' Le monde est comme il est. Soit on suit son mouvement, soit on y succombe.'   Stefan Brijs

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   
 

 
 



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Premiers romans




- 321 -



Sylvie KRIER
Un cheval dans la tête
Serge Safran
200  pages
17.9  euros

13-09-2019

 

    Jack est avant tout un homme épris de liberté et a choisi de vivre à la marge malgré les difficultés. Il vit dans un espace qu’il aimerait certainement qu’on qualifie de ranch, entouré de ses chevaux et poulains. En effet il élève avec passion des chevaux, construit une lignée, des esthètes mais peine à en vivre, il ne compte plus les mises en demeure, les visites d’huissier, mais l’homme est rusé et têtu et loin d'être prêt à abdiquer et à lâcher l’affaire. Il est aidé par quelques proches. D’abord Chayton un homme étrange, parfois inquiétant, silencieux, et dévoué. Louise sa fille à l’adolescence difficile et Célie avec qui il vit une histoire d’amour tumultueuse et par intermittence. Enfin un frère entre amour et haine et quelques voisins solidaires. Chacun se débat dans ses difficultés mais la rage de vivre libre persiste. Jack espère enfin sortir du tunnel lorsqu’un riche industriel lui propose de s’associer à lui, la roue aurait-elle enfin tourné ? Le récit polyphonique donne la parole à Jack, Célie et Louise et dresse un portrait émouvant et réaliste de cette tribu qui se débat avec ténacité pour simplement vivre et aimer comme ils l’ont souhaité.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 320 -



Victor JESTIN
La chaleur
Flammarion
140  pages
15  euros

12-09-2019

 

    Un camping, le bord de mer, les Landes, fin de vacances, les baignades, les premiers amours, le soleil et la chaleur, les fêtes et les animations en continu avec injonction d'y participer. Pourtant Léonard s’ennuie. Il traîne, reste quelque peu à l’écart et croise le chemin d’Oscar et de Luce. Mais Oscar va mourir. Léonard le regardera mourir étranglé par les cordes d’une balançoire. Il poussera à l’extrême sa propension à l’indécision, ne fera rien, ne bougera pas. Que faire ensuite ? Cacher le corps ? Se taire ? Appeler à l’aide ? Avouer ? Pourquoi va-t-il décider d’enterrer le corps et choisir le silence ? N’est-ce pas lui in fine qui a tué Oscar qu’il ne connaissait qu’à peine ? Le lendemain, alors que Luce se rapproche de lui à son grand étonnement, toutes ces questions et la culpabilité commenceront de l’obséder ; le choix de silence deviendra vite étouffant et renforcera sa solitude déjà pesante. Très rythmé, efficace, on accompagne avec un léger malaise dans une atmosphère poisseuse et molle cet ado qui n’a pas su prendre la « bonne » décision dans l’instant basculant sa vie dans une autre dimension.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 319 -



Andrew RIDKER
Les altruistes
Rivages
458  pages
23  euros

02-09-2019

 

    Dans la famille Alter, ils sont quatre, les parents Francine et Arthur et les deux enfants Maggie et Ethan. Famille juive de classe moyenne, le récit oscille entre le passé, le présent et le futur de ce clan. Francine est une mère dévouée (« L’incarnation de ce qu’on attendait des femmes, de ce à quoi elles devaient renoncer pour s’y conformer. »), aimante, qui meurt rapidement d’un cancer. Arthur n’a pas la même appréhension de l’altruisme… Un premier échec professionnel en Afrique puis des postes précaires d’enseignant concourt peut-être à une certaine aigreur (« Il est incapable de faire une chose gentille sans veiller à ce que la terre entière soit au courant. ») et isolement. Maggie voudrait tout faire pour aider les autres, s’engage en ce sens face au système mais peine à supporter les mauvais côtés de son père et la mort de sa mère. Ethan a annoncé assez jeune son homosexualité mais depuis la mort de sa mère s’est retiré du monde. Une saga familiale réussie avec des personnages pouvant susciter pour certains de la sympathie et pour d’autres de l’antipathie avec des réflexions non dénuées d’humour et d’ironie sur la vie, la mort, le couple, les enfants, l’argent, l’égoïsme ou le partage et la judéité.

Premier roman

« On travaille, on travaille, on travaille dans le but déconseillé de ne jamais avoir besoin de travailler. »

« En vieillissant, tu t’en apercevras plus tard, on a de plus en plus de mal à éprouver de l’empathie. C’est un muscle qui s’atrophie… Tu te mets à penser à toi, à ta cellule personnelle, et rapidement tu oublies les autres. »


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Olivier Deparis

 


- 318 -



Rocco GIUDICE
Mangoustan
Allary
190  pages
17.9  euros

26-08-2019

 

    Mangoustan aura l’honneur de réunir les trois femmes de ce roman. Mangoustan est en effet le nom du prochain typhon qui va balayer Hong Kong et ces trois femmes pour diverses raisons éprouveront cette nuit ventée ! Elles n’ont pas grand-chose en commun, à part peut-être leurs époux et leur porte-monnaie ! Et lors de cette nuit, elles auront peut-être l’absolue confirmation qu’aucune femme ne doit brader son indépendance lors du mariage, « dépendre de son compagnon est un danger considérable. ». Après trente ans de vie commune, Laure vient de se faire jeter par son mari qui est parti avec une jeune employée de maison. Irina, Ukrainienne partie de rien, est au bout du chemin avec son époux suisse, riche et de très bonne famille. Enfin, nous connaissons tous Melania, ex-mannequin slovène, qui a signé un contrat de mariage bien encadré avec un fou devenu président des Amériques et qui compte bien se faire réélire !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 317 -



