camp des Insurgés et c’est le cas d’André. Michèle et Rose restent seules et n’auront de nouvelles d’André que par courrier pendant ces très longues années d’occupation. Le temps à tendance à tout effacer, les rêves, l’envie de résister... Comment continuer à faire ses propres choix dans un contexte anxiogène, violent et contraint ? Mais que peuvent espérer les Salauds face à Michèle et Rose, ces deux femmes de caractères qui arrivent tant bien que mal à dompter leurs peurs. Le lecteur assiste avec émotion au double combat de Rose, Michèle et André au cœur d’une longue occupation terrifiante. Un premier roman sous tension avec une vraie vision de la vie sous occupation et une construction et une trame singulières qui donnent toute sa puissance au récit.

Premier roman

« Car aucun tyran au monde ne peut comprendre ce qu’il se passe dans le cœur des survivants. »

« Les corps se confondent, en pile, tous la même peau et le même sang, peu importe le camp. La même odeur, la même texture, le même bruit de chair déchirée lorsque les balles les transpercent... »

« Offrir un espoir que l’on sait faux est la pire des saloperies. »

« Personne ne vivait la guerre de la même façon, et cette différence abyssale entre chacun d’entre nous donnait du pouvoir à nos ennemis. »

« Les gens sont seuls et tristes, ce dont ils rêvent, c’est de se sentir entourés, de mettre fin à leur solitude. Alors il suffit que quelqu’un leur dise : Moi, je vous comprends. Je ne vous abandonnerai jamais. Et paf ! Ils le suivent. Place au dictateur ! »

« Combien de coups fallait-il recevoir afin d’apprendre à faire la différence entre l’intuition et la résignation ? »

« Quitte à choisir, si l'amour était un moyen de combler la solitude, j'aurais préféré un chien. Si j'avais été ma mère, je n'aurais pas choisi mon père mais un bouvier bernois. »

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Thème(s) : Littérature française


Dominique CELIS

Ainsi pleurent nos hommes
Philippe Rey

288 pages | 06-08-2022 | 20€

« Lâche prise et arrête de vouloir le posséder ! ». Cette injonction plonge Erika dans une longue confession sous forme de lettres à sa sœur pour tenter de s’extraire de son amour pour Vincent qui l’habite encore malgré leur rupture. Erika nous plonge dans son quotidien en 2018 à Kigali au Rwanda le pays aux milles collines, près de vingt cinq ans après le génocide. Elle nous pousse les portes de sa colocation, avec deux autres femmes, d’horizons et d’origines très différents mais « une solide petite famille », un point d’ancrage essentiel pour Erika. Entourée et épaulée par sa famille second hand, sa vie amoureuse riche et chaotique ne l’empêche pas de continuer de vivre l’immense douleur du passé. « Le prix à payer, caché cash, pour tous redevenir des Rwandais, dèh, c’est d’atrophier la sensibilité. De séquestrer l’émotion. », mais pour Erika, l’émotion et la sensibilité restent à fleur de peau : comment faire quand on croise dans la rue un bourreau qui a révélé ou pas ses terrifiantes exactions ? Comment oublier ses trois tantes assassinées atrocement dans un sommet de déshumanisation ? Dominique Celis nous ravit avec un premier roman vif et envoûtant aux styles affirmés, singuliers et variés, qui nous parle d’amour, de désir, d’amitié, de joie, de corps mais aussi d’un pays traumatisé où futur et passé, vivre et survivre deviennent unis (à jamais ?) par ce génocide.

Premier roman

« Le néant. Ce chef d’œuvre des assassins. »

« Chercher à appréhender la vie, c’est la névrose des Blancs. La vie, faut la vivre. C’est tout. »

« Etre vulnérable, c’est pas un vice, une perversion ! C’est la condition humaine, non ? »

« Toutes les femmes habitent la frontière entre la vie et l’agonie. Celle du sang menstruel ou de la mise au monde. Dans la hantise des vivres et du couvert. Toutes ! A devoir, en plus, vous protéger, vous rassurer, vous soigner, vous ménager ! »

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Thème(s) : Littérature étrangère


Pierre ROUBIN

Conquérir le ciel
Phébus

156 pages | 06-08-2022 | 15€

C’est l’histoire d’un jeune père qui sait que son temps est compté, alors ce temps doit être maintenant mobilisé, centré sur l’amour de sa femme, l’amour de ses enfants, par l’observation de la beauté, de la nature, attentif aux émotions. Une douceur, une délicatesse et un amour en opposition absolue avec son enfance, « L’enfance c’est de la merde. » : un père qui ne lâchera jamais rien pour avoir toujours le dernier mot, un médecin de campagne, violent, violence physique, violence des mots, dur. Cette violence se retrouve aujourd’hui dans l’annonce de sa maladie. Pour peut-être le provoquer, l’accélérer ou l’appréhender ce temps qui passe, il veut se faire appeler pépé, « Etre un pépé, c’était disparaître dans le vent et dans l’ombre des arbres. » et lutter, « Un guerrier se bat toujours sans jamais penser qu’il va mourir... », lutter avec sérénité, sans illusions envahi par l’amour de ses proches. « Si tu ne sais pas pourquoi tu pleures, alors c’est que tu es revenue dans l’enfance. », mais, hélas, avec Conquérir le ciel, vous saurez pourquoi !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Alexandre HMINE

Grains noirs
Zoe

282 pages | 04-08-2022 | 22€

Parlez-vous arabe ? Leitmotiv sous forme de question tant entendu par le narrateur. Sa mère est arrivée depuis Casablanca en Suisse italienne enceinte et célibataire. Elle confia son bébé à une veuve d’un village de montagne, l’Elvezia, une vieille dame plus à l'aise avec le dialecte local qu’avec n’importe quelle autre langue. « Grains noirs » sous forme d’une longue suite très rythmée de scénettes, de souvenir égrainés, souvenirs de petits grains noirs, dresse le portrait au plus près du quotidien du gamin, de l’ado, du jeune adulte, puis enfin de l’adulte. Evidemment les souvenirs lointains sont plus hésitants, reposent sur des émotions, des sensations, que ceux plus récents. Un parcours à l’intersection de plusieurs pays, de plusieurs langues (Italien, Allemand, Français et Arabe), de plusieurs cultures (« Je suis marocain. Je ne suis pas marocain. »). Les fait sont relatés tels quels, de manière directe, sans enjoliver, sans chercher à charmer, à se magnifier, on suit l’apprentissage de la vie avec cette identité multiple, les premières expériences, la formation d’un homme avec ses contradictions, ses colères, ses peurs, sa solitude. Un long chemin chaotique pour s’apercevoir alors devenu enseignant et étudiant en littérature que ses premières années avec l’Elvezia furent fondatrices pour l’homme qu’il est devenu.

Premier roman

« Il faut naître fou ou roi pour faire ce qu’on l’on veut. »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Lucie Tardin


Caleb Azumah NELSON

Open water
Denoël

202 pages | 04-08-2022 | 19€

Il est photographe. Elle est danseuse. Ils se croisent pendant une soirée, elle est l’amie de son ami, mais un regard suffit, ils savent tous les deux, que quelque chose s’est passé, s’est noué, qu’ils se reverront dans le cadre d’une relation « honnête ». Ils se revoient rapidement, et puis encore, et puis encore. Ils se découvrent une vraie amitié, osent se regarder, se toucher, se confier, partager leur confrontation avec le racisme, le regard des autres, les présupposés violents dus à leur couleur de peau... Ils parcourent le sud-est de Londres ensemble dans les chaleurs de l’été, les évènements leur rappellent régulièrement leur couleur de peau, la peur est en lui et le mine. Mais les sentiments commencent de naitre, « Vous jouez l’un et l’autre à ce jeu aux enjeux trop élevés... », l’amour avance, le désir croît seconde après seconde sans qu’ils n'osent se l’avouer ou l’avouer à l’autre, « Donner un voix au désir, c’est lui donner un corps qui peut respirer et vivre. ». Comment aimer et vivre quand l’insécurité, la peur et le danger sont permanents ? Un superbe roman d’amour qui dissèque les sentiments qui traversent une relation amicale ou amoureuse, un portrait émouvant d’un jeune homme noir amoureux, mais dramatiquement paralysé par le racisme qui perdure même dans une ville annoncée depuis des décennies comme absolument cosmopolite.

Premier roman

« Tu découvriras bientôt que l’amour te cause de l’inquiétude, mais qu’il te rend beau. »

« Comment se débarrasse-t-on du désir ? L’exprimer, c’est semer une graine, savoir que d’une manière ou d’une autre elle va pousser. C’est l’admettre et se soumettre à quelque chose qui se situe à l’extrême limite de ta faculté de compréhension. »

« Il n’y a en vérité que deux scénarios possibles quand on écrit : un inconnu arrive en ville, ou bien une personne part en voyage. Les bons livres ne sont que des variations sur ces thèmes. »

« Ne rien faire avec quelqu’un, c’est lui faire confiance, et faire confiance, c’est aimer. »

« Deux solistes qui mènent des conversations si harmonieuses qu’ils ont du mal à se séparer. Vous n’êtes pas les musiciens mais la musique. »

« Tu sais qu’aimer, c’est à la fois nager et se noyer. Tu sais qu’aimer, c’est être entier, partial, une attache, une fracture, un cœur, un os. C’est saigner et guérir. C’est faire partie de ce monde, honnête. C’est installer quelqu’un près de ton cœur battant dans l’obscurité absolue de tes entrailles et avoir confiance dans le fait que l’autre te serrera très fort. Aimer, c’est faire confiance, et faire confiance, c’est avoir foi en l’autre. Comment pourrait-on aimer autrement ? »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Carine Chichereau


Françoise COLLEY

Vivantes
Mialet-Barrault

262 pages | 04-08-2022 | 19€

Vivantes dresse le portrait d’une famille de dix enfants, de deux pères, et d’une mère, une super-héroïne, montagne de douceurs qui toujours fait face aux douleurs, aux difficultés, amoureuse de ses hommes malgré tout, « Cette femme était multiple. A la fois affectueuse, fragile, usée par la vie et forte comme un roc, têtue, autoritaire, cruelle. ». La narratrice est la fille du second mari, un Algérien, mais porte le nom du premier, un Juif. Le récit relate son enfance dans une famille nombreuse pauvre croisée avec sa vie de jeune femme, elle aura aussi deux maris et deux enfants. Les pères ne sont pas épargnés, leur lâcheté, leurs mensonges, leur avidité, leur violence... Mais vive, intelligente, rebelle, comme sa mère, elle saura réagir et gagner son indépendance. Un livre coup de poing pour s’affirmer, être soi, s’accepter, être libre de ses choix, un tendre hommage à une mère maman poule, un style percutant, direct, brut en accord parfait avec les personnages et leur vécu.

Premier roman

« La vie est une drôle de garce. »

« Aucun homme ne mérite qu’on sacrifie sa vie et son avenir pour lui. »

« L’amour ne suffit pas pour rendre les gens heureux. »

« Avec le temps, on s’attendrit. On oublie. On cherche à gommer les aspérités... Et puis, un jour, ça remonte. Comme un geyser. On se rend compte que non, la blessure, le chagrin, la violence, le manque d’amour sont restés imprimés sur le disque dur. Prêt à ressurgir. »

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Thème(s) : Littérature française


Giacomo MAZZARIOL

Mon frère chasse les dinosaures
Slatkine

175 pages | 04-08-2022 | 15€

Giacomo, cinq ans, a deux sœurs alors, quand ses parents lui annoncent qu’il va avoir un petit frère, c’est la joie, « Deux garçons, deux filles, deux partout. ». Mais les parents complètent, il sera un peu spécial, différent, pour Giacomo, c'est clair, ce sera donc un super héros ! Et puis Giovanni naît, et « Il n’est pas de la même planète que nous. C’est évident. » Mais « ... la vie est tellement plus grande que nous » alors la famille va apprendre à rester unie, joyeuse même si c’est parfois compliqué. La vie de Giovanni nous est livrée, une vie différente mais une vraie vie (« ...Giovanni est Giovanni. Il n’est pas son syndrome, il est lui-même. ») faite de moments drôles, de moments difficiles, de moments décalés... Comment annoncer cette différence à ses copines et copains l’arrivée de ce petit frère, chacun suivra son chemin, son imagination... L’apprentissage au jour le jour de la différence avec des parents bienveillants, rassurants, protecteurs et attentifs. Un récit joyeux, attachant, émouvant et essentiel pour rappeler et « comprendre que la diversité fait partie de la vie et que nous avons tous un syndrome quelconque... »

Premier roman

« La vie avec Gio était un voyage permanent entre les contraires, entre le divertissement et la fatigue, entre action et réflexion, imprévisibilité et prévisibilité, naïveté et génie, ordre et désordre. »

« La seule chose qu’on peut choisir, c’est d’aimer... »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Emanuele Cremona, Maryvonne Bompol


Léna PAUL-LE GARREC

Lulu
Buchet-Chastel

175 pages | 03-08-2022 | 16.5€

Lulu et sa mère vivent ensemble mais ils sont tous les deux seuls, le père absent, toujours un fossé entre eux. Lulu n’est pas un gamin comme les autres, il n’aime pas son prénom (dû à Gainsbourg) mais pourtant il lui correspond parfaitement : « Imagination fertile. Les sentiers battus et les vérités données ne sont pas pour lui. Il sera constamment à la recherche de renouveau et d’émerveillement. ». Lulu est solitaire (« Seul, je suis si bien. ») et passe plus de temps sur le littoral qu’avec des gamins de son âge. Sur la plage, seul, il s’épanouit et vit des moments de bonheur. Il y trouve tout pour son cabinet des curiosités, il ramasse ce qu’il peut y trouver, coquillages, bois flotté, plumes, bouteilles... ces bouteilles qui traversent à l’aveugle (ou peut-être pas) les océans avec parfois un message. Il se sait différent alors parfois il aura la tentation d’être comme les autres, mais la plage le ramène toujours à sa réalité, à ses rêves. Sa mère également le rejoint sur cette sensation de singularité, elle est maladroite, quelques principes singuliers et non négociables (« Elle n’aime pas l’inutile. »), et une difficulté à vivre le moment, à être heureuse et à aimer (« Je n’arrive pas à accéder à la simplicité du bonheur d’aimer). Portrait émouvant d'un petit Prince solitaire, différent, fragile, imaginatif, lunaire, rencontrant toutes les difficultés pour trouver sa place aux côtés des humains et des adultes, et qui finalement, conservera non sans souffrance toujours une forme de liberté, « Mon esprit est d’une infinie liberté. Je navigue du fond des mers aux sommets du ciel »

Premier roman

« La vérité avons-nous envie d’elle, besoin d’elle. Je ne crois pas. Il n’y a qu’une vérité celle que l’on s’invente, chaque jour. »

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Thème(s) : Littérature française


Pauline DESMURS

Ma théorie sur les pères et les cosmonautes
Denoël

182 pages | 02-08-2022 | 17€

Pour le petit Noé, c’est la double peine : son père, tel un cosmonaute, est parti, le voyage est très long et son retour tarde ; Beatriz la compagne de sa mère, celle de qui il était très proche, celle sur qui il pouvait compter, celle qui l’écoutait, celle qui lui lisait des contes, est morte d’un cancer. Alors Noé plonge dans un désespoir profond, la mort est incompréhensible, il hurle de douleur, et la révolte gronde en permanence : « Je ne sais pas quoi faire de ma rage au bide, de mon vide au cœur, et de mes couteaux dans la tête. ». Dompter sa douleur, trouver un apaisement relatif, prendront du temps et passeront par plusieurs canaux et étapes. Sa voisine Coralie et sa petite fille Charlotte qui même si elle ne comprend pas tout lui offre une place de grand frère. Alexandre un vieux monsieur éprouvé rencontré au cimetière avec son gros livre et dont la mère a passé sa vie à rechercher Marina Tsvetaïeva, ils pourront partager leurs peines et Alexandre avec tendresse et sagesse lui apprendra que toutes les douleurs, même les plus vives et terrifiantes, peuvent s’estomper. Patrice l’animateur d’un atelier qui lui ouvrira les portes de la vidéo et lui proposera de devenir maître de son monde et de son destin, Noé décidera du moment où le mot fin s’affichera et la lumière s’éteindra. Noé, un enfant qui raisonnera peu à peu comme un grand avec beaucoup de souffrances, le parcours d’un gamin qui se prendra en charge pour s’éloigner progressivement de la mort et supporter les absences.

Premier roman

« Notre distance ne se mesure pas, nos liens échappent au système des chiffres. »

« Mais j’avais trouvé bizarre qu’on foute des voix dans des enveloppes. Comment peut-on les entendre, si on les enferme dans des murs de papier ? »

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Thème(s) : Littérature française


Catherine LOGEAN

Confessions à un ficus
L'Arbre Vengeur

210 pages | 31-07-2022 | 17€

Geoffroy est l’antihéros (suisse en plus !) dans toute sa splendeur (« Mes tentatives pour donner un cours un tant soit peu satisfaisant ou raisonnable à mon existence ont échoué. Certains ont le sens de l’orientation... Pour d’autres, de quelque façon qu’ils l’orientent, la carte reste indéchiffrable. »), son amoureuse dont il est toujours épris vient de le quitter, il fait un travail guère passionnant et est pressuré par sa hiérarchie. Il a un frère jumeau à qui, ayant abandonné ses idéaux de jeunesse, tout réussit selon les critères de réussite habituels évidemment... Autour de lui, tous ont leur certitude alors qu’il plonge dans l’incertitude et le doute absolus. Seuls moments à part : les répétitions pour une pièce de théâtre d’avant-garde. Il a en effet été repéré par la metteuse en scène qui lui voue une admiration sans faille (attention passages d’anthologie !). A force de subir sa vie, il quitte son poste pour devenir manutentionnaire et il se retrouve chez un psy, le bien nommé Somme, et son ficus va débloquer sa parole ! Les ficus pourraient-ils sauver l’humanité ? La tragédie humaine traitée avec drôlerie et ironie, un ton grinçant, ironique, moqueur, à déguster sans modération.

Premier roman

« Les enfants ont un doudou, les vieux ont Dieu. »

Ecouter la lecture de la première page de Confessions à un ficus

Thème(s) : Littérature française


Angelo ARANCIO

Un fils
L'échelle du temps

198 pages | 30-07-2022 | 18€

Son père est mort il y a déjà de longues années, sa mère avait trente et un ans et lui sept ans. Ses quatre frères et sœurs avaient à peu près le même âge. Il est maintenant père de trois enfants à quarante-trois ans et il est peut-être enfin temps de se retourner sur son passé (« Déjà que j’avais du mal à être fils, voilà que j’étais père, maintenant. ») et principalement sur sa relation avec sa mère. Une mère silencieuse, enfant, il n’a jamais ressenti amour, attention, affection, protection, « Je ne voulais te recevoir que comme je le désirais... Ma frustration m’a empêché de te reconnaître. ». La mort du père, un vrai Sicilien, renforce ce malaise, pas d’explications, pas de consolations, l’impression d’être seul face à son chagrin (« Seulement à tant t’oublier tu as fini par nous oublier.) alors qu’elle se retrouve seule à Saint-Etienne pour tout assumer, elle qui n’a jamais eu un emploi rémunéré. Aujourd’hui seulement, il peut reconnaître l’ampleur de la tâche et que même en silence et à distance, la louve sicilienne restait à ses côtés. Même quand des années plus tard, elle semble enfin profiter de la vie, ce n’est pas la mère qu’il espérait. Mais cette vision de la mère, ce rêve, ne peut être décorrélée de la vie du fils, alors il nous la relate longuement, sans artifice, avec franchise, une trajectoire chaotique, faite d’échecs, de peurs, d’hésitations, de complexes. Quarante trois ans pour le reconnaître, pour faire la part des choses, « Il était tellement plus simple et facile de t’accuser de tous mes maux plutôt que reconnaître que je me plantais... Tout occupé à ma douleur et à ma colère, je ne pouvais voir les preuves d’amour dans lesquelles je butais. », quarante trois ans pour comprendre que « la meilleure des solutions c’était de nous aimer sans aucune forme de démonstration. » Une émouvante confession frisant avec le mea culpa, un puissant (mais peut-être tardif) cri d’amour pour une mère courage.

Premier roman

« Patrick Dewaere m’a carrément sonné. Je voulais être comme lui. On aurait dit un verre de cristal fendu, impossible à toucher sans risque de le casser. »

« La passion c’est se faire croire qu’on se construit à travers l’autre, alors qu’on passe son temps à se détruire. »

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Thème(s) : Littérature française


Aurélie DJIAN

Du temps de ma splendeur
Julliard

165 pages | 30-07-2022 | 18€

La narratrice est la dernière d’une lignée de trois femmes, sa mère au prénom prédestiné, Reine, sa grand-mère Rose, deux femmes pour qui l’apparence et le paraître sont primordiaux. Alors évidemment l’âge et le vieillissement viennent heurter leurs préoccupations. Une jeune femme peut-elle trouver une complicité, une écoute dans ce cadre ? Reine continue de vouloir tout gérer (« la mauvaise fée qui me servait de mère »), seule Rose fera preuve de tendresse et d’écoute. Le récit est un va-et-vient dans les pensées, les souvenirs des trois femmes, leurs rapports aux hommes, leurs époux... Le questionnement intime d’une femme de quarante ans qui n’a toujours pas résolu « le mystère de sa mère » et qui s’interroge sur son avenir, sa vie, sa maternité, le temps qui passe.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Claire BAGLIN

En salle
Minuit

160 pages | 28-07-2022 | 16€

En Salle mène de front deux récits pour deux périodes de la vie d’une jeune femme, la narratrice. Elle vient de passer un entretien d’embauche pour une grande chaîne de restauration rapide et c’est le succès... Dans le même temps, elle revient sur son enfance avec ses parents, son frère Nico, une enfance marquée par l'omniprésence du travail du père, ouvrier à la maintenance, un poste dangereux, mais guère considéré avec une pression permanente des patrons alors ses blagues potaches lui permettent peut-être d’oublier... Avec une description clinique du travail dans « le restaurant », des différents postes de travail, des relations entre les employés, des interventions permanentes des managers et autres petits chefs, Claire Baglin dissèque un emploi aliénant (« Aux frites, l’automatisme empêche de réfléchir. »), pressant, usant psychiquement et physiquement (« ... c'est un fait, les peaux se décollent et s'effritent lorsqu'elles de lavent les mains. »), qui réussit à faire oublier tous les espoirs et rêves possibles et peut vous aspirer rapidement vers un trou noir sans issue. La construction, le style, la description froide et précise, le réalisme, un vrai grand premier roman !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Corinne MOREL DARLEUX

La sauvagière
Dalva

140 pages | 27-07-2022 | 17€

Un accident de moto, et elle pousse la porte d’un autre monde. Comme dans un conte, loin de la ville, elle se retrouve au cœur de la forêt montagnarde dans une maison forestière aux côtés de deux anges, deux fées, deux sorcières, Jeanne (« une impression d’évanescence émanait de l’ensemble de sa silhouette ») et Stella (« son regard luisait de folie »). Finalement, l’accident a peut-être permis de réaliser son désir le plus profond : « Je n’eus pas le courage de m’évaporer. L’accident l’a fait. ». Laisser de côté l’agitation perpétuelle, le bruit, les paroles inutiles, les tensions permanentes, revenir à la lenteur, à l’attention et l’observation au cœur d’une nature sauvage qui a repris ses droits et n’attend rien de l’homme. Une nature puissante qui s’immisce partout nous ramenant vers l’animal comme un retour au source à l’opposé du tumulte insensé et mortifère de notre monde. Un premier roman sous forme de conte ou de rêve pour retrouver du sens et nos sens.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Amélie FONLUPT

La passagère
Rivages

205 pages | 27-07-2022 | 19.5€

La passagère prend ses racines au Cap-Vert, le pays de la sodade et le lieu de naissance en 1941 de Mame, l’ancêtre d’une lignée de femmes et Léna la fille de Reine nous fait partager leur destin. Mame poursuivie par la pauvreté, l’âpreté de la vie, le départ de son homme, la contraignent à l’exil avec sa fille, Reine. Après une halte au Portugal, elles s’installeront à Paris. Reine fera d’elle sa nouvelle culture alors que Mame restera très critique envers la France (« un pays riche rempli de pauvres ») et les Français. Reine lors de son premier mariage voit Mame repartir au Cap-Vert. Après un deuxième mariage, Lena naît puis son petit frère Max. Cette lignée de femmes est évidemment marquée par le déracinement et l’exil, l’exil qui broie, l’exil qui déchire et écartèle et la peur qui l’accompagne, une peur et une détresse qui s’héritent et se propagent de génération en génération ; mais aussi par l’absence des hommes, des hommes sans respect, « une tonne de mensonges dans les poches », « des mauviettes », elles devront faire sans. La musique et le piano suffiront-ils à Léna pour ne pas laisser cet héritage la broyer, se dégager des côtés les plus toxiques et conserver le meilleur ?

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Simon PARCOT

Le bord du monde est vertical
Le Mot et le Reste

158 pages | 27-07-2022 | 18€

Histoire d’une aventure, aventure en montagne, aventure humaine, plongée dans la nature, plongée en soi. Deux chiens, Moïra et Zéphyr, Gaspard, le bien nommé premier de cordée, Vik, un colosse du Grand Nord, Ysé, une femme, et Solal, le petit nouveau fou de joie de les accompagner. Ils viennent pour aider les personnes isolées de la vallée. Une vallée au sommet vertical le Bord du Monde qui n’a jamais été atteint, un sommet mythique, mystérieux qui continue de se dérober à tous. Or le projet secret de Gaspard, sa quête d’absolu, est d’atteindre ce sommet accompagné de Solal, l’endroit où rêve et réalité se rejoignent si proche des étoiles. L’aventure est éprouvante : neige, froid, vent, dangers multiples, dépassement de soi… un lieu propice aux légendes, aux croyances et aux rares rencontres mais toujours étonnantes comme celle du Père Salomon qui pense pouvoir aider Gaspard dans sa quête… Exigeant comme la montagne, attirant comme la montagne, beau comme la montagne, intriguant comme le mystère de la montagne, un premier roman philosophique d’aventures en altitude éclairé par une poésie à la hauteur de la rudesse de l’aventure.

Premier roman

« …la véritable ascension est une ascension intérieure. »

« Car la montagne est un exhausteur de goût, un exhausteur de vie ! »

« Tu vois, je ne grimpe pas par goût du risque, je ne grimpe pas par désir de mort, au contraire, aller là-haut affine ma conscience de la vie. »

« … que ferions-nous ici, sans les livres ? C’est eux qui nous font sortir : un vers, juste un vers, des filaments d’encre sur du papier et voilà que nos esprits filent par-delà la cheminée rejoindre les étoiles gelées. »

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Thème(s) : Littérature française


Sarah JOLLIEN-FARDEL

Sa préférée
Sabine Wespieser

205 pages | 27-07-2022 | 20€

« Demeurer dans cette destructrice intranquillité. Je ne m’en arracherai pas. » Marquée par une enfance terrible et terrifiante, Jeanne ne pourra jamais s’en arracher. Dans un village isolé de montagne où chacun sait, mais chacun se tait, avec sa grande sœur Emma, et sa mère, elle subit et vit dès son plus jeune âge la violence d’un père brutal et alcoolique. Un père qui frappe, qui tape, dénigre, insulte celle qui est là, même sa préférée. Après un nouvel épisode encore plus violent qu’à l’habitude, même le docteur ne fera rien pour la sortir de l’enfer, seules les études sembleront l’éloigner et peut-être la sauver. Mais la peur ne l’abandonnera jamais, peur des cris, peur des coups, peur des hommes et la colère l’étreindra pour toujours. Seule la nage dans le lac Léman semble l’apaiser mais le suicide de sa sœur la replonge dramatiquement dans son passé, impossible d’y échapper, un passé et une colère qui empêchent toute relation durable. Un passé qui marque à jamais, omniprésent et qui, subitement, peut resurgir avec violence, empêchant toute sérénité, tout espoir, et le savoir empêche réellement de vivre et d’aimer. L’auteur est directe, sans fioriture, le style est vif et ciselé, elle pose sur le papier les situations, les sentiments, la violence, une série d’uppercuts qui frappent le lecteur qui assiste impuissant à cette impossibilité de vivre.

Premier roman

« Je n’avais pas trente ans, j’étais en guerre. Depuis toujours. Pour toujours. »

« Après. Après il faut revivre… Faire semblant. Mentir. »

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Thème(s) : Littérature française


Laura POGGIOLI

Trois soeurs
L'Iconoclaste

280 pages | 27-07-2022 | 20€

« Trois sœurs », entre le récit et le roman, entremêle un fait divers russe et l’expérience russe de l’auteure. Trois sœurs ont assassiné leur père (2018). Depuis des années, il les frappait, les humiliait, en abusait, douleurs physiques et psychiques permanentes et répétées, alors elles ont fini par le tuer. Inacceptable en Russie, la justice les a condamnées ignorant totalement leur calvaire. Laura Poggioli a vécu à Moscou. Amoureuse de la langue russe, de la Russie, de ses écrivains, de ses poètes, de la vie en Russie, la boisson, la musique, elle a tout accepté, même les coups de son petit ami. Ce double témoignage fournit un éclairage concret de la Russie d’aujourd’hui, de la place de la femme (ou plutôt de l’absence de place), de la famille, des peurs qui les habitent, de la violence sourde, autorisée et récurrente dans la sphère privée. Mais « Les hommes, on les aimait. Et quand on aimait, on excusait. », c’était la fatigue, le boulot, l’alcool, le désespoir devant notre monde… Tout simplement terrifiant !

Premier roman

« N’importe quel Français bien constitué a envie de repartir quand il arrive en Russie, mais au bout de six semaines, il veut y rester pour toujours. »

« S’il te bat, c’est qu’il t’aime. »

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Thème(s) : Littérature française


Nathalie DECRETTE

La couleur de l'émoi
Diabase

108 pages | 14-07-2022 | 13€

Iris (la narratrice), Barnabé et l’amour, enfin ce qu’elle pense identifier comme son amour. Un amour qu’elle veut partout, dans les corps, dans son corps, dans la nature, dans les sons… Un éveil permanent. Un réveil absolu. Alors elle marche pour mieux appréhender, sentir, ressentir, comprendre. Dans les mots ou le silence. Le corps et la tête ressentent ces éclats d’amour et ces émotions. Puis Barnabé part et « on ne rentre pas de Barnabé. » alors il faut marcher, « … il n’y rien à atteindre, il y a à cheminer. », dans le silence et dans la solitude pour mieux entretenir cet amour. Un court texte à l’écriture raffinée et maîtrisée véritable ode au triptyque corps, amour et émoi.

Premier roman

« Les rides ont l’avantage de l’histoire et de la beauté du vécu. »

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Thème(s) : Littérature française


Matthieu ZACCAGNA

Asphalte
Noir sur Blanc

125 pages | 19-06-2022 | 14€

Courir. Courir dans Paris. Courir toujours. Courir encore. Courir comme seul remède. Courir pour oublier, courir pour se vider, courir pour fuir, courir pour se faire mal (« C’est douloureux mais tu finis par t’y faire… Tu t’y fais car la douleur vaut mieux que l’enfermement, la souffrance que la haine. »), courir pour progresser, courir pour s’occuper, courir pour s’évader, courir pour rêver, courir pour ne pas réfléchir, courir pour réfléchir, courir pour regarder devant, courir en se retournant sur son passé. Courir et convoquer son corps pour oublier les sentiments. Victor a quitté Fécamp avec son père, un père violent qui s’est proclamé écrivain, après le suicide de sa mère. Ce père a toujours installé un climat de violence et de peur : « Etre menacé était devenu une forme de normalité. Vivre dans la peur. Dans le doute. ». Alors Victor choisit la course pour fuir, fuir l’appartement, fuir son père, fuir son enfance, fuir son adolescence, fuir la vie. Au hasard de ses courses, Victor fera de belles rencontres, de belles personnes qui tenteront au-delà de la course de le réconcilier avec l’humanité et son avenir. Comme un sprint, le style comme le sujet et le fond est percutant, rapide, rythmé, haché. Un premier roman émouvant qui dresse le portrait d’un adolescent au bord du gouffre qui réussira notamment par la course à s’extraire de la violence et s’ouvrir les portes du grand stade de la vie.

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Thème(s) : Littérature française


Charlotte BOURLARD

L'apparence du vivant
Inculte

130 pages | 10-04-2022 | 13.9€

Une jeune photographe, sans le sou, désirait photographier de vieilles personnes nues quand elle rencontre les Martin. Ils sont propriétaires d’un lieu singulier, un funérarium ! Le temple de la mort. Une mort qu’ils attendent eux-mêmes presque avec impatience. Une mort qui fait partie de leur quotidien, d’autant plus que madame Martin entretient et continue d'étoffer sa collection d’animaux naturalisés. La complicité entre madame Martin et la jeune femme s’installe jour après jour, promenade après promenade, elle devient l’héritière annoncée. Héritière des biens mais aussi des connaissances de l’art de la taxidermie que la novice découvre encadrée par madame Martin en attendant de dévoiler son chef d’œuvre ! Un premier roman étonnant face à la vie, la mort, au temps et à l’immortalité, fascinant, parfois dérangeant qui joue efficacement avec les contrastes (sentiments, relations) et les ruptures notamment de rythme et de vocabulaire.

Premier roman

« La deuxième fois que j’ai vu un mort, il respirait encore. »

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Thème(s) : Littérature étrangère


Karen HADDAD

Le dernier voyage de Salomon Martcher
Arléa

190 pages | 10-04-2022 | 18€

Marianne et Salomon s’aiment, un amour éternel. Pourtant, ils ne veulent, ne peuvent se fixer, ils préfèrent la liberté, se rencontrent rapidement, rendez-vous répétés et secrets, toujours brefs, peut-être par une crainte obscure du bonheur, par la peur que l’un parte avant l’autre, alors chacun conserve une part cachée, reste seul avec ses fantômes. Toujours renaître, recommencer pour mieux s’aimer. Ne pas être liés à un moment, un lieu, et sombrer dans l’habitude, vivre « ensemble et séparés » mais leur amour pourra-t-il rester nomade ?

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Philippe CASTELNEAU

Motel Valparaiso
Asphalte

120 pages | 08-04-2022 | 15€

Après une rupture amoureuse, un homme, journaliste, décide de partir à travers les Etats-Unis, sur les traces de son rêve américain. Départ pour retrouver sens à sa vie mais certainement aussi pour affronter ses démons. Après un road-trip rapide, aux portes du désert, l’homme croise fugacement le regard d’une femme postée à une fenêtre. Aimanté par cette vision, l’homme revient dans cette ville inconnue, improbable voire fantôme, y trouve refuge et s’installe au motel Valparaiso. Au contact de personnages singuliers, perdus dans une sorte de solitude assumée (« Il n’y a pas de fantômes, mais il y a des chimères auxquelles on se raccroche comme on peut… »), il ne le sait encore pas, mais on ne repart pas si simplement de Cevola (certains s’y sont enlisés) et jamais indemne en tous cas. Pour en repartir, il faudra qu’il retrouve cette femme, cette vision éphémère, ce mirage et surtout qu’il se retrouve lui, qu’il relate son expérience, qu’il apprenne à se connaître, et puisse enfin regarder devant lui, vers l’avenir. Un premier roman à l’atmosphère et aux personnages singuliers et réussis, une introspection sans nombrilisme et attachante sur fond de vieux rock poussiéreux et obsédant.

Premier roman

« On trimballe toujours nos fantômes, j’ai dit. On marche sur les traces de ceux qui étaient là avant nous, mais ça ne fonctionne pas. Chacun doit tracer son propre chemin et creuser dans les ténèbres qu’il a en lui, pour essayer d’en sortir quelque chose qui a du sens… »

« …la liberté, c’est pour chacun le libre choix de sa prison. »

« Les orages naissent-ils d’un trop grand silence ? »

« Nous croyons toujours faire le bon choix et nous finissons loin de ce que nous sommes profondément ; un vague brouillon de ce que nous aurions pu être. »

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Thème(s) : Littérature française


Marie CLAES

Légère
Autrement

185 pages | 14-02-2022 | 16.9€

16 ans, Annabelle vit avec sa mère et son jeune frère une adolescence classique jusqu’au jour où, pour peut-être répondre à son mal être, elle décide de maîtriser son corps, et de choisir ce qui est bon pour elle, pour lui, et notamment et principalement son alimentation (« …je suis ce que je mange… »). Elle sait ce qui est bon pour elle, trie, diminue drastiquement les quantités ingurgitées : elle contrôle tout dans ce chemin vers la liberté, le refus des injonctions, jusqu’à ce que son corps finalement lui échappe. Les liens avec sa mère, impuissante et désemparée, se distendent et la solitude s’installe. Elle se croit vainqueur de cette épreuve (« Elle a tué le corps qu’on lui vouait… »), mais vainqueur de quoi ? Comment sortir et revenir de ce combat mortifère sans se renier ? « Légère » décrypte avec véracité et réalisme, sans pathos ni recherche d’explications psychologisantes, la chute vertigineuse et dangereuse d’une adolescente dans l’anorexie.

Premier roman

« Elle aime beaucoup l’idée d’avoir contredit l’ordre et pour une fois sans le chagrin qui, autour d’elle, accompagne tout ce qui fout le camp »

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Thème(s) : Littérature étrangère


Mario ALONSO

Watergang
Le Tripode

222 pages | 23-01-2022 | 18€

Paul est un gamin atypique, il a douze ans, passe son temps à courir dans la nature, seul au milieu des polders. Il sait qu’il écrira un livre à treize ans. Et son carnet est sa mémoire. Tout Middlebourg, humains comme objets, nous raconte son histoire, leur histoire. Une multitude de personnages, certains ont même des doubles, dans un univers notoirement gris et sans trop d’espoir balancé par le caractère de Paul. Un premier roman rythmé, atypique dans son style, dans ses personnages, dans sa construction qui aimante le lecteur du début à la fin de ce voyage au coeur de la nature sauvage hollandaise.

Premier roman

« Il est si difficile d’être beau. Il vous est souvent interdit d’être autre chose en plus d’être beau. Surtout pas intelligent. C’est insupportable. »

« Ceux qui vous diront qu’ils savent où ils vont vous mentent. »
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Thème(s) : Littérature française


Timothée STANCULESCU

L'éblouissement des petites filles
Flammarion

362 pages | 05-12-2021 | 19€

Justine vit seule avec sa mère à Cressac, un village où il ne se passe jamais rien. Mais cet été est particulier, tout d’abord une chaleur pesante puis Océane une lycéenne du même établissement que Justine disparaît. Trouble, inquiétude, peurs viennent perturber le village et réveillent l’envie de Justine de partir, de s’évader de la prison de l’enfance, « hâte d’arriver à cet âge où l’on n’est plus trop jeune », de découvrir le monde, les autres, d’embrasser la liberté. Justine s’étiole en effet à Cressac, ne demande qu'attention et amour, rêves et désirs. Alors une rencontre et elle devient la rencontre absolue, définitive et la chute sera terrible, le monde s’écroulera, le temps s’arrêtera : l’absolu et l’intensité de l’adolescence. Elle doute d’elle-même, ne se sent pas à sa place, se pense invisible, pas aimée, pas capable. « L’éblouissement des petites filles » dénoue les fils d’une disparition inquiétante et dissèque avec réalisme et délicatesse la psychologie d’une jeune adolescente qui s’apprête à entrer dans l’âge adulte avec ses doutes, ses rêves et ses peurs qui ne demande qu’à être éblouie par la vie et l’amour.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Rebecca GISLER

D'oncle
Verdier

122 pages | 04-12-2021 | 15€

La narratrice contrainte et forcée retrouve son oncle. Elle va l’observer, le scruter : un oncle à part, solitaire au physique particulier, sale, très sale. La solitude crée des manies et des comportements parfois étranges, il peut manger à peu près tout, cet ogre, peu de retenues, de limites, extérieur à la société, un enfant au corps d'adulte dans un chaos insalubre… Il vit dans la maison familiale de ses parents. A travers cet oncle atypique, c’est donc aussi le portrait de cette famille et de ses enfances qui nous est offert. Un style éblouissant pour relater une observation rigoureuse d’un homme atypique, de sa famille et de son environnement.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère


Matthieu LUZAK

Poudre blanche sable d'or
La Manufacture de Livres

195 pages | 21-11-2021 | 16.9€

Ils sont amis depuis l’enfance, même collège, même quartier, même CROUS, même pôle emploi, mêmes rêves inaccessibles, ils n’ont pas choisi. Gamin, Matthieu oscille entre deux mondes, les rebeus et les bourges mais ces bourges, il ne veut « pas leur ressembler.. faire partie de leur monde. Le monde de ceux qui croient accéder à leur position sociale parce qu’ils seraient plus intelligents, plus brillants, ou parce qu’ils auraient davantage travaillé que les autres. » Matthieu est journaliste, cours de pige en pige, de petit boulot en petit boulot. Farid sort de prison et passe de combine en combine, voire de trafic en trafic. Ils ne se jugent pas, ne généralisent pas, ils sont potes. Matthieu espère que sa seule issue est l’écriture. Alors un portrait de Farid, de sa vie aventureuse et en marge pourrait lui permettre de sortir de son triste quotidien. Les deux amis partent pour Malaga sur les traces de Farid, de ses trafics, de son histoire, propice à une confession avant passage à l’écriture. Deux amis pour nous parler dans la langue et le rythme du cru d’une partie contemporaine de la société qui se débat dans les difficultés du quotidien choisissant parfois l’illégalité pour tenter de s’en extraire.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Osvalde LEWAT

Les Aquatiques
Les Escales

300 pages | 16-11-2021 | 20€

« … sans le tricotage patient, adroit, renouvelé du compromis et les ajustements perpétuels, sa vie, celle de tant d’autres femmes seraient tout simplement impossibles. Qui peut se prévaloir d’être totalement entier ? Notre vie à tous est une boiterie permanente… » et Katmé Abbia une femme du Zambuena (pays imaginaire d’Afrique) qui est passée rapidement de l’autorité de sa mère à celle de son mari commence de ressentir puissamment cette boiterie. Elle a en effet abandonné son métier pour devenir une femme « de ». Son époux est en effet préfet. Très ambitieux, seule sa réussite l’obsède et le préoccupe, un homme prêt à tout pour réussir. Elle reste néanmoins extrêmement liée à son ami d’enfance, Samy, son frère, son double, un artiste homosexuel toujours prompt à provoquer le pouvoir et les bien pensants, mais l’art n’est-il pas aussi percutant que dangereux quand il dérange ? Samy est arrêté, artiste maudit homosexuel, la violence va se déchaîner. Un séisme qui va bousculer Katmé, la pousser à réfléchir à sa vie, à ce qu’elle est et à choisir son chemin vers l’émancipation. Un portrait de femme au cœur d’un pays entre richesse et pauvreté absolue, joie et violence, couleur et tristesse, tradition et modernité. Le regard sur la société africaine et les jeux de pouvoir est acéré, un récit vif débordant d’humour et d’ironie cinglante nous entraîne littéralement sur les pas d’une femme qui tombe le masque, tente de tourner le dos au patriarcat et de reprendre enfin sa vie et de la vivre loin des conventions.

Premier roman

« On ne fait pas la révolution quand on mange avec quatre couverts de chaque côté de l’assiette. »

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Thème(s) : Littérature française


Maren UTHAUG

Là où sont les oiseaux
Gallmeister

355 pages | 07-11-2021 | 23.6€

Trois voix pour nous faire partager le quotidien d’une famille norvégienne, trois visions qui se rejoignent ou s’éloignent. Un phare, la solitude, des obsessions, de la violence, de l’amour, des secrets. Johan a subi une déception amoureuse, Hannah a disparu, il ne l’oubliera jamais, un amour fou, il continuera d’y penser, d’espérer, une obsession absolue et destructrice. Alors il décide de prendre le poste de gardien du phare de Kjeungskjaer (je vous laisse prononcer !). Pour cela, il doit se marier. Il épousera Marie, la fille du pasteur. Ils s’installent dans ce lieu singulier et isolé et ont rapidement deux enfants, une fille, Darling, et un garçon différent, Valdemar. Johan, Marie et Darling décrivent leurs vies, la violence omniprésente, latente, la nature est violente mais les relations humaines et la sexualité aussi… Une tension pèse continuellement, on pense avoir rencontré le pire, mais on s’attend néanmoins à être contredit par la suite, à ce qu’un nouveau secret mortifère nous soit dévoilé... Une tempête norvégienne noire, violente et dévastatrice.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Françoise Heide, Marina Heide


Gabriela TRUJILLO

L'invention de louvette
Verticales

253 pages | 23-09-2021 | 19€

L. est une jeune femme qui va subir une opération suite à une lésion oculaire. Alors L. pour ne rien perdre des images passées, ne rien déformer, oublier, se retourne sur son passé, se souvient de Louvette et de ses dix-sept premières années, née dans un pays d’Amérique centrale un jour de tremblement de terre où la violence de la terre est comparable à celle des hommes. Elle est arrivée dans une famille après des jumeaux parfaits alors elle, qui trouve ses pieds tordus, souffre de scoliose, reste immédiatement sur le côté, délaissée par ses parents, elle trouve refuge auprès des animaux, d’Itzel sa nounou, de Santiago le pêcheur et des mots et de la lecture. Elle chérit sa liberté et devient une gentille louve sauvage aux côtés de sa chienne Calli, toujours souriante, ailleurs, décalée, mais avec une envie de vivre toujours intacte malgré les évènements d’une vie qui commence. Un récit initiatique portrait d’une jeune femme libre, passionnée, insaisissable et toujours attachante.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Frédéric PLOUSSARD

Mobylette
Héloïse d'Ormesson

415 pages | 06-09-2021 | 21€

Dom est un trentenaire à la dérive, une vie conjugale d'un calme plat, un homme trop grand, d’ailleurs Dom a toujours été trop grand, même ado lorsqu’il rêvait d’un 103 que ses parents ne lui offriront jamais : une enfance guère joyeuse au cœur des Vosges… C’était peut-être annonciateur de la suite, Dominique deviendra éducateur spécialisé dans un foyer pour ados en dérive, et cette fois, sa taille lui servira parfois pour encadrer certaines jeunes… Mobylette adopte un rythme beaucoup plus élevé qu’un 103 poussif, les situations rocambolesques et déjantées s’enchaînent et surprennent, une gentille folie s’impose et même dans les situations extrêmes la joie perdure. Un premier roman étonnant, débordant de vie et d’humanité.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Pierre VERGELY

Le monde qui reste
Héloïse d'Ormesson

255 pages | 06-09-2021 | 18€

On peut être sériveeux à dix-sept ans, ou du moins voir son adolescence et son insouciance disparaître brutalement et définitivement. Charles Vergely (le père de l’auteur), lycéen à Janson de Sailly, a dix-sept ans quand il s’engage dans la Résistance. Idéal de liberté, sens du devoir et de la justice, le jeune homme n’hésite pas. A peine un an plus tard, le 10 mars 1941, il est arrêté par la police militaire allemande et quatre ans de vie vont lui être volés. Déporté en 1942 en Allemagne, il va connaître les camps et la lutte pour rester droit et survivre. Connaître la violence, la torture et la barbarie des camps, tous les gestes avilissants du quotidien, tous les gestes faits pour détruire et réduire à une chose ou un objet qu’on écrase quand on le souhaite. Voir ses camarades exécutés. Vivre la peur sans jamais abandonner. Résister à la faim et la fatigue. Trouver les souvenirs qui vont permettre de tenir. Un premier roman émouvant hommage à un père et à tous ceux qui ont choisi le combat, leur mort éventuelle et la peur pour que la liberté de tous ne s’éteigne pas.

Premier roman

« La guerre offre à des hommes vivants la garantie d’être tués pour une paix dont ils n’auront jamais la possibilité de profiter. La paix, elle, ne garantit aux survivants d’une guerre qu’une accalmie jusqu’à ce qu’éclate le prochain conflit. A ce cycle, il n’y aura pas de fin. Tout est affaire de sursis. Des hommes tués par d’autres hommes, prêts à se faire tuer à leur tour. Quel sens donner à tout ceci ? Je n’en trouve aucun. »

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Thème(s) : Littérature française


Isabel GUTIERREZ

Ubasute
La Fosse aux Ours

128 pages | 02-09-2021 | 15€

Marie, très malade, a suivi plusieurs traitements, mais la maladie reste la plus forte, alors c’est décidé, elle arrête les traitements, profiter des quelques derniers instants puis vivre son Ubasute, coutume japonaise ancestrale. Pour cela, elle fait appel à son fils, et lui demande de l’emmener en haut de la montagne, un voyage sans retour, pour une mort paisible, décidée et maîtrisée. Evidemment, il faudra d’abord préparer cet ultime voyage, puis ce cheminement, sur le dos de son fils, presque au contact de sa chair. La montée sera propice, à se retourner, à regarder en arrière, de son enfance jusqu’à ses derniers instants, sans regrets, accepter que la mémoire la traverse et accepter de traverser sa mémoire, se souvenir des moments de bonheur, fugaces ou non, de la beauté du monde, du ciel et des étoiles, des déchirures, des pertes tout en se tenant la main, avec un regard tendre, parfois mélancolique mais dans la compréhension mutuelle. Un premier roman émouvant sur une fin de vie assumée et décidée.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Helene BUKOWSKI

Les dents de lait
Gallmeister

262 pages | 16-08-2021 | 22.4€

La jeune Skalde et sa mère vivent isolées dans une maison proche de la forêt. Skalde ne connaît pas le monde au-delà de son jardin. Les deux sont en monde survie. En effet, elles vivent dans un monde post-apocalyptique, isolées du monde, les animaux ont presque disparu, cultiver de quoi se nourrir devient compliquer. Les derniers survivants de la zone ont fait sauter le pont qui les reliait au monde d’à côté espérant se protéger, le danger c’est les autres. Depuis, le climat a changé, l’été refuse de s’achever, les températures explosent, le brouillard persiste. Alors entre voisins, suspicion, chacun s’observe, le repli sur soi, sans changement, subir et survivre. Ils sont isolés, se sont isolés et pensent pouvoir résister, se battre pour résister. Entre Skalde et sa mère on pourrait imaginer de l’entraide, de l’écoute, pas du tout, les rapports sont tendus, ambigus, voire violents. Quand Skalde découvre une jeune enfant aux cheveux rouges, elle la ramène à la maison et la protège : « Veiller l’enfant et lui tenir la main, comme si je n’avais jamais rien fait d’autre. ». Décision irrévocable et lourde de conséquences ! D’où vient cette gamine ? Ses cheveux rouges n’annoncent rien de bon, la différence apeure... Comment est-elle arrivée là ? Que veut-elle ? Comment se positionnera sa mère ? Les villageois veulent sa peau... Skalde s’opposera-t-elle au collectif ? Arrivera-t-elle à repousser leurs assauts ? Une ambiance pour la survie à la McCarthy, une relation mère-fille singulière, une fin du monde annoncée qui laisse sans réaction les humains (ça ne vous rappelle pas quelque chose ?) mais aussi de jolis moments lumineux. Un premier roman qu’on lit d’une traite.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Elisa Crabeil, Sarah Raquillet


Alain MASCARO

Avant que le monde ne se ferme
Autrement

245 pages | 09-08-2021 | 17.9€

Anton Torvah, « fils du vent », tzigane, dresseur de chevaux, né à la fin de la première guerre mondiale au cœur de la steppe kirghize, est un habitant du monde. Avec une troupe de tziganes au sein d’un cirque, il va parcourir le monde, gommer les frontières et rencontrer partout la même barbarie avec comme apogée naturellement le nazisme. Amoureux de la musique, des chevaux, des espaces, des voyages, leur philosophie de vie est mise à mal par la brutalité des hommes, mais ils savent résister, rester fiers et debout, la survie fait partie de leur quotidien. Une épopée brutale et poétique qui traverse un demi-siècle de notre monde violent et barbare.

Premier roman

« Les hommes sans cesse rêvent du zénith, disait encore Jag, et oublient le nadir. Pour être à l’équilibre, il faut avoir les deux, la tête dans la lumière, et les pieds ancrés dans le sol, parfois la boue ! Le vent dans les cheveux et les pieds sur terre, voilà ce qu’il faut pour être heureux ! »

« ... voilà bien tout le drame des hommes : ils sont exactement comme les moutons. On leur fait croire à l'existence de loups et ceux qui sont censés les protéger sont en fait ceux qui les tondent et les tuent. »

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Thème(s) : Littérature française


Anne-Lise AVRIL

Les confluents
Julliard

200 pages | 07-08-2021 | 18€

Liouba est une toute jeune journaliste qui a choisi de parcourir le monde et s’intéresse au changement climatique et à ses impacts, déchiffrer le monde et le transmettre. Pour son premier reportage en 2009, voyage « né du rêve d’une fuite à mener sans méthode, sans préméditation » elle part à la rencontre de la Jordanie, du désert et d’un homme qui a décidé de le combattre et de planter des arbres aux essences adaptées. C’est là qu’elle rencontre Talal, un photographe qui s’intéresse à l’exil, aux déplacements de population, donc souvent présent dans les zones de guerre. Le lien se crée, l’attirance est immédiate, mais la route et leurs vies les appellent. Sans pouvoir totalement se détacher, ils continueront de se parler, de se rencontrer furtivement au gré de leurs reportages qui nous confirment l’état inquiétant du monde mais quelque chose les empêche d’aller plus loin, malgré l’amour puissant qui les anime. Qu’attendent-ils ? Que la vie passe ? Que fuient-ils ? A partir de quand, de quoi, accepteront-ils cet amour qu’ils savent partagé ? Pourront-ils stopper leurs voyages, abandonner leurs missions, pour se retirer du monde et se poser à un endroit précis, s’ancrer dans un lieu, reprendre lien avec la terre ? En parallèle, nous suivons le destin de Jaya et Aslam, frère et sœur isolés sur une île en 2040, à l’heure où le dérèglement climatique (notamment la montée des eaux) a des conséquences de plus en plus lourde et évidente, qui du renard arctique et de l’homme saura le mieux s’adapter... Anne-Lise Avril dans son premier roman réussit à mener de front la lente progression d’une histoire d’amour de deux êtres qui portent avec eux la barbarie et l’horreur de notre monde qui elles, ne progressent pas au même rythme ! Elle nous rappelle également avec douceur que l’homme appartient à la terre et pas le contraire, donc à nous d’y prendre garde !

Premier roman

« L’exil est l’état naturel de l’être humain. Né dans un lieu de hasard, appelé à ne jamais y demeurer, appelé à toujours y être ramené. »

« Peut-être que l’amour, dit-elle, est cette tendance à la réunion de ce qui est séparé. Conditionné donc par le fait que l’autre reste insaisissable. Pour que puisse naître ce mouvement, cet élan perpétuel et légèrement désespéré. Qui nous ramène toujours à lui. »

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Thème(s) : Littérature française


Jean-François DUPONT

Villa Wexler
Asphalte

195 pages | 05-08-2021 | 18€

Vingt ans après, Mathias est de retour. Il a parcouru le monde, ne s’est jamais fixé, ne s’est jamais lié et les évènements de ses dernières années de lycée en sont certainement à l'origine. Il est peut-être enfin temps de mettre un terme à cette histoire. Il s’installe à l’hôtel même s’il renoue avec son père et sa nouvelle femme en retrouvant immédiatement leur complicité et part à la recherche du passé qui passe par la villa Wexler. La famille Wexler s’y était installée juste avant la rentrée, les parents et leurs trois enfants. Le père, Richard, était prof de français, la mère au foyer, le plus jeune parcourait la forêt avec son fusil, la plus âgée ne quittait pas son cheval et Charlotte était dans la même classe que Mathias, classe qui avait Richard comme prof. Un prof atypique qui sut immédiatement capter l’attention de la classe et établir des relations particulières avec les élèves, notamment avec la belle Aurore. Mathias vit alors son premier amour avec Charlotte et partage souvent le quotidien des Wexler, un quotidien qui aujourd’hui seulement lui apparaît plus que trouble... Les Wexler disparurent en effet subitement alors que les élèves étaient en train de tourner un film sous la direction de Richard qui les passionnait... Il est temps de résoudre l’énigme Wexler et répondre à la question « C’était quoi mon passé ? ». Un premier roman qui installe dès les premières une atmosphère particulière qui tient en haleine le lecteur tout le roman, un texte sur l’impact de l’adolescence avec un personnage principal attachant, un style et un va-et-vient entre passé et présent parfaitement maitrisés, un premier roman qui se dévore !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Emilienne MALFATTO

Que sur toi se lamente le tigre
Elyzad

80 pages | 30-07-2021 | 13.9€

En Irak, sur les rives du Tigre, une jeune fille et un jeune homme s’aiment, s’approchent, apprennent à se connaître, discrètement évidemment. Le jeune homme va partir à la guerre et alors, ils commettent l’irréparable, hors mariage. Puis le jeune homme meurt rapidement et la jeune fille est enceinte. L’honneur de la famille est bafouée, tout le monde sait qu’il n’y a qu’une issue. Certains ne la remettent pas en cause, l’admettent, la soutiennent, d’autres la redoutent, aimeraient voir une autre solution mais personne ne se lèvera contre l’irréparable : le frère ainé responsable de la famille doit laver l’affront et tuer sa sœur : « Ce n’est pas moi qui tuerai, mais la rue, le quartier, la ville. Le pays. ». En une série de courts tableaux, Emilienne Malfatto expose les sentiments de chaque membre de la famille, les doutes et convictions au coeur d’une société (définitivement ?) masculine (« Dans ce pays de sable et de scorpions, les femmes payent pour les hommes. ») avec son code d’honneur (« L’honneur est plus important que la vie. ») bien marqué et dissèque avec sensibilité cette tragédie qui perdure dans ce « pays de mutilés, d’ensanglantés, un pays d’ombres et de fantômes. ». Aussi succinct que puissant et efficace.

Premier roman (Goncourt du premier roman 2021)

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Thème(s) : Littérature française


Violaine BÉROT

Jehanne
Lunatique

115 pages | 30-07-2021 | 12€

Elle a dix-neuf ans et sait que sa mort est imminente. Alors elle décide de nous faire partager sa courte existence. Une vie de liberté, de choix personnels assumés, « ... je fais toujours le contraire de ce que l’on me dit » : il s’agit en effet de Jehanne, fille de Jacques d’Arc, l’un des plus riches paysans du village mais rapidement, Jehanne s’en éloignera en refusant un mariage annoncé pour suivre son destin, son « inéluctable destin », qu’elle se fixe très jeune : respecter ce que les voix divines lui ont dicté (mensonge ou vérité...) : lever le siège d’Orléans et conduire le roi à Reims pour son sacre. Les hommes rient devant « la pas-normale » qui veut devenir « la délivreuse de France », pas elle, « Un garçon c’est fort en apparence, mais moi je suis forte en dedans. ». Elle rencontrera de l’adversité, des opposants mais aussi des protecteurs et l’amour et suivra toujours son chemin, jusqu’à la liberté ultime, choisir le moment de sa mort. Un récit rythmé à la première personne qui dresse un portrait lumineux et humain d’une femme libre et volontaire devenue personnage mythique.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Violaine Bérot lus par Vaux Livres


Adrien GIRARD

Paternoster
Au Diable Vauvert

174 pages | 30-07-2021 | 18€

En pleine pandémie, un fils passe 196 après-midis avec son père, qui a passé 196 après-midis consécutivement avec son père ? Belle preuve d’amour, un exploit contraint et forcé par la pandémie mondiale en cours et surtout par le coma du père allongé dans le lit de la chambre 310 d’un hôpital de la Réunion. Le fils est arrivé en sachant la gravité de l’état de son père mais néanmoins avec l’espoir d’une ultime mise au point voire réconciliation. Mais les jours passent et deviennent propices à se remémorer son enfance, leur relation ou plutôt leur manque de relation, un père autant adulé qu’absent, « c’était un homme noir, gris et sombre ». Heureusement le narrateur a l’humour du désespoir, la formule qui permet de tenir, de tenter de prendre de la distance, mais rien n’est moins sûr. Il revient sur son enfance, ses souvenirs, sa nouvelle installation chez sa belle-mère et son demi-frère avec qui il peine à créer un lien, mais décrit aussi le quotidien de l’hôpital et du service de réanimation. Une confession émouvante non dénuée d’humour avec comme cadre une relation père-fils qui restera unilatérale.

Premier roman

« Il fut, de manière générale, interdit de vivre pour ne pas risquer de mourir, ou l’inverse, je ne sais plus, on finissait par s’y perdre. »

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Thème(s) : Littérature française


René HADDAD

Les aventures d'Ibidem Serpicon
Zulma

158 pages | 26-07-2021 | 17.5€

Voilà une tranche de vie fraiche et attachante à dévorer à pleines dents : Ibidem Serpicon, « humaniste libertaire de gauche » regarde le monde et nous invite à l’accompagner pour notre plus grand plaisir. Ibidem adore déambuler, flâner dans Paris et observer avec bienveillance (souvent) la vie et ses semblables, enfin semblable, peut-être est-ce un peu exagéré ! L’homme ne se sent pas bien dans notre monde, alors que faire : poésie, dérision, autodérision, humour, tragi-comédie, un mélange lumineux pour repousser le désespoir, « voir la vie comme un imbécile heureux. » et développer une certaine philosophie de vie débordante d’humanité.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Timothée DE FOMBELLE

Irène BONACINA

Esther Andersen
Gallimard

07-06-2021 | 24.9€

L'oncle Angelo est heureux de retrouver son petit neveu et c'est partagé ! Il arrive par le train et chacun reprend ses habitudes, les histoires, le vélo... Et puis un jour, le gamin pousse un peu plus loin que d'habitude, continue la route et n'est au bout de ses surprises ! Deux découvertes qui vont certainement changer sa vie d'enfant et peut-être d'homme. Un superbe album d'une immense tendresse et douceur renforcées par un dessin exceptionnel rappelant un certain Sempé.

Thème(s) : Jeunesse

Les titres de Timothée De Fombelle lus par Vaux Livres


Claudia PETRUCCI

L'exercice
Philippe Rey

350 pages | 13-05-2021 | 21€

Dans un trio amoureux, la manipulation est souvent à l’œuvre, en effet, avec Giorgia, Filippo et Maurio, les sommets sont atteints, la mise en scène parfaite, chaque personnage joue son rôle remarquablement et « L’exercice » frise le thriller psychologique. Giorgia et Filippo vivent à Milan, des métiers sans passion, après quelques renoncements, ils ont délaissé leurs rêves quand Giorgia rejoint la troupe de théâtre de Mauro. Peu de temps après, elle se défenestre espérant voler, reste quelque temps dans le coma, et est diagnostiquée schizophrène paranoïaque. Mauro et Filippo, main dans la main, du moins c’est ce que croit Filippo, se proposent de la ramener à la vie, mais une autre vie, une autre personne, une transformation radicale, une mue totale. Acceptera-t-elle ce nouveau rôle, elle qui aimerait parfois se dissoudre ? Deviendra-t-elle l’actrice de cette nouvelle vie ? Qui la dirigera réellement et mènera le jeu ? Quatre mains ou uniquement deux ? Au cœur des troubles psychiques et de la manipulation, du monde du théâtre et des acteurs, L’exercice dresse le portrait d’un trio qui construit ensemble et dangereusement sa nouvelle « version de la réalité ».

Premier roman

« Les mères… une question difficile. »

« Ce que nous faisons tous n’a rien à voir avec la sincérité. Cela consiste à sélectionner des vérités acceptables. »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Nathalie Bauer


Claire LOMBARDO

Tout le bonheur du monde
Rivages

703 pages | 04-05-2021 | 24.9€

Cinquante ans de vies en Amérique, de 1970 à nos jours, une chronique de la famille Sorensen. Marylin et David, les parents, s’aiment comme au premier jour, un amour et un désir intacts, un bonheur partagé. Un bonheur parfois handicapant pour leurs quatre filles (« … sont tellement heureux qu’ils me donnent envie de me mettre la tête dans le four. »). Comment ces quatre là vont-elles trouver leur place : Wendy, « pyromane de sa vie », reine des addictions, Violet, celle qui paraît parfaite mais dont le secret – partagé avec Wendy – réapparaîtra des années plus tard, Liza prof à l’université et la petite dernière, Grace souvent dans la difficulté mais adepte du mensonge, « Quand on était la benjamine, c’était les aînées qui plaçaient la barre ». « Tout le bonheur du monde » relate donc la saga des Sorensen, le couple parental central, l’adolescence de leurs filles, leur passage à l’âge adulte, les rivalités, soutiens, disputes, jalousie, entraides, rires et pleurs mais toujours l’amour… Le secret de Violet prendra la forme de Jonah, un adolescent de quinze ans, qui bousculera l’équilibre familial et permettra de suivre les réactions de David et de ses femmes. Drôle, émouvant, vif, rythmé, une vraie saga entre passé et présent à découvrir en attendant son adaptation cinématographique.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Laetitia Devaux


Camille GOUDEAU

Les chats éraflés
Gallimard

267 pages | 02-05-2021 | 20€

Soizic a été abandonnée par sa mère chez ses grands-parents à la campagne, Jacqueline et Jean-Claude, un couple bancal, déjanté, organisé autour de l’alcool et du tabac, une famille qui partage l’alcool et ses ravages ceinte de secrets et de non-dits, « terrain propice aux dérapages » (« L’alcoolique détruit tout, il joue aux quilles avec la foule, il casse ses jouets. »). Le mal-être de Soizic naît ici, marquée à jamais, alors elle décide de fuir, de partir pour Paris, espérer vivre, construire une version de sa vie, avec comme seul bagage le nom d’un cousin bouquiniste. Installée dans un hôtel miteux, Soizic prend ses marques dans la débrouille sans gommer son mal-être avant de rejoindre les bouquinistes sur les quais. Vraie rencontre avec Paris et les Parisiens, beauté, laideur, douceur, violence, richesse, pauvreté, bonheur, tristesse, le spectacle permanent des contrastes. Découverte au milieu des livres et des auteurs d’un métier compliqué et multiple dont les difficultés sont peut-être édulcorées par la liberté qu’il procure, un métier où il faut faire sa demande comme pour un mariage, une découverte des quais, « c’est addictif, un refuge pour ceux qui errent dans les rues, qui ne savent pas quoi faire d’eux-mêmes… une maison sans portes, pour les clients, les bouquinistes et leurs amis. ». Portrait émouvant et attachant d’une jeune femme, ne se sentant jamais à sa place, sur le chemin de la vie, de la liberté, qui passera par un métier âpre et singulier au coeur de la littérature et d’une ville tout en contraste.

Premier roman

« A Paris, dans la grande ville, être seule, c’est pas pareil qu’ailleurs… C’est un manque des autres quand ils sont partout. Ce n’est plus comme être seule à la campagne, là où il n’y a personne dans qui se regarder. »

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Thème(s) : Littérature française


Jessica KNOSSOW

La jongleuse
Denoël

121 pages | 29-04-2021 | 14€

Ophélie, 35 ans, est cancérologue et reprend le travail après la naissance de son troisième enfant. Elle attendait ce moment, donner la vie, donner de soi, se partager, prolongement d’elle-même, une naissance pour une renaissance. Mais le quotidien peut aussi peser, noircir le tableau idyllique de la maternité et de la naissance. Elle veut être parfaite, épouse parfaite, belle fille parfaite, mère parfaite, médecin parfaite. Attentive à ses enfants qu’elle a désirés, soucieuse de leur présent et de leur avenir. La course effrénée reprend, les biberons, changer les enfants, préparer à manger, travailler, soigner ses patients, espérer accéder à un nouveau poste… course sans fin, aveuglément, seule, sans jamais trouver quelqu’un à qui se confier, se sentir toujours au service de, sans pouvoir prendre de distance, de liberté… jusqu’à ce que l’épuisement la gagne et commence à produire ses premiers effets pour ne plus se reconnaître, sortir de sa vie. Un texte incisif, percutant, portait douloureux d’une femme, de la vie d’une femme, des souffrances d’une mère. Un livre à partager en couple pour peut-être ouvrir un dialogue fondateur et salvateur.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Céline SERVAIS-PICORD

Offshore
Le Nouvel Attila

212 pages | 28-04-2021 | 18€

Ralph est mort, assassiné par des pirates au large du Nigeria. Il était jeune et parcourait le monde à la recherche de l’or noir. Alors la femme qui l’a aimé décide de partir sur ses traces pour le retrouver, le trouver, le rencontrer à nouveau : grand écart entre l’Islande, Ralph dévorant les sagas islandaises du Moyen Âge, et l’Afrique, lieu où Ralph vivait ses aventures, exploitant les richesses d’une autre terre. Aventurier lucide, virant parfois au mercenaire, il connaissait les dangers de son engagement comme l’exploitation outrancière de l’Afrique par l’Occident. Elle les vivra également épaulée par un nganga (guérisseur), découvrira les croyances nordiques ou africaines comme les mythes et légendes, les modes de pensée, notre dépendance absolue au pétrole et la fascination totale de Ralph pour ce liquide visqueux, notre refus de reconnaître notre impact sur l’Afrique et la planète continuant de « fermer les yeux sur les conséquences redoutées », refusant toute évolution remarquable. Récit d’un voyage initiatique qui aimante le lecteur notamment par la variation du style, permettant de vivre le deuil d’une histoire d’amour, un vibrant hommage amoureux à Ralph, l’homme englouti par l’or noir et l’aventure.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Olivier SCHEFER

Un saut dans la nuit
Arléa

115 pages | 24-03-2021 | 17€

François accepte enfin de franchir le pas après un courrier avec une promesse étrange, il revient en effet dans la maison de sa grand-mère à Saint-Béat dans les Pyrénées où la Garonne est encore un fleuve fougueux et parfois violent. Cette maison l’a accueilli tous les étés pour des vacances inoubliables, notamment grâce à Jean et Geneviève, frère et sœur, de la ferme d’à côté. Ils ont grandi ensemble. Première découverte de la liberté, de l’amitié et de l’amour, rencontre avec une étoile filante… On n’oublie pas les premières fois, qu’elles soient douces et tendres ou dramatiques. François retrouve intacte la maison et la Garonne de son enfance avec néanmoins une pointe d’inquiétude, pourquoi cette invitation ? Comment Jean va-t-il l’accueillir ? Ont-ils encore quelque chose à se dire, à partager après tant d’années ? Le passé peut-il leur permettre de se retrouver ? Un court texte émouvant au style maîtrisé, retour sur un passé adolescent qui restera à jamais au centre de la vie d’adulte de François.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Jérémy BRACONE

Danse avec la foudre
L'Iconoclaste

280 pages | 22-03-2021 | 19€

La foudre est tombée sur la Lorraine (entre autres) et sur Villerupt en particulier, les usines ferment les unes après les autres. Au cœur de ce désastre, Figuette et Moïra. Figuette fait tout pour émerveiller, éblouir Moïra, sa femme, partager ses délires, imaginatif, débordant d’une douce folie, entre sa fille Zoé et sa femme, il espère continuer d’entretenir la flamme du bonheur dans cet espace triste qui se referme. Mais Moïra choisit néanmoins de partir, alors il se retrouve seul avec sa fille (à laquelle il réserve désormais sa fantaisie), Mouche le rottweiler et les menaces de fermeture de son usine. Avec ses collègues, ils préparent le douloureux avenir en alimentant discrètement une cagnotte solidaire… un monde ouvrier où la solidarité reste d’actualité. Figuette espère encore retrouver Moïra et s’efforce d’entretenir les rêves de Zoé, de la protéger dans son cocon d’amour (l’amour comme paratonnerre), croire en la vie, croire en l’avenir, coûte que coûte. Sans jamais choisir entre le roman social et une folle histoire d’amour d’un homme pour sa femme et sa fille, un premier roman réjouissant, humain, réaliste qui dissèque avec justesse les sentiments qui font une vie.

Premier roman

« Moïra rêve de romance, d’une vie écrite par un dieu qui aurait enfin du talent. »

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Thème(s) : Littérature française


Marieke Lucas RIJNEVELD

Qui sème le vent
Buchet-Chastel

288 pages | 23-02-2021 | 20€

Une ferme au Pays-Bas, les Mulder, une famille nombreuse, religieuse, rigoriste. La plus petite est la narratrice, elle nous décrit ce monde sans amour, sans délicatesse, violent, violence des parents mais aussi violence au sein de la fratrie. L’aîné des enfants va mourir ce qui renforcera cette ambiance pesante presque nauséabonde. Nous ne sommes pas au Moyen-Âge, mais finalement pas si loin, et la fillette engoncée et enfermée dans sa parka rouge s’apercevra par elle-même que toutes les issues vitales ont été obstruées par cette famille malsaine…

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Daniel Cunin


Dimitri ROUCHON-BORIE

Le démon de la colline aux loups
Le Tripode

238 pages | 21-02-2021 | 17€

Depuis la prison, un homme, avant de mourir, choisit de se confesser, d’écrire son histoire, sa trajectoire chaotique et violente. Il y a urgence, alors pas d’artifice, pas de concession, sur un rythme effréné (pas de virgules), le lecteur prend de plein fouet une réalité âpre et dérangeante. Après la déchirure indélébile de son enfance, ses souvenirs et la vie en prison, son quotidien est accompagné par le Démon « qui me contraignait mais qui me rendait fort alors je l’ai accepté. » et une violence permanente subie ou infligée. Du brutal !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Martine GOZLAN

Le rendez-vous des Gobelins
Ecriture

172 pages | 21-02-2021 | 18€

La narratrice est journaliste et a fait d’un café des Gobelins son annexe alors qu’une vieille dame venue d’un autre temps s’adresse à elle et semble la connaître intimement, l’enquête s’impose ! Une remontée dans le temps sur les traces de sa famille, de l’exil, des femmes du passé, de leur condition, de leur combat pour la liberté, entre Lituanie, Russie, Algérie et France, entre passé et présent. Rose, la grand-mère et sa petite fille vont se découvrir à petit pas, la plus jeune découvrira la source de leur mélancolie, le poids et l'impact de la religion. Un parcours intime qui attire le lecteur contrairement au parcours journalistique de la narratrice.

Premier roman


« Le passé est une plante carnivore, on n’est libre qu’à condition de s’en débarrasser. »

Thème(s) : Littérature française


Madeline ROTH

Avant le jour
La Fosse aux Ours

75 pages | 01-02-2021 | 12€

Elle ne sera pas la femme de l’amour d’une vie. Peu après la naissance de son fils, elle s’est séparée de Mathieu, son amour de jeunesse. Aujourd’hui, son garçon a grandi, et elle est avec Pierre. En fait, pas vraiment, elle est l’amante de Pierre qui est marié avec Sarah. Elle vit une osmose parfaite avec Pierre, leurs corps s’attendent, s’accueillent, s’aimantent, « On n’est plus rien devant le désir ». Elle partage tout avec Pierre… quand il est là car il repart toujours. Ils auraient dû enfin partager ces petits moments du quotidien, ne faire plus qu’un, lors d’un week-end à Turin mais, au dernier moment, Pierre annule. Alors elle décide de partir seule : évidemment, dans la gare, dans le train, dans la chambre d’hôtel, sur les trottoirs de Turin, chaque instant sera propice aux interrogations, à une profonde introspection, sur sa place de femme, de mère, sur sa relation aux hommes, à l’amour. Doit-elle accepter la place qui est la sienne avec Pierre, accepter les attentes, ses départs, ce « demi-amour » ou souhaite-t-elle réellement retrouver une vie de couple et ses contraintes voire son enfermement… Dans ce court texte, Madeline Roth (le récit est écrit à la première personne) réussit parfaitement, notamment grâce à son style, à nous confronter à l’intimité d’une femme en plein questionnement, chaque mot est pesé, les sentiments sont disséqués, simplement, sans artifice.

Premier roman

« On croit qu’on quitte l’autre, c’est juste avec soi qu’on n’arrive plus à vivre. »

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Thème(s) : Littérature française


Carine JOAQUIM

Nos corps étrangers
La Manufacture de Livres

233 pages | 17-01-2021 | 19.9€

Elisabeth et Stéphane sont déjà un vieux couple parisien. Le couple a vacillé quand Stéphane a eu une aventure avec la belle Carla, mais ils ont su se retrouver ou du moins essaient-ils de s’en convaincre. Alors, ils décident, au grand dam de leur fille Maëva, de prendre un nouveau départ, déménager en banlieue, au cœur d’une campagne éloignée de Paris. Retrouver le chemin du bonheur, de la complicité. Ils oublient seulement de parler, de se confier, continuent de cacher leurs sentiments et émotions, alors ils peineront à combler leur éloignement et les obstacles se dévoileront rapidement… Stéphane prendra chaque jour le RER et Elisabeth renouera avec la peinture avant peut-être de retravailler. Pour Maëva, les premiers contacts avec le collège sont compliqués à l’image de son comportement avec le collégien handicapé de sa classe... Chacun va devoir trouver ses marques et le chemin sera chaotique, les corps vont s’animer, se découvrir et se redécouvrir, se toucher, s’esquiver, dans la violence parfois, ou dans l’extrême douceur et la sensualité. Maëva et Elisabeth, sans le savoir, s’éloignent en même temps de la cellule familiale en tenant la main aimante d’un autre. Le bonheur est-il encore possible ? La famille et le poids du quotidien le permettront-ils ? Un premier roman (abordant une multitude de thèmes au cœur de nos vies) qui débute avec un soleil accueillant semblant encore prêt à éclairer le destin d’une famille mais qui finit en un violent éclair, dans une tempête subite, aussi explosive que dévastatrice.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Carine Joaquim lus par Vaux Livres


Jean-Frédéric VERNIER

L'enfant loup
Ateliers Henry Dougier

185 pages | 04-01-2021 | 16€

Il a fallu quarante ans à cet enfant pour apprivoiser, mettre des mots sur son enfance, sur ce qu’il a vécu, ce qu’il a vu, ce qu’il a fait. Quarante ans plutôt, partis de Lille après la mort brutale de son père, il s’installe en effet avec sa mère à la campagne dans une maison isolée, lieu propice à l’imagination. Et Adrien dans sa solitude (sa mère s’isole de plus en plus dans un autre monde) devra en avoir pour tenter de surmonter son traumatisme, pour tenter d’accepter l’inimaginable. Il rencontrera un grand loup blanc, non loin du bois des Morts-Vivants, figure de l’ami, de celui qui accompagne, écoute, de l’homme apaisé et du père protecteur mais aussi parfois violent. Il pourra enfin se confier. Un conte singulier qui interroge le lecteur page après page qui cherchera mot après mot à comprendre les angoisses de cet enfant et les faits du passé qui l’ont à jamais marqué et qu’il ne pourra oublier.

Premier roman

« Nul ne peut, à neuf ans, par décret personnel, se passer d’amour et de joie de vivre. »

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Thème(s) : Littérature française


Zahra ABDI

La complainte de la limace
Belleville

212 pages | 01-01-2021 | 19€

Une rencontre avec les femmes iraniennes (« … capable de pleurer à l’intérieur tout en éclatant de rire… »), ça se mérite ! Le lecteur doit s’adapter au rythme du récit, les narratrices alternent, Shirine, une prof de littérature au chômage, Afsoun une maître de conférences animatrice d’une série télé et mariée à un universitaire à l’ego surdimensionné et enfin la mère de Shirine jamais remise de la disparition de son fils Khosrow qui n’est pas revenu de la guerre du Golfe. Shirine se partage entre plusieurs mondes tant elle est accro au cinéma et à la littérature. Sa mère lit sans cesse les lettres échangées entre son fils et Afsoun. Une vie au cœur d’un quartier de Téhéran, un quartier en mutation où tout disparaît et renaît dans le bruit et la poussière, le pays avance, mais la surveillance et les contraintes demeurent, même si Shirine préfère l’imagination et les rêves au voile. Un roman singulier qui dresse le portrait de femmes, mère, amie, sœur face à la disparition de l’être aimé, avec des sentiments et réactions différents face à cette perte définitive, dans un Iran qui change à petits pas.

Premier roman

« J’ai la sensation d’une limace froide et gluante qui enfonce ses cornes dans mon oreille. La complainte de la limace est un des sons les plus tristes que j’ai jamais entendus. C’est une plainte insistante qui se glisse au fond de l’âme. »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Christophe Balaÿ


Thomas SNÉGAROFF

Putzi
Gallimard

22 pages | 23-11-2020 | 22€

Ernst Hanfstaengl, dit Putzi, « petit bonhomme » malgré ses deux mètres, né d’un père allemand et d’une mère américaine, fut marchand d’art à New-York vers 1910. Il rentra ensuite en Allemagne, heureux de rejoindre Hitler. Subjugué par cet homme et aimanté par le pouvoir, Putzi, aussi charmant que monstrueux, n’aura de cesse de s’en approcher. Le piano et Wagner joueront un rôle essentiel. L’honneur, la patrie (ou plutôt les patries, il n’a pas oublié les Etats-Unis et rêve d’un rapprochement, n’ont-ils pas le même ennemi, les Rouges), le pouvoir sont au centre de ses préoccupations. Il deviendra responsable de la presse étrangère en 1933, sa marche vers le sommet lui semble alors inéluctable et sa disgrâce n’en fut que plus douloureuse. Un roman historique d’un historien parfaitement documenté, un portrait nauséeux…

Premier roman

« Jamais l’Allemagne ne fut plus elle-même qu’avec et sous Hitler. »

« Hitler est un produit de l’histoire allemande. Il a compris mieux que quiconque que le peuple allemand abreuvé de modernité, de sciences et de progrès, avait besoin d’une foi, d’une transcendance. »

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Thème(s) : Littérature française


Marcia BURNIER

Les orageuses
Cambourakis

145 pages | 11-10-2020 | 15€

Elles ont toutes rencontré l’horreur, la violence masculine, brute et déchirante. En quelques minutes, leur existence a basculé, traumatisme définitif. Comme souvent, la justice officielle est restée aux abonnés absents, alors la colère gronde, l’orage menace. Elles décident de se réunir, créer un collectif féminin, se grouper, faire face, tenter de reprendre leur vie en main, retrouver ces monstres et les affronter. Les blesser, pas physiquement, mais là où ça fait mal, pour qu’ils ressentent vraiment la peur et la violence, « une vengeance qui laisse des traces, une vengeance chiante, pas juste des bleus qui disparaissent dans la semaine. ». Se faire justice, radicalement, sans demi-mesure. Pourtant la réparation reste impossible et elles le savent. Mais ce chemin douloureux vers la vie créera entre elles une amitié forte et indéfectible. Un cri de femmes blessées, puissant, vif et réaliste.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Vinca VAN EECKE

Des kilomètres à la ronde
Le Seuil

235 pages | 21-09-2020 | 18€

Elle a à peine quinze ans dans le milieu des années 90 et revient passer ses vacances d’été en famille dans le village natal de sa mère, au cœur de la campagne française. Elle devient la seule fille d’un petite groupe d’ados désoeuvrés, six p’tits mecs qui la surnomment la Bourge, ils veulent rester libres, refusent les contraintes : « Peut-être les silences derrière l’esbroufe qui laissait à penser que rien n’était grave ni à prendre au sérieux. » Elle découvre le groupe, l’amitié, l’amour. Ils ne font rien, le vide, l’ennui, sauf à enchaîner des petites transgressions qu’ils jugent anodines, bien loin des jugements de leurs parents et des adultes… Et cette période restera un moment charnière de sa vie. Ils vivront non loin les uns des autres et cet été restera ancré dans sa mémoire même si elle a repris une fois les vacances achevées le chemin prévu, les études, elle sera prof, mari, enfants… Eux resteront, rien ne changera.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Fabrice CAPIZZANO

La fille du chasse-neige
Au Diable Vauvert

526 pages | 20-08-2020 | 22€

Tom vit avec ses parents en pleine nature, dans le quartier de Peyrache. A chaque vacances, sa sœur, son frère et leur famille les rejoignent pour des soirées de Backgammon parfois tendues. Il est musicien, sa famille reconnaît son talent. Et pour l’instant, on pourrait penser que cela lui suffit. Tom est hypersensible, écorché vif, il voit les couleurs des gens et touche leurs émotions, leurs sentiments, leur personnalité et il en souffre. Mais deux rencontres vont bouleverser sa vie, deux doubles qui vont lui permettre de grandir et de se révéler à lui-même mais aussi aux autres. Tout d’abord, un chasse-neige et une piqure d’abeilles, une abeille de Marie, la belle apicultrice, sauvage, libre et exceptionnellement belle et c’est l’amour qui lui tombe brutalement dessus. Devenu fou d’amour, il est subjugué mais rencontre dans le même temps une jalousie maladive et dangereuse et la peur de perdre Marie. Deux sentiments qui le mèneront vers l’inacceptable. Puis, Franck, dit La Chtouille, manager fou et looser, amoureux de la vie, de la musique, de la drogue, du sexe croit immédiatement en lui et en son talent. Et il est bien décidé à le mener sur le chemin périlleux du succès et de la gloire. Rien ne les arrêtera, ils ne se quitteront plus. Portrait d’un jeune homme passionné en train de se découvrir, portrait d'une femme libre, portrait d’une famille oscillant naturellement entre amour et colère, portait d’un amour absolu, le tout sur fond de musique et de création. Un premier roman évidemment rythmé, mais avant tout virevoltant et débordant de vie avec de brillants épisodes poétiques.

Premier roman

« Il se passe parfois des moments qui nous échappent, à croire que les éléments se contactent et s’arrangent dans notre dos pour créer des instants uniques, particuliers, des tsunamis émotionnels, des brasiers géants qui enflamment le ciel et qui en changent les couleurs. »

« La générosité ne s’apprivoise pas les gars, elle reste sauvage, on peut en tirer les fruits mais c’est elle qui décide au fond comme la foudre, le vent. »

« Au début j’ai pensé qu’on se voyait tous comme ça, comme des êtres lumineux et colorés, et que chacun se gargarisait de la beauté des feux d’artifice de l’autre. »

« Le monde est une névrose. »

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Fabrice Capizzano lus par Vaux Livres


Olivier MAK-BOUCHARD

Le dit du Mistral
Le Tripode

360 pages | 18-08-2020 | 19€

Creuser dans son jardin, trouver un objet ancien, puis une source, les fouilles deviennent alors clandestines, deux voisins s’y retrouvent : c’est parti pour une immersion totale dans l’histoire et les légendes provençales. « Le dit du Mistral » est un roman singulier, un conte bousculé par le Mistral omniprésent et les odeurs du Luberon, un voyage dans les rêves, dans le langage provençal si imagé, au cœur de la nature chatoyante où la faune sauvage rode sous l’œil attentif du chat Le Hussard. L’attachement des personnages (tout en conservant un œil critique et parfois moqueur) à leur espace de vie, aux arbres, aux rivières, à la faune, aux couleurs et aux odeurs, à la magie des lieux, à la liberté d’errer à l’ombre du Ventoux est immense et ils nous le font partager modestement mais avec efficacité. Quel hommage à l'imaginaire (provençal) ! Dommage que Le Tripode ne fournisse pas comme marque-page un billet de train pour le Luberon !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Dany HÉRICOURT

La cuillère
Liana Levi

240 pages | 16-08-2020 | 19€

La cuillère prend naissance au Pays de Galles dans une famille (nombreuse) qui gère un hôtel. Une petite cuillère brillante, en argent ciselé, avec quelques marques distinctives est découverte. Une des filles de la famille s’éprend immédiatement de l’objet en ce jour tristement particulier : son père qu’elle adorait vient de mourir brutalement et tout le monde est éprouvé (« ... le gallois transmet mieux que toute autre langue le sentiment de perte. »). Malgré l’angoisse et la tristesse qui l’étreignent, la toute jeune femme (elle fête quasiment au même instant ses dix-huit ans) entreprend une enquête, un voyage initiatique et de reconstruction sur les traces des origines de cette mystérieuse cuillère. Son grand-père qui retrouve l’alcool à cette occasion la guide vers une piste française, la cuillère pourrait provenir de Bourgogne suite à un achat de quelques caisses de vin. Seren, dans la Volvo de son père, part enquêter. Un road trip rythmé (on roule vite en Volvo si elle n’est pas en panne !) plein d’humour, de vie, de rencontres et d’autodérision qui l’entraînera jusque dans un grand domaine de Bourgogne où les secrets de cette cuillère et même un peu plus se révèleront à elle et à sa famille à sa grande surprise !