Hélène VEYSSIER
Jardin d'été
Arléa
108  pages
17  euros

17-08-2019

 

    Dans un quartier de Gémenos, non loin d’Aubagne, se mêlent les autochtones et les vacanciers pour l’été. L’un d’eux organise une soirée dans sa luxueuse villa. Les couples arrivent avec leurs enfants et même avec un chien. La soirée se déroule dans la bonne humeur, les adultes font connaissance, les enfants jouent ensemble et s’occupent du chien. Jusqu’à un moment de bascule. Un homme venu avec sa femme et sa petite fille Louise se lève et rejoint une autre femme venue elle avec son mari et Jean son fils de cinq ans. Ils se rejoignent, se regardent et s’en vont. Peut-être pour toujours. C’est Jean et quelques autres convives ou proches de sa mère qui nous racontent cette soirée. Jean sera marqué à jamais par cet abandon sans explication et cette absence lui pèsera chaque jour. Son père recevra bien quelques lettres, mais sa mère disparaîtra à jamais. Un court roman, tendre et émouvant, qui nous décrit par petites touches successives, ces moments où nos vies basculent et la douleur de l’absence qui ne se referme jamais.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 316 -



Ingrid SEYMAN
La petite conformiste
Philippe Rey
190  pages
17  euros

10-08-2019

 

    La petite conformiste, Esther, est née dans une famille anticonformiste dans toute sa splendeur ! Des soixante-huitards excentriques toujours dans leurs rêves. Sa mère secrétaire anticapitaliste et athée et son père juif pied-noir aux propos parfois étranges, déjantés et constamment apeuré par l’éventualité d’un nouvel holocauste vivent nus. L’éducation est dans le laisser aller, sans contrainte, interdit d’interdire, mais Esther aimerait bien qu’on la regarde, qu’on l’admire. Une famille de gauche évidemment mais qui n’hésite pas à inscrire Esther dans une école catholique des beaux quartiers marseillais qui en réaction choisira de se faire baptiser. Elle trouve une amie aussi en rupture avec ses parents qui la comprend mais à treize ans, elle découvrira le secret de son père et sa vision changera, mais peut-être un peu trop tard. Un récit ambivalent, fou et déjanté parfois, souvent drôle mais aussi grave et questionnant sur la normalité, la maladie et la peur perpétuelle des Juifs.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 315 -



Mirko SABATINO
L'été meurt jeune
Denoël
280  pages
19.9  euros

06-08-2019

 

    « L’été meurt jeune » est la chronique d’un village des Pouilles au début des années 60. Au centre du récit, trois gamins de douze ans, Primo (le narrateur), Mimmo et Damiano, trois petits gars différents mais amis absolus et inséparables. La ville est calme, peu d’activités, tout le monde se connaît et tout le monde s’épie. Ils partagent leur vie de tous les instants, à l’école, en dehors, dans leur famille. Un jour, un groupe de gamins les agresse plus violemment qu’à l’habitude et ils décident de réagir, fondent un pacte à trois et décident que dès que l’un d’eux sera dans la difficulté, le clan réagira dans son unité, toujours à trois, et l’aidera. Ils ne font plus qu’un mais sans le savoir, c’est le début de la fin de leur enfance et de leur adolescence. Le clan devra œuvrer trois fois, une fois pour chacun d’eux, et à chaque fois, la violence deviendra plus prégnante et indispensable à leurs yeux. Ils sauront rester unis malgré les hésitations de l’un ou l’autre et découvriront à leur dépens que « ... certaines blessures ne cicatrisent pas, restent ouvertes à vie. ». Une bouleversante histoire d’amitié entre trois gamins que les histoires et les dérives d’adultes viendront anéantir dans un désespoir partagé, un vrai Pagnol qui finit en roman noir absolu !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Lise Caillat

 


- 314 -



Sébastien VERNE
Des vies débutantes
Asphalte
190  pages
16  euros

04-08-2019

 

    Adrien ne quitte jamais son appareil photo et reste toujours en veille pour trouver le cliché, le bon plan, le bon éclairage. Même lorsqu’il devient chauffeur de taxi à La Crosse dans le Wisconsin au début des années 90, aussi bien dans son taxi que pendant ses heures creuses, il photographie et veut fixer ce qu’il voit et particulièrement les femmes et les hommes qu’ils croisent, leur humanité, leurs forces et leurs faiblesses. Et ce job lui offre une multitude de rencontres, souvent singulières, en tous cas de vrais personnages emblématiques pour beaucoup d’une certaine Amérique. Puis Adrien quitte ses Gros-Bills pour rejoindre Rockport dans Le Maine. Un de ses clichés a été repéré et il est embauché par un centre photographique réputé. Il se retrouve dans un tout autre environnement, des pros de la photo, du matériel à foison, des clichés exceptionnels, des stagiaires qui défilent. Et surtout Gloria la responsable de la galerie et Travis un photographe reporter de guerre qui rêve de retourner en Somalie. Chacun prend ses marques et le trio se forme mais il faut bien trouver quelques occupations annexes : « Ils sont trois imposteurs de circonstance, de la mauvaise graine joyeuse. » Leurs petits trafics vont prendre de l’ampleur et ils vont vite se faire rattraper... Vingt ans plus tard, Adrien est revenu en France et semble avoir accepter les pantoufles d’une vie bien rangée quand cette période va se rappeler à ses (bons ?) souvenirs... Des vies débutantes dresse le portrait d’un jeune homme qui cherche son chemin orienté par sa passion, la photographie. Il accepte de suivre les méandres imposés par ses rencontres heureuses ou pas et de parfois laisser filer la vie comme bon lui semble. Un roman d’apprentissage attachant et émouvant d'un jeune homme tendre et amoureux au rythme crescendo qui finit en apothéose.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 313 -