Premier roman

« Dans cette nuit où personne ne dort je réalise que nous vivons entouré de choses auxquelles nous n’accordons aucune importance jusqu’à ce qu’elles disparaissent, se cassent ou se révèlent sous une lumière nouvelle. »

« On choisit sa route, mais on ne commande pas au vent. »

« Les gens veulent fatalement que l’on fasse ce qu’ils veulent que l’on fasse. Qu’est-ce que je veux ? ».

« Je sais que je peux apprendre à vivre sans ton père, mais sans lui je ne sais pas comment apprendre. »

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Dany Héricourt lus par Vaux Livres


Hugo LINDENBERG

Un jour ce sera vide
Bourgois

175 pages | 16-08-2020 | 16.5€

C’est l’histoire d’un été en Normandie. L’histoire d’une enfance, d’un enfant avec sa grand-mère. Chaque jour passe dans l’ennui, l’attente comme spectateur de sa vie. Les journées à la plage, le bain, les repas avec sa grand-mère attentionnée, « Notre vie est une symphonie de robinets qui coulent, de chasses tirées, de bains vidés, de vaisselle lavée, de linge essoré. » Il comble sa solitude par une grande imagination et une acuité extrême sur son environnement : comme un crabe enfoui dans le sable, il passe son temps à observer sans être vu, observer les familles, les enfants et la tendresse au cœur de cette vie qu’il ne semble pas connaître, rêver des relations, des amitiés. Et puis l’inattendu, l’inespéré. Autour d’une méduse, la rencontre avec Baptiste. Puis Baptiste et sa mère, Baptiste et sa famille. Deux garçons qui apprennent à se connaître, se découvrent, grandissent ensemble. Chaque petit geste a son importance, chaque regard, chaque mot, dans la timidité, la pudeur et la prudence. Tout a sens. Le jeune narrateur idéalise d’abord la famille de Baptiste alors que lui a honte de la sienne d’autant plus que sa tante schizophrène s’installe chez sa grand-mère. Un roman sur ce moment particulier de l’enfance qui se construit aussi grâce à l’autre et à l’amitié dans le moment présent en attendant le futur où tout reste possible.

Premier roman

« J’ai du mal à comprendre pourquoi, quand une personne en frappe une autre, ce n’est pas celui qui a donné le coup qui porte la trace. »

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Thème(s) : Littérature française


Laurent PETITMANGIN

Ce qu'il faut de nuit
La Manufacture de Livres

188 pages | 07-08-2020 | 16.9€

Une famille du 54 (pourtant supportrice du Football Club de Metz) au quotidien simple et heureux. Mais la moman disparaît et le père reste seul avec ses deux fils, Fus et Gillou, Gillou et Fus, tant il les aime tous les deux, sans différence. Un père aimant et attentionné qui aime partager des moments d’intimité avec ses garçons, en silence dans la complicité, notamment autour de leur passion pour le foot et les matchs du dimanche de Fus. Il milite pour le PS depuis toujours, et les gamins le suivent souvent, lors des réunions de la cellule (même si aujourd'hui cela se résume à un goûter entre quelques-uns) ou les distributions de tract. Il pense que les valeurs qui lui sont chères ont été transmises, comme ça, simplement, dans les petits actes et comportements du quotidien, sans beaucoup de paroles. Mais le hasard des rencontres, l’adolescence, et Fus va suivre un autre chemin, dériver. Gravement. Violemment. Alors que l’avenir s’ouvre pour Gillou qui entame de hautes études, le trio se voit ébranler, bouleverser en un instant. Terrible basculement. Fus s’est-il éloigné définitivement de sa famille ? Mais l’amour restera présent au cœur de la tempête. Il faudra simplement que le père dépasse sa pudeur, s’en rende compte, l’accepte, le prouve, et enfin l’exprime lui qui n'a jamais trop su comment communiquer avec ses deux enfants. Un premier roman fort, prenant, bouleversant, social, politique, familial, intime, une tragédie d’amour.

Premier roman

« Que toutes nos vies, malgré leur incroyable linéarité de façade, n’étaient qu’accidents, hasards, croisements et rendez-vous manqués. Nos vies étaient remplies de foultitude de riens, qui selon leur agencement nous feraient rois du monde ou taulards. »

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Laurent Petitmangin lus par Vaux Livres


Eric L'HELGOUALC'H

La déconnexion
Editions du Faubourg

303 pages | 07-08-2020 | 18.9€

C’est l’histoire d’Elias Naccache, une étoile filante de la toile. Un gamin brillant né au Liban, exilé qui n’a pas que peu connu son père assassiné, parti de rien, depuis la banlieue, pour s’installer dans les paillettes, le monde d’en haut, la richesse, le pouvoir... Un petit génie du web qui revend à prix d’or sa première idée, sa première entreprise. Avenir assuré, peut-être... L’euphorie du succès, la richesse empêchent ou gomment dans un premier temps les doutes professionnels ou intimes. Et puis, presque du jour au lendemain, Elias disparaît. Déconnexion ultime. Il a rejoint des volontaires en Syrie pour combattre Daech aux côtés d’autres chrétiens. On ne le retrouvera pas. Mort ? Disparu pour brouiller les pistes ? Un magazine people pressentant le sensationnel charge un ami de jeunesse écrivain, toujours resté en contact avec le célèbre disparu, d’enquêter, de reconstituer le puzzle de sa vie, de ses choix, de ses amours, de son intimité. Qui est vraiment Elias ? A-t-il endosser les thèses d’extrême droite par idéologie ? Qu’est ce qui l’a mené sur ce chemin : un amour impossible, un échec professionnel, un désir de revanche, la vengeance de son père, une profonde réflexion... L’œil amical de son ami d’enfance mène une enquête minutieuse entre la France et le Moyen-Orient et rencontre toutes les connaissances d’Elias, en espérant toujours retrouver ses traces et peut-être le dénicher cacher au fin fond du Morvan. Un premier roman qui se lit comme un polar avec un narrateur qui, en exposant son intimité, dresse un portrait aussi objectif que possible d’Elias, d’une certaine France mais également des problématiques identitaires qui minent nos sociétés depuis quelques décennies maintenant.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Cyril LECLERC

Le crépuscule des vainqueurs
L'Escampette

180 pages | 31-05-2020 | 16€

« Le Crépuscule des Vainqueurs » en se situant au cœur d’une grande société cotée (surcotée ?), multinationale de la finance, dépeint l’état actuel de notre monde : financiarisation, profit à outrance, folle consommation, omniprésence des grandes marques, absence de sens, vacuité de nos existences et disparition de vraies relations humaines, digitalisation à outrance, mépris des classes dirigeantes, peur du chômage, compétition permanente entre les salariés, hiérarchisation, catastrophe écologique… Le portrait est réaliste et direct avec un ton ironique, acerbe, drôle et parfois cynique. Mais notre quotidien est devenu le cadre idéal à des manipulations tant locales qu'à l’échelle de notre société donc globales et mondiales. La machine semble devenue incontrôlable et qui sera prêt à l’affronter, à la reprogrammer ? Les soulèvements prévisibles voire attendus suffiront-ils ? « Le Crépuscule des vainqueurs » est aussi une affaire de survie, et pointe là peut-être le problème essentiel, survivre d’accord, mais pourquoi ? Notre société devenue folle, notre économie, notre consommation, ont réussi à nous le faire oublier.

Premier roman

« C’est l’avantage avec les gens désespérés, ils sont prêts à croire n’importe quoi pourvu qu’on leur promette un monde meilleur. L’espoir fait vivre, mec. Ils vont élire un nouveau gouvernement tout beau tout neuf et on pourra repartir de plus belle pour cinq ans. »

« La corruption, c’est pas une question d’éthique, c’est une question de zéros, p’tit gars ! »

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Thème(s) : Littérature française


Andrea DONAERA

Je suis la bête
Cambourakis

216 pages | 28-05-2020 | 20€

Domenico Trevi, dit Mimi, est à la tête de la Sacra, dans les Pouilles, une organisation mafieuse violente, cruelle et prête à tout pour conserver son pouvoir, accroître sa richesse et sa domination. Alors il sait que la vie n’a que peu de valeur et la mort fait partie de son quotidien (« Les morts méritent le respect. Toujours. ») ; Mimi et ses hommes dévoués et obéissants ne comptent plus les cadavres qu’ils laissent derrière eux… Cette fois, c’est différent, Mimi est touché dans sa chair, son fils Michele de quinze ans est mort, il s’est suicidé. Mais il faut bien faire payer à quelqu’un ce drame : ce sera Nicole à qui Michele offrait ses poèmes et qu’elle a éconduit avec mépris et moquerie. Qui pourrait sauver la Belle de la Bête ? Au cœur de ce drame, de cette vengeance, de cette violence bestiale et de cette organisation mafieuse, Andrea Donaera donne la parole aux différents acteurs, variant les points de vue, les sentiments entre l’amour et la haine, la bestialité et l’humanité. Son style entêtant renforce la puissance et la tension de la trame, variations de rythme, scansions, musicalité, répétitions, courts dialogues nous entraînent dans une ronde dangereuse, une danse du feu brûlante et obsédante au goût amer de sang. Une très belle découverte.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Lise Caillat


Geneviève HELLER

Une coupable idéale ?
Les Presses Littéraires

250 pages | 06-05-2020 | 12€

Isabella Gomez est une très belle femme. Et les hommes et la passion l’accompagnent depuis longtemps mais les drames passionnelles aussi. Son dernier mari vient d’être retrouvé carbonisé dans sa voiture à quelques pas de leur maison avec des traces de médicaments dans le sang, les médicaments qu’Isabella prend régulièrement. En outre, Isabella est couverte de dettes, conséquence d’une addiction au casino et au jeu et d'une expérience professionnelle malheureuse. Cette mort règlerait ses problèmes financiers... Néanmoins, on décompte pas moins de deux tentatives d’empoisonnement et trois morts de 1983 à 2008 autour d’Isabella. Tout la désigne comme la coupable idéale, mante religieuse, femme fatale… Elle clame son innocence au commissaire Langlais et à son lieutenant Caroline Dufay. Et le commissaire, intrigué et/ou attiré, doute devant l’évidence. Pourra-t-il résister à cette évidence de culpabilité reconnue par tous et passer outre l’avis de Caroline qui remarque son trouve devant l’accusée. Isabella est-elle poursuivie par les drames de la passion ou est-elle une dangereuse manipulatrice ? Un récit efficace et maîtrisé avec les points de vue de l’enquêteur et de l’accusé qui placeront le lecteur aux côtés du jury afin de se forger son intime conviction !

Premier roman

Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir


Joe WILKINS

Ces montagnes à jamais
Gallmeister

310 pages | 27-03-2020 | 23€

Dans le Montana, au cœur des Bull Moutains, Wendell Newman, 24 ans, se retrouve seul avec ses dettes dans son mobil-home. Sa mère vient de mourir et son père a disparu alors qu’il était gamin, en fuite dans les montagnes ou mort, seul, en pleine nature. Il travaille dans un ranch. Mais la région va mal, beaucoup sont pauvres et l’agriculture est à la peine, éprouvée notamment par les emprunts et les investissements. Pourtant ils restent viscéralement attachés à cette terre, « Il existe une contrée pour chacun de nous et qu’on peut appeler chez nous… Ces plaines et ces collines… Ces terres c’est nous. » En outre, les armes sont toujours là, la chasse un quotidien. Certains continuent de haïr Obama et l’écologie, prônent l’indépendance et n’hésitent pas à remettre en cause les décisions de l’Etat et de l’Agence de protection de l’environnement. Une chasse aux loups est même annoncée. Wendell connaît ces gars là mais garde ses distances même si l’histoire de son père l’en rapproche. Sa vie change lorsque les services de l’enfance lui confie Rowdy, le fils de sa cousine, un gamin différent, qui garde le silence, proche de l’autisme ; immédiatement un lien fort et tendre se noue entre eux deux, Wendell affiche un autre visage et endosse avec timidité et douceur un rôle de père, lui qui a perdu le sien trop tôt et qui ressent la peur et la honte de ne pas en être capable. Wendell pourra-t-il échapper à son histoire, à son destin, avec Rowdy sur ces chemins de traverse ? En tous cas, je peux vous l’assurer, cet espoir vous fera tourner les pages de ce roman en tension très très vite ! Une palette de personnages exceptionnels, portrait de l’Amérique rurale actuelle. Apre, douloureux, tendre, où l’on croise la bêtise, l’intelligence, l’humanité, la violence, la tendresse, la solidarité, l’amour, la solitude, l’espoir et la mort.

Premier roman

« Il faut de l’entraînement pour devenir un homme libre. »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Laura Derajinski


Susan KRELLER

Villa Pirasol
Les Presses de la Cité

235 pages | 26-03-2020 | 19€

Gwendoline, 84 ans, vit enfermée dans sa Villa Parasol. Une vie depuis longtemps dans la solitude, les souvenirs, la résignation et la soumission. Elle partage cet espace clos avec Thea, plus jeune qu’elle, qui la maintient sous sa coupe avec autorité, comme si elle avait un différent à régler avec elle. Mais jusqu’à aujourd’hui Gwendoline a toujours préféré le silence et n’a jamais su lever la tête, prendre son destin en main. Gwendoline a vu tous ses proches disparaître. Sa mère, son père que les livres n’auront pu sauver, loin de là, et qui aura connu les camps, son fils disparu suite à la maltraitance et la sévérité de son mari, un deuil sans sépulture, et enfin cet époux violent et cruel. Mais aujourd’hui, la rumeur court, son fils serait de retour. Thea craint qu’il n’exige sa part, elle dresse alors un mur entre Gwendoline et l’extérieur. Gwendoline saura-t-elle enfin à 84 ans malgré sa fatigue et sa lassitude briser ce mur, devenir visible, se libérer et dire non ? Une histoire de soumission, une histoire de l’Allemagne, un huis clos qui n’en est pas un, puisqu’à travers cette longue vie de Gwendoline, Susan Kreller revient aussi sur le poids de l’histoire, histoire de l’Allemagne, l’avant-guerre, la guerre (« la période des Égarés ») et l’après-guerre.

Premier roman

« … qu’on résiste ou pas n’a aucune importance parce que, l’enjeu, c’est de devenir quelqu’un à qui on fait croire qu’il résiste. »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Corinna Gepner


Jorge COMENSAL

Les mutations
Les Escales

206 pages | 25-03-2020 | 19.9€

Ramón, 50 ans, est avocat, donc la parole, l’éloquence sont au cœur de son métier, de sa vie. Ramón vient d’apprendre qu’il est atteint d’un cancer à la langue, « … une décision simple en apparence – vivre ou mourir – mais loin d’être évidente… » autrement dit attendre la mort ou choisir l’opération, une amputation de la langue et la perte de la parole. « Les mutations » s’attache à détailler le bouleversement dans la vie de Ramón et de ses proches suite à cette opération, tant sur le plan physique que sur les plans psychologique, social, financier ou familial… Carmela, sa femme, Paulina, sa fille, et Mateo, son fils, vont apprendre à connaître le nouveau Ramon (« Concentrés sur leurs objectifs scolaires sans pour autant renoncer à leurs hobbies respectifs, la masturbation et le karaoké, ils n'avaient pas remarqué la détresse de leurs parents. »). Il est maintenant accompagné de son perroquet, Benito, qui, lui, parle, et en profite pour proférer insultes, injures et autres propos salaces. Ramón a accepté l’aide d’une psy, Teresa, elle-même atteinte d’un cancer, qui fait tout pour épargner la douleur à ses patients. Il continue de rencontrer son oncologue plus préoccupé par la reconnaissance de ses pairs et sa notoriété que par la guérison de Ramón. Un sujet difficile abordé avec un angle singulier, des personnages hauts en couleur et un humour souvent noir et cinglant.

Premier roman

« Sartre disait que l’enfer, c’est les autres, et il avait raison. Le problème, c’est que parfois, je suis une autre, donc mon propre enfer. »

« La médecine est un métier rudimentaire et en grande partie intuitif, dont on ne peut pas espérer des résultats toujours probants. »

Ecouter la lecture de la première page de Les mutations

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Isabelle Gugnon


Alejandro PALOMAS

Une mère
Pocket

320 pages | 19-03-2020 | 7.7€

Barcelone, un 31 décembre, Amalia est tendue, impatiente, joyeuse, anxieuse, entre euphorie et stress, un mixte de sentiments face à ce repas de réveillon qui s’annonce avec enfin tous ses enfants. Elle a subi de longues années un mari méprisant et retrouvé une certaine liberté depuis un divorce douloureux (« Elle a besoin de temps pour assumer qu’il n’y a plus personne pour lui faire du mal juste parce qu’elle est qui elle est. »). Ils seront tous présents aux côtés de leur oncle. Sept couverts pour six personnes, le septième étant réservé aux absents (dont Ingrid la meilleur amie d’Amalia). Chacun arrive avec son histoire, ses douleurs, ses joies, son passé. Amalia aimante, protectrice et bienveillante mais parfois aussi pesante, épuisante et maladroite, Fernando qui vit seul avec son dogue allemand, Emma qui n’arrive pas à se remettre de la mort de sa précédente compagne, Olga la nouvelle amie d’Emma, Silvia obsédée par la propreté qui se noie dans le travail ne pouvant avoir d’enfants, l’oncle Eduardo séducteur qui aimerait tant être indispensable. Le repas est donc propice à nous faire découvrir une vie de famille avec ses secrets (chacun est constitué d'une face A et d'une face B mais peu connaissent les deux faces), ses non-dits, ses rancunes mais aussi son amour, évidemment le lecteur s’y retrouvera à un moment ou à un autre, le récit est vif et rythmé, toujours vivant, parfois loufoque et drôle, l’humeur est variable, mais notre attention constante grâce notamment au ton et au style de l’auteur.

Premier roman

« …le seul avantage d’un mari, c’est qu’au moins il ne t’emprunte pas tes culottes ou tes soutiens-gorge. »

Ecouter la lecture de la première page de Une mère

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Vanessa Capieu

Les titres de Alejandro Palomas lus par Vaux Livres


Marie MAHER

Pour la beauté du geste
Alma

117 pages | 08-03-2020 | 15€

Ils sont morts. Tous les deux, l’un après l’autre. La mère puis le père dans un accident. Restent la maison à quelques heures de Paris et le grand chien gris. Peut-être le seul qui ressent sa douleur, la douleur persistante de cette fille qui a toujours voulu partir, une autre vie. C’est peut-être le moment. Vendre la maison et partir avec le grand chien. Cela semblait facile, « Commencer et vider. Vendre. Sans réfléchir, sans s’attarder, sans même regarder ce qui passe entre les mains. ». Mais il va falloir passer par les souvenirs, par l’enfance, retrouver les trains de la gare toute proche, ceux qui passent sans s’arrêter, ceux qui s’arrêtent, ceux qui reviennent toujours, retour sur elle-même entre passé et présent, tenter de franchir la douleur pour trouver la beauté, ultime effort pour enfin commencer sa vie. Court, percutant et douloureux.

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de Pour la beauté du geste

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Marie Maher lus par Vaux Livres


Patrick MARTINEZ

Les silences de Rose
Diabase

110 pages | 08-03-2020 | 13€

Patrick Martinez dans un court texte nous fait partager l’histoire de Rose, une jeune femme qui, enfant, a été violée. Enfance détruite, Rose devient observatrice du monde qui l’entoure, de l’homme qui lui fait subir ces violences répétées, de sa mère agressive et détestable, alors elle fait un pas en arrière et observe, en silence. Elle semble ailleurs, absente, enfermée. Comment mettre des mots sur cette souffrance extrême ? Passer par l’écrit pour esquisser son cri et se retrouver ? « Il fallait qu’isolée, se repliant sur elle-même pour s’écouter, se parler en silence, elle puisse s’y retrouver dans un flot de paroles si présent et pourtant, elle le sentait, le devinait, lui appartenait de moins en moins. » A qui se confier ? Comment trouver ses mots ? A qui les confier ? Peut-elle encore attendre quelque chose de l’Autre ? Pascal Martinez, sur un sujet difficile et brûlant, en plaçant le lecteur au plus près de l’intimité de Rose, de l’intime, de ses sentiments, avec une pudeur et une sensibilité extrêmes, réussit parfaitement et avec émotion à nous mener aux côtés de Rose sur le chemin de sa vie.

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de Les silences de Rose

Thème(s) : Littérature française


Pierre JARAWAN

Tant qu'il y aura des cèdres
Héloïse d'Ormesson

495 pages | 24-02-2020 | 23€

« Notre père a changé notre vie en nous racontant une histoire », mais il est temps pour Samir, le fils, devenu adulte, de découvrir la vérité et les secrets cachés derrière cette histoire, derrière l’Histoire, derrière un pays. Samir est né en Allemagne où ses parents libanais se sont exilés pour fuir la guerre et offrir à leurs enfants une autre vie. Petit Allemand, certes, mais éprouvant une attirance et même une nostalgie pour le pays de ses parents, son pays, leur exil lui pèse et lui-même ne semble pas trouver sa place en Allemagne. Un soir alors qu’il a huit ans, une photo bouleverse son père qui disparaît et laisse la famille sans nouvelles. Samir en reste bouleversé, une fêlure qui jamais ne semble pouvoir se refermer. Incapable de construire quoique ce soit, incapable de se projeter… Pourquoi son père si aimant, si gai, est-il parti ? La femme qui l’aime comprend que seul un voyage initiatique au Liban pour découvrir aussi bien le présent que le passé, la réalité que les secrets, lui permettra de comprendre son histoire et peut-être de revenir apaisé. Il se confrontera à la complexité du Liban, au poids des religions, aux destructions psychiques et physiques des guerres qui continuent de tisser leurs toiles, aux mensonges et aux secrets, aux regrets et aux remords mais aussi à la beauté du pays, à la force et l’envie de vivre de ses habitants. Même si Pierre Jarawan cite en exergue un proverbe libanais « Si quelqu’un croit avoir compris le Liban, c’est qu’on le lui a mal expliqué. », il nous apporte néanmoins quelques lumières sur sa complexité et déclame une histoire d’amour émouvante et langoureuse pour ce pays en souffrance depuis si longtemps. Un premier roman parfaitement maîtrisé qui nous tient en haleine durant près de cinq cents pages.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Paul Wider


Virginie NOAR

Le corps d'après
François Bourin

252 pages | 20-01-2020 | 19€

Le corps. Le corps d’une petite fille, d’une fille, puis d’une femme. Leur lutte. Une femme enceinte. La vie prend forme et la lutte continue. « C’est que du bonheur », ou pas. Une femme qui a accouché et la vie est née. La lutte s’intensifie et c’est à cet instant particulier que la narratrice établit une sorte de bilan, s’aperçoit des violences subies, des pressions, des regards... Devenir une mère comblée ou pas. Suivre les injonctions de la société ou pas. Choisir entre la mère et la femme, ou pas. Trouver sa voie, « Quels sont les chemins qui mènent au désir d’une vie à fabriquer ? » Un récit qui dissèque le joli conte de la maternité et ses poncifs habituels, la condition féminine et continue d’espérer en un chemin vers l’émancipation. Le discours est franc et direct, les phrases sont courtes, hachées, le style incisif, le rythme rapide, c’est parfois cru et brutal mais toujours percutant.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Camille BONVALET

Echographie du vide
Autrement

183 pages | 12-01-2020 | 16.9€

Emmanuelle vit en couple, une jeune femme « médiane », « normale », très amoureuse de son mari Léon et de son petit chat. Elle a 28 ans et fait part à son gynécologue de sa décision : se faire ligaturer les trompes et ne pas avoir d’enfant. Il a fallu dans un premier temps trouver un gynécologue qui acceptait sa décision et d’appliquer la loi qui le lui permet. Mais maintenant, elle rentre dans un entre-deux, le compte à rebours est lancé, quatre mois de délais, quatre mois de réflexion. Alors Emmanuelle observe, observe sa vie, observe son couple, sa sexualité d’hier et d’aujourd’hui, ses parents, son petit chat, ses amis, sa meilleure amie et son bébé... Quelle place prendrait un enfant dans cet univers ? Qu’est-ce qu’être femme ? Etre femme sans enfanter ? Qu’est-ce qu’une femme libre ? Ne s’est-elle pas laisser enfermer dans une routine au milieu de Léon et du petit chat ? Comment partager sa décision avec Léon ? Comment en faire part à ses amis ? « Echographie du vide » laisse place aux réflexions d’une jeune femme moderne face aux injonctions à la maternité et à une décision encore singulière et définitive.

Premier roman

« Ce qu’on a l’air cons, quand même, lâche Emmanuelle en s’esclaffant.
- Comment ça ?
- A être adultes.
»

« Le vent est libre, certes, mais c’est du vent. »

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Thème(s) : Littérature française


Natacha DIEM

L'invention d'Adélaïde Fouchon
Piranha

205 pages | 01-01-2020 | 18€

Adélaïde vit à Paris avec son mari et ses deux enfants lorsqu’elle apprend la mort de son père. Retour à Bruxelles, un voyage, une pause dans sa vie de femme, sa vie de mère, sa vie amoureuse propice à un retour dans le passé et sur une enfance singulière. Elle grandit au milieu de trois adultes (« Chez moi, il y a une maman qui dort entre deux papas, chacun fait un peu ce qu’il veut quand il veut… »), une mère, deux pères, un couple à trois face à une petite plutôt solitaire avec sa chatte Raspoutine, Eluard son hamster et ses grands-parents aimants mais bien éloignés. Les regards qui se posent sur eux, sur elle, lui font ressentir très tôt leur différence, sa différence et il lui faudra déployer beaucoup d’énergie pour se faire accepter mais aussi pour accepter les autres. Mais peut-être est-ce le fondement de son questionnement sur l’amour, sur la vie. Elle déborde d’énergie et de vie, mais la mélancolie, la colère voire la violence ne sont jamais très loin. Ce décès fait tout ressortir : rancœur, joie, tendresse refoulée, connivence, douleurs… et le cœur de sa vie, la solitude et l’anormalité, hier et aujourd’hui. Adélaïde nous fait partager son intimité, son questionnement sur sa façon de vivre, d’aimer, d’être aimée, de continuer de grandir et de s’accomplir en tant que femme et elle le fait franchement, sans retenue, avec beaucoup d’autodérision, on rit souvent, parfois jaune, dans une atmosphère moqueuse et grinçante. Le style est direct, rythmé et très imagé. Une belle rencontre !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Thibault BÉRARD

Il est juste que les forts soient frappés
L'Observatoire

297 pages | 30-12-2019 | 20€

Sarah a toujours su garder l’âme de la punkette qu’elle fut, rebelle et libre, la preuve, même morte, elle continue de nous raconter sa vie. Elle a vécu une véritable idylle avec Théo, alchimie immédiate, ils firent la route ensemble. Un premier petit garçon, puis une petite fille alors qu’ils avaient déjà appris la terrible nouvelle. Sarah était malade, gravement malade, atteinte par un cancer à la progression rapide. Elle dont le leitmotiv qui horripilait Théo était « Moi je vais crever avant quarante ans, de toute façon » allait devoir lutter. Et pour cela elle était bien entourée. Par Théo évidemment mais aussi par de nombreux amis qui interviendront à la hauteur de leur possibilité. Elle revient sur l'épreuve qu'est la montagne russe que fait vivre le cancer, soins, rémissions, espoir, fatigue extrême, ras-le-bol, angoisse, résister, continuer de vivre, de lire, de chanter et de rire, ne pas se laisser abattre et combattre, Sarah et Théo sont forts mais « …même les forts s’effondrent lorsque les coups s’accumulent. » Un émouvant et bouleversant récit entre rires et larmes où la vie reste le personnage principal et « Toutes les vies sont des aventures extraordinaires… »

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Valérian GUILLAUME

Nul si découvert
L'Olivier

128 pages | 16-12-2019 | 16€

Le héros de Nul si découvert n’est pas un homme comme les autres, ce roman non plus. Il est seul, sa mère est morte, alors il cherche la compagnie. Il passe ses journées à admirer les aliments, les produits et autres objets des grandes surfaces commerciales. Dès son arrivée, il adore se faire palper par les vigiles puis il salive, sue, laisse tomber quelques gouttes de plaisir et d’émotion. Il admire aussi ses congénères qui errent, très à l’aise, dans ces antres de la consommation et ne manquerait pour rien au monde une animation ou une loterie. Accompagné de son démon, il doit le nourrir et dévore tout ce qui est possible. On le regarde bizarrement, on l’ignore et parfois on se moque, on le pousse voire on le frappe, il subit la violence de quelques-uns sans jamais ne réagir : il préfère garder son sourire habituel et cacher ses émotions. Puis, c’est La Rencontre avec la sublime Leslie à la piscine, il l’aime immédiatement, elle le regarde, elle lui parle, tout devient possible mais son démon acceptera-t-il de le partager ? Nul si découvert décrit la descente aux enfers d’un être hypersensible à la recherche de l’Autre (« J’ai eu des envies de traverser l’époque avec le cœur et les choses pour respirer partout comment c’est la vie ») dans une société consumériste qui n’a guère de considérations pour ses sentiments. Un texte sans ponctuation qui contraint le lecteur à adapter son rythme, ses pas, à ceux du héros pour l’accompagner dans sa descente vertigineuse dans un monde hostile où il ne pourra trouver sa place.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Mesha MAREN

Sugar run
Gallmeister

382 pages | 15-12-2019 | 23.6€

Jodi McCarty est libre, enfin presque, il faut encore qu’elle se présente régulièrement devant un conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation et respecte quelques lourdes contraintes. Elle vient en effet à sa grande surprise d’obtenir sa liberté conditionnelle alors qu’elle était condamnée à perpétuité pour meurtre. A sa sortie, elle part vers l’inconnu, vers Chaunceloraine, avec peu de certitudes : « Son plan se réduisait à un trait fin s’étirant entre des points de souvenirs flous, une constellation imaginaire qu’elle était seule à voir. Elle s'est promise de retrouver Ricky Dulett, le petit frère de Paula, une femme qu’elle a aimée à la folie, pour qui elle était prête à tout, sans aucune limite, totalement accro, « le prisme à travers lequel elle veut tout expérimenter. ». Elle est aujourd’hui seule, sans codétenue, sans Paula, et surtout avec le poids de la liberté de ses choix. Sur la route, elle embarque la belle Miranda et ses enfants qui préfèrent la suivre et quitter un chanteur violent en fin de carrière. Elle retrouvera Ricky devenu maintenant adulte avec le passé qui continue d’entraver son avenir, puis une ville qu’elle a quittée vingt ans plus tôt, inchangée, passé et présent se mêlant sans retenue. Dans le domaine et la cabane de sa grand-mère, la troupe quelque peu bancale espère créer un havre de paix, oublier le passé et construire un présent dans la sérénité et le bonheur. Mais le monde pourra-t-il oublier ce passé et les accepter ? Un premier roman dense, au style affirmé et lumineux, qui mêle habilement présent et passé et dresse le portrait de deux femmes qui ne demandent simplement qu’à être heureuses et à ce qu’on accepte sans l’oublier leur passé.

Premier roman

« Elle regarde Paula et se demande si on peut protéger quelqu’un de son passé. »

Ecouter la lecture de la première page de Sugar run

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Juliane Nivelt


Sylvie KRIER

Un cheval dans la tête
Serge Safran

200 pages | 13-09-2019 | 17.9€

Jack est avant tout un homme épris de liberté et a choisi de vivre à la marge malgré les difficultés. Il vit dans un espace qu’il aimerait certainement qu’on qualifie de ranch, entouré de ses chevaux et poulains. En effet il élève avec passion des chevaux, construit une lignée, des esthètes mais peine à en vivre, il ne compte plus les mises en demeure, les visites d’huissier, mais l’homme est rusé et têtu et loin d'être prêt à abdiquer et à lâcher l’affaire. Il est aidé par quelques proches. D’abord Chayton un homme étrange, parfois inquiétant, silencieux, et dévoué. Louise sa fille à l’adolescence difficile et Célie avec qui il vit une histoire d’amour tumultueuse et par intermittence. Enfin un frère entre amour et haine et quelques voisins solidaires. Chacun se débat dans ses difficultés mais la rage de vivre libre persiste. Jack espère enfin sortir du tunnel lorsqu’un riche industriel lui propose de s’associer à lui, la roue aurait-elle enfin tourné ? Le récit polyphonique donne la parole à Jack, Célie et Louise et dresse un portrait émouvant et réaliste de cette tribu qui se débat avec ténacité pour simplement vivre et aimer comme ils l’ont souhaité.

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de Un cheval dans la tête

Thème(s) : Littérature française


Victor JESTIN

La chaleur
Flammarion

140 pages | 12-09-2019 | 15€

Un camping, le bord de mer, les Landes, fin de vacances, les baignades, les premiers amours, le soleil et la chaleur, les fêtes et les animations en continu avec injonction d'y participer. Pourtant Léonard s’ennuie. Il traîne, reste quelque peu à l’écart et croise le chemin d’Oscar et de Luce. Mais Oscar va mourir. Léonard le regardera mourir étranglé par les cordes d’une balançoire. Il poussera à l’extrême sa propension à l’indécision, ne fera rien, ne bougera pas. Que faire ensuite ? Cacher le corps ? Se taire ? Appeler à l’aide ? Avouer ? Pourquoi va-t-il décider d’enterrer le corps et choisir le silence ? N’est-ce pas lui in fine qui a tué Oscar qu’il ne connaissait qu’à peine ? Le lendemain, alors que Luce se rapproche de lui à son grand étonnement, toutes ces questions et la culpabilité commenceront de l’obséder ; le choix de silence deviendra vite étouffant et renforcera sa solitude déjà pesante. Très rythmé, efficace, on accompagne avec un léger malaise dans une atmosphère poisseuse et molle cet ado qui n’a pas su prendre la « bonne » décision dans l’instant basculant sa vie dans une autre dimension.

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de La chaleur

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Victor Jestin lus par Vaux Livres


Andrew RIDKER

Les altruistes
Rivages

458 pages | 02-09-2019 | 23€

Dans la famille Alter, ils sont quatre, les parents Francine et Arthur et les deux enfants Maggie et Ethan. Famille juive de classe moyenne, le récit oscille entre le passé, le présent et le futur de ce clan. Francine est une mère dévouée (« L’incarnation de ce qu’on attendait des femmes, de ce à quoi elles devaient renoncer pour s’y conformer. »), aimante, qui meurt rapidement d’un cancer. Arthur n’a pas la même appréhension de l’altruisme… Un premier échec professionnel en Afrique puis des postes précaires d’enseignant concourt peut-être à une certaine aigreur (« Il est incapable de faire une chose gentille sans veiller à ce que la terre entière soit au courant. ») et isolement. Maggie voudrait tout faire pour aider les autres, s’engage en ce sens face au système mais peine à supporter les mauvais côtés de son père et la mort de sa mère. Ethan a annoncé assez jeune son homosexualité mais depuis la mort de sa mère s’est retiré du monde. Une saga familiale réussie avec des personnages pouvant susciter pour certains de la sympathie et pour d’autres de l’antipathie avec des réflexions non dénuées d’humour et d’ironie sur la vie, la mort, le couple, les enfants, l’argent, l’égoïsme ou le partage et la judéité.

Premier roman

« On travaille, on travaille, on travaille dans le but déconseillé de ne jamais avoir besoin de travailler. »

« En vieillissant, tu t’en apercevras plus tard, on a de plus en plus de mal à éprouver de l’empathie. C’est un muscle qui s’atrophie… Tu te mets à penser à toi, à ta cellule personnelle, et rapidement tu oublies les autres. »

Ecouter la lecture de la première page de Les altruistes

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Olivier Deparis


Rocco GIUDICE

Mangoustan
Allary

190 pages | 26-08-2019 | 17.9€

Mangoustan aura l’honneur de réunir les trois femmes de ce roman. Mangoustan est en effet le nom du prochain typhon qui va balayer Hong Kong et ces trois femmes pour diverses raisons éprouveront cette nuit ventée ! Elles n’ont pas grand-chose en commun, à part peut-être leurs époux et leur porte-monnaie ! Et lors de cette nuit, elles auront peut-être l’absolue confirmation qu’aucune femme ne doit brader son indépendance lors du mariage, « dépendre de son compagnon est un danger considérable. ». Après trente ans de vie commune, Laure vient de se faire jeter par son mari qui est parti avec une jeune employée de maison. Irina, Ukrainienne partie de rien, est au bout du chemin avec son époux suisse, riche et de très bonne famille. Enfin, nous connaissons tous Melania, ex-mannequin slovène, qui a signé un contrat de mariage bien encadré avec un fou devenu président des Amériques et qui compte bien se faire réélire !

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de Mangoustan

Thème(s) : Littérature étrangère


Hélène VEYSSIER

Jardin d'été
Arléa

108 pages | 17-08-2019 | 17€

Dans un quartier de Gémenos, non loin d’Aubagne, se mêlent les autochtones et les vacanciers pour l’été. L’un d’eux organise une soirée dans sa luxueuse villa. Les couples arrivent avec leurs enfants et même avec un chien. La soirée se déroule dans la bonne humeur, les adultes font connaissance, les enfants jouent ensemble et s’occupent du chien. Jusqu’à un moment de bascule. Un homme venu avec sa femme et sa petite fille Louise se lève et rejoint une autre femme venue elle avec son mari et Jean son fils de cinq ans. Ils se rejoignent, se regardent et s’en vont. Peut-être pour toujours. C’est Jean et quelques autres convives ou proches de sa mère qui nous racontent cette soirée. Jean sera marqué à jamais par cet abandon sans explication et cette absence lui pèsera chaque jour. Son père recevra bien quelques lettres, mais sa mère disparaîtra à jamais. Un court roman, tendre et émouvant, qui nous décrit par petites touches successives, ces moments où nos vies basculent et la douleur de l’absence qui ne se referme jamais.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Hélène Veyssier lus par Vaux Livres


Ingrid SEYMAN

La petite conformiste
Philippe Rey

190 pages | 10-08-2019 | 17€

La petite conformiste, Esther, est née dans une famille anticonformiste dans toute sa splendeur ! Des soixante-huitards excentriques toujours dans leurs rêves. Sa mère secrétaire anticapitaliste et athée et son père juif pied-noir aux propos parfois étranges, déjantés et constamment apeuré par l’éventualité d’un nouvel holocauste vivent nus. L’éducation est dans le laisser aller, sans contrainte, interdit d’interdire, mais Esther aimerait bien qu’on la regarde, qu’on l’admire. Une famille de gauche évidemment mais qui n’hésite pas à inscrire Esther dans une école catholique des beaux quartiers marseillais qui en réaction choisira de se faire baptiser. Elle trouve une amie aussi en rupture avec ses parents qui la comprend mais à treize ans, elle découvrira le secret de son père et sa vision changera, mais peut-être un peu trop tard. Un récit ambivalent, fou et déjanté parfois, souvent drôle mais aussi grave et questionnant sur la normalité, la maladie et la peur perpétuelle des Juifs.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Mirko SABATINO

L'été meurt jeune
Denoël

280 pages | 06-08-2019 | 19.9€

« L’été meurt jeune » est la chronique d’un village des Pouilles au début des années 60. Au centre du récit, trois gamins de douze ans, Primo (le narrateur), Mimmo et Damiano, trois petits gars différents mais amis absolus et inséparables. La ville est calme, peu d’activités, tout le monde se connaît et tout le monde s’épie. Ils partagent leur vie de tous les instants, à l’école, en dehors, dans leur famille. Un jour, un groupe de gamins les agresse plus violemment qu’à l’habitude et ils décident de réagir, fondent un pacte à trois et décident que dès que l’un d’eux sera dans la difficulté, le clan réagira dans son unité, toujours à trois, et l’aidera. Ils ne font plus qu’un mais sans le savoir, c’est le début de la fin de leur enfance et de leur adolescence. Le clan devra œuvrer trois fois, une fois pour chacun d’eux, et à chaque fois, la violence deviendra plus prégnante et indispensable à leurs yeux. Ils sauront rester unis malgré les hésitations de l’un ou l’autre et découvriront à leur dépens que « ... certaines blessures ne cicatrisent pas, restent ouvertes à vie. ». Une bouleversante histoire d’amitié entre trois gamins que les histoires et les dérives d’adultes viendront anéantir dans un désespoir partagé, un vrai Pagnol qui finit en roman noir absolu !

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de L'été meurt jeune

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Lise Caillat


Sébastien VERNE

Des vies débutantes
Asphalte

190 pages | 04-08-2019 | 16€

Adrien ne quitte jamais son appareil photo et reste toujours en veille pour trouver le cliché, le bon plan, le bon éclairage. Même lorsqu’il devient chauffeur de taxi à La Crosse dans le Wisconsin au début des années 90, aussi bien dans son taxi que pendant ses heures creuses, il photographie et veut fixer ce qu’il voit et particulièrement les femmes et les hommes qu’ils croisent, leur humanité, leurs forces et leurs faiblesses. Et ce job lui offre une multitude de rencontres, souvent singulières, en tous cas de vrais personnages emblématiques pour beaucoup d’une certaine Amérique. Puis Adrien quitte ses Gros-Bills pour rejoindre Rockport dans Le Maine. Un de ses clichés a été repéré et il est embauché par un centre photographique réputé. Il se retrouve dans un tout autre environnement, des pros de la photo, du matériel à foison, des clichés exceptionnels, des stagiaires qui défilent. Et surtout Gloria la responsable de la galerie et Travis un photographe reporter de guerre qui rêve de retourner en Somalie. Chacun prend ses marques et le trio se forme mais il faut bien trouver quelques occupations annexes : « Ils sont trois imposteurs de circonstance, de la mauvaise graine joyeuse. » Leurs petits trafics vont prendre de l’ampleur et ils vont vite se faire rattraper... Vingt ans plus tard, Adrien est revenu en France et semble avoir accepter les pantoufles d’une vie bien rangée quand cette période va se rappeler à ses (bons ?) souvenirs... Des vies débutantes dresse le portrait d’un jeune homme qui cherche son chemin orienté par sa passion, la photographie. Il accepte de suivre les méandres imposés par ses rencontres heureuses ou pas et de parfois laisser filer la vie comme bon lui semble. Un roman d’apprentissage attachant et émouvant d'un jeune homme tendre et amoureux au rythme crescendo qui finit en apothéose.

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de Des vies débutantes

Thème(s) : Littérature française


Anne Cathrine BOMANN

Agathe
La Peuplade

165 pages | 01-08-2019 | 18€

Psychanalyste en fin de carrière, il a soixante-douze ans passés, et tout ce temps à écouter et analyser semble quelque peu l’avoir vidé. Il décompte les consultations (« Encore 688 consultations. A cet instant, j’avais le sentiment que c’étaient 688 de trop. ») qu’il lui reste et semble parfois absent, pressé d’en finir. Mais l’arrivée d’une ultime et jeune patiente, Agathe, vient bouleverser ses derniers instants de psychanalyste. Il note immédiatement son odeur de pomme qui lui rappelle son enfance, sa fragilité et l’impression de vide qui l’accompagne. Il l’écoute et elle l’intrigue. Lui qui a toujours su garder une distance et un détachement lui prête une attention et une curiosité inattendues. Il accepte de nouer un dialogue inhabituelle. Il n’est plus seul à poser des questions, elle l’interroge aussi, il s’interroge, il réfléchit sur elle mais aussi sur lui, ils partagent un miroir et sa pratique professionnelle s’en voit brouillée, la frontière habituelle avec sa patiente s’estompe. Un tendre et doux face-à-face de deux êtres vidées par la vie qui sauront rallumer avec douceur, questionnement et écoute l’étincelle de la vie.