Anne Cathrine BOMANN
Agathe
La Peuplade

165  pages
18  euros

01-08-2019

 

    Psychanalyste en fin de carrière, il a soixante-douze ans passés, et tout ce temps à écouter et analyser semble quelque peu l’avoir vidé. Il décompte les consultations (« Encore 688 consultations. A cet instant, j’avais le sentiment que c’étaient 688 de trop. ») qu’il lui reste et semble parfois absent, pressé d’en finir. Mais l’arrivée d’une ultime et jeune patiente, Agathe, vient bouleverser ses derniers instants de psychanalyste. Il note immédiatement son odeur de pomme qui lui rappelle son enfance, sa fragilité et l’impression de vide qui l’accompagne. Il l’écoute et elle l’intrigue. Lui qui a toujours su garder une distance et un détachement lui prête une attention et une curiosité inattendues. Il accepte de nouer un dialogue inhabituelle. Il n’est plus seul à poser des questions, elle l’interroge aussi, il s’interroge, il réfléchit sur elle mais aussi sur lui, ils partagent un miroir et sa pratique professionnelle s’en voit brouillée, la frontière habituelle avec sa patiente s’estompe. Un tendre et doux face-à-face de deux êtres vidées par la vie qui sauront rallumer avec douceur, questionnement et écoute l’étincelle de la vie.

Premier roman

« Comment découvre-t-on de quoi on a peur ? »

« … comment pouvez-vous passer votre vie à soulager la souffrance des autres sans avoir un regard pour la vôtre ? »

« Je crois que la vie est à la fois trop courte et bien trop longue. Trop courte pour qu’on ait le temps d’apprendre comment on doit vivre. Trop longue parce que le déclin devient de plus en plus visible chaque jour qui passe. »


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Inès Jorgensen

 


- 312 -



Olivier DORCHAMPS
Ceux que je suis
Finitude
253  pages
18.5  euros

24-07-2019

 

    Une grande année se prépare pour Marwan : à la rentrée, pour la première fois, il enseignera l’histoire-géographie à une classe de Terminale. Mais son père meurt. Et à sa grande surprise comme celle de ses deux frères, il apprend que celui-ci a décidé de se faire enterrer au Maroc. Cette décision interpelle Marwan et le fait à nouveau réfléchir sur son identité et ses origines : « Je suis né en France. Je n’ai jamais vécu au Maroc. Je ne me sens pas Marocain. Et pourtant, où que je sois, en France ou au Maroc, je n’ai pas le choix de ma propre identité. Je ne suis jamais ce que je suis, je suis ce que les autres décident que je sois. » Son père semblait totalement intégré et avait trouvé sa place à Clichy. Alors pourquoi repartir maintenant : « On vit ici, on meurt chez nous. » Il commence d’interroger sa mère et apprend que son père l’a désigné pour accompagner sa dépouille par avion pendant que le reste de la famille fera le voyage en voiture. Accompagné de Kabic ami de la famille et grand-père de substitution, il retrouvera Mi Lalla sa grand-mère et ce retour fera naître de nouvelles questions et jaillir de petits et grands secrets. Olivier Dorchamps a trouvé le ton juste pour cette émouvante chronique familiale qui évoque avec sensibilité, clairvoyance et réalisme l’identité, les racines et l’héritage familial, ses secrets et silences, le deuil, l’exil mais aussi l’impact d’une double culture sur chaque destin.

Premier roman

« Finalement grandir c’est ça : c’est perdre des morceaux de soi. »

« Combien de Voltaire finissent mécaniciens parce qu’ils sont nés plus près d’un garage que d’une école ? »

« … j’ai pris conscience que le temps qui passe, c’est le temps qu’il reste. »

« … l’exil a relégué le bonheur aux souvenirs d’avant. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 311 -



Guillaume LAVENANT
Protocole gouvernante
Rivages
190  pages
18.5  euros

21-07-2019

 

    Un couple et ses deux enfants accueillent une jeune femme, elle vient prendre le poste de gouvernante et s’occupera principalement d’Elena, la petite dernière. Elle semble polie, discrète, attentive. Immédiatement, elle trouve sa place dans la famille, proche des parents et d’Elena, seul le garçon restant distant, mais rapidement le lecteur ressent une tension et des motivations autres. En effet, elle participe à un protocole établi par un mystérieux Lewis, une oeuvre collective au sein d’un collectif anonyme. Chaque pion connaît sa place et son rôle dans cette œuvre folle, magistrale qui risque d’ébranler les certitudes de beaucoup dans un dérèglement absolu mais aussi de révéler à chacun ce qui est ou était vraiment important. Une œuvre de cette ampleur se met en place dans le silence, dans le secret par des anonymes insaisissables, puzzle géant où chaque pièce se dessine avant de prendre place et en ne laissant aucune trace. Au top départ, chacun sait ce qu’il doit effectuer et plus personne ne pourra stopper cette immense armée blanche. Un premier roman intriguant, tendu du début à la fin et parfois dérangeant par le vouvoiement employé qui place le lecteur du côté de l’organisation, comme si, lui aussi, pouvait se laisser aller à guider, ordonner la gouvernante et ses acolytes.

Premier roman

« La vie, disait Lewis, si vous en contrôlez les paramètres accessoires, c’est comme un coup de billard à cinq bandes. Si l’impact de départ est précis, vous pouvez prévoir au millimètre où arrivera la boule. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 310 -



Jean BERTHIER
1144 livres
Robert Laffont
167  pages
12  euros

02-06-2019

 

    Jean est bibliothécaire, amoureux des livres, il leur est totalement consacré. Il a une fille et des parents adoptifs qu’il aime. Jusqu’au jour où il reçoit une lettre d’un notaire lui annonçant que sa mère biologique lui lègue 1144 livres. Il pense d’abord refuser, puis se rend sur place et « Une fin d’après-midi, trente-huit cartons contenant mille cent quarante-trois livres entrèrent dans ma maison. ». Que de livres ! Par lequel commencer ? Trier ? Allait-il rencontrer sa mère avec ces livres ? Les titres sont nombreux, variés, donc difficile d’entrevoir la femme qu’elle était, la lectrice éventuellement. Alors naturellement, même si Jean affirme et argumente que ses parents sont ses parents adoptifs, il y a un « mais »… et ses livres vont ouvrir une réflexion et un questionnement sur ses origines, origine et racine deux mots imposés et radotés à l’envi par le monde médiatique. Au travers de ce questionnement du lien à ses origines, l’auteur rend un réel vibrant et émouvant hommage à la lecture, à l’acte exclusif de lire, à la littérature et à la joie de lire.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 309 -



Ben HOBSON
Le rêve de la baleine
Rivages
382  pages
23  euros

27-05-2019

 

    Sa mère vient de mourir. Sam a treize ans et se retrouve seul avec sa peine et son père. Un père rude qui dépèce les baleines et décide pour Sam qu’il est peut-être temps de devenir un homme et qu’il a été trop protégé jusque là. Alors il l’emmène sur les chantiers de Moreton Island. Mais Sam ressent immédiatement leur différence notamment devant l’horreur de son travail. C’est son père, il partage son deuil, ils ont une histoire en commun, mais il espèrera progressivement dévier du chemin paternel et même peut-être entraîner dans ses pas ce père taciturne et dur. Même quand il lui offre un chiot, il tente de lui imposer une éducation violente. Pourtant le père et le fils vont progressivement se rapprocher, s’apprivoiser, s’accepter. Conte initiatique, « Le rêve de la baleine » dépeint un face à face âpre qui passera par des étapes violentes pour espérer un apaisement commun.

Premier roman

« Son père était comme ça. Ne rien montrer, faire avec, ne pas se plaindre. Mais il savait que lui n’était pas comme ça et il commençait à craindre que son père ne cherchât à lui enlever sa douceur, cette part en lui qu’il avait héritée de sa mère. »

« Il prit alors conscience qu’il ne serait jamais à la hauteur des attentes de son père, ce qui fut un soulagement. Il n’aimait pas la personne qui était son père, sa sévérité, son indifférence, et pourtant il désirait son approbation. »


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Alexandre Lassalle

 


- 308 -



Olivier CHANTRAINE
Un élément perturbateur
Gallimard
317  pages
7.9  euros

15-05-2019

 

    Serge, le narrateur, est un être singulier, il ne semble jamais vraiment à sa place et souffre parfois d’aphasie, souvent à des moments cruciaux, au milieu des autres, il perd la parole. Son frère aîné incarne la réussite, envié de tous (enfin de presque tous...), il est ministre des finances, bien habillé, bien propre sur lui, beau parleur. Il peut donc faire embaucher Serge dans une entreprise où, évidemment, Serge est un peu en marge, décalé. Seule la jeune et belle Laura lui témoigne un peu d’intérêt. Après avoir fait échouer (par sa sincérité et son honnêteté, candide chez les requins) la vente d’une entreprise aux Japonais, il est envoyé avec Laura dans cette petite entreprise. Mais la punition se transformera en un boomerang inattendu et violent ! Un premier roman vif, incisif, plein d’humour, moqueur, pamphlet de la réussite à tout prix, portrait de la connivence entre milieu politique et économique, des petites ou grosses magouilles, débordant de situations cocasses, un premier roman véritable bol d’air !

Premier roman

« Les relations de famille nous abîment. Tous. Toute notre vie. C’est triste à dire mais c’est vrai. La famille plane comme un nuage noir au-dessus de nos têtes dont la menace permanente nous empêche d’être véritablement nous-mêmes. »

« Les temps n’ont pas vraiment changé depuis l’époque féodale… le plus gros changement c’est les costumes à la place des cottes de mailles. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 307 -



Katharine DION
Après Maida
Gallmeister
265  pages
22  euros

04-05-2019

 

    Maida et Gene ont partagé cinquante ans de leur existence. Une vie commune heureuse jusqu’à la mort de Maida qui plonge Gene dans un désarroi profond. Alors évidemment, Gene se remémore son passé. Ils ont eu une fille, Dary, et été très proches d’un autre couple, Gayle et Ed, et leur deux enfants. Ses relations avec Dary le perturbent et le choc de la disparition de Maida redonne naissance au passé : leur rencontre, leur vie à deux, la naissance de Dary, l’amitié avec Gayle et Ed mais aussi leurs illusions, leur amour, leur folie parfois ; nombreuses questions sur leur rapport intime mais aussi sur leur rapport aux autres. Ont-ils été heureux ? Se connaissaient-ils vraiment ? Qu’ont-ils réellement partagé ? Qu’ont-ils réussi ensemble ? Entre tendresse et mélancolie, portrait émouvant par son questionnement d’un homme vulnérable et dévasté par son deuil qui se dévoile et qui émouvra chaque lecteur.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Juliane Nivelt