Premier roman

« Comment découvre-t-on de quoi on a peur ? »

« … comment pouvez-vous passer votre vie à soulager la souffrance des autres sans avoir un regard pour la vôtre ? »

« Je crois que la vie est à la fois trop courte et bien trop longue. Trop courte pour qu’on ait le temps d’apprendre comment on doit vivre. Trop longue parce que le déclin devient de plus en plus visible chaque jour qui passe. »

Ecouter la lecture de la première page de Agathe

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Inès Jorgensen


Olivier DORCHAMPS

Ceux que je suis
Finitude

253 pages | 24-07-2019 | 18.5€

Une grande année se prépare pour Marwan : à la rentrée, pour la première fois, il enseignera l’histoire-géographie à une classe de Terminale. Mais son père meurt. Et à sa grande surprise comme celle de ses deux frères, il apprend que celui-ci a décidé de se faire enterrer au Maroc. Cette décision interpelle Marwan et le fait à nouveau réfléchir sur son identité et ses origines : « Je suis né en France. Je n’ai jamais vécu au Maroc. Je ne me sens pas Marocain. Et pourtant, où que je sois, en France ou au Maroc, je n’ai pas le choix de ma propre identité. Je ne suis jamais ce que je suis, je suis ce que les autres décident que je sois. » Son père semblait totalement intégré et avait trouvé sa place à Clichy. Alors pourquoi repartir maintenant : « On vit ici, on meurt chez nous. » Il commence d’interroger sa mère et apprend que son père l’a désigné pour accompagner sa dépouille par avion pendant que le reste de la famille fera le voyage en voiture. Accompagné de Kabic ami de la famille et grand-père de substitution, il retrouvera Mi Lalla sa grand-mère et ce retour fera naître de nouvelles questions et jaillir de petits et grands secrets. Olivier Dorchamps a trouvé le ton juste pour cette émouvante chronique familiale qui évoque avec sensibilité, clairvoyance et réalisme l’identité, les racines et l’héritage familial, ses secrets et silences, le deuil, l’exil mais aussi l’impact d’une double culture sur chaque destin.

Premier roman

« Finalement grandir c’est ça : c’est perdre des morceaux de soi. »

« Combien de Voltaire finissent mécaniciens parce qu’ils sont nés plus près d’un garage que d’une école ? »

« … j’ai pris conscience que le temps qui passe, c’est le temps qu’il reste. »

« … l’exil a relégué le bonheur aux souvenirs d’avant. »

Ecouter la lecture de la première page de Ceux que je suis

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Olivier Dorchamps lus par Vaux Livres


Guillaume LAVENANT

Protocole gouvernante
Rivages

190 pages | 21-07-2019 | 22€

Un couple et ses deux enfants accueillent une jeune femme, elle vient prendre le poste de gouvernante et s’occupera principalement d’Elena, la petite dernière. Elle semble polie, discrète, attentive. Immédiatement, elle trouve sa place dans la famille, proche des parents et d’Elena, seul le garçon restant distant, mais rapidement le lecteur ressent une tension et des motivations autres. En effet, elle participe à un protocole établi par un mystérieux Lewis, une oeuvre collective au sein d’un collectif anonyme. Chaque pion connaît sa place et son rôle dans cette œuvre folle, magistrale qui risque d’ébranler les certitudes de beaucoup dans un dérèglement absolu mais aussi de révéler à chacun ce qui est ou était vraiment important. Une œuvre de cette ampleur se met en place dans le silence, dans le secret par des anonymes insaisissables, puzzle géant où chaque pièce se dessine avant de prendre place et en ne laissant aucune trace. Au top départ, chacun sait ce qu’il doit effectuer et plus personne ne pourra stopper cette immense armée blanche. Un premier roman intriguant, tendu du début à la fin et parfois dérangeant par le vouvoiement employé qui place le lecteur du côté de l’organisation, comme si, lui aussi, pouvait se laisser aller à guider, ordonner la gouvernante et ses acolytes.

Premier roman

« La vie, disait Lewis, si vous en contrôlez les paramètres accessoires, c’est comme un coup de billard à cinq bandes. Si l’impact de départ est précis, vous pouvez prévoir au millimètre où arrivera la boule. »

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Thème(s) : Littérature française


Jean BERTHIER

1144 livres
Robert Laffont

167 pages | 02-06-2019 | 12€

Jean est bibliothécaire, amoureux des livres, il leur est totalement consacré. Il a une fille et des parents adoptifs qu’il aime. Jusqu’au jour où il reçoit une lettre d’un notaire lui annonçant que sa mère biologique lui lègue 1144 livres. Il pense d’abord refuser, puis se rend sur place et « Une fin d’après-midi, trente-huit cartons contenant mille cent quarante-trois livres entrèrent dans ma maison. ». Que de livres ! Par lequel commencer ? Trier ? Allait-il rencontrer sa mère avec ces livres ? Les titres sont nombreux, variés, donc difficile d’entrevoir la femme qu’elle était, la lectrice éventuellement. Alors naturellement, même si Jean affirme et argumente que ses parents sont ses parents adoptifs, il y a un « mais »… et ses livres vont ouvrir une réflexion et un questionnement sur ses origines, origine et racine deux mots imposés et radotés à l’envi par le monde médiatique. Au travers de ce questionnement du lien à ses origines, l’auteur rend un réel vibrant et émouvant hommage à la lecture, à l’acte exclusif de lire, à la littérature et à la joie de lire.

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de 1144 livres

Thème(s) : Littérature française


Ben HOBSON

Le rêve de la baleine
Rivages

382 pages | 27-05-2019 | 23€

Sa mère vient de mourir. Sam a treize ans et se retrouve seul avec sa peine et son père. Un père rude qui dépèce les baleines et décide pour Sam qu’il est peut-être temps de devenir un homme et qu’il a été trop protégé jusque là. Alors il l’emmène sur les chantiers de Moreton Island. Mais Sam ressent immédiatement leur différence notamment devant l’horreur de son travail. C’est son père, il partage son deuil, ils ont une histoire en commun, mais il espèrera progressivement dévier du chemin paternel et même peut-être entraîner dans ses pas ce père taciturne et dur. Même quand il lui offre un chiot, il tente de lui imposer une éducation violente. Pourtant le père et le fils vont progressivement se rapprocher, s’apprivoiser, s’accepter. Conte initiatique, « Le rêve de la baleine » dépeint un face à face âpre qui passera par des étapes violentes pour espérer un apaisement commun.

Premier roman

« Son père était comme ça. Ne rien montrer, faire avec, ne pas se plaindre. Mais il savait que lui n’était pas comme ça et il commençait à craindre que son père ne cherchât à lui enlever sa douceur, cette part en lui qu’il avait héritée de sa mère. »

« Il prit alors conscience qu’il ne serait jamais à la hauteur des attentes de son père, ce qui fut un soulagement. Il n’aimait pas la personne qui était son père, sa sévérité, son indifférence, et pourtant il désirait son approbation. »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Alexandre Lassalle


Olivier CHANTRAINE

Un élément perturbateur
Gallimard

317 pages | 15-05-2019 | 8.4€

Serge, le narrateur, est un être singulier, il ne semble jamais vraiment à sa place et souffre parfois d’aphasie, souvent à des moments cruciaux, au milieu des autres, il perd la parole. Son frère aîné incarne la réussite, envié de tous (enfin de presque tous...), il est ministre des finances, bien habillé, bien propre sur lui, beau parleur. Il peut donc faire embaucher Serge dans une entreprise où, évidemment, Serge est un peu en marge, décalé. Seule la jeune et belle Laura lui témoigne un peu d’intérêt. Après avoir fait échouer (par sa sincérité et son honnêteté, candide chez les requins) la vente d’une entreprise aux Japonais, il est envoyé avec Laura dans cette petite entreprise. Mais la punition se transformera en un boomerang inattendu et violent ! Un premier roman vif, incisif, plein d’humour, moqueur, pamphlet de la réussite à tout prix, portrait de la connivence entre milieu politique et économique, des petites ou grosses magouilles, débordant de situations cocasses, un premier roman véritable bol d’air !

Premier roman

« Les relations de famille nous abîment. Tous. Toute notre vie. C’est triste à dire mais c’est vrai. La famille plane comme un nuage noir au-dessus de nos têtes dont la menace permanente nous empêche d’être véritablement nous-mêmes. »

« Les temps n’ont pas vraiment changé depuis l’époque féodale… le plus gros changement c’est les costumes à la place des cottes de mailles. »

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Thème(s) : Littérature française


Katharine DION

Après Maida
Gallmeister

265 pages | 04-05-2019 | 22€

Maida et Gene ont partagé cinquante ans de leur existence. Une vie commune heureuse jusqu’à la mort de Maida qui plonge Gene dans un désarroi profond. Alors évidemment, Gene se remémore son passé. Ils ont eu une fille, Dary, et été très proches d’un autre couple, Gayle et Ed, et leur deux enfants. Ses relations avec Dary le perturbent et le choc de la disparition de Maida redonne naissance au passé : leur rencontre, leur vie à deux, la naissance de Dary, l’amitié avec Gayle et Ed mais aussi leurs illusions, leur amour, leur folie parfois ; nombreuses questions sur leur rapport intime mais aussi sur leur rapport aux autres. Ont-ils été heureux ? Se connaissaient-ils vraiment ? Qu’ont-ils réellement partagé ? Qu’ont-ils réussi ensemble ? Entre tendresse et mélancolie, portrait émouvant par son questionnement d’un homme vulnérable et dévasté par son deuil qui se dévoile et qui émouvra chaque lecteur.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Juliane Nivelt


Isabelle AUPY

L'homme qui n'aimait plus les chats
Les éditions du Panseur

122 pages | 23-04-2019 | 12.5€

Ils habitent une île. Le narrateur, vieil homme, nous informe que sur le continent, ils étaient différents. Ici, ils sont venus chercher autre chose, construire un autre monde, vivre sur une île est nécessairement singulier (« On voulait trouver une manière d’être comme soi, tout simplement. »). Les chats, libres et indépendants comme toujours, partageaient cette île avec les humains jusqu’au jour où sans aucune explication, chats errants, chats domestiques, les félins disparaissent discrètement. Comment ? Pourquoi ? Cette disparition marque une rupture. Les îliens aimeraient trouver une explication et en informent le continent. L’Administration comme à son habitude trouve la solution, les comprend et prend en compte la nécessité de la présence des chats sur l’île. Pour les remplacer, des chiens sont débarqués du continent et l’Administration qui parle « le convaincu » (une langue que nous subissons aussi depuis si longtemps…) précise aux habitants que ce sont des chats. On leur fournit même la laisse pour promener ces nouveaux chats et on leur vante leur caractère, « Ce sont des chats puisque tout le monde le dit. » Que faire ? Certains acceptent cette proposition, d’autres font mine de l’ignorer et certains la refusent : début d’une désunion sur l’île. Un chat, un chien, tout cela n’est-il pas qu’une habitude ? Une question de langage ? Pourquoi ne pas évoluer, passer outre ? Ca n’est pas si grave, pourquoi se révolter ? Quelle évolution entraînera la venue de ces nouveaux chats ? Le récit dresse les portraits notamment de ceux refusant cette injonction et abordent avec originalité le contrôle des individus, comment imposer sa volonté, sa vision par le langage, comment générer la désunion et le passage du « on » au « je ». Les deux citations en épigraphe de Bradbury et Orwell illustrent parfaitement les thématiques de ce premier roman abouti et maîtrisé qui questionnera efficacement chaque lecteur.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Emmanuel SÉROT

On va revoir les étoiles
Philippe Rey

190 pages | 04-03-2019 | 17€

Le narrateur n’a rien vu venir, le vieillissement de ses parents lui était étranger et pourtant, l’esprit de ses parents commence à s’envoler trop souvent vers d’autres cieux, et ils ne peuvent rester seuls chez eux, dans la maison familiale qui déborde de souvenirs partagés. Il doit donc les accompagner s’installer dans leur nouvel environnement, un Ehpad. Il relate cet évènement, ce bouleversement et partage ses réflexions, ce que cela déclenche chez lui : questions, souvenirs, réflexions, culpabilité, tristesse… dans une délicatesse et une tendresse remarquables. Le personnel de l’Ehpad est accueillant et attentionné mais ce n’est définitivement pas chez eux et ils semblent le savoir, le sentir. Le fils observe leur nouvelle vie, leur fragilité, se remémore les moments de joie, une nostalgie mesurée devant la lente et inéluctable dégradation. Un texte sensible, pas nécessairement triste, mais qui nous remue car si proche de chacun de nous et si redouté : "Et je me rendais compte qu'on ne s'y fait pas : voir ses parents en maison de retraite. On fait avec, c'est tout.".

Premier roman

« Non, les vieux ne retombent pas en enfance, je crois qu’ils remontent en enfance. »

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Thème(s) : Littérature française


Stéphanie CHAILLOU

L'homme incertain
Alma

166 pages | 03-03-2019 | 16€

C’est l’homme qui parle, se confie enfin. Ses enfants le questionnent, réveillent ses souvenirs et le sortent du silence. Tout jeune, son projet était établi, une ferme, une famille, du travail et de l’amour, construire, créer, exploiter. C’était simple, ça serait comme ça. Il a tout fait pour. Toujours. Le bonheur est passé par là, les enfants dansent en chantant des comptines. Instant fugace. La vie, l’extérieur, les ont rattrapés, empêchés, le réel s’est imposé. Années 70, la PAC se met en place avec quelques dégâts collatéraux comme certains ont l’habitude de le dire. Il n’a pas compris (« Je ne sais pas si c’est toujours après que l’on sait, que l’on peut savoir. »), il faisait partie de ceux qui allaient rester au bord du chemin, faillite, plus de choix, tout arrêter, « Il me semble que j’étais mort. Et que c’est pour ça que j’ai pu continuer. », se retrouver hors du monde, tenter de tout recommencer mais rester droit. Laisser le temps passer pour pouvoir se retourner, en parler. Le style prend une grande place dans ce portrait émouvant d’un homme seul, contraint et étouffé par le monde extérieur, il est percutant, travaillé, rythmé, accompagne parfois le sens, ou se place en opposition. L’intime rejoint brillamment l’universel dans ce premier roman bouleversant et inoubliable.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Stéphanie Chaillou lus par Vaux Livres


Constance JOLY

Le matin est un tigre
Flammarion

155 pages | 13-02-2019 | 16€

Alma est une mère en souffrance. Elle voit en effet Billie, sa fille, dépérir, s’affaiblir progressivement. Devant l’échec des traitements, les médecins envisagent une opération. Pour Alma, ce n’est pas la solution, le mal est ailleurs, un chardon pousserait à l’intérieur de sa fille. La mère et la fille sont très liées, voire reliées par un fil invisible, s’épaulent mutuellement, et si elles partageaient ce mal ? Si les graines du chardon avaient été plantées par Alma ? Alma va chercher dans les livres anciens pour élucider ce mal, elle observe tous les signes avec application et cherche explications et solutions. Dans ce double combat pour faire fleurir le chardon, pour alléger les valises de leur vie, la mère et la fille partagent leurs obsessions, des instants de douleur, de tendresse et de doute. Un premier roman émouvant et prenant dans une langue poétique (éclairée par quelques références littéraires) sur la transmission, sur le lien étroit entre une mère et sa fille et l’équilibre de leur relation.

Premier roman

« Le matin est un tigre qui rampe doucement en attendant de vous sauter à la gorge. »

« On n’entre pas facilement dans le malheur des autres, il est comme un bois trop sombre, une terre dévastée et lointaine pleine des grincements de la nuit. »

« Admirer la vie et s’en sentir dépossédée ? Est-ce cela la mélancolie ? »

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Thème(s) : Littérature française


Isabelle DANGY

L'atelier du désordre
Le Passage

334 pages | 10-02-2019 | 19€

Vers la fin du XIX ème, René Dolomieu est un peintre bénéficiant d’une petite renommée, quelques portraits sensibles l’ont fait remarqué. Il côtoie les grands maîtres et se partage entre Paris et la région de Fontainebleau que l’on visite agréablement à ses côtés. L’homme est sensible, quelque peu mélancolique, et totalement épris de la peinture, bien loin de lui toute recherche de célébrité et autre ambition mal venue : il peint des toiles qui resteront longtemps cachées sur des sujets brûlants mais aussi sur sa passion voire son obsession des tas, agglomérats de toute sorte, désordre constant miroir de la société. En outre, René Dolomieu demeure bien ancré dans son époque, il n’oubliera pas la pauvreté absolue de son enfance et restera toujours en contact avec tous les milieux ne se réservant pas au milieu particulier de la peinture. René semble toujours en retrait, mais il plait aux femmes qui le lui font savoir et parfois même s’imposent à lui. René reste détaché, semble subir son destin mais lorsqu’il se marie enfin, il découvre un autre monde, le monde de la porcelaine qui l’emmènera jusqu’au Japon et lui ouvrira d’autres techniques et visions artistiques. Dans ce premier roman très maîtrisé, Isabelle Dangy réussit parfaitement à donner corps et âme à un peintre doux, désintéressé, attentif aux autres, amoureux de son art, elle nous parle aussi de destin, de création, de couleurs et de lumières et nous fait traverser à ses côtés une vie à la fin du XIX ème et parcourir notre région avec un intérêt évident. Une belle découverte pour ce roman singulier.

Premier roman

« … le peintre solitaire et novateur avait pressenti la dynamique de déconstruction, voire de désintégration qui serait celle du siècle suivant et l’avait anticipée en fabriquant un monde de résidus interchangeables et de débris savamment organisés. »

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Thème(s) : Littérature française


Hyam ZAYTOUN

Vigile
Le Tripode

125 pages | 21-01-2019 | 13€

Un couple se couche. Elle est réveillée dans la nuit par un bruit bizarre. Une blague d’Antoine son époux ? Impossible, il est en arrêt cardiaque. Elle pratique un premier massage cardiaque avant l’arrivée des pompiers, puis sa vie bascule. Paniquer est impossible, expliquer immédiatement au cœur de la nuit à Margot et Victor, leurs enfants de six et trois ans puis le coma d'Antoine ( « sommeil qui ressemble à la mort ») devient central : va-t-il se réveiller, sera-t-il le même, qu’aura-t-il perdu, pourrait-il gagner quelque chose, le questionnement est infini, les sentiments multiples, abandon, culpabilité, espoir, tristesse, désespoir, peur, les émotions restent cachées, tues, impossible de les partager vraiment, elle est devenue spectatrice, l’espace temps a changé, sa scène est devenue le monde hospitalier, elle veillait cette nuit particulière, et sa veille continue. Un texte court et intense qui se lit d’une traite, une émotion permanente et un style très maitrisé qui s’adapte à chaque sentiment, à chaque pensée. Une immense preuve d'amour.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Hector MATHIS

K.O.
Buchet-Chastel

202 pages | 04-12-2018 | 15€

Sitam partage la cabane brinquebalante d’Archibald, un amoureux fou du jazz qui vit en marge, reclus, chassé du monde qui parlera de lui avec retenue mais surtout écoutera Sitam lui confier son histoire et dévoiler sa trajectoire au cœur de la précarité et de la guerre. Sitam est maintenant posé mais fuit depuis quelque temps. Il s’est évadé de Paris après un attentat pour parcourir l’Europe en plein chaos. Un passage en Hollande où il constitue avec amitié une petite bande que sa maladie éclipse. Elle l’incite en effet à reprendre la route, et il ferme la boucle en revenant en banlieue. Portrait d’un jeune homme qui abhorre son époque et sa société, qui choisit l’errance dans un monde en perdition et qui trouve son seul refuge dans la musique et les mots. Le texte est vif, nerveux, un flux constant le traverse, une poésie et une musicalité permanentes, le tout prend à « l’estomac » en abordant de front la vie, la maladie, la mort, l’amitié, la solidarité, la tendresse et le désespoir. Vous n’échapperez pas au KO !

« Pour continuer à traquer la beauté, faut beaucoup de silence… »

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de K.O.

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Hector Mathis lus par Vaux Livres


David DIOP

Frère d'âme
Le Seuil

175 pages | 03-11-2018 | 17€

Alfa Ndiaye et Mademba Diop sont originaires du même village africain, « plus que frères », ils vont éprouver leur vingt ans et leur amitié au plus profond des champs de batailles de la première guerre mondiale. Tirailleurs, ils vont obéir aux mêmes ordres, jaillir des tranchées coupe-coupe et fusil à la main, croiser la mort et le regard bleu des ennemis à tuer (sifflement, attaque, destruction, mort, enchaînement inéluctable et répétitif). Mais, rapidement, Mademba s’écroulera, blessé à mort et implorant Alfa de l’achever. Alfa ne pourra s’y résoudre. Devenu seul, la folie l’accompagnera pendant les assauts, mais n’est-ce pas ce que la France lui demande (« La France du capitaine a besoin que nous fassions les sauvages quand ça l’arrange. »), et après : elle ne semble plus vouloir le quitter. Il effraie ses ennemis, ses frères de combat mais sa violence insoupçonnable , il l'a choisie, il l'entretient délibérément et il l'assume. Il devient le sorcier fou honni par tous et est évacué. En retrait, il pourra réfléchir et revenir sur son passé, son enfance, la naissance de son amitié avec Mademba, son premier amour, son sentiment définitif de culpabilité de n’avoir pas su le protéger puis abréger ses souffrances et enfin sa volonté de résister aux ordres et à l’horreur. Une écriture parfois simple et poétique mais toujours singulière, parfois précieuse et chantante, accompagnée de répétitions pour mieux ressentir l’horreur et la folie ultimes, une plongée dans l’atrocité absolue d’une guerre, un réquisitoire contre ceux qui la décident et mènent une génération à l’abattoir. Indispensable notamment pour cette année du centenaire et pour ne pas oublier les hommes venus de terres lointaines que l'on a choisi de sacrifier délibérément !

Premier roman

« … j’avais été inhumain par obéissance aux voix du devoir. Mais j’étais devenu libre de ne plus les écouter, de ne plus obéir à ces voix qui commandent de ne pas être humain quand il le faudrait. »

« La folie temporaire permet d’oublier les balles. La folie temporaire est la sœur du courage à la guerre. »

Ecouter la lecture de la première page de Frère d'âme

Thème(s) : Littérature française


Fabrice CHILLET

Un feu éteint
Finitude

100 pages | 10-08-2018 | 13.5€

Ils étaient quatre, inséparables, quatre étudiants rouennais de la fac de lettres qui partageaient toutes leurs expériences. Vingt ans plus tard, Philippe, journaliste quelque peu désabusé à Paris, décide de repartir à leur rencontre. Il est finalement assez inquiet des rencontres qu’il va imposer. L’un d’eux n’a jamais répondu à ses appels. Il décide donc de louer un studio pour une semaine à Rouen (« Les trajets sont rarement très longs à Rouen. Les habitants tournent dans cette ville comme dans un manège. ») et de découvrir ce qu’ils sont devenus. Ont-ils été fidèles à leurs rêves ? Qu’auraient pensé les étudiants qu’ils étaient de leur vie d’aujourd’hui ? Que sont devenus leurs amours passés ? Ont-ils oublié leur jeunesse et le lien qui les unissait ? Remuer le passé après une rupture brutale n’est jamais simple et surtout les conséquences restent toujours incertaines...

Premier roman

« On tombe souvent amoureux pour les raisons les plus insignifiantes. »

Ecouter la lecture de la première page de Un feu éteint

Thème(s) : Littérature française


Daniel BESACE

Cachalot
Riveneuve

130 pages | 09-08-2018 | 15€

Lorsqu’une baleine blanche agressive, aveugle et mortifère déchire la promenade de Nice laissant après elle désolation et pleurs, le narrateur est submergé de tristesse et d’interrogations : « Quelque part en ce monde, quelque chose doit être combattu pour que des êtres cessent de désirer le néant, cessent de désirer engloutir d’autres hommes. ». Paris, Sarcelles, c’est terminé pour lui, il part affronter la bête. Il descend vers la Méditerranée, achète et retape un bateau et direction les Açores à la recherche d’« un animal puissant, fantasmagorique, littéraire, presque éternel, incarne l’envoûtement qui pousse les humains à s’entre-dévorer... ». Le conte philosophique est lancé, entre réflexion profonde intime ou existentielle et aventures extraordinaires, le marin affronte la vie, la mort, le danger, s’affronte lui-même, l’autre et même Dieu, se remet en cause, nous met en cause pour espérer obtenir une forme d'apaisement général. Un conte brillant qui interroge sur notre condition d’Homme, notre place dans l’univers, notre avenir et notre capacité à enfin coexister avec l’Autre.

Premier roman

« ... l’écriture n’est pas la lecture, qu’écrire est une tentative pour planter une forêt dans quelques centimètres carrés, tandis que la lecture est l’exploration d’une forêt. L’écriture est d’abord un doute. Un livre dans les mains apaise souvent l’immensité. Les livres sont à la dimension de notre esprit, pas à la dimension de l’univers... Les livres sont des témoins de notre ignorance, et leur beauté tient de leur imperfection. »

« Ce n’est pas l’absence de religion qui provoque la guerre, mais l’absence de poésie. »

« Car être humain, c’est être frappé de cette effrayante malédiction, le besoin méthodique de détruire la Nature et sa propre nature. Seule une conscience animale semble capable d’apaiser l’humain. »

« La violence, n’est donc qu’un mécanisme sordide. »

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Thème(s) : Littérature française


Laurent SEYER

Les poteaux étaient carrés
Finitude

137 pages | 07-08-2018 | 15€

Le 12 mai 1976 sera un grand jour pour Nicolas Laroche, le premier, le dernier. A treize ans et demi, il s’apprête à vivre sa première finale de coupe d’Europe, de football naturellement, Saint-Etienne affrontant le tenant du titre, le Bayern de Munich dans l’Hampden Park de Glasgow. Adolescent passionné de foot, il nous raconte en parallèle l’avant-match, sa vie, ses copains, le collège (« D'ailleurs, je déteste être adolescent. Je n'aime pas ce temps où tout nous semble définitif alors que tout est transitoire.). Sa préparation du match est perturbée, quelques mois avant le jour J, sa mère quitte la maison, ses parents divorcent. Mais avant la rencontre, son père a déjà trouvé une remplaçante accompagnée d’une chose s’annonçant être son fils : « Maman est partie et papa l’a remplacée par Virginie, un peu plus tard. Moi je l’ai remplacée le jour même par une équipe de football. » Même si l’ASSE prend une grande place dans ses pensées, un questionnement récurrent revient concernant ses parents, leur rupture, le départ de sa mère, l’amour de son père. Il vacille et seuls les Verts le maintiennent en état de continuer à jouer ! Alors lorsqu’il s’installe avec son père, sa nouvelle femme et son fils (quelle tristesse de regarder avec ces ignares, et oui, regarder un match de football, c’est aussi une histoire de partage et d’amitiés), il est tendu, très tendu. La victoire doit être au bout, sinon comment supporter de vivre toute son existence en vaincu, à se poser sempiternellement les mêmes questions sans réponse, pourquoi cette défaite ? pourquoi ces maudits poteaux étaient-ils carrés ? ... Joli et émouvant portrait d’un adolescent sensible et toujours dans l'absolu, bouleversé sans avoir pu en parler par la séparation de ses parents et adulant (hélas peut-être) une équipe de football devenue mythe.

Premier roman

« C’est cela que j’aime le plus dans le football : se diluer dans une foule qui vibre à l’unisson et se laisser emporter par ses mouvements démesurés. Ouvrir la bouche pour crier et sentir les gradins vibrer sous la clameur démultipliée. Se dresser en levant les bras au ciel et voir la vague soulever une écume de milliers de mains tendues. Je suis entré en football comme on entre en religion, le jour où pour la première fois j’ai été secoué par cette jouissance éphémère de se sentir tout-puissant en disparaissant dans la houle d’une foule. C’est cette émotion que depuis j’aime ressentir au stade, ce moment océanique où l’on ne se laisse pas simplement emporter par la vague, mais où l’on devient la vague. »

« Finalement, c’est toujours la même histoire lorsqu’il s’agit de la foi, ce n’est qu’à la fin que l’on sait si on a eu raison d’y croire ou pas. »

Ecouter la lecture de la première page de Les poteaux étaient carrés

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Laurent Seyer lus par Vaux Livres


David HENNEBELLE

Mourir n'est pas de mise
Autrement

120 pages | 06-08-2018 | 15€

Mourir n’est pas de mise s’intéresse aux dernières années de Jacques Brel. Des années où le grand Jacques a choisi de tourner le dos à la scène, au succès et préféré sa liberté, une liberté retrouvée loin des salles de concert européennes même si « sa vie, il se l’était faite belle à ravir, il l’avait dévorée sans jamais devenir un adulte résigné ou prudent qui consent à enterrer ses rêves. ». Profiter des quelques années (même s’il ignore combien) qu’il lui reste à vivre. Il naviguera, pilotera un avion, s’installera là où il le souhaitera, construira la maison à l’endroit choisi et selon ses plans. Fidèle en amitié, il n’oubliera pas ses amis, il les choisira et les accueillera dans ses élégants habits en dépliant le tapis rouge avec une table garnie avec goût. Il ira aussi à la rencontre des habitants des Iles Marquises qui ne le connaissaient pas, les aidera, saura les écouter et découvrira une autre philosophie de vie. Mais évidemment, ces années libres, sereines seront aussi les années de la maladie, une maladie qui fatigue, use et fait terriblement souffrir, son ultime combat. Un court texte qui rend avec douceur un hommage élégant et appuyé à un mythe à un instant particulier de son existence.

Premier roman

« ... on se disputa gentiment sur le terme de talent. Brel le réfutait absolument. Pour lui, il n’y avait que l’envie, une envie effrayante. »

« Les larmes roulaient en lui-même et il se demandait : la vie, est-ce grave ? Est-ce sérieux ? »

Ecouter la lecture de la première page de Mourir n'est pas de mise

Thème(s) : Littérature française


Marie ROUZIN

Circulus
Serge Safran

225 pages | 05-08-2018 | 17.9€

Une jeune femme solitaire et silencieuse rencontre Andronica, qui va bientôt accoucher de jumeaux. Andronica vit en marge, à la périphérie de notre société. Elle accepte que la jeune femme la suive et lui apprend que le père a disparu le matin de la nuit où il l’a violée alors qu’ils faisaient route ensemble. L’accouchement se déroule dans une roulotte et deux garçons pointent leur petit nez vers un monde guère accueillant. Andronica remplie de haine et de colère est bien décidée à retrouver le père pour qu’il reconnaisse ses deux garçons et entérine les prénoms. Après, chacun sa route, qu’il disparaisse ! Les deux femmes et les deux bébés partent à pied dès le lendemain de l’accouchement et les rencontres vont s’enchaîner. Elles vont rapidement être rejointes par deux autres femmes, « nous te suivons, Andronica, trois femmes sont à tes côtés, une pour chanter, une pour parler, une pour le silence. » puis aller aux devants d’une société périphérique, qui tente de survivre, souvent dans la colère et la peur, sans grand espoir mais avec courage. Néanmoins, ce voyage initiatique sera peut-être l’occasion pour que toute cette colère qui gronde s’agrège et leur permette à toutes et tous de trouver leur place et d’être enfin reconnus et acceptés par une société souvent ambivalente à leur sujet. Des voix singulières, une palette de personnages émouvants et denses au cœur d’une expédition inoubliable qui n’aurait pu être que punitive et qui finira bien au-delà...

Premier roman

"Mais tant que je ne suis pas en paix, je suis en guerre, non ?"

Ecouter la lecture de la première page de Circulus

Thème(s) : Littérature française


Pauline DELABROY-ALLARD

Ca raconte Sarah
Minuit

190 pages | 04-08-2018 | 15€

La narratrice est dans un temps de « latence », elle s’est séparée du père de sa fille, et vit actuellement avec un jeune bulgare. Et puis, lors d’une soirée entre amis, Sarah arrive en retard et immédiatement s’impose, prend sa place, prend la place. Elles s’écrivent, elles se revoient et une passion fulgurante les emporte. Et la narratrice les raconte, Sarah et cette passion folle. Folie des sentiments, folie des corps, Sarah déborde de vie, « Elle est vivante », exubérante, passionnée, enfant souvent, femme parfois, elle aspire ce qui l’approche et la narratrice se laisse prendre par le tourbillon. Un tourbillon qui va de plus en vite jusqu’à la rupture, violente et définitive. Récit d’une passion étouffante, sans limite, que seuls la maladie et la folie pourront rompre. L’écriture de Pauline Delabroy-Allard réussit parfaitement à rendre compte de ce tourbillon de la vie et du rythme imprimé par Sarah à la vie de ces deux folles amoureuses.

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de Ca raconte Sarah

Thème(s) : Littérature française


Ludovic-Hermann WANDA

Prisons
L'Antilope

288 pages | 02-08-2018 | 19€

En 2003, Frédéric, vente après vente, livraison après livraison, était devenu à Paris Blondin, dealer à succès et notamment dans les beaux quartiers qu’il fournissait en produit herbeux facilitant l’envol vers d’autres mondes. La qualité des produits de « cet étudiant en disponibilité », son sérieux, et une petite réputation commençait de naitre alors qu'il arrivait gare du nord après un aller-retour vers la Belgique pour recharger les stocks. Mauvais jour, mauvais tirage : un douanier lui demande d’ouvrir son sac et ne goûte guère à son contenu même s’il s’abstiendra de goûter à l’herbe. Frédéric a déjà l’art de la répartie et conserve son humour, en effet, si son Dieu lui propose cette épreuve, il lui suffit seulement d’en trouver la raison. Le juge lui octroie six mois pour la trouver et pourtant, l’évidence lui apparaît immédiatement. Il lui offre l’arme ultime, l’arme définitive, l’arme infaillible : la lecture. Son compagnon de cellule, Richard, juif et toxico, emboîte le pas vers une renaissance salvatrice : « Pour nous, Fleury, c’est pas une prison, c’est un centre de remise en forme ! » Les deux hommes s’épaulent et se découvrent page après page : leur langage, leur apparence, plus qu’une évolution, une révolution ! Frédéric garde son bagou, sa vivacité, mais maintenant ses arguments sont étoffés, construits même s’il est conscient que le chemin est encore long. La réussite de ses examens universitaires et la sortie de Fleury, c’est par là ! Il ne lui restera plus qu’à éviter les pièges que la vie lui réservera inévitablement et espérer que son Dieu tout puissant et bienveillant ne l’abandonne... Prisons propose un fil qui se plait à prendre à contre-pied le lecteur chapitre après chapitre en variant les narrateurs-observateurs (vous découvrirez par vous-même les invités célèbres y participant), les points de vue, et surtout en variant le langage et donc le rythme. Frédéric a un pied dans deux mondes et le récit le souligne parfaitement. Entre français des banlieues et français littéraire, le parcours motivé et motivant de Frédéric suscitera un espoir partagé.

Premier roman

« Existe-t-il plus grande prison que l’orgueil masculin ? »

« ... désormais, je sais que je suis bien plus qu’un corps. Je suis d’abord un esprit et un récit, un esprit qui peut être aussi vaste que l’univers, un récit qui peut être aussi profond qu’un gisement de pétrole. Le tout c’est de lire, encore et toujours ; de comprendre, encore et toujours ; d’avancer sur le chemin du questionnement et de la connaissance, encore et toujours ; de la connaissance du monde, des autres, et, au bout du chemin, de mon moi profond. »

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Thème(s) : Littérature française


Estelle-Sarah BULLE

Là où les chiens aboient par la queue
Liana Levi

285 pages | 26-07-2018 | 19€

Une jeune trentenaire née en banlieue parisienne vit un quotidien bien éloigné de ses origines guadeloupéennes. C’est peut-être néanmoins l’instant de se retourner une dernière fois vers son passé familial et interroger ses racines. En effet elle ne connaît la Guadeloupe que comme « une métropolitaine en vacances », sa « vie était ailleurs. » et tout le monde le savait, le sentait, et lui faisait ressentir. Or, coup de chance, elle a une tante, véritable conteuse hors pair, à la parole libérée, qui depuis son lit d’hôpital parisien est toute prête à lui relater l’histoire familiale, les Ezechiel descendants d’esclaves, emblématique de l’histoire de la Guadeloupe et à exposer aussi bien son parcours (et celui de sa famille) qu'à dresser le portrait sans fard de la société antillaise (« D’ailleurs les Antillais critiquent les Antillais. »). Le discours d’Apollone, surnommée Antoine, parfois entrecoupée par les avis d’autres membres de la famille, revient sur les années guadeloupéennes, « Quelques éblouissements et puis rien que des blessures. », des années de débrouille de la campagne au taudis de Pointe-À-Pitre, suivi de l’exil. Antoine subira en effet deux ruptures, le départ de Morne-Galant en 1947 puis l’envol depuis Pointe-À-Pitre vers la métropole vingt ans plus tard abandonnant tout ce qu'elle avait construit. L’installation en banlieue, « quitté un nulle part pour un autre nulle part », perdus, isolés, à l’écart, à une époque où la France se construit grâce à eux mais aussi sans eux, « Nous, les Antillais, nous avons toujours su nous adapter, pas vrai ? De la case d’esclaves aux HLM, nous savons ce que signifie survivre. » Puis le travail se fait rare, les regards changent, « Je dirais qu’en métropole, nous sommes devenus noirs vers 1980 à partir du moment où avoir du boulot n’est plus allé de soi. » et néanmoins ces « immigrés de l’intérieur » choisiront de rester, toujours, jusqu’au bout de leur histoire. L’écriture est imagée, le vocabulaire précis, le ton singulier, quelques expressions créoles colorées viennent installer une ambiance particulière et un rythme tonique. Un premier roman qu’on ne lâche pas et permet notamment d’« aimer mon histoire et la matière dont elle était faite ; une succession de violences, de destins liés de force entre eux, de soumissions et de révoltes. »

Premier roman

« La nuit n’est pas menteuse comme le jour. C’est la nuit que tu peux lire en toi-même comme dans un livre, et voir les autres comme ils sont vraiment. »

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Thème(s) : Littérature française


Michael ENGGAARD

Le blues du boxeur
Gaïa

318 pages | 01-07-2018 | 22€

Frank est un carrossier réputé. Avec son ami Svend, ils tiennent une carrosserie et Frank excelle dans sa partie. Comme il excellait sur un ring : il a laissé des souvenirs inoubliables à tous les amateurs du noble art. Il s’est retiré des rings après une victoire amère et un combat hyper violent face à un adversaire qui traîne toujours dans les mêmes quartiers que lui… Jusqu’au jour où l’entrepôt où travaille Gerhard son père (ancien boxeur également) l’appelle car un accident grave a touché son paternel. Même si leurs relations étaient quelque peu distendues, Frank se déplace et découvre les petits trafics de son père et le voici rapidement impliqué. Gerhard de retour à son domicile, est soigné par Ellen une infirmière qui passe plusieurs fois par jour. Malgré ses ronchonnements et autres râlements, le courant passe entre eux et Ellen est aussi fortement intrigué par ce fils solitaire aux épaules carrées et au regard franc. Round après round, les trois vont apprendre à se connaître et Ellen et Frank vont progressivement dévoiler les secrets qui les habitent et les empêchent de vivre sereinement. Pourtant Ellen est bien éloignée du monde de la boxe et de la violence sous-jacente et rêve plutôt de théâtre. Saura-t-elle convaincre Frank de ne pas utiliser ses poings pour sortir son père de son mauvais pas, rien n’est moins sûr, les deux ont en commun un caractère affirmé ! Une rencontre atypique, des dialogues percutants, la réplique titille, cingle, claque comme dans un match de boxe, et le résultat du combat reste incertain jusqu’à son issue ! Gaïa a encore trouvé la comédie romantique (mais pas que !) de l’été, c’est indéniable.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Bernard Saint Bonnet, Susanne Juul


Corine KOCH

Là-bas, c'est toujours loin
L'Harmattan

119 pages | 28-06-2018 | 15.5€

« Là-bas, c’est toujours loin » nous parle d’exil, d’envie puissante d’intégration, d’identités et d’humanité. Le récit croise deux histoires à seize ans d’intervalle. Celle de Sahraan un Cap-verdien qui a fait une folle promesse et qui la tiendra au-delà des conséquences : partir seul en 1974, s’exiler, laisser sa femme et sa fille, pour les retrouver après dix ans de silence. Sahraan fait le choix d’éviter les grandes métropoles et préfère une petite ville de l’est de la France où les hauts fourneaux demandent encore des bras puissants, forts et volontaires. Sa force de travail lui permettra peut-être un regard, une espérance d’acceptation même si la peur jamais ne le quittera. Seules deux personnes ouvriront leur cœur et leurs portes à Sahraan, le bouquiniste et la secrétaire de l’entreprise qui l’emploiera. L’arbrisseau de son pays qu’il a planté en arrivant au cœur de la ville prendra plus facilement son essor, ses racines trouveront, elles, leur place et seront acceptées d’autant plus que la ville leur devra beaucoup… Et puis celle de Maira qui après la mort de sa mère sait qu’elle doit suivre en 1990 le chemin de son père pour savoir, pour le connaître, pour se connaître. Avec l’argent envoyé par Sahraan, elle a suivi des études et appris le français alors, rien ne peut la retenir, le moment est arrivé : elle part chercher ses racines bien loin de sa petite île avec une photographie, un nom et une ville. Un texte court à l’écriture rythmée pour une forte émotion toujours contenue et maîtrisée.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Asli ERDOGAN

L'homme coquillage
Actes Sud

195 pages | 13-05-2018 | 19.9€

« L’homme coquillage » est narré par une femme turque : « Je suis née et j’ai grandi en Turquie, moi ! » et ce n’est pas anodin ! Elle est physicienne et partie en Suisse pour poursuivre ses recherches. C’est lors d’un voyage pour un séminaire avec ses collègues à la Caraïbe qu’elle rencontre Tony, pêcheur de coquillages, qu’elle nommera L’homme coquillage. Première femme blanche à lui adresser la parole, elle décidera d’aller vers cet inconnu au physique singulier (« Mais ce n’est pas juste en regardant la couverture d’un livre qu’on peut savoir ce qu’il contient. »), rejoindre l’inconnu qui deviendra son mythe. Elle n’est guère heureuse dans son monde qu’elle décrit sans concession alors, solitaire, elle préfère, malgré le danger, rencontrer un autre monde, un autre regard, plus libre, plus ouvert, « l’homme coquillage qui m’a appris le chant de l’océan, Tony l’Homme Coquillage que j’ai aimé d’un amour profond, féroce et irréel ». Tony est particulier, à double facettes, comme chaque homme, bienveillant ou malveillant, sorcier ou magicien, « habile aux caresses autant qu’aux coups. Tony était comme ces enfants siamois dont le corps unique est coiffé de deux visages contraires. Le premier était dur et intrépide comme celui d’un corsaire aux larges balafres, le second, sensible et doux, celui d’un saint miséricordieux. ». Le lieu est aussi particulier, scindé en deux, les blancs et les autres, un « ghetto situé à même pas deux cents mètres des hôtels quatre étoiles » dans lequel « s’appliquait la loi universelle de tous les ghettos du monde ; la loi de la faim, de l’exclusion, du désespoir, de la violence. ». Enfin, elle est également particulière, son histoire personnelle et intime douloureuse l’a marquée à jamais, « Ne pas savoir oublier. Implacable vengeance de la mémoire. » Le récit intime courageux et sans concession d’un voyage fondateur aux frontières de l’amour et de la mort. Le premier roman d’Asli Erdogan enfin disponible en France qui livrait déjà quelques indices évidents de son regard sur la souffrance, son amour de la liberté et sa résistance absolue à toute oppression.

Premier roman

« Sous les tropiques, sur cette île éloignée de tout, j’ai appris que l’enfer et le paradis ne font qu’un, que seul un assassin peut être prophète, et qu’un homme, comme dans les séances de magie noire, peut en devenir un autre, car le contraire absolu de l’homme, c’est encore lui-même. »

« Son esprit n’était pas induit en confusion par des concepts tels que la psychanalyse, la névrose, l’existentialisme, et il savait ressentir cette chose à vrai dire élémentaire qu’est la douleur de l’autre. Il savait être triste pour l’autre. Il y avait en lui une sensibilité sans équivalent dans le monde hypocrite des gens trop instruits. »

« Car selon moi, écrire ne vient à l’idée que de ceux qui souffrent de ce mal que j’appelle ''la constipation de vivre''. »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Julien Lapeyre de Cabanes


Emily RUSKOVICH

Idaho
Gallmeister

362 pages | 10-05-2018 | 23.5€

Jenny et Wade se sont rencontrés grâce à un chien, et Jenny força la porte du solitaire. Ils choisirent de s’isoler dans la montagne : « Wade et Jenny sont des gens des plaines. Des gens des plaines vivant sur une montagne dont ils n’avaient pas remarqué qu’elle était beaucoup plus grande qu’eux. Un terrain acheté sans trop réfléchir parce qu’il n’était pas cher, parce qu’il n’avait rien à voir avec la plaine. Que d’arrogance et de puérilité ! » Malgré les difficultés rencontrées, ils eurent deux filles, June et May. Puis, par une chaude journée d’août 1995, ils partirent tous les quatre avec le pick-up ramasser du bois. C’est alors que le drame se produisit : inexplicable, totalement inattendu et au-delà de la violence. Désintégration, plus de famille, plus d’avenir, plus rien. Le récit débute neuf années plus tard alors Wade s’est remarié avec sa professeur de piano Ann qui, évidemment, a connaissance de son drame. Mais Wade a la mémoire qui s’envole : « Dorénavant, tout est incertain, et il ne semble pas y avoir de frontière claire entre ce que Wade est capable de faire ou incapable de faire. » Son drame semble aussi s’éloigner de lui et Ann devient le seul témoignage d’évènements qu’elle n’a pas vécus. Alors ils vont l’obséder, et elle n’aura de cesse de tenter de reconstituer le déroulement du drame. Toujours la délicieuse manie de Gallmeister de nous trouver des perles ! Emily Ruskovitch ne fait pas dans la facilité, un drame absolu, un amour absolu, un isolement absolu, une violence sourde, une noirceur profonde, un va-et-vient constant entre présent et passé, et pourtant elle nous hypnotise et ses personnages nous attirent et nous entraînent malgré nous dans leur abime. Un premier roman puissant d’une grande virtuosité.

« Pour autant qu’Ann sache, Jenny avait elle aussi disparu de la mémoire de Wade. La vie qu’il avait menée avec elle, avec May et June, le son de la voix de ses filles et la dernière odeur de leurs vêtements, tout ça avait disparu par les nombreuses blessures de la maison, tel du sang qui s’écoule dans la nuit et qui plus jamais n’irriguerait leur histoire à tous les deux. »

« Il a perdu ses filles, mais il a également perdu le souvenir de les avoir perdues. En revanche, il n’a pas perdu la perte. »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Simon Baril


Laurine ROUX

Une immense sensation de calme
Les Editions du Sonneur

122 pages | 21-04-2018 | 15€

Un homme et sa grand-mère, une jeune fille, une grand-mère disparue, la narratrice et surtout la Nature forment les personnages principaux de ce conte aussi noir que lumineux. Les humains rescapés font partie des invisibles, derniers survivants d’un monde disparu après une catastrophe (« Nous étions la première génération du Grand-Oubli »), des parias isolés dans une nature qui reprend ses droits. Une nature à double facette aussi belle et douce que sauvage, violente et dangereuse. Comment la vie, l’amour et la mort peuvent continuer de s’y exprimer dans leur pureté originelle ? Entre noirceur et lumière, entre humanité et animalité, un terreau parfait pour construire un conte qui suggère, qui expose un chemin vers une sérénité originale de vie, convoque les silences pour mieux faire ressentir une nouvelle philosophie de vie avec le temps qui passe vers une issue connue de tous, « Nous sommes tous de passage. Simplement de passage. »

Premier roman

« Nous sommes des dieux qui ont reçu la beauté en héritage. La splendeur de la jeunesse est éternelle. Seuls comptent le plaisir de l’effort et celui d’être là. Simplement là, ici et maintenant. Seulement la puissance de l’instant, Igor et la taïga. Ainsi passent les années. »

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Thème(s) : Littérature française


Ethel SALDUCCI

La petite musique de Jeanne
Luce Wilquin

280 pages | 16-04-2018 | 20€

Jeanne a décidé de quitter ses parents et la ville qu’elle aime (« Quitter la ville qu’on a aimée, savoir quitter. ») et où elle a grandi. Elle fuit en effet Nice après la mort accidentelle de ses grands-parents pour rejoindre sa professeur de trombone à Sens. Elle habitera chez Mme Ducafy qui va l’entourer avec ses deux enfants, la soutenir et l’encourager. Une belle rencontre, une étape pour se reconstruire avant de repartir vers Paris et le Conservatoire puis sa rencontre avec Gabriel, joueur de violoncelle. Découverte de Paris et de la vie à deux ou plutôt à trois : Jeanne, Gabriel et la musique. « Savoir quitter » n’empêche pas de revenir et ce retour est parfois nécessaire pour clore la boucle…

Premier roman

« … seul le dépouillement sied à la musique. Il faut alléger le son de tout ce dont on pourrait le charger par peur du vide, par envier de briller ou pour compenser une faiblesse technique. La musique n’a besoin d’aucun effet, l’épure est son idéal. »

« L’amour n’existe que dans le détachement, soutenait sa grand-mère. Il faut être capable à chaque instant de quitter. Quitter l’autre, un lieu, une habitude. Etre capable de quitter sinon, ça n’est plus de l’amour, c’est autre chose. »

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Thème(s) : Littérature française


Sarah MARTY

Soixante jours
Denoël

288 pages | 15-04-2018 | 20€

Un mur s’écroule dans une propriété fatiguée des Yvelines et la propriétaire découvrira le périple exceptionnel de Yoldas, un maçon kurde qui a choisi ou subi l’exil, et qui lui propose son aide. Yoldas va se confier et Sarah Marty nous livre son témoignage qui donne corps et visage aux migrants, une incarnation absolue. L’exil du peuple kurde est singulier, ces apatrides quittent un pays qui n’est pas le leur et pourtant, la décision est douloureuse, abandonner son histoire, abandonner les siens, un sacrifice, une lourde culpabilité à surmonter. Ils vont se retrouver à quatorze. Progressivement le groupe va se former, se connaître, s’unir et ne former plus qu’un (« Il n’y a pas de victoire individuelle… »). Chacun a sa propre histoire, son vécu, ses souvenirs, les évoquera timidement alors que ses compagnons ne poseront que peu de questions, accepteront les silences ou les confidences. Une solidarité et une fraternité sans faille jaillira dans l’adversité des chemins de l’exil. Ils ont décidé de fuir la peur (« Il veut vivre dans un pays où les mots ne font pas peur, où ils ont le droit d’être écrits, d’être lus, d’être aimés comme d’être détestés. Il ne veut plus être muselé. »), de s’en éloigner et néanmoins durant ce périple, elle sera là, omniprésente, de tous les instants, dans tous les lieux, étouffante et inquiétante. Chacun aidera son compagnon à la supporter, à l’oublier pour quelques brefs instants, voire à rêver ensemble d’un futur souriant. Ces surhumains continueront, résisteront (« Dans quelles ressources a-t-il puisé pour échapper à sa peur ? »), face à l’inhumanité de ce voyage, face à la brutalité et l’avidité insatiable des passeurs. Ils côtoieront la mort, la peur, la faim, la violence mais le groupe toujours se dressera pour tenter de rattraper les épuisés, les exténués prêts à renoncer. Un récit puissant, haletant et terriblement émouvant pour ne pas oublier que chaque jour, sur les chemins européens, au bout de notre jardin, dans les mers qui bordent nos côtes, des hommes, nos frères, subissent un exil contraint et périlleux et perdent toujours un bout de leur histoire et parfois leur vie.

Premier roman

« Je veux aller dans un pays où le soleil se lève, je vais où les rires sont permis et où les couvre-feux n’existent plus. »

« … on ne reconstruit pas sur des ruines, sur des corps de femmes, d’enfants, d’hommes. On ne peut pas rebâtir sur des âmes sans être persécuté par leurs cris. Il faut fuir. Oui, s’offrir un autre destin. Yusuf aime l’idée de poser quelque part des fondations sur une terre qui n’a pas été nourrie de sang. »

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Sarah Marty lus par Vaux Livres


Jadd HILAL

Des ailes au loin
Elyzad

210 pages | 26-03-2018 | 18.5€

Quatre générations de femmes, un siècle de vie et un même destin. Ces quatre femmes libano-palestiniennes vivront plusieurs exils, connaîtront la tristesse des séparations et les joies des retrouvailles. Elles partageront l’angoisse des bombardements comme la violence des hommes mais apprendront à les maîtriser voire les ignorer. Elles opteront toujours pour le camp de la vie, en Palestine, à Beyrouth, à Bagdad, en France ou à Genève, Beyrouth conservant une place à part dans leur cœur : l’instant où on la quitte, le tumulte, le bruit et la vie plutôt que l’ordre, le calme et le train-train suisse (« …vie de tiraillement entre la légèreté libanaise d’un côté et la responsabilité franco-suisse de l’autre, entre l’insouciance de l’enfance et la maternité de l’âge adulte. »). Néanmoins « C’est drôle le Liban, comme les autres pays choisissent systématiquement de s’y attaquer. », l’insouciance a donc dû mal à résister face au déferlement récurrent de violence, l’exil s’imposera, toujours et encore, elles partiront mais emmèneront avec elles leur histoire, leur passé et le Liban. Un premier roman au rythme enlevé et au ton plaisant qui relate le dialogue entre ces quatre femmes attachantes qui, au-delà de leurs portraits, nous parlent à hauteur de femmes de ce pays déchiré par ses relations chaotiques avec ses voisins.

Premier roman

« Qu’est-ce qu’il y a de plus irresponsable que l’enfance ? »

« J’ai compris que détester, c’est s’interdire d’être l’autre. »

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Thème(s) : Littérature étrangère


Ronan GOUÉZEC

Rade amère
Le Rouergue

192 pages | 19-03-2018 | 18.5€

Caroff est échoué sur la rade de Brest. Seules sa femme et sa fille le maintiennent à flots. Il n’a plus de bateau et ses collègues du port ne veulent plus entendre parler de lui. Ils n’ont pas oublié son dramatique accident et le jeune mort resté au fond de l’océan. Caroff pense avoir trouvé la solution en acceptant de participer à un trafic qui passe par un retour sur la mer. Deux ou trois expéditions, des enveloppes avec du liquide et il pourra enfin partir avec sa famille et démarrer une nouvelle vie. On aimerait tant que ce soit possible… Un beau texte, bien noir, très marin qui offre un portrait des hommes animant le port et de beaux personnages : 180 et Yann deux petites frappes qui viennent pour encadrer Caroff, Brieuc qui semble repartir sur de bons rails avec son entreprise de taxi maritime, Delmas trafiquant basique, dangereux et sans humanité, Josette et René un vieux couple attendrissant sur le départ. Il ne vous reste plus qu’à monter sur le bateau pour goûter aux embruns et apprécier cette écriture, vous ne le regretterez pas !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir


Isabelle SIVAN

Dankala
Serge Safran

20 pages | 28-02-2018 | 19.9€

Dankala est un petit pays d’Afrique discret. Et comme presque partout sur le continent, les Africains ont besoin de notre aide, n’est-ce pas ? Alors une petite communauté d’expatriés se dévouent pour améliorer leur quotidien… La vie coule, tranquillement, sans surprise, le temps s’écoule, doucement. Rien ne semble vouloir bousculer les habitudes de chacun, l’ennui et cette attente interminable. Néanmoins, le meurtre d’abord isolé d’un soldat français vient tourmenter ce petit monde. Chacun réagit à sa façon, la peur s’incruste, la rumeur s’installe… Le climat devient de plus en plus malsain alors que les meurtres sauvages se multiplient. Finalement, ils revivent. Enfin ! Mais au plus profond d’eux, peu d’émotions et leurs certitudes restent indemnes. Isabelle Sivan, avec une belle écriture, décrit un monde poisseux, moite, oisif qui ne sait réellement pas trop où sa place est et ne vit pas avec mais à côté.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Valérie CIBOT

Bouche creusée
Inculte

130 pages | 27-02-2018 | 14.9€

Un homme semble fou, il mange la terre de son jardin, semble prêt à s’y enterrer, sous le regard suspicieux de ses voisins, bien cachés derrière leurs rideaux. « Bouche creusée » va remonter le fil de ce destin, de la folie de cet apiculteur suspect de partager parfois son temps avec un jeune étranger. La rumeur naît, grandit et explose. D’où vient-elle ? Quelle en est son origine, sa raison ? Qui va-t-elle ronger ? Quelle est le rôle de la narratrice ? Un premier roman au style bien marqué, une écriture typée qui accompagne parfaitement ce portrait diabolique et troublant de la rumeur.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Violaine HUISMAN

Fugitive parce que reine
Gallimard

247 pages | 12-02-2018 | 21.9€

Violaine Huisman dans son premier roman propose le portrait d’une mère et de ses deux filles, de l’amour qui les lie dans un environnement tortueux et imprévisible. La mère est en effet multiple, aussi aimante que négligente, un vocabulaire adulte, direct, sans limite, aussi imagé que grossier et parfois violent impliquant des blessures profondes. Les deux sœurs se serrent les coudes, s’entraident, aiment leur mère, atténuent ses crises (elle est maniaco-dépressive) et ses outrances, mais seront naturellement à jamais marquées par leur enfance. La mère veut avant tout vivre librement sa vie sans vraiment considérer les conséquences éventuelles sur ses filles. Un texte éprouvant qui n’épargne pas le lecteur sur les relations entre une mère perturbée et ses enfants sans que l’amour puisse éviter une fin dramatique.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Gilles MARCHAND

Une bouche sans personne
Aux Forges de Vulcain

262 pages | 11-02-2018 | 17€

1988 sera une année charnière pour le narrateur. La journée, il est comptable, compte, ajoute, soustrait, vérifie et revérifie chaque opération. Le soir, il rejoint quelques amis dans un bar à l’ancienne tenu par Lisa dont il est secrètement amoureux. Puis il finit la nuit seul dans son appartement : « La planète interdite, c’est un bon résumé de ma vie. Le tout est d’en avoir conscience et de parvenir à s’en satisfaire. ». Rien d’autre (« La routine me sert de carapace. »). Enfin, presque, sinon une cicatrice, des écharpes et un poème qui l’accompagnent depuis l’enfance. Ce sont ses secrets. Mais cette année, enfin, peut-être pourra-t-il en parler, les partager. En effet, une fissure, la carapace s’effrite et il commence timidement de se confier à ses amis qui l’écoutent avec attention et le découvrent enfin. Puis d’autres personnes viennent chaque soir écouter et découvrir la suite de son histoire et de son grand-père adoré Pierre-Jean. Et ils sont de plus en plus nombreux. Le ton est parfois badin mais le lecteur ressent toujours un poids et une profondeur derrière cette légèreté, l’atmosphère est souvent digne de Jean-Pierre Jeunet voire Boris Vian, une poésie folle, le personnage et son appréhension de la vie étant si atypiques. La fin sera bouleversante. Une belle réussite que ce premier roman.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Emmanuelle HAN

La sublime communauté - Les affamés
Actes Sud

375 pages | 22-01-2018 | 16€

Notre monde s’apprête à disparaître. C’est la fin, la planète est dévastée. Les affamés errent alors que six mystérieuses portes apparaissent et semblent les appeler vers un nouveau monde, une renaissance. Tous s’y précipitent, enfin presque tous, quelques-uns refusent de fuir et le récit suit les aventures de trois d’entre eux. Trois jeunes, trois enfants, trois Transplantés aux trois coins de la planète (Argentine, Népal, Inde). Ils ne se connaissent pas, ils vivent loin les uns des autres, ils ne le savent pas encore, mais leur destin est lié et la Sublime Communauté en dépendra. Entre légendes et mystères, mythes et contes, fantastique ou dystopie et réalisme, nature et technologie, un roman d’aventures multiple et varié qui emporte irrésistiblement le lecteur vers le tome 2 !

Premier roman

Thème(s) : Jeunesse


Karl GEARY

Vera
Rivages

255 pages | 08-01-2018 | 21.5€

Sonny a seize ans, vit dans l’Irlande pauvre qui trime pour survivre. Il est déjà familier des petits boulots, de la précarité et de quelques larcins. Il a une copine border-line mais avec qui il peut parler. Puis il va rencontrer Vera, une jeune femme plus âgée, belle, attirante, appartenant à un autre monde, habitant en effet dans les beaux quartiers de Dublin. Il tombe éperdument amoureux de cette femme mystérieuse. Une histoire intense, il sent sa fragilité sans savoir l’expliquer, et aimerait naturellement l’aider, la protéger. Elle sait l’écouter et simplement, sans démonstration, lui apporte un peu de lumière tout en lui offrant les clés d’un autre monde (les livres, la lecture, la poésie, la peinture…) qu’il ignorait. A la deuxième personne du singulier, le récit est brut, rend parfaitement compte de la solitude et du quotidien éprouvant de certains quartiers irlandais et le dénouement final est plus qu’émouvant.

Premier roman

« Nous sommes des serre-livres, toi et moi, tu vois ce que je veux dire ? Ton esprit se projette, il va de l’avant, tu penses à l’avenir. Moi, je pense au passé, je pense... »

Ecouter la lecture de la première page de Vera

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Céline Leroy


Paolo COGNETTI

Les huit montagnes
Stock

300 pages | 07-01-2018 | 21.5€

Pietro et Bruno se rencontrent alors qu’ils ont onze ans, une rencontre pour la vie malgré leurs différences. Pietro est un garçon de la ville, fils d’un ingénieur amoureux de la montagne, bien inséré dans le monde. Bruno est un p’tit gars de la montagne, ancré définitivement dans son lieu d’origine (« Toi, tu es celui qui va et qui vient, moi je suis celui qui reste. Comme toujours, pas vrai ? »). Ils se rencontrent en effet à Grana, village au cœur du Val d’Aoste où les parents de Pietro ont trouvé une maison loin de Milan où ils habitent et travaillent. Pietro nous fait découvrir la naissance de cette amitié indéfectible qui va unir les deux gamins avec une admiration et un respect partagés. Malgré ses réserves, Bruno lui fera découvrir et apprécier la montagne, les arbres, la nature. Le père de Pietro profite de chaque week-end pour parcourir la montagne, gravir les sommets ce que Pietro n’apprécie guère contrairement à Bruno dont la compagnie de cet homme sévère et directif mais qui s’intéresse véritablement à lui rend heureux. Malgré les aléas de la vie, Pietro et Bruno resteront toujours proches et rien ne pourra les séparer. Un bel hommage à la montagne et une superbe et émouvante histoire d’amitié entre deux gamins opposés qui ne se quitteront plus et parcourront ensemble les sentiers de la vie et de la montagne au cœur d’une nature préservée ; "Les huit montagnes" offre également une réflexion débordant d'humanité sur la vie et sur la filiation. Bonne lecture et bonne ascension !

Premier roman

« A ton avis, le passé, il peut passer une deuxième fois ? »

« Le voilà, mon héritage : une paroi de roche, de la neige, un tas de pierres de taille, un arbre. »

« Peut-être ma mère avait-elle raison, chacun en montagne a une altitude de prédilection, un paysage qui lui ressemble et dans lequel il se sent bien. »

Ecouter la lecture de la première page de Les huit montagnes

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Anita Rochedy


Timothée DEMEILLERS

Prague, faubourgs est
Asphalte

146 pages | 12-11-2017 | 16€

Prague fait partie des capitales européennes où beaucoup rêvent de séjourner, ville mythique, belle carte postale. Mais derrière la vitrine, que trouve-t-on ? Marek, après avoir déserté Prague au début des années 2000 pour les Etats-Unis, est de retour sept ans après. La ville a totalement muté. Son ami Jakub aussi. Sans parler des touristes qui ne viennent pas uniquement pour les belles pierres ! On suit les pérégrinations de Marek de clubs en bars, d’alcools en drogues, de filles en filles à la recherche de Sa ville et de son amour de jeunesse, Katarina. Le communisme a été expulsé laissant rapidement place à un capitalisme débridé. Il se retrouve donc devant mafias, prostituées, et la disparition du Prague populaire, un désenchantement flagrant et profond. Evolution classique, enrichissement exponentiel d’un petit nombre, appauvrissement et misère pour le plus grand nombre incitant même certains à regretter l’ancien régime… Un portrait dense, précis et désenchanté de Prague qui casse l’image idyllique de cette capitale européenne.

"On ne peut pas toujours rattacher la destinée d'un homme à celle de sa nation"

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Timothée Demeillers lus par Vaux Livres


Brit BENNETT

Le coeur battant de nos mères
Autrement

338 pages | 09-10-2017 | 20.9€

Nadia est une jeune fille brillante de la communauté noire d’Oceanside en Californie. Alors que sa mère s’est suicidée sans explications il y a quelques mois, elle choisit d’avorter, traumatisme indélébile, après sa rencontre avec Luke, le fils de pasteur, qui ne l’aide guère dans ce drame au cœur du communauté où la religion a une influence immense. Elle décide alors de partir pour de brillantes études à l’Université de Michigan et de laisser sur place son passé et notamment son amie Aubrey et Luke. Mais trois ans, après, elle revient sur place et retrouve ses amis et la communauté. La construction du « cœur battant de nos mères » aimante le lecteur en alternant la narration des vies de Nadia, Aubrey et Luke au cœur des différentes communautés fondement de la société et l’avis d’un chœur de vieilles femmes, de mères, qui commentent les évènements de la communauté.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Jean Esch


Pierre BENGHOZI

Loki 1942
Serge Safran

157 pages | 28-09-2017 | 15.9€

En 1942, les Allemands occupent la Norvège. Cinq Allemands ont été tués et en représailles, cinq Norvégiens doivent mourir. Dans une école, Ida Grieg et cinq de ses plus mauvais élèves (quatre garçons et une fille) sont retenus en otage, un seul survivra (« Ironie du sort, les cancres allaient achever leur vie dans cette école. »), le lieutenant Abel Lehmann l’a décidé, enfin continue d'obéir malgré ses interrogations (« C'était si simple un ordre, si clair, si reposant. Ca vous transportait d'une rive à l'autre en vous épargnant d'être mouillé ou le risque d'être emporté par le courant. »). Or, Ida Grieg est une résistante et elle doit passer un message codé à son réseau. Pour cela, elle a une nuit pour que les cinq cancres apprennent un poème de Loki, dieu de la discorde, afin que le survivant puisse le réciter à sa libération. Les gamins, éloignés des mots et du langage, ne semblent guère conscients de la situation, ils ne craignent pas la mort et aimaient d'ailleurs si confronter sur la dalle du Preikestolen Lysefjord, ils semblent même prêts à profiter du coma passager d’Ida. Elle va devoir les apprivoiser, les tenter, les attirer, pour qu’ils acceptent, devant le précipice de la mort, l’effort de l’apprentissage, la rencontre avec les mots, le langage et la poésie et qu’ils prennent entièrement conscience de leur portée. Un court roman qui se lit vite, huis clos violent qui percute et interroge mais ouvre le chemin de la liberté et de la responsabilité à une horde sauvage.

Premier roman

« L'école de Stavanger abritant six personnes, pour que l'une d'elles restât en vie, il fallait nécessairement qu'aucune ne meure. »

« ... mourir ensemble est plus facile que survivre séparément »

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Thème(s) : Littérature française


Sébastien SPITZER

Ces rêves qu'on piétine
Editions de l'Observatoire

310 pages | 17-09-2017 | 20€

Ces rêves qu’on piétine réussit le tour de force de retracer en parallèle les derniers jours de Magda Goebbels et des survivants et morts des camps de concentration : le point commun de ces récits est la folie extrême, la folie inhumaine et destructrice. Dans les camps, au cœur de cette folie et de la violence sans limite, la lutte pour la survie est permanente et on suit en particulier Ava, une petite fille qui détient secrètement les lettres d’un père à sa fille. Quant à elle, Magda Goebbels continue de préférer oublier Richard Friedländer, son beau-père adoré, juif, qu’elle abandonnera et laissera mourir dans un camp. Elle avait d’autres ambitions, d’autres rêves, le pouvoir l’aimantait, elle acceptera tout de Joseph Goebbels pour approcher ce pouvoir puis devenue invulnérable, s’y installer, jusqu’à ces derniers jours, où elle emportera avec elle ses enfants. Sébastien Spitzner réussit à donner corps à l’Histoire, à l’incarner en établissant un équilibre parfait entre fiction et histoire. Ses descriptions très réalistes sont naturellement absolument terrifiantes, mais il réussit en croisant les deux récits à la fois à nous déranger et à nous entraîner.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Cyril DION

Imago
Actes Sud

215 pages | 11-09-2017 | 19€

Les quatre personnages principaux d’Imago, isolés ou enfermés, aspirent à la liberté, ils diffèrent dans le chemin qu’ils espèrent emprunter pour y accéder ou employer pour casser la chrysalide qui les étouffe. Nadr se sent entravé en Palestine, il rêve d’un ailleurs libre, et la poésie et les poèmes de Darwich notamment l’épaulent et le soutiennent. Son frère Khalil a fait d’autres choix dont celui de la violence et est bien décidé à commettre un attentat, loin de son pays, en France. Fernando travaille pour le Fonds, une organisation internationale, et espère, depuis son bureau, influer sur le conflit. Enfin, Amandine, 62 ans, a choisi de se retirer loin du monde et de ses horreurs et vit en solitaire dans une forêt. A partir de ces quatre trajectoires que certains tentent de maîtriser, Cyril Dion nous entraîne au coeur de cette tragédie sans fin que reste le conflit israélo-palestinien sans oublier l’Occident, troisième pilier du drame, il nous confronte à ses acteurs principaux et à leurs sentiments, croyances et violence, cherchant toujours à expliquer ou à comprendre plutôt que de juger.

Premier roman

« Mille bombes ne pourraient rien contre la terre, contre les mots de Darwich. Tant qu’il reste une femme, disait son grand-père, la terre ne peut être perdue. »

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Thème(s) : Littérature française


Paul-Bernard MORACCHINI

La fuite
Buchet-Chastel

155 pages | 10-09-2017 | 14€

Un homme a enfin pris La Décision ultime : quitter ce monde et ses habitants médiocres qu’il méprise : « Plus je fuis et plus j’ai besoin de fuir plus loin encore. Mon seuil de tolérance envers mes semblables est au plus bas. Il ne s’agit plus de quitter le quotidien morne d’un carcan social, c’est au-delà… » Il prend la route et retrouve une région isolée qu’il connaît: « Riche de rencontres et d’expériences nouvelles, ce voyage-ci sera une suite d’évènements déroulés au hasard de sentiers inconnus. Une fuite en avant ». Loin de la société, il s’installe en solitaire au cœur d’une forêt et de la nature. Il est rapidement rejoint par un chien blessé qui l’accompagne dans ses balades, ses chasses, pêches et cueillettes. Il se prépare à vivre son premier hiver, instant où la puissance de la nature donne toute sa mesure. Mais est-il si bien que ça préparé à cette solitude ? Pourra-t-il résister à la sauvagerie et à la folie qui guettent ? Une fuite finalement assez désespérée d’un homme guère attachant.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Thomas FLAHAUT

Ostwald
L'Olivier

170 pages | 04-09-2017 | 17€

Deux frères, Félix et Noël, évacués avec d’autres, se retrouvent dans un camp au cœur d’une forêt. Leur monde continue en effet de s’écrouler : l’entreprise où travaillait leur père a fermé ses portes et condamné la région, leurs parents se sont séparés… La centrale de Fesselheim a rencontré un nouveau problème, et dans l’opacité habituelle, les causes et les conséquences restent assez flous même si les habitants s’y attendaient et vivaient avec la menace depuis longtemps. En tous cas, l’apocalypse est là et il va falloir partir, prendre la route, pour trouver une nouvelle place, un nouveau monde, « Ce lieu où attendre, Félix le sait depuis le début, on ne le construira pas pour nous, on ne nous y conduira pas. Il faut le trouver, ou l’inventer. » Un premier roman guère optimiste tant sur le passé, le présent que l’avenir !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Catherine BÉCHAUX

Les passagères du 221
Liana Levi

124 pages | 31-08-2017 | 14€

Paul conduit le bus de la ligne 221, une ligne calme, tranquille, vingt-sept arrêts avant le terminus, des passagers représentatifs de la banlieue qu’il traverse. Enfin presque. Paul remarque dans un créneau d’horaires particulier que de nombreuses femmes alourdies par de gros sacs montent dans son véhicule. Elles quittent le bus au même arrêt, peu de temps avant le terminus : le centre de détention. Elles sont femme, sœur, mère, grand-mère d’un détenu et elles arrivent, tendues, la boule au ventre, toujours dans l’incertitude. Et naturellement, le trajet est propice à la réflexion, à se remémorer le passé, la trajectoire qui a mené à cette catastrophe qui les conduit aujourd'hui à ce parloir, quelques instants trop courts dans ce minuscule espace crasseux pour tenter de renouer le dialogue, de parler, de questionner ou simplement se contenter d’être là dans cette « hutte calfeutrée dans la tempête. ». Mais cette fois, le trajet est singulier, l’une d’entre elles, âgée, fait un malaise. Que faire ? Appeler les secours et risquer de rater le parloir hebdomadaire ou parier pour une fois sur un avenir heureux et continuer la route. Une palette de portraits émouvants de femmes en survie.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Emily FRIDLUND

Une histoire des loups
Gallmeister

300 pages | 16-08-2017 | 22.4€

Madeline (ou Linda) est une jeune adolescente, quelque peu isolée et sauvage. Même si elle fréquente l’école de la ville voisine, Whitewood, elle vit à l’écart, en forêt, à proximité des grands lacs du Minnesota, avec ses parents et ses chiens. Elle connaît comme sa poche la faune, la flore, la forêt qu’elle parcourt avec ses chiens et ses arbres, les lacs qu’elle sillonne à canoë et ses poissons : Emily Fridlund en fait une description éblouissante. Ses parents se sont installés à cet endroit après avoir fui une communauté. Son univers bascule le jour où une famille s’installe sur la rive opposée du lac. Elle observe aux jumelles l’enfant et ses parents qui appartiennent à un autre monde. Lorsqu’elle rencontre la mère Patra, celle-ci lui propose de venir s’occuper régulièrement du petit Paul, son mari, très occupé par son travail, étant reparti vers d’autres cieux… Dès les premiers instants, le malaise s’installe. Tout se déroule sans accrocs mais Paul a parfois un comportement étrange, sa mère également qui semble fragile et parfois ailleurs, leur relation est aussi singulière. Linda observe avec fascination la famille sans jugement ou avis déplacé. Elle s’installe progressivement au cœur de la famille et tisse des liens avec Paul et Patra, elle qui souhaiterait avant tout être aimée et partager. La narration est parfaitement maîtrisée, et différents thèmes (que nous vous laissons découvrir) s’entremêlent sans jamais perdre le lecteur mais en renforçant son malaise et son envoûtement comme son envie furieuse de connaître le dénouement, en sachant dès les premières pages qu’un procès est annoncé et que Linda témoignera. Un roman âpre et dérangeant. David Vann a trouvé sa consoeur et Gallmeister nous a encore déniché une pépite !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Juliane Nivelt


Pierre DERBRÉ

Luwak
Alma

210 pages | 07-08-2017 | 17€

Igor Kahn est un modeste, un invisible. Il est apprécié de tous sans être remarqué. Célibataire, un ou deux vrais amis. Le grand calme… Et puis, un jour, malgré une récente promotion, il fait partie des élus pour les licenciements, il faut bien restructurer, n’est-ce pas. Son départ se déroule dans le calme, sans éclats de voix, tranquillement. Peu de temps après, Igor gagne le gros lot au loto, de la même façon, calmement, sans excès. Il décide de s’installer au bord de l’estuaire de la Gironde, trouve quelques voisins sympathiques, et quelques passe-temps plaisants se complaisant dans sa nouvelle vie d’artiste. Il s’implique dans les associations locales et assiste même à des cours de philo où il découvre la théorie de l’happax existentiel proposée par Jankélévitch : l’happax révèle l’homme à lui-même et scinde ainsi sa vie en deux, il y a un avant et un après l’happax. Cette révélation ne bouleverse pas radicalement Igor même si, au plus profond de lui-même, il sent bien qu’il n’a pas encore vécu son happax, que les évènements de sa vie sont attendus, et son bonheur sans surprise. Alors, Igor se lance un défi, trois mois, trois mois pour trouver un nouvel élan à sa vie, de nouvelles étoiles éclairant à l'infini son existence. Igor ira en effet jusqu’au pays des luwaks pour initier et finaliser son nouveau projet de vie et apprécier les rencontres qui feront basculer son quotidien. Un récit d’une grande douceur, très rythmé qui emporte le lecteur dans le tourbillon de la vie.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Pierre SOUCHON

Encore vivant
Le Rouergue

248 pages | 06-08-2017 | 19.8€

Pierre a été reconnu bipolaire dès l’âge de 20 ans. Il séjourne régulièrement dans des établissements spécialisés et retrouvent ses frères de la nuit. Il les connaît tous et les médecins ont pris l’habitude, lui le journaliste de l’Humanité, de lui adjoindre Lucas, un financier. Conscients de leur état, ils peuvent en plaisanter et Lucas a l’humour dévastateur et l’ironie facile notamment concernant leur différence de points de vue économique et social. Son père continue de l’aider, de le soutenir tendrement et lui rend visite régulièrement ce qui incite Pierre à évoquer ses origines et sa terre. Il est issu d’une famille cévenole, ancrée dans sa région, dans son village capable de vivre quasiment en autarcie. Son père est garde-chasse mais un garde-chasse qui aime la nature, les arbres, et la poésie. Pierre développe un sentiment de culpabilité récurrent, d’avoir abandonné ce monde, de l’avoir délaissé et d’avoir donc participer à son effondrement. Car, ce monde se meurt, sa disparition approche, et Pierre ne peut l’accepter. Comme il ne peut accepter les discours des élites bourgeoises auxquelles appartient sa femme et sa famille. Pierre est bipolaire mais c’est aussi un être entier, écorché vif qui ne peut accepter les injustices, la bien-pensance et l’hypocrisie, et cela produit donc un mélange détonnant : Pierre ne peut jamais se retenir très longtemps ! Un récit autobiographique sous forme de cri, qui ne cache pas la violence prête à jaillir, qui nous parle aussi du monde médical psychiatrique au cœur du quotidien de Pierre, de feu la paysannerie mais aussi de sa vision du monde.

Premier roman (récit)



« C’est simple, le monde, c’est pas complexe, comme racontent un paquet de connards en permanence. Il y a les dominants, vous voyez, et il y a les dominés… et il faut juste choisir son camp. »

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Thème(s) : Littérature française


Charlotte PONS

Parmi les miens
Flammarion

190 pages | 26-07-2017 | 18€

Manon apprend le grave accident de sa mère par sa sœur, au téléphone. La situation est grave, elle est plongée dans un profond coma. Manon n’a pas oublié les discussions avec sa mère quand elle était encore en pleine santé et possession de ses moyens : ne pas devenir un légume, en finir avant tout état végétatif, c’était une évidence. Alors Manon clame immédiatement, sans retenue, sans réfléchir, naturellement, « Autant qu’elle meure. ». Le père, et les deux autres enfants, choqués par cette réaction, refusent cette issue et la trouvent prématurée (« A partir de quand, me dis-je, à partir de quand est-il raisonnable de prononcer le mot ‘euthanasie’ sans passer pour un monstre ? »). Le premier roman de Charlotte Pons aborde donc au cœur d’une famille la fin de vie et l’euthanasie. Manon s’installe chez son père, frère et sœurs se retrouvent, ils ont grandi, vieilli mais sont encore enfants sans plus partager grand-chose (« Nos vies d’adulte pèsent bien plus que notre histoire commune et si elles nous éloignent les uns des autres, voire nous dressent les uns contre les autres, nous n’y trouvons rien à redire. »). L’état de la mère devient une préoccupation de tous les instants, agir, attendre, qui doit décider, quand décider… La question touche au présent mais aussi au passé, aux relations entre la mère et ses enfants, entre le frère et ses sœurs, entre les sœurs, entre le père et la mère, aux relations familiales dans leur globalité : « Il n’est pas question seulement d’euthanasie mais bien du lien que chacun d’entre nous entretient avec elle. Il est question d’être encore un enfant, une bonne fille, un bon fils. ». Charlotte Pons réussit à aborder de front une tragédie ordinaire qui guette chacun d’entre nous avec émotion naturellement, mais sans tristesse, met clairement en évidence les tensions familiales, l’impact du passé familial, malaxe l’humain et sa psychologie avec réalisme.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Jean HEGLAND

Dans la forêt
Gallmeister

302 pages | 26-07-2017 | 23.5€

Le monde tel que nous le connaissons, notre monde, s’éclipse. Personne n’en connaît vraiment la cause, mais la peur règne et les survivants se cachent. Nell et Eva, deux jeunes sœurs, vivaient déjà à l’écart, mais leurs parents disparaissent rapidement et elles se retrouvent alors seules, isolées, dans la forêt, avec quelques réserves qui s’épuisent rapidement. L’électricité est coupée, finis internet, la musique, le téléphone... Alors, il va falloir survivre au cœur de cette forêt aussi accueillante et protectrice que menaçante et dangereuse. Elle peut apporter nourriture, médicaments naturels comme maladie et mort. Elles la connaissent, elles la comprennent, elles font partie d’elle, elle fait partie d’elles. Les saisons passent apportant leur lot de bonnes choses et de moins bonnes. Elles tentent toutes les deux de poursuivre et entretenir leur passion, la danse et la lecture. Elles ne peuvent naturellement se passer l’une de l’autre, mais leur proximité permanente peut aussi parfois être insupportable. Pour que l’aventure humaine continue, il faudra courage, confiance et entraide. Un roman puissant et tendu qui questionne sur la place de l’homme, hommage équilibré à une vie différente, à une forêt vivifiante et sans concession, lieu privilégié de la vie et de l’imagination et enfin une description riche d’une relation fusionnelle entre deux sœurs.

Premier roman

« Nous avons la passion des survivants, et le manque de prudence des survivants. »

« Etudier l’encyclopédie, c’est comme manger de la poudre de caroube et appeler ça de la mousse au chocolat. »

« L’éducation, c’est une question de connexions, de relations qui existent entre tout ce qui se trouve dans l’univers, c’est se dire que chaque gosse de l’école primaire de Redwood possède quelques atomes de Shakespeare dans son corps. »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Josette Chicheportiche

Les titres de Jean Hegland lus par Vaux Livres


Ludovic NINET

La fille du van
Serge Safran

204 pages | 14-07-2017 | 17.9€

Sonja est une jeune femme rousse qui attire l’œil des hommes. Elle erre sur les routes depuis son retour d’Afghanistan après s’être engagée volontaire comme infirmière. Elle semble être partie confiante en ses idéaux et dans le discours officiel. La guerre et ses atrocités la ramèneront à d’autres réalités et sentiments qui l’inciteront en effet à son retour à ne pas rejoindre son mari et son jeune fils. Elle se retrouve à Mèze dans l’Hérault dans son van éreinté avec lequel elle se déplace et vit. Elle rencontre Pierre, ancien champion olympique de saut à la perche qui vend des poulets grillés. L’homme semble différent, son regard l’aspire. Pour la première fois, elle va à nouveau accepter l’autre, l’écouter et enfin réussir à parler de son histoire. Un sauteur à la perche s’élève dans les airs, vole dans un instant de grâce puis retombe. Et Pierre depuis son saut victorieux des JO n’en finit plus de chuter. Sa rencontre avec Sonja semble stopper ou du moins ralentir cette chute, petite étincelle qui le ramène à la vie. A leurs côtés, deux autres écorchés, Abbes, ami d’enfance de Pierre et fils de harki qui n’en a pas encore fini avec son désir de vengeance et Sabine qui espère sincèrement aider Sonja et l’accueillir dans son appartement et son lit. Ludovic Ninet relate avec précision, presque cliniquement, le quotidien de ce quatuor naufragé souvent lassé par la vie mais aussi leurs sentiments les plus intimes, leurs envies et phantasmes, leurs peurs, leurs espoirs et désespoirs… Chaque personnage apporte sa pierre aux thèmes du roman, la survie après la guerre, le suicide, l’amour, la vie de couple, un roman prenant, émouvant, sensible, des personnages attachants et inoubliables, une ambiance noire évidemment mais une lueur d’espoir continue de poindre tant que la vie est là… Un premier roman particulièrement réussi à découvrir absolument.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Ludovic Ninet lus par Vaux Livres


Carole LLEWELLYN

Une ombre chacun
Belfond

295 pages | 18-06-2017 | 17€

Clara survit depuis son enfance, elle est mariée à Charles, homme d’affaires riche, égocentrique, sans considération pour son entourage. Clara est sa chose, et elle supporte cette relation déséquilibrée en silence. Et puis, Charles décide qu’il veut un enfant, aucune discussion envisageable, c’est comme ça, « Il lui demanderait juste un enfant comme on demandait un deuxième whisky et, comme toujours, elle dirait oui. ». Clara est alors déstabilisée et organise méthodiquement son départ afin que personne ne puisse la retrouver. Elle disparaît et Charles offre alors un prime conséquente à qui la retrouvera. Seven Smith, ancien soldat américain, se lance sur ses traces, mais elle aura longtemps un coup d’avance. Tel un limier entêté, il retrouve de minces indices et la suit, une quête qui redonne à cet ancien Marine aussi une envie de vivre. Ces deux personnages qui se poursuivent autant qu’ils sont en quête d’eux-mêmes se croiseront-ils ? Charles retrouvera-t-il son objet fétiche ? Une enquête réussie avec quelques rebondissements très inattendus…

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Claude BENDEL

L'Accident
Flammarion

188 pages | 16-04-2017 | 16€

Thomas Leurling adore les livres et se plonger dans leurs univers, un refuge salvateur. Quand il osera écrire, il écrira le livre de sa vie et ce sera le seul. C’est son avocat commis d’office qui le lui avait demandé alors qu’il était en prison après un Accident mortel où tout l’accuse, même s’il continue de clamer son innocence. En écrivant, il remonte l’histoire de sa vie dans les années 60 dans l’Est de la France, de son enfance, de sa famille (sans fantaisie) et de ses secrets, de sa destinée tragique mais finalement attendue, aucun avenir n’était en effet prévu pour lui. Un premier roman avec une superbe écriture, où la littérature a un rôle bien plus attachant et émouvant que la justice !