 


- 306 -



Isabelle AUPY
L'homme qui n'aimait plus les chats
Les éditions du Panseur

122  pages
12.5  euros

23-04-2019

 

    Ils habitent une île. Le narrateur, vieil homme, nous informe que sur le continent, ils étaient différents. Ici, ils sont venus chercher autre chose, construire un autre monde, vivre sur une île est nécessairement singulier (« On voulait trouver une manière d’être comme soi, tout simplement. »). Les chats, libres et indépendants comme toujours, partageaient cette île avec les humains jusqu’au jour où sans aucune explication, chats errants, chats domestiques, les félins disparaissent discrètement. Comment ? Pourquoi ? Cette disparition marque une rupture. Les îliens aimeraient trouver une explication et en informent le continent. L’Administration comme à son habitude trouve la solution, les comprend et prend en compte la nécessité de la présence des chats sur l’île. Pour les remplacer, des chiens sont débarqués du continent et l’Administration qui parle « le convaincu » (une langue que nous subissons aussi depuis si longtemps…) précise aux habitants que ce sont des chats. On leur fournit même la laisse pour promener ces nouveaux chats et on leur vante leur caractère, « Ce sont des chats puisque tout le monde le dit. » Que faire ? Certains acceptent cette proposition, d’autres font mine de l’ignorer et certains la refusent : début d’une désunion sur l’île. Un chat, un chien, tout cela n’est-il pas qu’une habitude ? Une question de langage ? Pourquoi ne pas évoluer, passer outre ? Ca n’est pas si grave, pourquoi se révolter ? Quelle évolution entraînera la venue de ces nouveaux chats ? Le récit dresse les portraits notamment de ceux refusant cette injonction et abordent avec originalité le contrôle des individus, comment imposer sa volonté, sa vision par le langage, comment générer la désunion et le passage du « on » au « je ». Les deux citations en épigraphe de Bradbury et Orwell illustrent parfaitement les thématiques de ce premier roman abouti et maîtrisé qui questionnera efficacement chaque lecteur.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 305 -



Emmanuel SÉROT
On va revoir les étoiles
Philippe Rey
190  pages
17  euros

04-03-2019

 

    Le narrateur n’a rien vu venir, le vieillissement de ses parents lui était étranger et pourtant, l’esprit de ses parents commence à s’envoler trop souvent vers d’autres cieux, et ils ne peuvent rester seuls chez eux, dans la maison familiale qui déborde de souvenirs partagés. Il doit donc les accompagner s’installer dans leur nouvel environnement, un Ehpad. Il relate cet évènement, ce bouleversement et partage ses réflexions, ce que cela déclenche chez lui : questions, souvenirs, réflexions, culpabilité, tristesse… dans une délicatesse et une tendresse remarquables. Le personnel de l’Ehpad est accueillant et attentionné mais ce n’est définitivement pas chez eux et ils semblent le savoir, le sentir. Le fils observe leur nouvelle vie, leur fragilité, se remémore les moments de joie, une nostalgie mesurée devant la lente et inéluctable dégradation. Un texte sensible, pas nécessairement triste, mais qui nous remue car si proche de chacun de nous et si redouté : "Et je me rendais compte qu'on ne s'y fait pas : voir ses parents en maison de retraite. On fait avec, c'est tout.".

Premier roman

« Non, les vieux ne retombent pas en enfance, je crois qu’ils remontent en enfance. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 304 -



Stéphanie CHAILLOU
L'homme incertain
Alma
166  pages
16  euros

03-03-2019

 

    C’est l’homme qui parle, se confie enfin. Ses enfants le questionnent, réveillent ses souvenirs et le sortent du silence. Tout jeune, son projet était établi, une ferme, une famille, du travail et de l’amour, construire, créer, exploiter. C’était simple, ça serait comme ça. Il a tout fait pour. Toujours. Le bonheur est passé par là, les enfants dansent en chantant des comptines. Instant fugace. La vie, l’extérieur, les ont rattrapés, empêchés, le réel s’est imposé. Années 70, la PAC se met en place avec quelques dégâts collatéraux comme certains ont l’habitude de le dire. Il n’a pas compris (« Je ne sais pas si c’est toujours après que l’on sait, que l’on peut savoir. »), il faisait partie de ceux qui allaient rester au bord du chemin, faillite, plus de choix, tout arrêter, « Il me semble que j’étais mort. Et que c’est pour ça que j’ai pu continuer. », se retrouver hors du monde, tenter de tout recommencer mais rester droit. Laisser le temps passer pour pouvoir se retourner, en parler. Le style prend une grande place dans ce portrait émouvant d’un homme seul, contraint et étouffé par le monde extérieur, il est percutant, travaillé, rythmé, accompagne parfois le sens, ou se place en opposition. L’intime rejoint brillamment l’universel dans ce premier roman bouleversant et inoubliable.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Stéphanie Chaillou lus par Vaux Livres

 


- 303 -



Constance JOLY
Le matin est un tigre
Flammarion
155  pages
16  euros

13-02-2019

 