Premier roman

« La justice serait un monde cruel où règnent le hasard et la violence. »

« … un des plaisirs de la lecture est la découverte, le hasard, le tâtonnement. Fréquente les librairies, lis quelques lignes, tu trouveras ta voie. Puis un livre conduit toujours à un autre livre, je ne sais pas pourquoi, c’est comme ça. »

« L’un des mystères insondables de la vie est celui de la présence dans la même personnes d’une intelligence supérieure et d’une âme basse. Le talent ne préserve pas de l’ignominie… »

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Thème(s) : Littérature française


Karin KALISA

La mélodie familière de la boutique Sung
Héloïse d'Ormesson

282 pages | 20-03-2017 | 20€

L’école primaire du quartier Prenzlauer Berg de Berlin doit animer une semaine cosmopolite, « le directeur devait faire progresser l’école en matière d’entente entre les peuples, était-il écrit. » Dans la RDA d’alors, une belle communauté vietnamienne s’était installée pour travailler et seuls seize malheureux petits vietnamiens occupaient les bancs de cette école que le pouvoir central avait néanmoins désignée, c’était comme ça ! Sung, le père du petit Minh, tient une boutique proposant toutes sortes de produits vietnamiens et dans la famille, seule la grand-mère est née au Vietnam, alors quand il s’agit d’apporter à l’école un objet typique, on se retourne vers elle. Elle confie alors « une grande marionnette en bois de plus de quatre-vingts ans ». Et c’est cet objet anodin qui, va non pas changer le monde, naturellement, mais provoquer des bouleversements dans le quartier, des rencontres, des dialogues, de l’écoute, des découvertes et apprendre à certains à mieux se connaître, à s’ouvrir aux autres et ainsi faciliter le vivre ensemble. Le récit de cette semaine évoque aussi l’histoire de cette communauté, l’histoire chaotique du Vietnam, ces marionnettes sur l’eau art populaire traditionnel du pays, l’installation en Allemagne de l’Est, à la chute du mur, certains repartiront, d’autres resteront. Ode à la différence, message d’espoir réjouissant et optimiste même si les moments difficiles ne sont pas gommés, rythmé, vif, et évidemment d’actualité !

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de La mélodie familière de la boutique Sung

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Rose Labourie


Myriam BELLECOUR

Vite, ma retraite !
Gaïa

142 pages | 18-03-2017 | 10€

Marie est une battante, avocate hyperactive et survoltée. Elle court, elle court, ne s’arrête jamais et rien ne semble pouvoir la stopper. Enfin, presque. Le burn-out se rapproche à grands pas. Alors un matin, en sortant de la douche, « … une idée merveilleuse me traverse l’esprit : si seulement je ne travaillais plus, si seulement quelqu’un d’autre me prenait en charge, s’occupait de ma journée, si je n’avais rien d’autre à faire que de penser à moi, de faire des choses pour moi… » Marie a en effet l’idée extravagante de prendre sa retraite à 43 ans et de rejoindre La Retraite Paisible à Giverny, car sans rire, elle « aspire à la sérénité entourée de retraités qui ont le recul et la sagesse de l’âge et l’envie de profiter de la vie. » et après tout, « La retraite ce n’est pas une question d’âge c’est une question de philosophie. » Le lecteur, un sourire permanent aux lèvres, suit donc l’immersion totale d’une quadragénaire parmi ceux qui pourraient être ses grands-parents. Chacun joue son rôle, peut-être pour éviter le désespoir. L’entraide, l’humour et les coquetteries (voire la drague) restent d’actualité, les activités diverses les réunissant quotidiennement les maintiennent en vie et « Je me demande si être senior ce n’est pas comme être adolescent, l’acné et les sautes d’humeur en moins. » Un court roman tendre, drôle et ironique pour tous les âges !

Premier roman

« A partir de quel âge vit-on par procuration ou à travers ses souvenirs au lieu de vivre tout court ? »

Ecouter la lecture de la première page de Vite, ma retraite !

Thème(s) : Littérature française


Emmanuel VILLIN

Sporting Club
Asphalte

136 pages | 13-02-2017 | 15€

Le narrateur séjourne dans une ville méditerranéenne en vilain état, et le Sporting Club où il s’installe régulièrement est à son image. Délabré, frisant l’abandon, et néanmoins, la vie persiste et continue. Une piscine en bord de mer où il enchaîne les longueurs et observe avec acuité cette ville fascinante. Il y est venu pour rencontrer Camille image de cette ville et de son passé et écrire un livre. Mais Camille s’échappe, les rendez-vous sont repoussés, et lorsqu’ils se rencontrent, il s’évade, les sujets de discussion dérivent. Alors, le narrateur épie cette ville insolite, les ruines face au ciel bleu et au soleil, atmosphère étrange, entre tumulte et lenteur. Il constate ses changements, regrette parfois ses bouleversements, « La forme d’une ville / Change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel. » Un portrait contemplatif et élégant empruntant les voies de traverse d’une grande ville du Moyen Orient (que nous ne dévoilerons pas !).

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Dominique COSTERMANS

Outre-Mère
Luce Wilquin

175 pages | 11-02-2017 | 17€

Dominique Costermans, habituée aux recueils de nouvelles, nous offre un premier roman maîtrisé inspiré d’une histoire réelle, celle de Charles Morgenstern, juif bruxellois, qui se mettra aux services de la Gestapo. Pourtant, il ne s’agit pas d’un récit sur la collaboration mais plutôt de son impact sur les générations à venir, sur le silence familial et ses conséquences et enfin sur les réactions face à sa révélation aux yeux de tous. En outre, l’auteur étudie le cheminement de l’information puisque la famille est tentaculaire, Charles a partagé en effet la vie de quatre femmes… et c’est l’une de ses petites-filles, Lucie, qui se charge du récit et de l’enquête, une vie pour connaître et dénouer les fils de l’histoire familiale ce qui lui permettra d’affirmer « Je suis la petite-fille de cet homme-là. Ce destin me pèse depuis cinquante ans. Mais désormais je suis aussi la petite-fille de cette femme-là. ». Il est donc question de famille mais aussi d’adoption et dans tous les cas, du poids de l’héritage qui continue au-delà de la mort à entretenir douleurs et souffrance.

« Ca fait partie de mon histoire, j’en suis conscient et j’y suis fidèle. Mais je ne suis pas cette histoire. Je ne suis pas que cette histoire. »

« Je sais que les secrets de famille se nourrissent dans l’ombre de nos inconscients, restreignant la part de liberté de ceux qui les subissent. »

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère


Xavier GLOUBOKII

Ecorces
Liana Levi

185 pages | 06-02-2017 | 17€

Ahmed est le shérif d’un comté proche d’une forêt que seule les scieries dérangent et menacent, le béton gagne du terrain, inexorablement. Pour le reste, c’est le calme plat ! Jusqu’à l’arrivée de quelques membres du Renouveau Organique, drôles d’oiseaux venus défendre les arbres et la forêt. Déguisés en arbres, ils sont bien décidés à s’opposer aux coupes dévastatrices et œuvrer pour préserver cet espace naturel. Maria l’amie d’Ahmed lui annonce avoir trouvé une bête, ou plutôt ce qu’il en restait, « un tronc sans queue, ni tête, ni pattes. » La forêt devient étrange, elle recrache animal après animal, tous mutilés et elle semble épier les visiteurs. Atmosphère étrange voire inquiétante. Ahmed saura-t-il éclaircir ce mystère ?

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Lenka HORNÁKOVÁ-CIVADE

Giboulées de soleil
Alma

298 pages | 12-01-2017 | 18€

« Giboulées de soleil » donne la parole à trois femmes d’une même lignée, trois femmes tchèques gigognes, Magdalena, Liba et Eva qui donneront naissance à leur premier enfant hors mariage, une famille de bâtardes (« ... on est des bâtardes de mère en fille, comme certains sont boulangers ou roi. »), avec au-dessus d’elles l’ombre du pilier de la lignée, Marie, elle-même fille-mère et qui, comme un pied de nez, est devenue sage-femme dans la campagne de Moravie où elle s’est exilée. En effet, au début du XXème, un enfant sans père reste un bâtard même si ce père a souvent lâchement fui, et le mépris, voire la haine, ébranle leur enfance comme leur vie adulte, la ligne du père sur les papiers d’identité restera vide à jamais. Mais ces quatre femmes de caractère reliées par le fil de la broderie qu’elles pratiquent avec art conservent la tête haute, fières, courageuses, elles affrontent le regard des autres (« Je n’ai pas honte de toi, ma fille. Ce n’est pas à nous d’avoir honte, sache-le.), se construisent avec cette différence et non contre, mais néanmoins face aux autres, en luttant en permanence pour dégager quelques espaces de liberté (« Tu n’appartiens à personne. Tu es libre. Il n’y a que ça qui compte. Ne l’oublie jamais. »). Leurs vies s’entremêlent, Elles deviennent expertes en adaptation, goûtent chaque petit éclat de bonheur, rai de soleil au cœur de la giboulée : « Les moments de grâce sont de cette nature, furtifs, insaisissables. » Leurs existences sont aussi inscrites dans l’Histoire de leur pays, la proximité attirante de l’Autriche, le nazisme, la montée du communisme et l’arrivée des soldats russes installant l’autorité soviétique. Lenka Horňáková-Civade trouve le ton juste et l’équilibre parfait entre l’histoire personnelle, individuelle et la grande Histoire qui est évoquée et rappelée subrepticement, sans lourdeur. Un superbe premier roman qui fourmille d’idées lumineuses malgré l’âpreté des destins, trois portraits émouvants de femmes inoubliables, « à l'instinct de survie très développé », dignes et passionnées qui passeront leur existence à tenter d’inventer leurs vies et à se battre face aux regards accusateurs du quidam qui, définitivement, n’apprécie pas la différence. Ouvrez ce livre et vous serez immanquablement emporté par son souffle franco-tchèque !

Premier roman

« Prends la vie comme elle vient mais ne baisse jamais la tête, surtout devant ce petite monde-là ! Tu ne peux pas fuir ce que tu es, mais il y a différentes façons de s'y prendre. Ne laisse jamais les gens avoir pitié de toi ; la pitié c'est ce qui se change en haine le plus rapidement. Après l'amour. »

« On peut pleurer lorsqu'on rencontre la beauté. Le jour où tu pleureras pour ça, tes larmes auront de l'importance. Tu verras. »

« On cesse d'être innocent et ignorant quand on s'aperçoit qu'on ne sait rien. Et c'est déjà trop tard. »

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Lenka Hornáková-Civade lus par Vaux Livres


Nicolas DUPLESSIER

Eté pourri à Melun plage
Atelier Mosésu

260 pages | 12-11-2016 | 13€

Florian pourrait être emblématique de la ville où il traîne son ennui : « Melun sera toujours Melun », une ville qui peine à se détacher de sa réputation… Son existence semble bien triste, un boulot alimentaire de manutentionnaire, un projet immobilier foireux (bien connu des Melunais) qui le contraint à habiter une caravane dans le camping de la ville, une vie amoureuse sans éclat, la grande joie ! Il reprend espoir quand il rencontre une vieille connaissance, l’ex-grand amour, la superbe Roxanne, et c’est évidemment tout le contraire qui se produit : Roxanne disparaît rapidement et mystérieusement en laissant sa voiture à proximité du camping et si Florian veut éviter la condamnation hâtive de la police, il se doit d’enquêter. L’homme est plus qu’entêté et l’on sent vite qu’il n’abandonnera pas même s’il doit se confronter à une faune dangereuse et violente, proxénètes, trafiquants, organisateurs de parties fines... mais le danger ultime n’est rarement là où on l’attend ! Un premier roman efficace, noir émaillé de quelques pointes d’humour rafraîchissantes.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir


Valério ROMÃO

Autisme
Chandeigne

390 pages | 03-11-2016 | 22€

Le petit Henrique est au cœur du roman de Valério Romaõ où les dialogues et les descriptions s’enchaînent dans un rythme singulier. Et pourtant Henrique ne parlera pas, n’exprimera désespérément aucune idée, aucune parole, aucun sentiment. Henrique est autiste et l’on suit le combat de sa famille, parents et grands-parents, un combat individuel mais aussi d’un couple mis à l’épreuve évidemment, chacun réagit avec sa personnalité, son degré d'acceptation et se trouve souvent en opposition. Un instant unis et l’instant d’après en désaccord, « On était d’accord sur les désaccords. » Une vie définitivement phagocytée, un écueil en chasse un autre : identifier la maladie, la nommer, trouver des solutions pour la vie de tous les jours, trouver les personnes aptes à intervenir, reconnaître les médecins compétents comme les charlatans ou « guérisseurs de foire ». Qui pourrait aider ? Quelle structure serait adaptée ? Et pourtant, face à l’accident, Henrique devient un enfant comme un autre et ses parents, des parents comme les autres, la peur, la douleur, l’angoisse, le fossé immense avec le monde médical... Un portrait éprouvant de parents face à la maladie, à l’incompréhension, aux progressions comme aux régressions, à un quotidien accablant mais aussi à la froideur des urgences servi par une écriture jouant parfaitement sur les rythmes et les répétitions.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Elisabeth Monteiro Rodrigues


Olivier LIRON

Danse d'atomes d'or
Alma

230 pages | 01-11-2016 | 17€

O. rencontre Loren un soir chez des amis. Coup de foudre fulgurant. Ils tombent amoureux, partagent une passion incroyable, intense, brûlante, vive et joyeuse, dansante, même si l’on ressent que Loren tait des moments plus douloureux. Ils progressent émerveillés sur le chemin de l’amour et puis, sans prévenir, Loren disparaît subitement. O. est désespéré, anéanti mais conserve sa rage de vivre malgré la douleur immense ; il refuse d’abdiquer et cherche une explication qui passera par un voyage dans un petit village normand. Un superbe premier roman rythmé, sensible et romantique à l’écriture poétique très personnelle.

Premier roman

« La vie est une chose magnifique mais il ne faut jamais la croire quand elle veut nous faire désespérer. On peut dire la même chose de la littérature. »

« Oui, l’amour est une négation du temps, disait-elle. Nous sommes éphémères comme le monde mais éternels comme la jouissance. »

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Thème(s) : Littérature française


Elodie LLORCA

La correction
Rivages

188 pages | 29-10-2016 | 18€

François a été embauché dans une Revue pour être correcteur, « J’avais justement choisi ce métier afin de ne pas être pris en faute… » Il reprend les lourdeurs, les coquilles, corrige les fautes puis confie son texte à Reine, sa patronne aussi séduisante qu’inquiétante et manipulatrice, « Reine faisait partie de ces femmes qui vous prennent tout. », qu’il désire autant qu’il craint. Il s’aperçoit que le texte que lui rend Reine a été modifié, des coquilles sont réapparues, une lettre changée, la roulure se transforme en coulure et le mot et le sens s’évaporent pour faire place en effet à un autre, une autre phrase, un autre sens. François s’interroge, doute, pourrait-il fauter ou quelqu’un falsifierait-il ses textes ? Dans quel but ? Il tient un carnet, son agenda des coquilles, où il répertorie consciencieusement chaque coquille en espérant percer le mystère. Mais l’homme est seul, étouffé par une grande solitude, sa mère est morte même si elle reste toujours omniprésente à ses côtés, les relations avec sa femme se distendent. Il a toujours subi sa vie, les décisions des autres, seuls les souvenirs et son imagination demeurent fertiles…

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Elodie Llorca lus par Vaux Livres


Anaïs LLOBET

Les mains lachées
Plon

155 pages | 02-10-2016 | 16€

Madel est quasiment au paradis : elle vit sur une petite île des Philippines avec son compagnon Jan, un chirurgien esthétique revenu au pays. Elle est journaliste et a été engagée par une radio télé locale. Ils sont dans la maison de Jan, lorsque le typhon annoncé, Yolanda, attaque l’île. Un typhon plus fort, plus puissant que d’habitude, un véritable tsunami qui emporte tout sur son passage en quelques longues minutes sans que la population ne comprenne vraiment ce qui lui arrivait. Jan disparaît et Madel qui tenait la main du petit Radjun ne peut le retenir. Terrifiant, « Le silence des hommes me fait frissonner ; il n’y a que la mer qui parle encore à Tacloban ». L’île et ses habitants ne seront plus jamais comme avant. En un instant, tout a changé. La mer a tout gommé, s’est installé, a tout détruit. Le roman nous parle de l’après, de la recherche obsédante et désespérée des disparus, de l’entraide absolue, du soutien dans la douleur et l’horreur. Mais il est aussi question des médias, de leur rôle, de leur comportement. Et Madel a évidemment un double rôle, c’est une rescapée avec ses propres disparus et sa culpabilité mais c’est aussi une journaliste qui se doit de témoigner, d’informer tout en respectant les victimes et leur douleur, « Nous ne sommes pas des charognes, ne devenez pas des vautours. ». Un roman âpre qui place réellement le lecteur au plus près des victimes, de la douleur, des odeurs, et où la mer n’apparaît pas dans son plus beau rôle, mais « Madel, un jour, il va falloir pardonner à la mer. »

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Stéphane BENHAMOU

La rentrée n'aura pas lieu
Don Quichotte

170 pages | 27-09-2016 | 16.9€

C’est bientôt la rentrée. Les Aoûtiens profitent des derniers jours, mais finalement, une question que l’on est nombreux à s’être posé un jour sur le sable chaud d’une plage bretonne, au bord d’un lac d’altitude ou au cœur d’une forêt accueillante, mais, au fait, pourquoi rentrer ? Sans se concerter, cette année, les Aoûtiens décident que la rentrée n’aura pas lieu ! Onze millions de Français restent dans la nature plutôt que de rejoindre sagement leurs bureaux. Bison futé rejoint les rangs des chômeurs ! Bouleversement total, tout d’abord pour les vacanciers de septembre qui trouvent la place occupée, mais aussi pour les politiques, qui n’avaient pas senti venir le drame pour l’économie. La panique guette, on dépêche un émissaire, le sourire joyeux laisse progressivement place à un sourire crispé, « l’incertitude provoque l’inquiétude »… La tension monte… La société et les politiques n’ont jamais apprécié les minorités qui embrassent les chemins de traverse. Une fable efficace, drôle, jubilatoire mais qui dit aussi beaucoup sur notre société, le discours pouvant être généralisé à volonté à bien d’autres situations !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Jean-Marc CECI

Monsieur Origami
Gallimard

160 pages | 14-09-2016 | 15€

Le jeune Kurogiku croise furtivement une jeune femme au Japon et en tombe immédiatement amoureux. Pour la retrouver, il choisit l’exil et s’installe seul dans une maison isolée toscane. Rêvant continuellement à cette femme, il s’adonne à l’art du washi, le papier japonais et à l’origami, ce qui lui vaut son surnom Monsieur Origami. Un jour, un jeune horloger passe la porte et lui fait part de son rêve, fabriquer une montre avec toutes les mesures du temps. Le roman confronte ces deux rêveurs, leurs deux utopies, l’un court après une ombre, une image, l’autre après une ambition, une création. Leur rencontre est faite de silence, de méditation. Le fond, la forme et le style dépouillé engendrent poésie et douceur, chaque page dégage une grande sérénité, une sagesse évidente. Il est aussi question de papier, de pliages, de grues qui ne pourront éviter la mort de la petite Sadako, de philosophie de vie. « Toute beauté a sa part d’ombre » mais on a vraiment beaucoup de mal à discerner cette ombre dans ce lumineux et singulier roman. Monsieur Origami vous offrira un joli moment d’apaisement.

Premier roman

« L’homme ne comprend pas le temps. L’homme a inventé sa mesure. Il a enroulé le temps autour d’un cadran, puis il l’a plié. »

« A quoi sert-il d’avoir si être nous manque. »

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Thème(s) : Littérature française


Elisa SHUA DUSAPIN

Hiver à Sokcho
Zoé

140 pages | 03-09-2016 | 15.5€

Sokcho, petite ville portuaire de la mer du Japon, proche de la Corée du Nord, semble vivre au ralenti, embuée et embrumée dans l’hiver qui s’installe. Une ambiance feutrée, un peu triste, « Suintant l’hiver et le poisson, Sokcho attendait. Sokcho ne faisait qu’attendre. Les touristes, les bateaux, les hommes, le retour du printemps. », et néanmoins cette impression de sérénité, de tranquillité même si les évènements et les psychologies des personnages sont en opposition avec ces sentiments. Une jeune franco-coréenne accueille un dessinateur de BD français venu chercher l’inspiration. Le roman nous les montre se rapprochant lentement tout en intégrant et mesurant leurs différences marquées, tant au niveau de leur personnalité que culturellement. Elle est restée à Sokcho pour ne pas quitter sa mère, son père étant parti rapidement sans laisser de traces. Ayant appris le Français au lycée, elle connaît la littérature française. Les deux s’observent entre deux dessins et deux plats cuisinés, parlent peu. Ils s’effleurent à peine du regard et pourtant ils sauront rompre la frontière, franchir le mur d’incompréhension qui les séparait. On est dans le ressenti, on sent, on ressent, par petites touches, l’auteur met en place une atmosphère singulière empreinte de douceur et de lenteur et tisse le portrait intime d’une jeune femme aimantée par ce lieu qu'elle ne pourra quitter. Un court roman qui nous emporte pourtant très loin dans les brumes des rêves et la poésie.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Elisa Shua Dusapin lus par Vaux Livres


Alex TAYLOR

Le verger de marbre
Gallmeister

275 pages | 14-08-2016 | 20€

Beam Sheetmire, dix-sept ans, Derna sa mère et Clem son père, assure le passage de la Gasping River dans le Kentucky par un bac ancien modèle. Les clients se font rares, un soir où c’est Beam qui dirige le bac, un type louche au comportement et questions bizarres souhaite passer la rivière. La discussion dégénère, et Beam tue le passager sans savoir qu’il est le fils de Loat Duncan, le caïd local craint de tous. Et il ignore aussi beaucoup d’autres faits du passé que va réveiller cet assassinat. En particulier les liens dangereux et haineux entre son père, sa mère, Loat et Daryl qui a perdu ses deux bras très jeune. Clem ordonne immédiatement à Beam de fuir, de quitter la région avec à ses trousses le passé et le shérif local. Un premier roman puissant, âpre, diabolique, le goût du sang affleure chaque page, et l’intrigue tendue du début à la fin.

Premier roman

« Tu es jeune, ça se voit. Un type de ton âge, il croit que le monde va se briser s’il tape assez fort. Il croit qu’il peut tenir tête, mais c’est pas comme ça que ça marche… Le monde peut pas se briser. Le mieux qu’on puisse faire, c’est s’écarter de son chemin et espérer passer inaperçu. »

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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir

Traduction : Anatole Pons

Les titres de Alex Taylor lus par Vaux Livres


Négar DJAVADI

Désorientale
Liana Levi

350 pages | 10-08-2016 | 22€

Désorientale suit l’itinéraire personnel et familial de Kimiâ, d’Iran en France à partir des années 60, à la recherche de son propre chemin, de sa maison. Par son intermédiaire, le lecteur balaye l’histoire récente de l’Iran, le régime du Shah, l’arrivée au pouvoir de Khomeiny puis son accueil par la France, la répression des opposants (dont faisaient partie ses parents) aux deux régimes, Négar Djavadi entremêle cette grande Histoire à la fresque de la famille Sadr sur trois générations. Une famille nombreuse et virevoltante, un pays à forte culture, un exil périlleux à travers la montagne, un nouveau pays, une nouvelle langue, trouver son identité et son équilibre et pour cela Kimiâ devra faire d’autres rencontres, l’image, la musique, Anna, la procréation assistée, d’autres voyages peut-être moins lointains et moins éprouvants mais tout aussi essentiels et bénéfiques pour se détacher sensiblement de son pays natal et trouver sa propre identité, sa place et apprendre lentement à être heureuse. Un premier roman ambitieux et parfaitement maîtrisé, le ton est vif et personnel, il interpelle et entraîne immédiatement le lecteur confident ou témoin, l’équilibre entre l’intime et l’Histoire est judicieux, tout est imbriqué, le contraste permanent, les thèmes sont multiples et traités en profondeur, la fougue, le tempérament et l’envie de liberté de l’héroïne vivifiants. Un premier roman au top !

« Comment croire, alors que la vie s’étale devant soi aussi infinie que le monde, qu’un simple mot puisse la résumer tout entière ? »

« On a la vie de ses risques, mes chatons. Si on ne prend pas de risque, on subit, et si on subit on meurt ne serait-ce que d’ennui. »

« Sauf que la liberté est un leurre, ce qui change c'est la taille de la prison. »

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Négar Djavadi lus par Vaux Livres


Audur Ava OLAFSDOTTIR

Le rouge vif de la rhubarbe
Zulma

156 pages | 31-07-2016 | 18.5€

Zulma publie enfin le premier roman d’Audur Ava Olafsdottir (après les trois suivants !). On retrouve déjà la poésie et la tendresse présentes dans les trois ouvrages suivants. Des personnages (ordinaires) et un pays (contrasté) rudes, mais éclairés par des moments lumineux ouvrant à une certaine sérénité. Agustina est une gamine handicapée peinant à se déplacer. Sa mère est partie sur les traces d’oiseaux migrateurs et son père n’a fait que passer, « Elle a été drôlement courte, l’union de tes parents, dit Nina. Quatre ou cinq jours tout au plus. Et il a plu tout le temps. ». Elle aurait été conçu dans un champ de rhubarbes sauvages où elle aime maintenant à s’allonger. Nina une femme d’une soixantaine d’années, qu'on aimerait rencontrer, prend soin d’elle avec tendresse, humour et simplicité. Agustina a du caractère et, encouragée par Nina, se lance un défi, gravir le sommet voisin (844 m)… Audur Ava Olafsdottir nous enchante une nouvelle fois avec ses personnages attachants et son amour de la vie.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Catherine Eyjolfsson

Les titres de Audur Ava Olafsdottir lus par Vaux Livres


Sandro BONVISSUTO

Dedans
Métailié

180 pages | 24-07-2016 | 18€

« Dedans » évoque trois instants de vie en prenant le temps à rebours. Le narrateur est en prison et décrit, sans artifice, avec un regard froid, presque sans jugement, le monde carcéral et ses règles, sa vie quotidienne minutée. L’absurdité permanente, la violence mais parfois aussi la fraternité, l’incompréhension sont criantes. Puis deux tableaux viennent compléter le portrait, l’adolescence et l’enfance éclairent le récit. Ce premier roman original par sa construction et son écriture réussit l’exploit de nous parler de prison en évitant une atmosphère pesante et désespérée tout en étant dans le réalisme total, brillant exploit !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Serge Quadruppani


Mikel SANTIAGO

La dernière nuit à Tremore Beach
Actes Sud

334 pages | 22-06-2016 | 22.5€

Peter Harper est un compositeur reconnu mais après un divorce mouvementé, il a besoin de s’isoler et de rester seul quelques mois. Il choisit Clenhburran, un petit village des côtes irlandaises, isolé, calme, venté, propice à la solitude et au retour de l’inspiration musicale, du moins l’espère-t-il. Il est si seul dans sa maison isolée que finalement, il voit d’un bon œil la présence de voisins non loin, sait-on jamais, on peut toujours avoir besoin d’aide... Un soir, la région est en alerte, les orages y sont courants mais celui annoncé devrait être particulièrement violent, la prudence est de mise. Il choisit néanmoins de répondre à l’invitation de ses voisins et brave le danger. Pourtant, au retour, un arbre brisé obstrue la route. Alors qu’il sort de sa voiture pour évaluer la situation, il ressent bourdonnements, et autres impressions bizarres et se réveille à l’hôpital. Il aurait pris la foudre et depuis un mal de tête l’accompagne. Et ce mal est complété par des rêves bizarres, ces rêves semblent réels, l’avertissent de graves dangers dans le futur et certains faits semblent le confirmer. Evidemment ses proches et le personnel médical demeurent incrédules et le considèrent progressivement comme fou. Il devient de plus en plus inquiet lorsque ses enfants s’installent pour les vacances et s’il voit l’avenir, pourquoi ne pas intervenir sur le déroulement du réel pour tenter d’éviter le pire ? Mais le laissera-t-on faire et trouvera-t-il quelqu’un pour le croire et l’aider, en effet, il se sent bien seul face à l’avenir. Du rythme et du suspense, tendu, angoissant et oppressant, de l’imaginaire, et l’Irlande toujours aussi attirante, pour une première, c’est une vraie réussite !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir

Traduction : Delphine Valentin


Stéphanie DUPAYS

Brillante
Mercure de France

188 pages | 06-06-2016 | 17€

Claire et Antonin sont des jeunes cadres dynamiques, brillants, ils ont suivi de grandes études, se disent performants, sont sûrs d’eux, de leur talent, de leur réussite, de leur supériorité et ils ne le cachent pas, ils appartiennent au beau monde. Rien ne semble ébranler leurs certitudes. Et, pourtant… Sans trop savoir pourquoi, un jour, la supérieure de Claire, modèle absolu de la femme qui a tout réussi, commence de ne plus la regarder, elle n’est plus reconnue, ignorée parfois. Claire reste interdite, ne comprend pas mais doit se rendre à l’évidence, une autre est en train de lui ravir la place. Ce bouleversement la plonge dans le silence, elle ne peut partager cette mise à l’écart avec Antonin ou d’autres, reconnaître son échec est strictement impossible. Comment continuer lorsque l’adrénaline disparaît ? Comment continuer si la lumière s’estompe et si les fondements qui ont construit sa vie intime et professionnelle vacillent ? Un roman cinglant et cruel qui offre une variation sans concession sur le thème de réussite et qui dresse un portrait noir de cette caste, nouvelle aristocratie matérialiste, que le travail a absorbé et qui reste persuadée de sa supériorité et de son destin hors norme.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Yves GOURVIL

Requiem des aberrations
Les Editions du Sonneur

406 pages | 16-04-2016 | 18€

Moïse Chant-d’Amour a fait découvrir à Saturnin, le narrateur, un vieil entrepôt délabré où il se sent immédiatement chez lui et décide de le rénover pour en faire un parc d’attractions, « Pas seulement un anti-Disneyland mais aussi et même surtout un anti-Bayreuth. », où musique classique et opéras, les sauveurs de l’humanité, règneront. L’aventure peut commencer et quelle aventure ! Tout est en effet possible dans ce lieu habité par une foule bigarrée et extravagante et surtout si vivante, des êtres en marge de la société bien pensante, des sans voix qui apparaissent dans toute leur humanité avec leurs qualités et leurs travers. Cet endroit insalubre devient pierre après pierre quasiment habitable, l’entraide devient la règle, la vie ensemble s’installe. Ils s’acceptent dans ce lieu partagé, un endroit à eux où la lumière brille. Un premier roman fou, lumineux et truculent où l'homme retrouve sa place.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Paul MCVEIGH

Un bon garçon
Philippe Rey

250 pages | 13-04-2016 | 19€

Le lecteur accompagne Mickael, dit Mickey, lors de son dernier été, neuf semaines, dans son quartier de Belfast avant son entrée en collège. Bon élève, il a été admis dans un collège d’élite et espère ainsi quitter son environnement habituel et les autres gamins du quartier, son père l’en empêchera malheureusement et il rejoindra le collège du quartier. L’Irlande de la fin des années 80 vit encore ses conflits qui pèsent lourdement sur l’ambiance, l’atmosphère et le quotidien des adultes et des enfants. Et Mickey continue de rêver au cœur de ces tensions extrêmes, son rêve absolu étant de partir aux Etats-Unis avec sa mère et sa petite sœur. Mais en attendant, il faut bien vivre et sa grande sensibilité ne passe pas inaperçue. Son regard acerbe, douloureux, moqueur, tendre et parfois triste nous décrit son entourage mais rend aussi compte du climat pesant de l’Irlande, de la pauvreté et du climat social déjà délétère, et ses variations de ton, sa vision d’enfant rendent le roman vivant et rythmé. Parcours initiatique et regard émouvant et attachant d’un enfant rêveur et malicieux dans cette Irlande au climat trouble et à l’atmosphère si singulière.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Florence Lévy-Paoloni


Colombe BONCENNE

Comme neige
Buchet-Chastel

115 pages | 11-04-2016 | 11€

Lors d’un week-end de vacances avec sa femme, Constantin Caillaud découvre étonnamment le roman « Neige noire » de son auteur favori Emilien Petit. Il croyait connaître tout de l’œuvre de cet écrivain, aussi il se lance dans des recherches à propos de ce livre ignoré de tous. Un livre qui ne semble pas exister, d’ailleurs au moment de le montrer à Hélène, son ancienne maîtresse qui lui a fait découvrir cet écrivain, Constantin ne peut retrouver cet exemplaire unique et part à sa recherche au cœur du monde littéraire. L’enquête est donc une absolue nécessité, une enquête sans meurtre, sans coupable, et même l’existence de l’objet du délit est remise en cause... Ce n’est peut-être qu’un rêve, ou alors une folie douce, ou bien encore une machination finement réglée… Colombe Boncenne joue en permanence entre fiction et réalité avec le lecteur, elle lui laisse choisir son chemin et son roman, elle propose sans jamais imposer. Un premier roman d’une grande finesse et maîtrise, et un belle et singulier hommage à la littérature.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Colombe Boncenne lus par Vaux Livres


Emmanuel RÉGNIEZ

Notre château
Le Tripode

142 pages | 07-04-2016 | 15€

Une sœur et un frère partagent la maison familiale, seuls dans leur château au milieu des fantômes. Ils ne se quittent pas. Seule exception, les jeudis où le frère prend le bus, part en ville chercher quelques livres. Sa sœur ne quitte jamais le château. Et pourtant l’inattendu survient. Un jeudi, en ville, il voit sa soeur dans un bus. Irréel. Incroyable. Elle ne sort jamais et refuse de prendre le bus. Le frère reste pantois et dans l’incompréhension totale. Comment lui parler ? Comment l’interroger ? Doit-il l’interroger ? Le doute s’installe, les hypothèses le minent. Le petit monde protégé qu’ils s’étaient construit (notamment au coeur de leur bibliothèque) loin du monde commence de se fissurer… La tension monte, les crispations aussi, les portes claquent et s'ouvrent, le lecteur attend avec crainte le sang... Un texte particulièrement singulier et tout aussi étrange et inquiétant qu’attachant, une écriture envoûtante, sèche et répétitive quand il le faut, une tension maîtrisée qui accroche le lecteur, un conte noir obsédant à partager sans modération !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Emmanuel Régniez lus par Vaux Livres


Olivier BOURDEAUT

En attendant Bojangles
Finitude

160 pages | 07-03-2016 | 15.5€

Il passe son temps à regarder et admirer ses parents danser. Ils dansent, et dansent encore, sur Mr Bojangles de Nina Simone. La musique de Nina Simone nous emporte dans un tourbillon festif, d’un pied sur l’autre, d’une page à l’autre, le lecteur danse avec le couple au rythme des variations, entre joie et tristesse, larmes et pleurs, bonheur et mélancolie, extase et folie. Et quand ils ne dansent pas, un air frais de folie permanent anime la maison sous l’œil hautain de Mlle Superfétatoire, un grue exotique aussi digne que la famille est déjantée. Un amour immense, excentricité d’abord puis une folie qui pointe son nez et s’installe paisiblement, mais notre société peine encore à accepter la folie, même douce... Un premier roman atypique et gai comme un pinson fou !

Premier roman

« Ceci est une histoire vraie, avec des mensonges à l’endroit, à l’envers, parce que la vie c’est souvent comme ça. »

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Thème(s) : Littérature française


Emily BARNETT

Mary
Rivages

190 pages | 21-01-2016 | 16.5€

Mary, « Je m’appelle Mary. C’et un nom. », un nom, mais deux femmes et deux époques. La première est une jeune Américaine des années 50 qui quitte l’Amérique en plein maccarthysme pour suivre son époux artiste peintre. La seconde est une adolescente des années 2000 internée avec sa mère dans un château, sorte d’hôpital psychiatrique. Quels liens unissent ces deux femmes ? Les portraits deviennent flous, les différences s’estompent, la folie et la réalité se mêlent, le lecteur est intrigué, dérangé, s’interroge. Des sensations l’envahissent, aucune certitude, il devine un lien fort mais ne peut le deviner, reste hésitant, interdit. Un texte qui bouscule et occupe longtemps l’esprit du lecteur !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Soffia BJARNADOTTIR

J'ai toujours ton coeur avec moi
Zulma

142 pages | 10-01-2016 | 17.5€

La mère d’Hildur vient de mourir. Elle lui lègue une lettre, une petite maison jaune sur une île, et beaucoup de souvenirs. Hildur n'a jamais pu dire ''Mamam'' ou ''mère'', elle appelait sa mère Siggy, une mère atypique, froide, extravagante, dépressive et mélancolique. Alors Hildur revient sur ses souvenirs avec une grande originalité, pour comprendre sa mère et son comportement mais peut-être aussi pour mieux appréhender ses propres liens avec son fils Tumi. Le fil du discours est étonnant, les enchaînement surprenants autant que l’écriture et les images suscitées ce qui fait que ce livre sur la mort, la dépression, et la famille est unique.

Premier roman

« J’ai envie de vivre et mourir à la fois. D’être et de partir. Nous sommes tous bipolaires. Le désir d’un retour aux sources vit en chacun de nous, en lui s’unissent les balbutiements et la fin. Nauséeuse, j’entends une voix qui monte des profondeurs de la mer : ''Tu est l’argile de la terre'' … »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Jean-Christophe Salaün


Stéphanie CLAVERIE

L'homme qui n'a pas inventé la poudre
La Différence

175 pages | 29-12-2015 | 17€

A 35 ans, Sébastien est différent. Il l’a toujours été et il n’a pas vieilli, a conservé beaucoup de l’enfance et de cette différence initiale et fondatrice ("...Sébastien s'offre le luxe de vivre comme une grande personne."). Devenu jardinier municipal sur l’île d’Oléron, les fleurs et les plantes sont ses amis comme ceux qui n’ont pas peur de lui et l’acceptent avec sa candeur et sa naïveté. Dans cet univers, Sébastien trouve quelques amis, sa place et son chemin, comme « La terre, il ne faut pas l’enfermer. Elle a besoin d’espace, elle a besoin d’air pour s’épanouir. ». Un bel hommage à la différence que ce chemin singulier et lumineux vers le bonheur.

Premier roman

« Le temps s’étire au jardin. L’angoisse s’apaise. Les tracas de la vie d’homme n’ont pas leur place dans cet univers. Ici, on ne rationalise pas la tâche, on ne fait pas la chasse au temps perdu, aux gestes inutiles. Ici, on se vautre dans l’infini du temps qui s’arrête, on prend racine dans le présent. Ici, on est dans un jardin sur l’île d’Oléron. »

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Thème(s) : Littérature française


Guillaume LEMIALE

Margarine
Les Editions du Sonneur

280 pages | 09-12-2015 | 17€

Le temps est venu de se confier. Margarine dans un dernier souffle se doit de revenir sur son parcours, de la Tchécoslovaquie, en passant par Berlin au moment de la chute du Troisième Reich, jusqu’à Paris en tant que baronne. Adolescence chaotique (« Dès mon plus jeune âge, j’avais été battue, bâtie pour la soumission ; un monde sans moi ni lois ! »), elle quitte son oncle et sa tante pour tenter de retrouver sa mère. Elle la découvre mourante et prostituée. Elle sera sa remplaçante et envoyée dans un camps de soldats français SS. Elle y rencontre l’horreur et l’amour. Livrer ses souvenirs, sans retenue, sans filtre, dans l’urgence (« Tout se bouscule, un passé à écrire, un avenir compté… Nuits blanches pour pensées noires. »), la fin étant proche, les mots semblent peut-être enfin la libérer (« Je prie le lecteur de bien vouloir excuser mon ton acerbe et ce chaos. Ils cachent ma nudité face à la vie, mon impuissance aussi. Le temps est venu… ») mais surtout partager ses sentiments, son impuissance, sa soumission définitive. La langue est crue, percutante, parfois aussi violente que les faits décrits. La guerre est une horreur, les sentiments qui animent ses acteurs inhumains et apocalyptiques. Les guerres propres n’existent pas !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Clara ARNAUD

L'orage
Gaïa

332 pages | 04-10-2015 | 21€

Kinshasa s'apprête à accueillir un grand sommet international et tout doit briller, évidemment. Du moins, ce qui sera visible aux honorables hôtes… Journée importante pour le pays, pour Kinshasa et pour les dignitaires du régime. Néanmoins, l'orage gronde, l'atmosphère s'électrifie et l'impact sur la vie de la ville commence de se faire sentir. Alors que l'eau fait son apparition, le sang coule. Un gamin de la rue se fait massacrer par une patrouille de police, l'étincelle qui fait exploser la poudre. La révolte gronde. Clara Arnaud en suivant quatre personnages très différents dresse un portrait réaliste de cette ville immense et tentaculaire.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Yannis TSIRBAS

Victoria n'existe pas
Quidam

66 pages | 18-08-2015 | 10€

Nous sommes en Grèce, mais cela pourrait se dérouler dans n’importe quel autre pays européen. C’est à Athènes, mais cela pourrait se dérouler dans n’importe quelle autre grande ville européenne. Nos sociétés sont en crise, uniformément, se scindent en différents mondes chacun feignant d’ignorer l’autre. Deux hommes se rencontrent dans un train en direction d’Athènes. L’un d’eux est bien décidé à parler et l’autre sera contraint à écouter cette logorrhée. L’homme décrit sa réalité, son quotidien, son ressentiment face à ce monde d’aujourd’hui qu’il ne reconnaît plus, envahi par les « autres » (« Je sais pas quand c’est arrivé, mais c’est comme si un soir je m’étais endormi sans eux, et je m’étais réveillé le lendemain au milieu de ce bordel. »), c’était tellement mieux avant. Il a même réfléchi à une terrifiante solution radicale (« Ils vont repartir comme ils sont venus. Sans que tu t’en rendes compte. »). Celui qui écoute est dans un autre monde, semble ailleurs, il y a une incompréhension totale entre eux, il regarde les réactions des autres, reste hermétique en continuant de refuser cette réalité, et mettra du temps avant d’être vraiment dérangé par ces avis inquiétants induisant une prise de conscience face à ce discours haineux et extrémiste. Un court brûlot percutant, véritable coup de poing qui frappe là où ça fait mal, cri désespéré avant qu’il ne soit trop tard et auquel il faut absolument porter attention.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère


Didier CASTINO

Après le silence
Liana Levi

223 pages | 16-08-2015 | 18€

Louis Catella est un homme emblématique. Communiste catholique, lui et l’usine (Fonderies et Aciéries du Midi) ne font qu’un. Si l’on parle de lui, on parle de l’usine, réciproquement et nécessairement et le temps de la confession est venu. Louis se raconte dans un monologue destiné à son plus jeune fils qui avait sept ans au moment de sa mort. Il raconte son métier, l’usine, le syndicat, ses engagements et ses luttes, mais aussi la famille, son amour pour Rose et pour ses enfants, la lutte pour la vie et pour les quelques instants de bonheur volés. Louis et ses enfants forment une famille de gauche, la vraie gauche, « Même les enfants ne connaissent que la bonté et la ferveur de la gauche, c’est grave de ne pas être de gauche, c’est un principe, tous les gens qui viennent à la maison sont de gauche. Et même dans la gauche, il y a la gauche gauche et la gauche un peu moins. Tonton Henri, il est un peu moins, il est socialiste, mais il est à gauche quand même, notre ami Alexandre, c’est pareil, à gauche mais un peu moins. ». Les enfants comme Louis ont un chemin tracé, tout d’abord parce que c’est comme ça (« Très tôt on comprend que certaines choses nous sont étrangères, tout s’organise entre ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas, ceux qui vont à l’école et ceux qui travaillent, c’est l’un ou l’autre. ») mais aussi pour des raisons pécuniaires (« L’école s’impose comme une fausse route, pleine de dangers, et qui ne permettra pas ni à ma mère ni à mon frère ni à personne de vivre. Il faut très vite gagner de l’argent. »). Puis en 1974, Louis meurt et il faut continuer la route. Le fantôme de ce père observe la vie de la famille sans lui, dialogue avec ce plus jeune fils, avec tendresse et douleur mais aussi regrets, doute et culpabilité. En effet, la tradition a été rompue, le fils est devenu prof abandonnant l’usine, le PC et la CGT, et tente de justifier ses choix auprès de ce père modèle. Tableau sensible et poignant de la condition ouvrière des années 70, une époque révolue où le Nous (« Nous existons, même sans rien, même estropiés. ») avait encore un sens et portait espoir et rêve. Portrait vivant sans concession, sans misérabilisme, dans la vérité et le réalisme, à la construction particulièrement accomplie.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Didier Castino lus par Vaux Livres


Hugues SERRAF

Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chai
L'Aube

150 pages | 31-07-2015 | 16€

Un couple s'étiole, prend ses distances, puis se sépare. L'homme reste interdit et la femme disparaît. Le coupable idéal est désigné, le mari ! Il a même laissé ses empreintes sur un sabre sanguinolent ! Le corps de la femme reste introuvable mais l'époux se retrouve immédiatement en prison, et rejoint un Coloc heureusement amical dans une cellule « crade et grise ». Il arrive avec sa vision de la prison construite à partir des films et livres abordant le sujet et tente de retrouver quelques indices de vérité... Son Coloc très curieux aux réflexions pleines de bon sens l'incite à lui raconter son histoire, histoire assez classique d'un couple que le temps pousse vers la sortie et la séparation. Plongée efficace dans l'histoire d'un couple et dans l'univers pénitentiaire, le tout sur un rythme soutenu et avec un ton inventif et décalé et surtout débordant d'humour !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Albena DIMITROVA

Nous dînerons en français
Galaade

210 pages | 19-07-2015 | 18€

Alba a dix-sept ans lorsqu'elle est admise à l'hôpital du gouvernement bulgare pour une paralysie galopante. Loin de son milieu habituel, elle va faire La Rencontre avec Guéo, cinquante-cinq ans et membre du Politburo. La complicité initiale se mue rapidement en passion. L'histoire se déroule quelques années avant la chute du mur et les régimes communistes tendent à disparaître. Et Guéo est bien placé pour le savoir, il a toujours été militant et rédige alors un rapport destiné à sauver le régime. Alors surveillance ou espionnage ne l'émeuvent guère. Il préfère la vie (sans contraintes) et Alba. Pourtant le quotidien s'embrume et il décide de faire partir Alba, définitivement marquée par cet homme et cette rencontre, en France où il la rejoindra dès que possible. « Nous dînerons en français » est le roman de la fin d'une période en Bulgarie, d'une passion entre deux êtres différents, d'un rendez-vous manqué et Albena Dimitrova a choisi de nous le faire partager avec son accent dans sa langue d'adoption qu'est le Français ce qui renforce la poésie et la fraîcheur du trait.