    Alma est une mère en souffrance. Elle voit en effet Billie, sa fille, dépérir, s’affaiblir progressivement. Devant l’échec des traitements, les médecins envisagent une opération. Pour Alma, ce n’est pas la solution, le mal est ailleurs, un chardon pousserait à l’intérieur de sa fille. La mère et la fille sont très liées, voire reliées par un fil invisible, s’épaulent mutuellement, et si elles partageaient ce mal ? Si les graines du chardon avaient été plantées par Alma ? Alma va chercher dans les livres anciens pour élucider ce mal, elle observe tous les signes avec application et cherche explications et solutions. Dans ce double combat pour faire fleurir le chardon, pour alléger les valises de leur vie, la mère et la fille partagent leurs obsessions, des instants de douleur, de tendresse et de doute. Un premier roman émouvant et prenant dans une langue poétique (éclairée par quelques références littéraires) sur la transmission, sur le lien étroit entre une mère et sa fille et l’équilibre de leur relation.

Premier roman

« Le matin est un tigre qui rampe doucement en attendant de vous sauter à la gorge. »

« On n’entre pas facilement dans le malheur des autres, il est comme un bois trop sombre, une terre dévastée et lointaine pleine des grincements de la nuit. »

« Admirer la vie et s’en sentir dépossédée ? Est-ce cela la mélancolie ? »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 302 -



Isabelle DANGY
L'atelier du désordre
Le Passage
334  pages
19  euros

10-02-2019

 

    Vers la fin du XIX ème, René Dolomieu est un peintre bénéficiant d’une petite renommée, quelques portraits sensibles l’ont fait remarqué. Il côtoie les grands maîtres et se partage entre Paris et la région de Fontainebleau que l’on visite agréablement à ses côtés. L’homme est sensible, quelque peu mélancolique, et totalement épris de la peinture, bien loin de lui toute recherche de célébrité et autre ambition mal venue : il peint des toiles qui resteront longtemps cachées sur des sujets brûlants mais aussi sur sa passion voire son obsession des tas, agglomérats de toute sorte, désordre constant miroir de la société. En outre, René Dolomieu demeure bien ancré dans son époque, il n’oubliera pas la pauvreté absolue de son enfance et restera toujours en contact avec tous les milieux ne se réservant pas au milieu particulier de la peinture. René semble toujours en retrait, mais il plait aux femmes qui le lui font savoir et parfois même s’imposent à lui. René reste détaché, semble subir son destin mais lorsqu’il se marie enfin, il découvre un autre monde, le monde de la porcelaine qui l’emmènera jusqu’au Japon et lui ouvrira d’autres techniques et visions artistiques. Dans ce premier roman très maîtrisé, Isabelle Dangy réussit parfaitement à donner corps et âme à un peintre doux, désintéressé, attentif aux autres, amoureux de son art, elle nous parle aussi de destin, de création, de couleurs et de lumières et nous fait traverser à ses côtés une vie à la fin du XIX ème et parcourir notre région avec un intérêt évident. Une belle découverte pour ce roman singulier.

Premier roman

« … le peintre solitaire et novateur avait pressenti la dynamique de déconstruction, voire de désintégration qui serait celle du siècle suivant et l’avait anticipée en fabriquant un monde de résidus interchangeables et de débris savamment organisés. »

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Thème(s) : Littérature française

 


- 301 -



Hyam ZAYTOUN
Vigile
Le Tripode
125  pages
13  euros

21-01-2019

 

    Un couple se couche. Elle est réveillée dans la nuit par un bruit bizarre. Une blague d’Antoine son époux ? Impossible, il est en arrêt cardiaque. Elle pratique un premier massage cardiaque avant l’arrivée des pompiers, puis sa vie bascule. Paniquer est impossible, expliquer immédiatement au cœur de la nuit à Margot et Victor, leurs enfants de six et trois ans puis le coma d'Antoine ( « sommeil qui ressemble à la mort ») devient central : va-t-il se réveiller, sera-t-il le même, qu’aura-t-il perdu, pourrait-il gagner quelque chose, le questionnement est infini, les sentiments multiples, abandon, culpabilité, espoir, tristesse, désespoir, peur, les émotions restent cachées, tues, impossible de les partager vraiment, elle est devenue spectatrice, l’espace temps a changé, sa scène est devenue le monde hospitalier, elle veillait cette nuit particulière, et sa veille continue. Un texte court et intense qui se lit d’une traite, une émotion permanente et un style très maitrisé qui s’adapte à chaque sentiment, à chaque pensée. Une immense preuve d'amour.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 300 -



Hector MATHIS
K.O.
Buchet-Chastel
202  pages
15  euros

04-12-2018

 

    Sitam partage la cabane brinquebalante d’Archibald, un amoureux fou du jazz qui vit en marge, reclus, chassé du monde qui parlera de lui avec retenue mais surtout écoutera Sitam lui confier son histoire et dévoiler sa trajectoire au cœur de la précarité et de la guerre. Sitam est maintenant posé mais fuit depuis quelque temps. Il s’est évadé de Paris après un attentat pour parcourir l’Europe en plein chaos. Un passage en Hollande où il constitue avec amitié une petite bande que sa maladie éclipse. Elle l’incite en effet à reprendre la route, et il ferme la boucle en revenant en banlieue. Portrait d’un jeune homme qui abhorre son époque et sa société, qui choisit l’errance dans un monde en perdition et qui trouve son seul refuge dans la musique et les mots. Le texte est vif, nerveux, un flux constant le traverse, une poésie et une musicalité permanentes, le tout prend à « l’estomac » en abordant de front la vie, la maladie, la mort, l’amitié, la solidarité, la tendresse et le désespoir. Vous n’échapperez pas au KO !