Premier roman

« En toute chose politique c'est pareil, une fois les extrémités bien bordées, il faut attraper la bonne mais boudeuse voix du milieu »

« Je n'ai jamais possédé le cœur de Guéo. Lui non plus, il n'a jamais possédé le mien. Nous les avons juste fait battre ensemble. Etions-nous libres? »

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Thème(s) : Littérature française


Nathalie CÔTE

Le renversement des pôles
Flammarion

192 pages | 10-07-2015 | 16€

Deux couples prennent le chemin des vacances, personnages emblématiques de la classe moyenne de notre société, « le camp des modernes ». Deux appartements mitoyens vont accueillir les Bourdon et les Laforêt, tous ravis de pouvoir prendre un peu de bon temps avec leurs enfants. Mais le temps libre est aussi propice à la réflexion, à l'analyse et parfois à faire apparaître au grand jour les failles et frustrations tues depuis de longues années comme les envies (ou fantasme?) furieuses de changement. Un premier roman qui aborde parfois cruellement, mais toujours avec le sourire voire ironie, les dérives de notre société et qui, à travers le quotidien de deux couples ordinaires, parle du monde du travail, des relations de couple et d'amour ou de désamour, de l'argent et du matérialisme, de l'apparence et de la consommation, mais aussi de l'ennui. Un portrait aussi grinçant que drôle et vif !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Jax MILLER

Les infâmes
Ombres noires

350 pages | 04-07-2015 | 21€

Freedom Oliver, joli nom évocateur au parfum poétique et pourtant, dès l'ouverture, la dame vous refroidit : « Je m'appelle Freedom Oliver et j'ai tué ma fille. C'est surréaliste, et je ne sais pas ce qui me fait le plus l'effet d'un rêve : sa mort ou son existence. Je suis coupable des deux. ». Le ton est donné et le personnage s'impose immédiatement. Freedom fut accusée du meurtre de son mari et passa quelques moments en prison. Elle fut alors séparée de ses deux enfants rapidement adoptés par une famille de religieux au-dessus de tout soupçon, famille idéale, dans la droiture, la voilà rassurée… Le coupable en prison, innocentée et protégée par le FBI, elle se terra dans l'Oregon sans jamais révéler sa véritable histoire, même si le sympathique, attentionné mais bourru flic Mattley flairait bien quelques secrets inavoués. Néanmoins, lorsqu'elle apprend quasiment simultanément la sortie de prison de l'accusé et la disparition de sa fille, Freedom ne peut rester insensible et passive. La louve est lâchée et rien, vraiment rien, ne pourra la stopper. Une palette de personnages et de caractères exceptionnels, de la tension, du suspens, de la folie, un ton et une construction singuliers, une vraie réussite!

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir

Traduction : Claire-Marie Clevy


John LYNCH

La déchirure de l'eau
Le Castor Astral

240 pages | 22-06-2015 | 17€

James Lavery a 17 ans. Neuf ans auparavant, son père, Conn, est mort. Pour l'Irlande, bien sûr. En héros, évidemment. Sa mère a alors plongé dans l'alcool et s'est rapprochée de Sully, un gars hâbleur et pas trop fiable. Le jeune homme a dû tenter de se construire écrasé par la présence posthume du héros alors que c'est son père qui lui manque, le poids de l'Irlande, la mort et la violence omniprésentes. Il est si facile de suivre le même chemin. Pourtant, courageusement, à partir de ses rêves qu'il nous fait partager, James saura adopter un autre itinéraire, découvrir en Conn un père, puis l'apaisement, et éteindre la culpabilité, la colère et la violence qui l'animaient en éloignant ainsi la mort de son quotidien. Un superbe et émouvant roman d'initiation avec cette ambiance si singulière qu'apportent l'Irlande et son histoire.

Premier roman

« J'aime L'Irlande. J'aime ses ciels bas et étroits. J'aime sa silhouette fragile sur les cartes. Je suis sur le point de mourir pour l'Irlande. Je vais devenir immortel. Je vivrai dans les paroles des chansons que chantent les anciens… Mon sang sera une rivière où d'autres patriotes se baigneront, ils puiseront leur force dans ma bravoure.  »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Richard Bégault


Marine CARTERON

Les autodafeurs, Mon frère est un gardien, tome 1
Le Rouergue

325 pages | 16-05-2015 | 14€

Auguste n’a guère le temps de se remettre de la mort de son père dans un accident de la route plus que douteux... Immédiatement après le drame, il part en catastrophe avec sa mère et sa petite sœur autiste, Césarine, s’installer dans la maison de ses grands-parents. Rapidement, la thèse de l’accident s’effondre et Auguste apprend son père a été assassiné par les Autodafeurs et se retrouve alors au cœur d’un affrontement entre la Confrérie, « gardiens de la liberté », à laquelle appartiennent son père et son grand-père et cette société qui durent depuis l’Antiquité ! L’enjeu est de taille : les livres et le savoir. Une lutte sans merci. La Confrérie est attaquée de toute part et Auguste s’aperçoit que son père l’a préparé depuis longtemps pour prendre la relève. L’innocente Césarine ne restera pas en reste dans ces aventures ! Des personnages singuliers, vifs, sympas, de l’aventure, de l’action, du suspens, du mystère, de l’humour, du rythme, alors pourquoi se priver ?

Premier roman

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Thème(s) : Jeunesse Littérature française


Philippe VOURCH

Les genoux écorchés
Christophe Lucquin

106 pages | 10-05-2015 | 14€

Les genoux écorchés parcourt l’album des souvenirs d’un petit garçon. Chronique d’une enfance aimée, entourée, attentionnée, simple comme peut l’être parfois la vie. L’enfant devenu adulte et père nous raconte des années plus tard son propre père, disparu rapidement et trop tôt, blessure jamais cicatrisée. Il revient sur les faits simples du quotidien qui remplissent une vie de bonheur et de souvenirs, les départs en week-end, en vacances, les jeux, les soirées, les Gauloises que son père appréciait tant. Une enfance où l’attention à l’autre prime, où le bonheur naît d’un regard, d’un sourire. Une chronique du temps qui passe et qui ne reviendra pas mais qu’il est si doux d’évoquer. Un bel hommage au père et à l’amour paternel. Tendre, doux, sensible et terriblement émouvant.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Kenneth CALHOUN

Lune noire
Actes Sud

320 pages | 03-05-2015 | 22€

Un roman apocalyptique qui prend sa source dans l’insomnie ! Les hommes ne dorment plus, deviennent des espèces de zombies, sans envie, sans mémoire, déconnectés. La folie guette et même le langage se délite. Seule la rencontre avec l’un des rares et derniers humains accédant encore au sommeil semble les « réveiller » en les mettant dans une rage profonde et dangereuse. Le monde s’effondre et semble voué à une disparition prochaine et Kenneth Calhoun nous propose de suivre avec angoisse les quelques aventuriers épargnés par le fléau sur lesquels repose la survie de notre monde. Un roman à ne pas lire avant de s’endormir !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir

Traduction : Alain Defossé


Rachel CORENBLIT

Quarante tentatives pour trouver l'homme de sa vie
Le Rouergue

190 pages | 02-05-2015 | 18€

A travers quarante tableaux, Rachel Corenblit dresse le portrait d’une femme proche de la quarantaine à la recherche de l’âme sœur mais aussi un bilan des rapports hommes-femmes. Lassée de sa solitude, Lucie, institutrice à Toulouse, laisse libre cours à son imagination pour trouver un compagnon. Recherche obsédante, propice à l’humour grinçant et corrosif, état des lieux parfois pathétique, les comportements classiques sont passés en revue dans tous les cadres (familiale, amicale, professionnel…) et toutes les situations sont bonnes (ou pas) pour provoquer rencontres et ouverture éventuelle ! Le ton est direct, vif, piquant, un texte particulièrement rythmé entre rires et pleurs.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Elizabeth LITTLE

Les réponses
Sonatine

495 pages | 21-04-2015 | 21€

Janie Jenkins vient de passer dix ans en prison. La jeune femme insouciante et déjantée avait des relations houleuses avec sa mère, la mystérieuse et fortunée Marion Elsinger. Et quand celle-ci est retrouvée assassinée dans sa maison avec à ses côtés sa fille, Janie est suspecte, accusée puis condamnée. Mais, après sa libération, Janie veut des réponses : qui est vraiment cette mère ? Janie n’a aune mémoire des faits de la soirée tragique, l’a-t-elle réellement tuée ? Elle se lance dans une enquête complexe au cœur d’une Amérique profonde, au fond du Middle West et pour ne rien arranger, elle a l’Amérique à ses trousses qui continue de la croire coupable. Le rythme va crescendo, l’enquête est bien menée, les personnages singuliers et la fin inattendue. Encore une belle réussite chez Sonatine !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir

Traduction : Julie Sibony


Cathy JURADO-LÉCINA

Nous tous sommes innocents
Aux Forges de Vulcain

208 pages | 30-03-2015 | 16€

Jean et sa famille, les Jehan, sont associés aux Passereaux, une ferme dans les années 50 non loin de Pau, un peu à l’écart du village voisin. Enfant, Jean est bon élève, adore écrire et raconter des histoires (ces derniers instants seront consacrés à l’écriture), notamment à sa sœur Paule, un peu éloignée de tous et du quotidien de la ferme. Le village regarde avec quelques craintes cette ferme et son patriarche, les relations sont tendues, sans que Jean n’en connaisse les raisons. Il préfère s’occuper d’Odette (« Odette n’avait pas de défaut, sauf peut-être son silence et sa solitude. ») avec qui il se sent bien. Son instituteur lui conseille de continuer ses études, il en a les capacités. Mais aux Passereaux, on ne peut dévier aisément du chemin tracé par la famille. Il espèrera longtemps convaincre les parents, le mariage avec Odette lui sera refusé, il fuira, rejoindra l’Algérie, puis reviendra, retour incontournable, on ne quitte les Passereaux… Trajectoire tragique d’une vie de solitude, d’incompréhension, de douleur, de folie, un cri déchirant à la Münch, aussi terrible que stupéfiant. Un premier roman émouvant particulièrement réussi qu’on lit d’une traite jusqu’à sa fin très singulière et inoubliable.

Premier roman

Cathy Jurado-Lécina nous rendra visite le vendredi 15 novembre 2015.

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Thème(s) : Littérature française


Eric HAVILAND

Les batailles d'Hastings
Finitude

112 pages | 28-02-2015 | 14€

Eleanor, environ dix-huit ans, est pensionnaire à Abbey School et conserve toute la fougue de sa jeunesse. On lui a imposé de partager sa chambre avec Cynthia qu’elle n’apprécie guère. Or, en ouvrant la porte de sa chambre, Eleanor découvre Cynthia pendue. En un instant, elle sait. Un monde se ferme et un autre l'accueille. Mutation totale et instantanée. Tout retour en arrière est impossible. En une fraction de seconde, sa vie a définitivement changé et rien ne pourra lui faire oublier. L’insouciance s'est évaporée, la joie de vivre disparue, ce drame devient son fardeau, elle ne pourra jamais vraiment confier ses sentiments profonds, ce qu’elle a ressenti à ce moment fatidique. Une variété de sentiments (incompréhension, colère, culpabilité…) l’assaille, elle s’isole, cherche à retrouver son petit ami, le rejette, doute, cherche à comprendre. Malgré les rivalités des filles du pensionnat, elles se révèlent solidaires et épaulent Eleanor, la seconde victime. Pourtant, Eleanor se sait maintenant accompagnée par la Noire, pour toujours, il faudra l’admettre, la combattre et elle saura découvrir en elle toutes les ressources nécessaires. Un premier roman initiatique émouvant et délicat qui happe le lecteur et qui plaira autant aux ados qu’à leurs parents.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Cécile HUGUENIN

La saison des mangues
Héloïse d'Ormesson

175 pages | 16-02-2015 | 17€

Une saga familiale sous forme de trois portraits de femmes sur trois générations qui traversent les continents, les pays, les coutumes et croyances, vivent l’exil et se confrontent au mélange des cultures, le tout entouré d’odeurs si caractéristiques. Le lecteur ne subit jamais ces destinées, il y participe (quasiment), Cécile Huguenin lui propose en effet à lui aussi un voyage, une destination, de trouver son chemin, libre à lui de s’échapper et d’aller au rendez-vous avec ces femmes exceptionnelles qui vont se révéler au gré de leurs rencontres et de leurs amours.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Cécile Huguenin lus par Vaux Livres


François-Henri DÉSÉRABLE

Evariste
Gallimard

178 pages | 30-01-2015 | 16.9€

Evariste Galois fut une étoile filante (« … il fut aux mathématiques ce qu’à la poésie fut Arthur Rimbaud…), mathématicien brillant, surdoué (« On le nommera Evariste, du grec, aristos – le meilleur. Tout est déjà écrit. »), jeune homme beau, fougueux, passionné et sans compromis, engagé et révolté, mort à vingt ans lors d'un duel. Talent gâché par la jalousie et la bêtise, rien ne lui fut épargné, ni par son entourage, ni par ses collègues et pairs. L’auteur revient sur son parcours, sur son extraordinaire découverte, l’infini, la puissance et la beauté des mathématiques, mais l’inscrit aussi dans l’Histoire de la France (« Les nobles qui ont les terres, ne font rien et font de l’argent ; le clergé, qui a le ciel, ne fait rien et fait de l’argent ; le tiers état par ce qu’on lui a promis dans l’autre vie, le ciel du second, s’échine dans celle-ci sur les terres des premiers, fait tout, n’a rien, ne fait pas d’argent. ») comme dans l’Histoire littéraire et scientifique. Le style est singulier, et l’auteur retrace avec fougue et passion le parcours de ce jeune homme qui découvrit les maths à 15 ans, mourut à 20 et néanmoins, laissa une trace éternelle. Après un recueil de nouvelles très remarqué, un excellent premier roman qui ravira les matheux et tous les autres !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Jennifer CLEMENT

Prières pour celles qui furent volées
Flammarion

212 pages | 11-01-2015 | 20€

Plus grand monde n’habite dans les montagnes du Guerrero au Mexique. Les hommes quittent la région dès qu’ils le peuvent. Demeure les femmes et les filles et ... les trafiquants de drogue. Ladydi, quatorze ans, partage son quotidien avec les autres filles et leurs mères, dans la peur de ces hommes sans limite qui viennent très régulièrement les voler et faire « leur marché », choisissent les plus belles, tuent ceux qui tentent de faire obstacle. Quand un enfant naît ici, tout le monde prie pour que ce soit un garçon ! Les mères utilisent tous les stratagèmes possibles pour garder leurs filles et éviter qu’ils les leur volent : les déguiser en garçon, les enlaidir, les cacher. Une chasse sans fin, le prédateur est persévérant, personne ne semble pouvoir l’arrêter et la vie de ces femmes délaissées mais courageuses et solidaires semble figée dans une ambiance mortifère de guerre et de trafic. Un roman témoignage inoubliable qui suscite immédiatement l’admiration pour ses personnages féminins aux destins douloureux et hélas tracés.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Patricia Reznikov


Mathilde ALET

Mon lapin
Luce Wilquin

122 pages | 13-11-2014 | 12€

Gabrielle revient sur les lieux de son enfance pour enterrer son grand-père. Elle nous fait partager cet instant si particulier où les familles se réunissent et se retrouvent pour dire adieu à l’un des leurs, entre la vie et la mort (« Un enterrement, c’est comme une journée à la mer, ça creuse. »). Ce moment est propice à un retour en arrière, les souvenirs remontent à la surface. Gabrielle regarde son passé avec tendresse même si parfois la colère semble poindre dans cette famille où le silence est de mise, on ne pose pas de questions chez ces gens là... Elle appréciait le calme qui régnait autour de Papy Louis : « Finalement, je ne connais pas grand-chose de sa vie. Pour moi, il n’a jamais été que Papy Louis et, à trente ans, je le vois encore avec mes yeux d’enfant. C’est peut-être ça, perdre son grand-père : perdre un peu de son enfance. ». Mais les enterrements sont parfois aussi propices à une renaissance, et même parfois à une rencontre prometteuse pour l’avenir… Un premier roman plaisant et enlevé avec des remarques percutantes sur la famille et ses non-dits.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Mathilde Alet lus par Vaux Livres


Ivan REPILA

Le puits
Denoël

111 pages | 11-11-2014 | 11€

Ils sont deux frères. Unis. Au fond d’un puits. Un petit monde caché sous un autre. Une vie laborieuse loin de la Vie. Il semble qu’ils ne puissent s’échapper. Pourquoi se sont-ils retrouvés là, coincés. Il faut bien survivre en attendant, en attendant la fin mais quelle fin ? Le plus petit est faible alors que le plus grand tente de garder la forme, mais pour quoi ? Il faut préserver chaque goutte d’eau, chaque bout de ver de terre pour prolonger la vie. Ne pas sombrer dans la folie et ne pas abandonner. Partager et surtout ne pas craquer. L’interdit : ne pas se servir dans le sac de commissions qu’ils doivent rapporter à leur mère au village. Le grand imagine leur fuite, mais dans son scénario, un seul pourra sortir, le petit. Sacrifice. Il le faut. "Le puits" est un texte aussi court que dense, conte philosophique qui vous étouffe, vous aspire dans un univers noir et angoissant, débordant de métaphores qui invitent à une relecture immédiate.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Margot Nguyen Beraud


Julien SIMONET

Un livre, un arbre et des emmerdes
Scrineo

288 pages | 27-10-2014 | 18€

Axel Leyrat, la trentaine, partage sa vie avec la sublime et ambitieuse Natacha et leur jeune fils Igor qu’il aime par-dessus tout. Axel a franchi le pas dont beaucoup rêve, il abandonne son travail pour écrire enfin le roman qu’il porte de longue date. Alors qu’il se lance dans la recherche d’un éditeur, Natacha lui annonce qu’elle le quitte, part pour New-York et évidemment emmène Igor. C’est le choc, une déflagration, seul, sans son fils, c’est impossible. Le temps presse et Axel ne voit qu’une solution pour convaincre le juge de lui attribuer la garde d’Igor : trouver l’éditeur capable d’accompagner son roman sur la route des best-sellers ! Alex repère l’adresse de Juliette Lefort, la directrice d’une maison d’édition en vogue et s’installe dans le même immeuble bien décidé à forcer le destin… Les chapitres donnent alternativement la parole à Axel et à Juliette, un premier roman alerte, vif, direct, fourmillant de rebondissements, drôle et émouvant, qui parle aussi bien du monde de l’édition que des aventures périlleuses d’un couple d’aujourd’hui.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Laure des ACCORDS

L'envoleuse
Verdier

90 pages | 27-08-2014 | 11.8€

Guillemette et Romain à l’orée de leur vie reviennent sur leur enfance, les souvenirs oscillent entre rêve, fantasme et réalité. Ils se sont rencontrés et aimés depuis leur plus jeune âge. Et le pilier de cet amour est Gisèle, différente la grosse Gisèle et pourtant emblématique de l’Amour. Gisèle les hypnotise, les attire, chacun partagera un secret avec elle, « Avec Gisèle, je suis entrée en désobéissance. ». Le désir perdure, amours éternels, l’attirance aussi, entre eux, entre eux et Gisèle, Gisèle qui les a aidés à dévoiler et réaliser leur amour. Un premier roman ambitieux, troublant et intriguant.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Laure des Accords lus par Vaux Livres


Marie-Aimée LEBRETON

Cent sept ans
Buchet-Chastel

126 pages | 25-08-2014 | 11€

Face au mutisme de sa mère, Madame Plume, Nine a soif de savoir, de connaître son histoire. Elles habitent au nord de la France, un climat, une région bien éloignés de leurs origines : « Je suis née au creux des montagnes, là où le ciel change de couleur dans la courbure du vent. » . En effet, Nine sait seulement qu’elles ont quitté précipitamment la Kabylie après l’assassinat de son père. Alors, à la mort de sa mère, Nine choisit de faire le voyage retour, elle veut découvrir l’endroit où ses parents se sont aimés, découvrir les traces de son enfance et suivre ce chemin qui la fera grandir. Un court récit oscillant entre poésie et conte, tout en retenue et en douceur malgré les thèmes abordés (la souffrance, la peur, les non-dits, l’exil, la guerre…), sans révolte, apaisé.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Samuel W. GAILEY

Deep Winter
Gallmeister

317 pages | 20-08-2014 | 23.4€

Danny est grand, costaud, impressionnant. Pourtant Danny est doux comme un agneau et surtout différent. Un accident tragique vers l’âge de cinq ans l’a laissé orphelin et simple d’esprit. A l’école il fut le souffre douleur de ses petits camardes, et adulte cela continuera, tous les habitants de Wyalusing en Pennsylvanie le méprisent et le rejettent. Sauf Mindy, la jolie Mindy qui dès l’école prenait sa défense. Alors lorsque Danny se retrouve dans sa caravane avec le corps de Mindy, sa seule amie, inerte, du sang s’écoulant de son crâne, il est effondré et ne comprend pas. Sokowski l’adjoint violent et sans scrupule du shérif, et son acolyte Carl présents sur les lieux le désignent immédiatement comme coupable. La petite ville de Wyalusing ne s’en remettra pas, les évènements s’enchaînent, personne ne semble pouvoir les maîtriser et stopper les tragédies qui se succèdent. Qui sortira vainqueur de cette course poursuite ? Un innocent (dans tous les sens du terme) pourra-t-il échapper à la violence des hommes et à l’injustice ? Violent, noir de noir, puissant, rythmé et très cinématographique, autrement dit un incontournable de la rentrée !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir

Traduction : Laura Derajinski


Marion RICHEZ

L'odeur du minotaure
Sabine Wespieser

125 pages | 18-08-2014 | 14€

Marjorie a fait de brillantes études, maîtrise totale, parcours parfait, maintenant au service d’un ministre. Elle a rejoint le camp des puissants, froide et cynique, « Mon rang, c’est celui que je prends. Eh ! Je ne fais qu’exécuter ce que j’ai appris… Plus on me saccage, plus je suis méchante et plus on me respecte. » Un monde très éloigné de son enfance, une enfance dont la seule marque visible est une vieille cicatrice laissée par des barbelés. Néanmoins Marjorie, la petite fille qui ne voulait pas grandir et rejoindre le monde des adultes cache d’autres blessures non cicatrisées, le manque d’amour et d’attention de ses parents, les histoires que lui racontaient sa mère… et un soir, sur la route du retour car sa mère l’a appelée lui demandant de venir au chevet de son père en train de mourir, sa voiture heurte le seigneur du bois, un grand cerf, dont elle recueille les derniers râles. A cet instant, sa vie bascule, cet évènement va la terrasser, remettra en question toutes ses certitudes et fera remonter à la surface son passé. Une violence feutrée accompagne ce premier roman-conte ambitieux à l’écriture ciselée et à la construction singulière.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Marion Richez lus par Vaux Livres


Fiston Mwanza MUJILA

Tram 83
Métailié

200 pages | 09-08-2014 | 16€

Au cœur de la Ville-Pays, toutes les nuits, le Tram 83 est le lieu où tout est possible, où le pays prend une autre forme, unitaire, où tout le monde cohabite, se touche, se parle. Etudiants, mineurs, creuseurs, chômeurs, jeunes prostituées, les canetons, touristes, touristes à but lucratif, professeurs, hommes, femmes, riches, pauvres, une population bigarrée envahit le lieu chaque nuit, « Si le bonheur avait un nom, il s’appellerait Tram 83 », et vient s’abreuver de musique, d’alcool et de sexe. Pendant ces moments, tout est possible, « Toutes les nuits ont ceci de particulier. Elles sont longues et populaires ». Lucien attire les femmes mais préfère son crayon, il écrit un conte-théâtre et rêve parfois d’être édité. Requiem petit voyou sans scrupules s’occupe notamment avec attention de l’avenir de Lucien. Mélangeau né en Suisse vient perturber ce duo en assurant, entre deux rencontres avec de jeunes canetons, Lucien d’une édition de ses écrits en Suisse. Une prose singulière et rythmée pour une plongée dépaysante dans un monde vif, sans artifice où l’envie de vivre prime, un roman très original.

Premier roman

« Les chacals ne mangent pas les chacals. »

« Ca ne s’apprend pas, l’instinct de survie. Ca vient de soi. Sinon ils auraient déjà institué un cours d’instinct dans les universités. »

« C’est pendant la nuit que les géants de ce monde fabriquent nos déboires avec les ardeurs de boulanger autodidacte… »

« Ici, on ne vieillit pas, on existe tout simplement. »

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Thème(s) : Littérature étrangère


Roderick THORP

La traque
Sonatine

615 pages | 08-08-2014 | 22€

La traque aurait pu s’appeler Chasseurs puisque le lecteur rapidement horrifié assiste impuissant à deux chasses simultanées et concurrentes. Phil Boudreau de la brigade des mœurs de Seattle connaît parfaitement le terrain et ses acteurs et actrices. Aussi lorsque ses collègues découvrent le corps d’une jeune femme dans la Green River, ils l’appellent pour l’identifier. Boudreau l’identifie immédiatement et suspecte une de ses anciennes « rencontres », Garrett Richard Lockman. Son avis et son rapport sont ignorés et les morts se multiplient, toujours des jeunes femmes, pratiquement toujours des prostituées et souvent le même mode opératoire. Le tueur de la Green est né. Boudreau est écarté de l’enquête mais n’abandonne pas. Hargneux, teigneux, entêté, obsédé par ces mortes et ce Lockman, il continue telle une hyène patiente, en solo, son enquête faisant fi des obstacles répétés et troublants de sa hiérarchie. Dans le même temps, Garrett Richard Lockman continue de chasser les jeunes prostituées et trouve son plaisir en voyant s’éteindre la lumière de la vie au moment de son orgasme. Tout puissant, manipulateur, rusé, et sans limite, il répand la psychose dans la ville. La panique guette, et il faudra près de dix ans pour que les meurtres s’arrêtent. Enfin, jusqu’au prochain… Oppressant, inquiétant, terrifiant, le mal absolu a trouvé un nouveau et "digne" représentant !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir

Traduction : Michelle Charrier


Alexandre JANVIER

La vie de mes rêves
Luce Wilquin

160 pages | 24-07-2014 | 16€

Une vie rêvée ? Rêver sa vie ? Le mélange est parfois réel et subtil ! Quand et comment oser franchir le pas ? Le héros de « La vie de mes rêves » est un trentenaire un peu paumé, vie sociale triste, vie affective pauvre. Alors lorsqu’un médecin adepte des pratiques alternatives et rayé du Conseil de l’Ordre lui propose une pilule magique pour « obtenir un sommeil artificiel sur commande… et « … pouvoir orienter le sujet, l’action ou les protagonistes du rêve à venir. », il accepte immédiatement, le « Mont Everest de l’amour » lui est promis, alors il plonge ! Dès les premières nuits, il rêve de la même femme, sublime, exceptionnelle, et leur relation s’établit avec une grande harmonie et complicité. Jusqu’au jour où un ancien copain lui présente Francesca qui est cette femme. Aucun doute possible. Ils correspondent d’abord par internet, les conversations banales virent rapidement au très intime, l’idylle part sur de bons rails, mais le réel n’est jamais ni simple ni un long fleuve tranquille… Un roman d’amour et d’humour du XXI ème siècle au rythme effréné des nouvelles technologies.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère


Laure PROTAT

L'indifférent
Arléa

280 pages | 23-07-2014 | 20€

Un homme, un père, décide de se suicider. Il ne laisse ni lettre ni explication. Un geste définitif. Sa fille qui avait des relations privilégiées avec lui reste interdite et désemparée. Elle revient quinze plus tard sur ce jour qui scinda sa vie en deux. Cet homme a fait le choix de les abandonner, faut-il le suivre ou sombrer dans l'indifférence et l’oublier ? Faut-il trouver explications à l’insupportable et continuer de vivre ? Comment se reconstruire, conserver ou sélectionner ses souvenirs ? Comment tenter de stopper le refrain lancinant et obsédant qui exige des explications ? Comment démêler ce mystère qui lui restera toujours associé ? Passer outre l’incompréhension et cet instant de sidération où tout devient impossible, pleurer, manger, réfléchir, espérer… Passer outre la colère, la rage, la culpabilité pour espérer éclairer cet abandon, se reconstruire et prolonger leurs relations (notamment par l’écriture) au-delà de la mort, l’accepter et se réconcilier.

Premier roman

« Les gens sont presque tous comme moi : moyens. Mais ils sont sauvés par une qualité que je n’ai pas : ils se contentent de ce qu’ils sont. Quant à moi, je ne me remettrai jamais de cette condamnation : n’être pas né génial. »

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Thème(s) : Littérature française


Edward KELSEY MOORE

Les Suprêmes
Actes Sud

320 pages | 30-06-2014 | 22.8€

Elles sont trois. Trois afro-américaines unies et complices depuis leur enfance, elles ne se sont jamais vraiment quittées. Très différentes, elles s’acceptent telles qu’elles sont (« Entre Suprêmes, nous nous traitions avec beaucoup de délicatesse. Nous fermions les yeux sur les défauts des autres et faisions preuve de prévenance, même quand cela n’était pas mérité. ») et admirent chacune certains traits, certaines capités des autres. Une amitié indéfectible qui résistera aux temps, aux épreuves de la vie dans une Amérique ségrégationniste. La cinquantaine, elles sont à tournant de leur vie dans une petite ville de l’Indiana et le roman revient sur leur passé et leurs expériences. On les appelle « les Suprêmes » en référence au célèbre groupe de chanteuses des seventies : la tornade et l’intrépide Odette née dans un sycomore, la mesurée Clarice qui supporte tout de son mari volage et la bombe sexuelle Barbara Jean sur laquelle le temps n’a pas de prise. Une chronique vivifiante qui aborde tous les sujets, les croyances, la famille, l’amitié, l’amour, le mariage, la maladie, le racisme et la ségrégation, mais toujours avec un ton enlevé. Touchant et attachant.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Cloé Tralci


Fiona MCFARLANE

L'invité du soir
L'Olivier

270 pages | 06-06-2014 | 22.5€

Ruth a 75 ans et vit seul sur la côte australienne. Harry, son mari, est mort et se deux fils vivent bien loin d’elle, et à part quelques coups de téléphones réguliers, ils ne se voient guère. Sa santé décline, parfois déboussolée, quelques absences, quelques rêves, quelques souvenirs des îles Fidji où elle a passé son enfance et rencontré son premier amour, Richard, un jeune médecin venu aidé son père. Seuls vrais compagnons ses deux chats, les baleines au large et un tigre sauvage qui passe la voir, discrètement, le soir ou la nuit et laisse derrière lui son odeur puissante. Puis un jour, Frida pousse la porte, son frère, chauffeur de taxi, l’a déposée. Elle dit être envoyée par le gouvernement pour s’occuper d’elle et s’installe. Elle prend soin de Ruth si vulnérable mais pourtant la tension monte. Les femmes se jaugent, s’épient, mais aussi semblent s’apprécier parfois, s’agressent puis se consolent, pleurent puis rient. Frida prend sa place et devient vite indispensable même si Ruth tient à son indépendance et se rebelle. Faut-il avoir peur ? Qui doit avoir peur ? Le fil se tend progressivement jusqu’à la dernière page et la rupture finale nécessairement violente.

Premier roman

"Etre heureux, c'est un choix."

"Les enfants étaient éphémères."

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Corinne Chichereau


Will WILES

Attention au parquet !
Liana Levi

300 pages | 03-06-2014 | 21€

Oskar et le narrateur ont fait leurs études ensemble en Grande-Bretagne. Très différents, ils se sont néanmoins côtoyés souvent et se retrouvent maintenant dans leur pays d’origine, en Europe de l’Est. Oskar doit partir régler son divorce aux Etats-Unis et il invite le narrateur à le rejoindre et à s’installer dans son appartement pour l’occuper et prendre en charge ses deux chats. Celui-ci débarque dans un appartement impeccable, plancher superbe et fragile, mais une atmosphère froide et sans vie. Trop propre, trop net, trop rangé. Ecrivain, il produit des brochures et espère profiter de cet environnement pour enfin écrire un roman. Mais cet endroit sans âme est-il le lieu idéal ? Les directives du maniaque Oskar disséminées partout dans l’appartement l’aideront-ils ? Les chats ne lui faciliteront pas non plus la tâche et les évènements s’enchaîneront pour le plus grand malheur de l’appartement, de son gardien et de son propriétaire. Ce séjour permettra en outre de découvrir qui se cache derrière Oskar et son besoin si puissant de perfection, son ami n’est pas au bout de ses surprises ! Le ton est légèrement moqueur, so british, un zeste d’absurde et de loufoque, une goutte kafkaïenne, un goûteux cocktail !

Premier roman

« Nous vivons une époque formidable, et pas seulement grâce à la pénicilline, aux toilettes à chasse d’eau et au chauffage central : nous pouvons dorénavant survoler les nuages. Et ceux-ci tiennent leurs promesses de beauté sublime. »

« Une chambre n’est pas qu’une chambre. C’est la manifestation d’un état d’esprit, le produit d’une intelligence. .. Nous faisons nos chambres qui, à leur tour, nous font. »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Françoise Pertat


Jean-Paul DIDIERLAURENT

Le liseur du 6h27
Au Diable Vauvert

220 pages | 19-05-2014 | 16€

Une star, la Zerstor 500, avec sa suggestive couleur vert-de-gris ! Son domaine de prédilection : l’extermination, le génocide du livre. Et Guylain Vignolles est aux manettes de ce pilon efficace et insatiable. Pourtant, il l’exècre, cet ogre, capable de manger les meilleurs textes comme les jambes de son ami Giuseppe, et il fera tout pour le soulager, certains livres leur seront d’un grand secours. Sa vie est maussade, le monde du travail moderne et épuisant, seul instant de lumière, dans le train de 6h27, il lit aux passagers quelques pages volages qu’il a su subtiliser à « la chose ». Ces lectures susciteront d’autres rencontres, d’autres moments de bonheur et de partage, et qui sait même, un changement de vie. Si certains n’étaient pas encore persuadés que la littérature peut tout et de la force de la lecture, partez à la rencontre du liseur du 6h27 ! Un voyage jubilatoire pour un éblouissant hommage !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Jean-Paul Didierlaurent lus par Vaux Livres


Emmanuel GRAND

Terminus Belz
Liana Levi

368 pages | 26-03-2014 | 19€

Marko Voronine est enfin décidé : il quitte l’Ukraine, sa mère et sa sœur pour la France. Il a trouvé des passeurs roumains qui « l’aideront » à quitter son pays accompagné de quelques autres. Mais un passeur est un passeur, et le voyage tourne mal, les émigrants réagissent, tuent les deux passeurs, récupèrent le camion et l’argent et se lancent dans une fuite désespérée conscients que la mafia roumaine sera vite à leur trousse. Arrivés en France, ils décident de se séparer et Marko part vers la Bretagne et embarque pour l’île de Belz où il a trouvé un emploi en espérant faire le mort… quelques temps. L’accueil est glacial, son nouveau patron, Joël Caradec, le défend face aux autochtones qui voient en lui un marin du dimanche qui pourtant vole leur boulot. Le danger est partout, l’ambiance tendue : Dragos un tueur roumain est à ses trousses et ne fera pas de quartier, et sur l’île l’Ankou rôde, annonce son arrivée et suscite peur et méfiance. Le récit oscille avec vivacité entre la traque de Dragos, machine à tuer, et l’enquête de Marko sur l’île. Un premier roman à multiple facettes, suspense, atmosphère, légendes celtiques et fantastique, croyance populaire, de beaux personnages comme Papou le marin qui reste à terre, mais aussi roman social au cœur de la rude société des hommes de la mer dont l’avenir s’annonce orageux.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir

Les titres de Emmanuel Grand lus par Vaux Livres


Marine KERGADALLAN

Le ciel de Célestine
Diabase

65 pages | 17-03-2014 | 7.01€

C’est fait. Il la quitte, la laisse au bord de la route, lui dit au revoir. C’est fini. Pourtant il va falloir continuer le chemin et cette renaissance passe évidemment par Célestine, l’aïeule presque centenaire qui saura écouter, entendre dans le silence. Un court premier roman superbe, suggestif, qui fleure bon la campagne et le vrai et surtout composé par une prose particulièrement poétique. Une pépite !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Marine Kergadallan lus par Vaux Livres


Olivier RASIMI

Le silence de la chair
Le Passage

318 pages | 05-03-2014 | 18€

Un nouveau virus, Animalia, affecte les hommes. Affaiblis, ils sourient puis meurent dans une béatitude heureuse. A Paris, au jardin des plantes, trois personnages entreprennent de sauver l’humanité. Jeanne est une scientifique rigoureuse, elle travaille au séquençage du génome des singes que le virus épargne. Elle rencontre Sheena, une petite femelle bonobo rejetée par les dresseurs qui a conservé toute son animalité. Jeanne recrute alors Zem, un homme étrange, vagabond admirateur des arbres, sorte de poète fou, pour les accompagner. Le lecteur est incité à s’introduire au cœur de chaque personnage, à endosser sa personnalité, éprouver ses sentiments et donc à partir avec eux à la recherche de la vérité, de sa vérité. Un premier roman singulier qui, de la genèse à aujourd’hui voire demain, offre trois portraits de personnages hors du commun, quelque peu éloignés du monde qu’ils veulent pourtant sauver.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Inès BENAROYA

Dans la remise
Flammarion

303 pages | 27-02-2014 | 18€

Anna est avocate et mariée à Bertrand. Le couple s’est installé à la campagne et semble baigner dans le bonheur. Ils ont décidé de vivre pour eux, sans enfant. Pourtant deux évènements vont venir ébranler Anna. Elle croit voir un enfant s’introduire pour la nuit dans une vieille remise au fond du jardin. Elle l’observe, il devient son petit (« Se penser mère. » alors qu’elle est consciente que « Dans ma famille, les mères n’aiment pas leurs enfants. ») sans pourtant oser dévoiler à d’autres son existence. Dans le même temps, Ava, sa mère, disparaît. Une mère qui ne lui jamais apporté ce qu’elle attendait. Anna n’a connu de courts instants de tendresse qu’avec sa grand-mère. Cette disparition l’incite à être différente, elle change et revient progressivement sur son passé, ses désirs, ses manques. Ava avait définitivement pris possession d’Anna et Anna, marquée à jamais par cette enfance, profitera-t-elle sereinement de cette libération ou plongera dans une folie incontrôlée et sans fin ? Un portrait émouvant d’une femme animée de sentiments complexes que la souffrance mine puissamment et pousse à l’isolement.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Milena MICHIKO FLASAR

La cravate
L'Olivier

166 pages | 27-02-2014 | 18.5€

Taguchi Hiro et Ohara Tetsu se rencontrèrent par hasard sur un banc, dans un parc. Taguchi, le plus jeune, sortait de la chambre où il était resté cloîtré deux ans. Ohara venait d’être licencié, il n’osait l’avouer à sa femme et venait manger la gamelle qu’elle lui préparait. Leurs solitudes se font face. Ils s’observent, puis se parlent, se confient. Chacun se raconte avec franchise, sans faux semblant ni retenue. Ils avancent tous les deux, ensemble, à un rythme contenu presque main dans la main. Aucun des deux ne s’épargne et ils vont apprendre à se connaître. Au coeur de chaque confession, au milieu d’une histoire simple, une violence sourde apparaît subrepticement. Le temps et la parole les libèrent, ils s'aident ainsi mutuellement pour enfin s’accepter. Un roman singulier et attachant, un écrivain autrichien à l’écriture japonisante qui, par petites touches et avec délicatesse et subtilité, susurre un hymne à la vie réconfortant.

Premier roman

« Rencontrer quelqu’un, c’est s’impliquer. »

« Plus jamais, je me l'étais juré, je ne voulais avoir part à la souffrance d'un autre. Il devrait le savoir. Que pleurer et agoniser sont des affaires privées.

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Olivier Mannoni


Julia KERNINON

Buvard
Le Rouergue

200 pages | 20-02-2014 | 18.8€

Caroline N. Spacek est un écrivain accompli, adulé. Dès son premier roman, elle a marqué et impressionné le monde littéraire. Elle vit maintenant loin de l’agitation, du monde, retirée et barricadée dans une grande maison à la campagne. Presque inexplicablement, elle accepte pourtant de recevoir Lou un jeune étudiant. Il ne la connaît pas mais admire son œuvre. Ils passeront finalement deux mois ensemble. Quelque chose semble les rapprocher, peut-être une enfance violente, peut-être pas. Il s’efface, l’écoute, serait prêt à tout pour suspendre le temps et tout apprendre d’elle, tout comprendre. Il laisse s’installer avec bonheur et surprise une intimité qu’il n’espérait pas, « Lui faire ouvrir les doigts. Savoir ce qu’elle dissimulait au creux de sa paume. ». Progressivement, elle revient sur sa vie, son écriture, son œuvre. Elle revit littéralement son histoire, dissèque son travail et retrouve tous les sentiments, fougue, colère, désespoir, qui l’ont alors animée, loue la seule richesse à ses yeux, les livres, les mots et la lecture. Elle revient sur la métamorphose qu’elle a accomplie par les mots, par sa volonté, aussi forte et combattante que fragile, la femme est terriblement attachante. Un roman (ou deux) parfaitement maîtrisé, travaillé, construit qui livre le portrait fascinant d’une femme fière et fragile mais aussi une réflexion sur l’écriture, les mots, la création, les douleurs et joies qui l’accompagnent, la recherche du mot parfait et la solitude qui s’installe inexorablement. Un premier roman étonnant !