« Pour continuer à traquer la beauté, faut beaucoup de silence… »

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 299 -



David DIOP
Frère d'âme
Le Seuil
175  pages
17  euros

03-11-2018

 

    Alfa Ndiaye et Mademba Diop sont originaires du même village africain, « plus que frères », ils vont éprouver leur vingt ans et leur amitié au plus profond des champs de batailles de la première guerre mondiale. Tirailleurs, ils vont obéir aux mêmes ordres, jaillir des tranchées coupe-coupe et fusil à la main, croiser la mort et le regard bleu des ennemis à tuer (sifflement, attaque, destruction, mort, enchaînement inéluctable et répétitif). Mais, rapidement, Mademba s’écroulera, blessé à mort et implorant Alfa de l’achever. Alfa ne pourra s’y résoudre. Devenu seul, la folie l’accompagnera pendant les assauts, mais n’est-ce pas ce que la France lui demande (« La France du capitaine a besoin que nous fassions les sauvages quand ça l’arrange. »), et après : elle ne semble plus vouloir le quitter. Il effraie ses ennemis, ses frères de combat mais sa violence insoupçonnable , il l'a choisie, il l'entretient délibérément et il l'assume. Il devient le sorcier fou honni par tous et est évacué. En retrait, il pourra réfléchir et revenir sur son passé, son enfance, la naissance de son amitié avec Mademba, son premier amour, son sentiment définitif de culpabilité de n’avoir pas su le protéger puis abréger ses souffrances et enfin sa volonté de résister aux ordres et à l’horreur. Une écriture parfois simple et poétique mais toujours singulière, parfois précieuse et chantante, accompagnée de répétitions pour mieux ressentir l’horreur et la folie ultimes, une plongée dans l’atrocité absolue d’une guerre, un réquisitoire contre ceux qui la décident et mènent une génération à l’abattoir. Indispensable notamment pour cette année du centenaire et pour ne pas oublier les hommes venus de terres lointaines que l'on a choisi de sacrifier délibérément !

Premier roman

« … j’avais été inhumain par obéissance aux voix du devoir. Mais j’étais devenu libre de ne plus les écouter, de ne plus obéir à ces voix qui commandent de ne pas être humain quand il le faudrait. »

« La folie temporaire permet d’oublier les balles. La folie temporaire est la sœur du courage à la guerre. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 298 -



Fabrice CHILLET
Un feu éteint
Finitude
100  pages
13.5  euros

10-08-2018

 

    Ils étaient quatre, inséparables, quatre étudiants rouennais de la fac de lettres qui partageaient toutes leurs expériences. Vingt ans plus tard, Philippe, journaliste quelque peu désabusé à Paris, décide de repartir à leur rencontre. Il est finalement assez inquiet des rencontres qu’il va imposer. L’un d’eux n’a jamais répondu à ses appels. Il décide donc de louer un studio pour une semaine à Rouen (« Les trajets sont rarement très longs à Rouen. Les habitants tournent dans cette ville comme dans un manège. ») et de découvrir ce qu’ils sont devenus. Ont-ils été fidèles à leurs rêves ? Qu’auraient pensé les étudiants qu’ils étaient de leur vie d’aujourd’hui ? Que sont devenus leurs amours passés ? Ont-ils oublié leur jeunesse et le lien qui les unissait ? Remuer le passé après une rupture brutale n’est jamais simple et surtout les conséquences restent toujours incertaines...

Premier roman

« On tombe souvent amoureux pour les raisons les plus insignifiantes. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 297 -



Daniel BESACE
Cachalot
Riveneuve

130  pages
15  euros

09-08-2018

 

    Lorsqu’une baleine blanche agressive, aveugle et mortifère déchire la promenade de Nice laissant après elle désolation et pleurs, le narrateur est submergé de tristesse et d’interrogations : « Quelque part en ce monde, quelque chose doit être combattu pour que des êtres cessent de désirer le néant, cessent de désirer engloutir d’autres hommes. ». Paris, Sarcelles, c’est terminé pour lui, il part affronter la bête. Il descend vers la Méditerranée, achète et retape un bateau et direction les Açores à la recherche d’« un animal puissant, fantasmagorique, littéraire, presque éternel, incarne l’envoûtement qui pousse les humains à s’entre-dévorer... ». Le conte philosophique est lancé, entre réflexion profonde intime ou existentielle et aventures extraordinaires, le marin affronte la vie, la mort, le danger, s’affronte lui-même, l’autre et même Dieu, se remet en cause, nous met en cause pour espérer obtenir une forme d'apaisement général. Un conte brillant qui interroge sur notre condition d’Homme, notre place dans l’univers, notre avenir et notre capacité à enfin coexister avec l’Autre.