Premier roman

« Les phrases étaient du métal aussi, une substance pure qu’il fallait extraire patiemment du sable dur de la mémoire. »

« Ce qu’ils appelaient violence, c’était simplement ce qu’ils ne reconnaissaient pas. »

Ecouter la lecture de la première page de Buvard

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Julia Kerninon lus par Vaux Livres


Lance WELLER

Wilderness
Gallmeister

340 pages | 16-02-2014 | 23.6€

Abel Truman est au cœur de Wilderness, roman ample et puissant, qui oscille entre deux périodes de la vie de ce vieux solitaire. Hanté par son passé, sa honte et son sentiment de culpabilité, Abel Truman a décidé de fuir et pris part à la tristement célèbre bataille de la Wilderness. Cassé de toute part, il a survécu et vit maintenant en ermite sur la côte du Pacifique Nord-Ouest avec son chien. Pourtant, il a décidé d’entreprendre un ultime voyage. Dernières aventures toujours aussi périlleuses, les mauvaises rencontres sont légion… et les instants d’humanité rares qui le mèneront néanmoins vers une rédemption finale. Grande et longue épopée aussi violente et noire que sublime dans ce roman éclairé à la fois par un style délicat et parfois poétique et sa construction (va-et-vient permanent sur 30 ans d’existence).

Premier roman

Ecouter la lecture de la première page de Wilderness

Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : François Happe


Alexis RAGOUGNEAU

La madone de Notre-Dame
Viviane Hamy

105 pages | 07-01-2014 | 17€

Le jour de l’Assomption, Notre-Dame s’anime plus que d’habitude. Ca fourmille de partout, même les ecclésiastiques sont nerveux, la procession organisée en son sein pour honorer la Vierge Marie rassemble de nombreux fidèles. Le lendemain, tout le monde y compris les membres de l’église repère une jeune femme assise sur un banc, belle, éblouissante et provocante dans une robe très courte, immobile, elle attire autant qu’elle réfléchit la lumière. Pourtant, lorsqu’une Américaine s’assoit à côté d’elle, elle s’écroule. Certainement morte déjà depuis de longues heures, les visiteurs n’avaient rien remarqué. Petite révolution, la police débarque en nombre avec à sa tête Landard et Gombrowicz, deux flics qui ne font pas dans la dentelle, rapidement suivis par une jeune procureur, Claire Kauffmann qui prend vite cette affaire très à cœur. Tout le monde est interrogé, le personnel de la cathédrale et les fidèles. On sait rapidement qu’elle était présente le jour de la procession, avec la même tenue, et qu’elle a eu une altercation avec un jeune homme, angle blond au comportement saugrenu, un habitué des lieux. Coupable idéal. Mais pourquoi aurait-il refermé le vagin de la victime avec de la cire ? Le père Kern reste dubitatif devant trop d’évidences. Malgré une maladie sourde et handicapante qui le ronge et aidé par le prisonnier qu’il visite régulièrement, il mène sa propre enquête ce que remarque évidemment Landard et Gombrowicz… Alexis Ragougneau mène parfaitement le fil de l’enquête mais surtout propose une série de personnages emblématiques, vrais, épais, chacun (sur)vivant comme il le peut avec son histoire et ses failles.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir

Les titres de Alexis Ragougneau lus par Vaux Livres


Laurence BERTELS

La solitude du papillon
Luce Wilquin

230 pages | 02-11-2013 | 20€

Après quatre lectures de Madame Bovary, Isabelle se sent-elle délaissée et proche d’Emma ? En tous cas, une lassitude l’atteint, elle et son couple. Elle ne sait plus trop où elle en est avec son mari, malgré ses trois enfants, Maxime, Clara et Ben qui est handicapé (« Il aura été la faille et le ciment de la famille. »). Autour de la famille gravitent les amis. Mateo qui se mariera bientôt en Espagne est l’ami de Maxime dont Clara est amoureuse. Clara a une amie inséparable, Camille, aussi brillante que belle qui attire la lumière. Partie à la montagne, elle décède par accident et ce drame vient heurter de plein fouet la famille. Fin de l’enfance pour Clara, mise à nu des autres et révélation des secrets de la famille et de son entourage. Les destins se croisent, les liens se font et se défont, les solitudes s’installent…

Premier roman

« Elle savait. Parce que les mères savent toujours. »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Laurence Bertels lus par Vaux Livres


Romain PUÉRTOLAS

L'extraordinaire voyage du fakir qui était coincé dans une armoire Ikea
Le Dilettante

253 pages | 29-09-2013 | 19€

Qui aurait imaginé suivre avec tant de plaisir les pérégrinations folles et tragi-comiques à travers l’Europe d’un fakir indien à la recherche d’un matelas à clous ? Ajatashatru Lavash Patel débarque en effet à l’Aéroport Charles de Gaulle avec cette mission incongrue, acquérir le dernier modèle de matelas à clous d’Ikea. L’homme est rapidement intrigué par les Européens mais filou, ne s’en laisse pas compter, le premier à s’en apercevoir sera le chauffeur de taxi gitan qui le prendra en charge à son arrivée… Une fois sur place, stupéfait par la quantité d’articles proposés, le matelas tant recherché est évidemment en rupture, Ajatashatru se retrouve enfermé dans une armoire Ikea en partance pour l’Angleterre. Il va faire le tour de l’Europe avec un œil affûté qui sait repérer nos invraisemblances, nos contradictions. Il rencontrera les sans-papiers, « les vrais aventuriers du XXI ème siècle », la star Sophie Morceaux, des Soudanais catapultés d’un pays à un autre, ira jusqu’en Libye et sera de retour en France pour un évènement heureux… Une expérience loufoque, singulière, joyeuse, délirante, oscillant entre réalisme et surréalisme, pétillante, parfois philosophique et toujours hilarante ! En espérant que ce roman au vocabulaire imagé connaisse le même succès que le catalogue Ikea !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Verena HANF

Tango tranquille
Le Castor Astral

170 pages | 18-09-2013 | 13€

Violette est une femme « d’un certain âge, quel bel euphémisme », seule, en effet elle a choisi volontairement « le silence social ». Elle s’est isolée des liens familiaux (marre d’être « la tache grise » des réunions familiales) et sociaux. Elle n’attend rien des autres et préfère se parler vertement d’ailleurs, la dame est directe et n’a pas la langue dans sa poche ! Enrique jeune Bolivien exilé et sans papiers est seul également, mais il subit sa solitude comme sa pauvreté. Il ne comprend pas pourquoi les gens ont peur de lui. Mais « l’île déserte n’existe pas » et le hasard des rencontres illumine parfois les vies. Les deux se croisent, un sourire (« son sourire soulage mon silence social »), un regard, elle décide de l’aider, ce « maigrelet ». Elle repoussera les barrières dont elle s’était entourée, elle redevient humaine, elle renouera les liens avec le monde et le passé qui n’est jamais mort mais aussi avec l’homme qu’elle a quitté. C’est décidé, elle arrête de « mordre ». Enrique reconnaîtra dans « madame patate » sa grand-mère, trouvera une nouvelle famille, une protection, de l’amitié et une véritable place à leurs côtés. Un bel hommage aux rencontres lumineuses qui peuvent bouleverser nos vies et écorner les préjugés, à l’attention portée aux autres qui peut tous nous sauver. Un style vif et personnel pour ce très joli premier roman.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Verena Hanf lus par Vaux Livres


Loïc MERLE

L'esprit de l'ivresse
Actes Sud

287 pages | 16-09-2013 | 21.5€

Un soir, une banlieue. Youssef Chalaoui, fatigué, rentre chez lui. Ils sont encore là. Les policiers surveillent, contrôlent, en espérant encore en leur pouvoir. C’est la fois de trop. Bavure. Youssef tombe, il est mort. Embrasement local puis national. Loïc Merle en suivant trois personnages principaux ancrés dans leur solitude, Youssef, Clara égérie combative et féministe des évènements, et le président Henri Dumont fuyant, décrit les espoirs et peurs, les rêves et compromissions mais aussi l’inéluctable. Ivresse du pouvoir, ivresse du groupe, ivresse du chaos, ivresse de la colère, ivresse de la liberté, que d’ivresses depuis toujours avec au bout la révolte individuelle ou collective, « Une seule nuit peut changer votre vie ». Un premier roman ambitieux, dense composé de phrases de grande amplitude, sans paragraphe et au vocabulaire riche.

Premier roman

« … on se trouvait dans les rues des Iris aux noms de communistes morts, de villes normandes, de poètes, le communisme manquait toujours, et les pommiers, et la poésie. Dans cette réalité tronquée des noms d’avenues, de bâtiments, mieux valait dormir… et rêver de voyages possibles, accessibles, en charter… et éviter du regard ces noms qui leur faisaient sentir la France, sa domination sans partage, qui s’alliaient aux Voix pour les provoquer : Etrangers étrangères, étrangers pauvres étrangers… »

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Thème(s) : Littérature française


Dominique PARAVEL

Uniques
Serge Safran

165 pages | 15-09-2013 | 15€

Dans la rue Pareille à Lyon, une série de personnages sans lien autre que ce lieu se croisent, s’effleurent à peine, le jour de l’Epiphanie, en attendant la révélation. Il sont tous uniques et ordinaires, subissent les contraintes de notre société, cinq personnages au cœur de notre monde. La première partie de ce roman s’applique à décrire leur quotidien ce jour particulier : souffrance, licenciements, solitude, douleur mais aussi douceur et délicatesse. De manière anodine, ils croisent parfois une femme aux gants rouges qui ne semble pas leur porter attention. Pourtant Susanna, originaire aussi de cette rue, est présente pour rassembler ces fragments de vies dans une œuvre d’art. Premier changement de point de vue. La deuxième partie s’attache à la journée particulière de Susanna, autre regard sur ces personnages uniques qui participe à l’élaboration de cette œuvre. Subrepticement, le rôle de l’art notamment de l’art contemporain est abordé, pourra-t-il redonner vie à ces personnages, les aider à trouver leur place ? La dernière partie ou dernier angle de vue revient sur l’histoire de la rue, un passé mouvementé qui peut redonner espoir et atteste qu’une révolte bienveillante est toujours possible. Une construction singulière pour un roman unique !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Dominique Paravel lus par Vaux Livres


Jérôme PRIEUR

Une femme dangereuse
Le Passage

20017 pages | 15-09-2013 | 17€

Le héros semble être arrivé au bout de sa vie. Pris dans une baïne, il est au bord de la noyade. Pourtant, il est sauvé par une femme. Ils font connaissance, pour la remercier, il lui demande ce qu’elle souhaite. Elle lui propose donc de partir à la recherche de Madeleine pour la tuer. L’homme accepte rapidement sans savoir s’il en sera capable mais « L’essentiel, c’est de jouer son rôle ». L’enquête débute, il part sur ses traces, découvre une à une les facettes de cette femme, son passé. Cette traque l’incite aussi à faire « un détour », à s’interroger sur sa propre vie. Voyage entre le passé et le présent alors que ses interrogations et rêves l’entraînent également vers le futur. Il rencontrera beaucoup de femmes, chaque femme contient le négatif d’une autre » qui le guide innocemment vers Madeleine. Un roman poétique émaillé de nombreuses références littéraires ou cinématographiques.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Nathalie AUMONT

Consolation
Arléa

110 pages | 07-09-2013 | 16€

Une famille, parents, trois enfants, sans histoire, heureuse, enfin jusqu’au drame absolu. Le fils brillant et chéri, 17 ans, désigné pour réaliser ce que le père n’avait pu faire, se tue accidentellement. Quand les parents apprennent ce drame (« La mort de Frédéric fut un tsunami »), le grand frère de Frédéric est avec eux, contrairement à sa sœur, la narratrice, ce qui l’obsèdera longtemps. Elle exprime pourtant ce qu’elle a ressenti ou vu, les cris de sa mère, les silences de son père, les moments particulièrement pénibles, les réactions ou non-réactions de chacun, la douleur, le sentiment d’injustice et d’incompréhension, de culpabilité… Elle accompagne, épaule ses parents qu’elle adore en doutant parfois de leur capacité à pouvoir l’aimer. Cette disparition ne sera jamais oubliée, personne ne sera définitivement consolé, évidemment, néanmoins la force de la vie et le temps adoucissent insensiblement la douleur et à son rythme, chacun reprend son chemin.

Premier roman

« J’ai fait le deuil de mon frère ; j’ai gardé son rire au chaud dans un coin de mon cœur, je lui ai fait un nid d’amour… Je n’ai pas fait le deuil de la douleur de mes parents, ces orphelins d’un fils. »

« La mort ne respecte rien, ni l’ordre des choses, ni la vie qui s’éveille, ni les rêves inachevés. »

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Thème(s) : Littérature française


Guillaume SIAUDEAU

Tartes aux pommes et fin du monde
Alma

135 pages | 25-08-2013 | 14€

Le jeune héros grâce à une boîte de maquereaux récalcitrante tombe amoureux d’une caissière. De leurs premières rencontres jusqu’à leur séparation, il nous fait partager souvent avec humour, ses espoirs, ses envies et surtout revient sur son enfance, ses chiens, sa sœur, son père et sa mère qui les a quittés rapidement avec un type « qui ne pipait mot ». Contemplatif et rêveur, cette période est toujours très présente en lui et prétexte à anecdotes. Un texte très vivant, un parcours caractéristique de notre époque et un humour attachant.

Premier roman

« Trouver un logement lorsqu’on cherche un travail est aussi difficile que de trouver un travail lorsqu’on cherche un logement. »

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Guillaume Siaudeau lus par Vaux Livres


Jérôme MILLON

Vie et destin de Célestin Arepo
La Fosse aux Ours

125 pages | 11-08-2013 | 16€

Célestin est né en 1900. Il est comptable, solitaire, costume gris, effacé. Comme son père. Seule passion, les mots, les dictionnaires et les mots-croisés. Destin tracé, prédéfini, sans surprise (« Célestin n’avait du bonheur qu’une image diffuse et, lorsqu’il s’interrogeait sur son existence, il préférait penser qu’il n’était pas malheureux. »). Mais quelques rencontres en décideront autrement. Tout d’abord, Mathieu, rencontré au cimetière Montmartre, passion de pêche. Seul ami à qui il pouvait se confier et partager des moments de calme et de réflexion intime. « Puis vint Rose. ». Elle était serveuse. Ils lièrent connaissance, elle lui demanda s’il était croyant et Célestin resta incertain. Cette question le hanta de longs moments et marqua une pause dans leur relation. Il s’interrogeait sur l’amour, la foi, le sens de la vie. Il devait tenter de trouver des réponses avant de retrouver Rose. Un superbe portrait d’un homme simple qui souhaite comprendre le sens de son existence pour mieux la maîtriser. Un premier roman à l’écriture soignée et raffinée.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


David CORBETT

Une certaine vérité
Sonatine

550 pages | 10-08-2013 | 22€

En 1994, Jude McManus a 17 ans quand son père est retrouvé mort dans les eaux d’un lac. Il était flic à Chicago et de lourds soupçons pesaient sur lui et son équipe, Phil Stroke et Bill Malvasio. Accident ? Suicide ? Cette disparition ne sera jamais élucidée même si Jude assiste à la perquisition en règle de sa maison par les collègues de son père qui ne se gênent pas pour donner leurs avis. Phil et Bill quittent quant à eux le devant de la scène… On retrouve Jude en 2004 comme garde du corps d’Alex, un scientifique américain, dans la République du Salvador. Dans ce pays gangrené par la pauvreté, la violence et la corruption, Alex est venu réaliser un audit pour un grand groupe concernant l’exploitation de l’eau. Bill Malvaisio navigue également entre les Etats-Unis et le Salvador. L’homme n’a plus aucune limite et il agit aussi bien pour son compte que comme homme de main d’un chef mafieux. Bill contacte alors Jude lui proposant de faire venir au Salvador Phil Stroke pour le relancer et le sortir de la panade. Jude y voit l’occasion de connaître enfin la vérité sur la fin de son père mais une certaine proximité avec ces deux hommes a résisté au temps et aux doutes sur leur honnêteté à Chicago. Bill parait sincère et repenti, mais Bill ne fait rien gratuitement… et Jude même s'il refuse longtemps la réalité, vient de tomber dans un engrenage terrible. La trame est dense puisqu’elle allie une intrigue haletante, un portrait efficace des relations entre l’Amérique et le Salvador comme de l’état affolant de cette République.

Premier roman

« Je pense que nous sommes tous des ordures. »

« Et qu’était l’amour sans un peu de trahison ? »

« Peut-être qu’ici c’est ça, la seule solution quand on veut sauver quelque chose, pensa-t-elle en rentrant dans la maison. Il faut le tuer d’abord. »

« Pourquoi est-il si difficile pour nous autres Américains – et pus particulièrement pour nous autres hommes américains – de concevoir qu’on puisse ne pas avoir envie de nous ? »

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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir

Traduction : Pierre Szczeciner


Sophie VAN DER LINDEN

La fabrique du monde
Buchet-Chastel

156 pages | 07-08-2013 | 13€

Mei, jeune Chinoise, est venue en ville pleine d’espoir, un travail, un logement, de l’argent… Finalement, elle dort, loge, travaille dans l’usine de textiles qui l’a embauchée. A chaque nouvelle commande, un nouveau slogan (« Ton courage tu donneras sans limite pour construire une Chine prospère. ») motive ces petites mains qui ne font qu’une avec leur machine, efficaces, aguerries à la douleur, sous l’œil sévère d’un contremaître sans pitié veillant au respect de délais toujours plus oppressants : « Je n’ai pas été au bout de ma douleur car je sais qu’elle est sans fin. Pourtant, je dois garder ma fierté. » Et pourtant, la jeune Mei continue de rêver, sa vie ne fait que commencer, elle rêve d’une rencontre, d’un amour pour la vie. Et le rêve peut-il devenir réalité dans le monde de Mei ?

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Sophie Van Der Linden lus par Vaux Livres


Toine HEIJMANS

En mer
Bourgois

156 pages | 21-07-2013 | 15€

Donald, lassé et insatisfait de son quotidien, a décidé de prendre le large. Trois mois de congés à bord de son voilier, loin de tout, pour se recentrer et trouver un apaisement dans ce combat contre la mer et contre lui-même. Pourtant, lors de la dernière étape, sa fille, Maria, âgée de sept ans, doit le rejoindre. Trois jours tous les deux, sur la mer, dans ce petit espace, à partager tous les instants. Enfin. Un père, une fille, complices. Se prouver qu’il pourra le faire. Puis l’arrivée prévue, triomphante, fiers, devant sa femme rayonnante qui les attendra sur le port, pour repartir, tous les trois, unis. Les premiers instants avec Maria sont heureux, paisibles. Mais rapidement, le lecteur ressent le trouble de Donald, sa fragilité, ses doutes et ses peurs, une anxiété de tous les instants, la peur de l’échec permanente, l’atmosphère se tend, comme le bateau, l’homme tangue, hésite. L’orage gronde, et lorsqu’il découvre que Maria n’est plus dans son lit, Donald et le lecteur paniquent, tremblent. La tension est extrême jusqu’à l’arrivée au port qui ne prendra donc pas la forme escomptée… Un grand bonheur que ce premier roman, un style riche, un univers maritime parfaitement décrit, attirant et dangereux, omniprésent et obsessionnel, un suspense sans faiblesse, et le portrait émouvant d’un père en plein doute et parfaitement angoissé.

Premier roman

« Tout le monde est à moitié sourd et aveugle. Les gens ont beau penser le contraire, ça vaut pour tout le monde. »

« L’eau n’a ni sentiment ni histoire. Elle ne fait rien, elle est, c’est tout. Si elle t’assassine, si elle te noie, il n’y a là rien à chercher que ta propre stupidité. La mer n’est ni une amie ni une ennemie. »

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Danielle Losman


Samira SEDIRA

L'odeur des planches
Le Rouergue

136 pages | 17-05-2013 | 16€

Samira Sedira a même oublié l’odeur des planches qu’elle a pourtant longuement foulées et puissamment respirées. En effet, après une formation de comédienne, elle a joué de nombreux rôles, fréquenté moult salles de théâtre. Et puis, un jour, tout s’arrêta, le rideau tomba et personne ne fut là pour le lever. Plus de rôles, plus de travail, plus rien, exclusion, solitude et isolement s’installent progressivement. Sans identité, sa vie se délite. Le chômage, fin de droits, retour au boulot, et elle s’engage comme femme de ménage. Les souvenirs reviennent. L’exil de ses parents, leur sacrifice, son obligation de réussir, sa mère qui ne s’est jamais intégrée, l’impression de revivre son calvaire aujourd’hui avec en plus un sentiment de mépris de soi et de culpabilité face à cet échec qui semble établir que rien ne bouge, seule demeure l’attente, l’attente de dignité, de reconnaissance, de travail, de son pays, du retour… Ce témoignage sincère et direct est sensible, émouvant, intense tant dans l’émotion qu’il suscite que dans la multitude des thèmes abordés (l’exil, le travail et le chômage, les femmes exilées, les enfants d’immigrés, la réussite, le monde du théâtre, le salariat et les petits boulots…).

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Nathalie NOHANT

L'hypothèse des saisons
Le Passage

250 pages | 01-05-2013 | 18€

Ils sont trois, forment un trio bancale, où l’un observe et écoute les deux autres dans un premier temps. Observation de l'autre, de ses sentiments mais auto-observation également. Deux d’entre eux viennent de subir la fin d’un amour, une séparation. L’œil est perçant, l’attention ultime. Chaque mot frappe, chaque regard consenti est pesé. Puis le trio se forme, Jules et Jim peuvent l’accompagner et rejoindre l’Avventura, un café en bord de Marne. Confusion des sentiments, désir à fleur de peau renaît en prenant son temps avec comme idée récurrente, lancinante et obsédante, comment s’en sortir ?

Premier roman

"Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cœur
D'une langueur
Monotone.
"

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Thème(s) : Littérature française


Olivia PROFIZI

Les exigences
Actes sud

175 pages | 28-04-2013 | 18€

Rachel aime un homme, plus que tout, plus qu’elle-même certainement. Elle accepte tout, absolument tout, sans aucune retenue, même la violence et la perversité les plus ultimes. Domestiquée sexuellement, elle est devenue sa chose. Et puis un jour, elle dit stop mais se méprise et tente d’en finir. Elle se retrouve dans une clinique et revient alors sur son expérience et sur le cheminement qui l’a amenée à ce statut d’esclave. Elle évite toute facilité et n’endosse pas le rôle de victime, elle n’a pas seulement subi, loin de là, elle reconnaît en effet sa responsabilité et son acceptation dans cette relation univoque et dans ces violences. Et seule cette lucidité lui permettra tant d’en l’analyse de cette relation consentie que dans la revisite de son enfance, d’éloigner la dépression qui la mine et commencer une seconde vie.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Clément BÉNECH

L'été slovène
Flammarion

127 pages | 28-04-2013 | 14€

Deux jeunes amoureux partent pour la Slovénie pour concrétiser cet amour ou y mettre un point final ? « Nous étions venus en Slovénie pour changer d’air, mais il semblait qu’il se viciait à notre approche et nous suivait comme une nuée de moucherons ». Le jeune homme est le narrateur mais il donne aussi son interprétation et le lecteur profite donc d’une double vision. Il est lucide, parfois désinvolte, décrit les faits quotidiens anodins ou singuliers mais surtout la vie du couple. Leur différence point rapidement et leur périple chaotique dans ce pays mystérieux la mettra en évidence voire l’exacerbera. Un premier roman délicat et élégant non dénué d’humour sur un couple sans lendemain.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Pascale DIETRICH

Le homard
In8

95 pages | 08-04-2013 | 12€

Camille apprécie les tombolas organisées par les bonnes œuvres de sa petite commune bretonne, autant pour se débarrasser d’objets inutiles tel ce pic à glace que pour la curiosité de gagner des lots inattendus voire incongrus tel ce bel homard. Il faut dire que Camille semble avoir peu d’occupations, son mari semble ailleurs avec sa vis dans le crâne, quelques discussions avec sa meilleure ami au café « La veuve pochard débitante »… Le calme… Et puis « Clac ! », un manoir au bord de la côte semble raviver son couple, et un touriste anglais retrouvé assassiné… que d’occupations ! Camille Dietrich nous parle de couple et de quotidien, de folie, d’amour mais avec un ton singulier et juste oscillant avec bonheur entre noirceur et humour.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir

Les titres de Pascale Dietrich lus par Vaux Livres


Claire-Lise MARGUIER

Les noces clandestines
Le Rouergue

122 pages | 27-03-2013 | 13.8€

Après le décès de sa grand-mère avec laquelle il vivait, un professeur de collège d’histoire et géographie hérite de sa maison. Il s’y retrouve seul, un peu perdu, notamment dans la chambre rouge, espace qu’il a commencé d’aménager avant la mort de la vieille dame. Une chambre qu’il aimerait bien voir habitée, par une belle âme si possible pour la protéger, l’élever encore. Oui mais qui ? Un jeune homme beau comme un ange qui vit dans la rue presque devant chez lui le croise, il l’enlève. Hasard des rencontres, de la vie. Le huis clos devient vite dérangeant, ambigu. Entre attirance et répulsion, douceur et violence, sans rébellion, les sentiments contradictoires traversent ces deux hommes. Lequel des deux acceptera ou décidera de briser les chaînes de la relation qui les unit ? En sus d’un style travaillé, d'une écriture poétique et musicale, Claire-Lise Marguier réussit déjà dans ce premier roman à varier le ton, les effets et surtout bousculer le lecteur.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Kéthévane DAVRICHEWY

Tout ira bien
Arléa

95 pages | 22-03-2013 | 12.15€

Abel a dix-sept ans lorsqu’il se retrouve poussé dans un train. Départ contraint loin de son ami Antoine et de Lou seule figure féminine qui a cru en lui. Il part loin de ses repères et de toute tendresse pour l’Arche, un centre de désintoxication. La drogue l’a broyé et l’Arche continue d’une autre façon, sevrage, isolement, violence. Il convoque son passé et revient sur son parcours chaotique, sentiment de solitude, d’inutilité, quel sens donner à sa vie, une seule passion le dessin, mais à part Lou, personne n’y prête attention. Abel hésite, se rebelle, plie, se replie, s’accorde parfois quelques respirations et laisse la vie pointée d’abord timidement, en espérant que tout ira bien pour cet adolescent en danger. Un livre vif, tendu, rythmé tant par le style que par l’alternance entre passé et présent d’Abel. Un superbe premier roman qui annonçait en effet les suivants parus chez Sabine Wespieser. Tout ira bien est maintenant disponible à l’Ecole des Loisirs.

Premier roman

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Thème(s) : Jeunesse Littérature française

Les titres de Kéthévane Davrichewy lus par Vaux Livres


Hoai Huong NGUYEN

L'ombre douce
Viviane Hamy

160 pages | 14-03-2013 | 15€

En 1954, les troupes de l’armée populaire vietnamienne harcèlent les troupes françaises. Parmi elles, Yann, jeune breton de Belle-Ile, se retrouve évacué vers Hanoï suite à une blessure au thorax. Yann est un taiseux, un rêveur et lorsqu’il voit la première fois, Mai, jeune Annamite envoyée par les sœurs du couvent, il la remarque à peine alors que Mai immédiatement est foudroyée. Histoire d’amour impossible, et pourtant, jour après jour, les liens se tissent et Yann découvre Mai qui tente alors de repousser au maximum le nouveau départ de Yann vers le front. Ce n’est que le début des épreuves qui entraveront leur relation : le père de Mai a d’autres projets pour sa fille et surtout la guerre et les combats, la séparation est inéluctable. Quand Yann part vers Diên Biên Phu, ils se marient, se jurent fidélité, de s’attendre et de se retrouver quand les combats seront achevés. Mais pourront-ils résister et surtout survivre à cet enfer ? Hoai Huong Nguyen a trouvé le ton juste pour osciller, avec mesure et poésie, entre douceur et violence et elle ceint habilement le lecteur d’une toile aussi douce qu’étouffante. Une belle et douloureuse émotion.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Juan Jacinto MUNOZ RENGEL

Le tueur hypocondriaque
Les Escales

235 pages | 08-03-2013 | 21.5€

Monsieur Y. est un tueur à gages, très consciencieux, depuis un an et deux mois, il suit Eduardo Blaisten sa prochaine cible. Monsieur Y. est entravé dans son travail par sa malchance mais surtout par une maladie, ou plutôt par des maladies. Hypochondriaque extrême qui reconnaît sa « relation complexe avec les médecins… 9000 fois plus dangereux qu’une arme à feu », il est atteint d’une multitude de maladies souvent imaginaires mais toujours inquiétantes et observant les nouveaux symptômes, il s’attend au pire chaque soir ! Pourtant Monsieur Y. ne s’en laisse pas conter, c’est « un homme de devoir kantien », et tout en accomplissant sa tâche avec application, sa culture lui permet d’évoquer tous les grands malades et hypocondriaques de la littérature, et le choix est immense, Proust, Molière, Poe, Voltaire, Tolstoï… Dans cette traque de la vie et de la mort, un premier roman qui oscille entre le noir et l’absurde et surtout toujours réjouissant.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir

Traduction : Catalina Salazar


Daniela KRIEN

Un jour nous nous raconterons tout
Flammarion

235 pages | 03-03-2013 | 19€

Maria Bergman a seize ans lorsqu’elle décide de quitter sa mère pour rejoindre son petit ami Johannes Brendel et sa famille dans une ferme de Saxe appartenant alors encore à l’Allemagne de l’Est. Elle s’insère progressivement dans cette famille qui l’accepte et elle prend sa part de la rudesse de leur quotidien et affronte avec eux les tourmentes de la vie en RDA. Son destin semble tracer entre ce quotidien et ses lectures des Frères Karamazov mais c’est sans compter la passion qu’elle va rencontrer avec Henner, le fermier solitaire du domaine voisin. Un homme solitaire, cultivé et grossier, dur et tendre, violent et doux, protecteur et menaçant. Elle devient son objet, le souhaite et le désire (« Je lui murmure à l’oreille : ‘’fais de moi ce que tu voudras’’. Et c’est qu’il fait. »), une passion violente et torride qui la plonge dans le mensonge, l’écartèle entre deux mondes alors que les craintes de la réunification commencent de poindre. Le récit à l’écriture directe et limpide suit cette passion sans retenue, sans remords ni culpabilité, mais les passions sont souvent éphémères et leurs fins violentes. Daniela Krien relie ainsi subrepticement ce destin personnel et le destin d’une nation, fin d’un amour et d’une enfance qui coïncident avec les derniers instants d’un pays qui se préparent à des retrouvailles inquiètes.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Bernard Lortholary


Ryad ASSANI-RAZAKI

La main d'Iman
Liana Levi

328 pages | 03-02-2013 | 20.5€

Ryad Assani-Razaki dans ce roman polyphonique donne la parole notamment à trois jeunes Africains, Toumani, Alissa et Iman. Ils partagent une Afrique où le passé colonial continue d’insuffler des comportements et agissements biaisés, dangereux et inhumains. Un enfant peut être acheté, laissé pour mort, chaque jour et sans souci. C’est dans un égout qu’Iman retrouve Toumani, la jambe mangée par les rats. Iman, superbe métis, a quitté sa mère qu’il ne voit plus alors que son père, blanc, est reparti de longue date en France. Alissa a rencontré Toumani avant que Monsieur Bia achète Toumani puis le jette comme un vulgaire objet usager. Les points de vue alternent, les personnages dialoguent par chapitre interposé, le jeune handicapé Toumani qui idolâtre Iman, aime Alissa mais reste désespéré, incapable de rêves, d’espoir, d’envisager un lendemain, un destin commun ; Alissa qui ne comprend pas pourquoi Toumani la repousse vers Iman ; Iman qui ne voit pas d’autre issue qu’un départ vers l’Europe. Le récit est rythmé, les destins détaillés, les choix et sentiments de chaque personnage disséqués et ce portrait humain de l’Afrique noire demeure désespéré et désespérant. Un premier roman fort et poignant.

Premier roman

« On dit que le destin d’un homme est entre ses mains. Mensonge. Souvent, le destin n’est que la pointe d’une lance projetée depuis plusieurs générations. »

« Je vis dans un monde où les rêves déplacés peuvent être fatals. »

« Le monde est ainsi fait, la valeur d’une personne est liée à son utilité. Je ne sais ni lire ni écrire et je tiens à peine debout. La véritable question n’est donc pas "Que veux-tu ?" mais "Que peux-tu te permettre de vouloir ?". Beaucoup ne le savent pas, mais même l’ambition est un luxe. »

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Thème(s) : Littérature étrangère


Claire GALLEN

Les riches heures
Le Rouergue

192 pages | 28-01-2013 | 18€

Anna et Gaëtan forment un couple heureux, ils ont réussi, riches et parvenus, ils espèrent toujours plus. Sans scrupules, les ventes immobilières s’enchaînent, l’argent coule à flots, la vie facile et cela leur parait juste, « A une époque, je gagnais plus en un mois que mon père en un an. Et ça me semblait juste. » Le cynisme est également de mise, « J’étais un petit con, avec délectation. » mais la crise les rattrape et ébranle leurs certitudes, la chute est immédiate, ils sont réduits à vivre à Cergy dans un modeste appartement familial. Ils rejoignent ceux qu’ils ont tant méprisés. La justice commence de s’intéresser à la société de Gaëtan, moins fier alors des combines qu’il a mises au point, pourtant l’été approchant, Anna souhaite partir à la mer et ils louent un deux-pièces dans une résidence du Lavandou. Sur la route, un accident les ralentit, Gaëtan croise le regard d’une gamine le visage en sang, il a l’impression qu’elle l’appelle mais il ne s’arrête pas, premier grain de sable avant la plage. Arrivés sur place, ils s’installent sans mots dans le deux-pièces minables. Elle va à la plage, il reste et tourne en rond. Le roman raconte cette escapade en revenant sur les évènements antérieurs et leur histoire. Le couple vacille, pourra-t-il résister, quel sera le comportement de chacun face à cette épreuve ?

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Claire Gallen lus par Vaux Livres


Sylvie BOCQUI

Une saison
Arléa

100 pages | 20-01-2013 | 14€

Gouvernante d’étage dans un grand palace, cette femme est anonyme, en retrait, les sens en éveil, elle ne semble attentive et réceptive qu’aux odeurs, aux sensations, au toucher des tissus… On ne sait pas vraiment ce qu’elle en pense mais on la sent captive à ces perceptions. La matière, les odeurs l’attirent au contraire de ses congénères semble-t-il qui l’ignorent aussi royalement. Un effacement total, feutré, doux et douloureux à la fois et surtout hyper-sensible.

Premier roman

« Elle ne sait pas qu’elle se cache, elle se cache si bien qu’elle n’est même plus là pour elle-même, même plus pour se cacher. Tout la blesse malgré tout. »

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Thème(s) : Littérature française


Hervé DECCA

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Actes Sud

298 pages | 06-01-2013 | 20€

En 2005 (cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ?), à Villeneuve-Saint-Maur, si proche et pourtant si éloigné de Paris, « De la tour, les enfants contemplaient l’école. Et de l’école, ils contemplaient la tour. » La tour Presov et le lycée Ravel représentent pour beaucoup leur seul univers et lorsque Déborah disparaît, fugue ou disparition criminelle, les flics s’installent dans le quartier ! Arénas mène l’enquête tout en préparant son concours de commissaire. La jeune Lila veut coûte que coûte s’en sortir, laisser la tour derrière elle, elle semble en avoir les capacités et la volonté suffisante mais son frère Hicham veille… L’enquête sous forme de témoignage sociologique et réaliste ouvre les portes d’une banlieue triste, isolée et désespérée, de ses établissements scolaires et des enseignants parfois désabusés.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir


Jean-Daniel VERHAEGHE

Le jeu de l'absence
Arléa

145 pages | 26-11-2012 | 19€

Ferdinand et Jeanne se connaissent depuis toujours. Ils se sont rencontrés sur les bancs de l’école et ne se sont plus quittés. Formidable aventure humaine, amour partagé et constant, un premier amour qui dure et semble éternel ("... tu es toute mon histoire, toute ma mémoire, tu es l'autre part de moi, tu es mon bonheur, le témoin de nos accidents les plus secrets."). Mais l’homme reste rarement satisfait de son quotidien et lorsque Ferdinand corrige les épreuves de Jorgen Hörtan son auteur norvégien favori, il découvre l’histoire de deux amants qui choisissent sciemment de s’éloigner l’un de l’autre pour mieux se retrouver. Ferdinand convainc alors Jeanne de participer à ce « jeu de l’absence ». Les deux histoires s’entremêlent alors, les destins se croisent, deux histoires, deux romans, qui n’en font qu’un. Ferdinand et Jeanne décident donc de se quitter, de ne pas se donner de nouvelles avec la date des retrouvailles. Parenthèse de cinq mois pour mieux se retrouver, pour appréhender son amour, le mesurer, le titiller, le relancer et l’amplifier. Jeanne part à la rencontre de Pierre Loti pour continuer sa thèse tandis que Ferdinand demeure à Paris. Jeanne, jour après jour, rencontre après rencontre, découvre une autre vie, une liberté jamais éprouvée. Le jeu est risqué, l’espoir du bonheur retrouvé sera-t-il assez puissant pour qu’ils soient tous les deux au rendez-vous ? En mêlant fiction et réalité, en imbriquant les destins de ces deux couples, Jean-Daniel Verhaeghe réussit habilement à inclure le lecteur au cœur de ce jeu dangereux et tendu.

Premier roman

« En amour, la fidélité n’est-elle qu’une absence de désir ? »

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Thème(s) : Littérature française


Maaza MENGISTE

Sous le regard du lion
Actes Sud

368 pages | 05-11-2012 | 23.7€

Hailu est chirurgien à l’hôpital d’Addis-Abeba. Sa femme est très malade mais il continue de croire et d’espérer en sa guérison. Ils ont deux fils, Youna enseigne l’histoire à l’université et est père d’une petite fille tandis que Dawit, étudiant en droit, rêve d’un monde libre et juste pour tous. Mais, 1974 marque un tournant dans l’histoire de l’Ethiopie qui vit alors le début d’une longue révolution, Hailé Sélassié est renversé (« Notre empereur a bâti le mythe de ce pays sur le sang de ceux qui étaient trop épuisés pour faire entendre leur propre vérité. ») et les militaires prennent le pouvoir. Certains peuvent espérer un instant demeurer en retrait, mais les évènements contraignent tous, y compris la famille d’Hailu, à réagir, à prendre parti, impérativement. La violence les rattrape, un à un. Fidélité à ses principes, engagement, courage, lâcheté, trahison, chacun devra trancher. Cette fresque historique décrit les réactions de cette famille comme d’une multitude d’autres personnages, anonymes ou non, capables du pire comme du meilleur. Ce premier roman tout en retenue et d’un style fluide dresse le portrait d'une Ethiopie moderne, pays marqué par la religion, épuisé par les famines, ravagé par les guerres, sans répit, jusqu’à l’épuisement. Maaza Mengiste sans jamais prendre parti ni juger dépeint également la complexité des sentiments, l’instant crucial où un choix définitif fait basculer d’un côté ou l’autre et replace l’humain au centre de l’histoire de l’Ethiopie.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère

Traduction : Céline Schwaller


Benjamin WHITMER

Pike
Gallmeister

265 pages | 26-10-2012 | 10€

Pike est un vieux truand retiré des affaires quand sa fille Sarah est découverte morte et qu’il se retrouve alors le baby-sitter attitré de sa petite fille. Pike a « oublié » pendant de longues années sa fille, mais il n’accepte pas son décès. La mort de Sarah l’entraîne sur les traces d’un flic véreux dans le monde interlope de l’Ohio et du Kentucky. Accompagné de son jeune ami Rory amateur de combats de boxe, le lecteur le suit dans ses péripéties dans les bars glauques à la rencontre des junkies défoncés et en manque, du monde de la prostitution, et surtout de la violence sans retenue et parfois gratuite. Mais Pike est un dur et rien ne peut le stopper, il a décidé d’éclaircir la mort de Sarah et de trouver son assassin et il avance, tranquillement, implacablement, presque sereinement et n’hésitera pas à supprimer ceux qui se mettront en travers de son chemin. Une couverture noire, pour un roman noir, digne des meilleurs titres de Bruce Springsteen ! A quand l’adaptation cinématographique, elle ne fait aucun doute !

Premier roman

"Il est possible d’échapper à sa bonne éducation. Il est possible d’échapper à peu près à tout, si on y met du sien."

"Un rêve est un hachoir à saucisse qu’on alimente en y pressant sa vie."

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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir

Traduction : Jacques Mailhos

Les titres de Benjamin Whitmer lus par Vaux Livres


Samuel DOUX

Dieu n'est même pas mort
Julliard

295 pages | 25-10-2012 | 19€

Elias doit se rendre à Poitiers pour l’enterrement de sa grand-mère qui s’est suicidée. Une grand-mère que tous les voisins estimaient souriante, aimable… alors que redoutable, elle a exercé tout son talent pour empoisonner l’existence de ses proches (« Même disparue, ma grand-mère est comme un tissu rêche. »). Ce suicide le jour du Yom Kippour, à Poitiers, accompagné d’une longue lettre d’adieu écrite en rouge et qui règle quelques comptes, incite Elias à convoquer la mémoire de ses aïeux pour mieux appréhender l’histoire familiale, une histoire qui va de pair avec l’histoire des pays qu’elle traverse. Une suite de tableaux éclaire cette saga familiale sur trois générations et son passé mais aussi l’Histoire (Pologne, Russie, France, Occupation…) avec comme point d’ancrage la grand-mère. Un passé qui ne passe pas, qui reste présent, que l’on peut seulement espérer accepter pour finalement errer dans ce labyrinthe le sourire aux lèvres.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française


Olivier VANGHENT

L'entre-sort
L'Age d'Homme

150 pages | 22-10-2012 | 13€

C’est l’histoire d’Elle et de Lui. Une histoire d’amour. Il est immobile, paralysé, l’infini l’appelle. Pourtant ses pensées courent encore et il peut la regarder, elle, toujours aussi belle et aimante. Elle transcrit les mots qu’il aligne, péniblement. Pourra-t-elle continuer de l’aimer et le délivrer ? Jusqu’où est-elle prête à le suivre ? Un cri angoissant, un texte dérangeant voire violent qui bouscule le lecteur, un style indéniable, une maîtrise du rythme, du fond comme de la forme.

Premier roman

« Nous sommes entrés dans le monde par un cri. La vie aura permis d’en sortir avec des mots, qui ne sont jamais les mêmes, sont les seuls, peut-être, les derniers qui nous distinguent vraiment. »

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Thème(s) : Littérature française


Lorenzo CECCHI

Nature morte aux papillons
Le Castor Astral

175 pages | 21-10-2012 | 14€

A Bruxelles, dans les années 70, Vincent étudiant en sociologie observe, réfléchit et doute. Il observe ses parents et leur amour étouffant, son père en train de mourir, sa promise Carine, son pote Nedad qui souhaite devenir sculpteur. Au milieu de ce quotidien prévisible et pesant surgit Suzanne, femme libre et libérée, et lorsqu’il la saura manipulatrice, il l’oubliera ainsi que Nedad. Vincent a toujours su se protéger des autres, il s’attachera à garder une distance pour mieux observer, ne pas se laisser accaparer mais aussi s’observer. Des potes, oui, il en aura, mais des amis, il n’en aura qu’un (« Nedad conclut que l’amitié est un égoïsme extrême, un narcissisme poussé à son comble où chacun prend son pied en solo en jouissant de son propre reflet dans un alter ego qu’il appelle son ami : une pratique spirituelle substitutive à l’inavouable désir charnel. »). Des années plus tard, Suzanne et Nedad resurgissent brutalement dans sa vie et lui confirment sa fragilité et le long périple qu’il lui reste à parcourir pour devenir un homme. Un texte sensible et désabusé sur l’amour, l’amitié, la faiblesse des hommes, leurs difficultés d’aimer, de s’engager.

Premier roman