Premier roman

« ... l’écriture n’est pas la lecture, qu’écrire est une tentative pour planter une forêt dans quelques centimètres carrés, tandis que la lecture est l’exploration d’une forêt. L’écriture est d’abord un doute. Un livre dans les mains apaise souvent l’immensité. Les livres sont à la dimension de notre esprit, pas à la dimension de l’univers... Les livres sont des témoins de notre ignorance, et leur beauté tient de leur imperfection. »

« Ce n’est pas l’absence de religion qui provoque la guerre, mais l’absence de poésie. »

« Car être humain, c’est être frappé de cette effrayante malédiction, le besoin méthodique de détruire la Nature et sa propre nature. Seule une conscience animale semble capable d’apaiser l’humain. »

« La violence, n’est donc qu’un mécanisme sordide. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 296 -



Laurent SEYER
Les poteaux étaient carrés
Finitude
137  pages
15  euros

07-08-2018

 

    Le 12 mai 1976 sera un grand jour pour Nicolas Laroche, le premier, le dernier. A treize ans et demi, il s’apprête à vivre sa première finale de coupe d’Europe, de football naturellement, Saint-Etienne affrontant le tenant du titre, le Bayern de Munich dans l’Hampden Park de Glasgow. Adolescent passionné de foot, il nous raconte en parallèle l’avant-match, sa vie, ses copains, le collège (« D'ailleurs, je déteste être adolescent. Je n'aime pas ce temps où tout nous semble définitif alors que tout est transitoire.). Sa préparation du match est perturbée, quelques mois avant le jour J, sa mère quitte la maison, ses parents divorcent. Mais avant la rencontre, son père a déjà trouvé une remplaçante accompagnée d’une chose s’annonçant être son fils : « Maman est partie et papa l’a remplacée par Virginie, un peu plus tard. Moi je l’ai remplacée le jour même par une équipe de football. » Même si l’ASSE prend une grande place dans ses pensées, un questionnement récurrent revient concernant ses parents, leur rupture, le départ de sa mère, l’amour de son père. Il vacille et seuls les Verts le maintiennent en état de continuer à jouer ! Alors lorsqu’il s’installe avec son père, sa nouvelle femme et son fils (quelle tristesse de regarder avec ces ignares, et oui, regarder un match de football, c’est aussi une histoire de partage et d’amitiés), il est tendu, très tendu. La victoire doit être au bout, sinon comment supporter de vivre toute son existence en vaincu, à se poser sempiternellement les mêmes questions sans réponse, pourquoi cette défaite ? pourquoi ces maudits poteaux étaient-ils carrés ? ... Joli et émouvant portrait d’un adolescent sensible et toujours dans l'absolu, bouleversé sans avoir pu en parler par la séparation de ses parents et adulant (hélas peut-être) une équipe de football devenue mythe.

Premier roman

« C’est cela que j’aime le plus dans le football : se diluer dans une foule qui vibre à l’unisson et se laisser emporter par ses mouvements démesurés. Ouvrir la bouche pour crier et sentir les gradins vibrer sous la clameur démultipliée. Se dresser en levant les bras au ciel et voir la vague soulever une écume de milliers de mains tendues. Je suis entré en football comme on entre en religion, le jour où pour la première fois j’ai été secoué par cette jouissance éphémère de se sentir tout-puissant en disparaissant dans la houle d’une foule. C’est cette émotion que depuis j’aime ressentir au stade, ce moment océanique où l’on ne se laisse pas simplement emporter par la vague, mais où l’on devient la vague. »

« Finalement, c’est toujours la même histoire lorsqu’il s’agit de la foi, ce n’est qu’à la fin que l’on sait si on a eu raison d’y croire ou pas. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 295 -



David HENNEBELLE
Mourir n'est pas de mise
Autrement
120  pages
15  euros

06-08-2018

 

    Mourir n’est pas de mise s’intéresse aux dernières années de Jacques Brel. Des années où le grand Jacques a choisi de tourner le dos à la scène, au succès et préféré sa liberté, une liberté retrouvée loin des salles de concert européennes même si « sa vie, il se l’était faite belle à ravir, il l’avait dévorée sans jamais devenir un adulte résigné ou prudent qui consent à enterrer ses rêves. ». Profiter des quelques années (même s’il ignore combien) qu’il lui reste à vivre. Il naviguera, pilotera un avion, s’installera là où il le souhaitera, construira la maison à l’endroit choisi et selon ses plans. Fidèle en amitié, il n’oubliera pas ses amis, il les choisira et les accueillera dans ses élégants habits en dépliant le tapis rouge avec une table garnie avec goût. Il ira aussi à la rencontre des habitants des Iles Marquises qui ne le connaissaient pas, les aidera, saura les écouter et découvrira une autre philosophie de vie. Mais évidemment, ces années libres, sereines seront aussi les années de la maladie, une maladie qui fatigue, use et fait terriblement souffrir, son ultime combat. Un court texte qui rend avec douceur un hommage élégant et appuyé à un mythe à un instant particulier de son existence.

Premier roman

« ... on se disputa gentiment sur le terme de talent. Brel le réfutait absolument. Pour lui, il n’y avait que l’envie, une envie effrayante. »

« Les larmes roulaient en lui-même et il se demandait : la vie, est-ce grave ? Est-ce sérieux ? »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 294 -



Marie ROUZIN
Circulus
Serge Safran
225  pages
17.9  euros

05-08-2018

 

    Une jeune femme solitaire et silencieuse rencontre Andronica, qui va bientôt accoucher de jumeaux. Andronica vit en marge, à la périphérie de notre société. Elle accepte que la jeune femme la suive et lui apprend que le père a disparu le matin de la nuit où il l’a violée alors qu’ils faisaient route ensemble. L’accouchement se déroule dans une roulotte et deux garçons pointent leur petit nez vers un monde guère accueillant. Andronica remplie de haine et de colère est bien décidée à retrouver le père pour qu’il reconnaisse ses deux garçons et entérine les prénoms. Après, chacun sa route, qu’il disparaisse ! Les deux femmes et les deux bébés partent à pied dès le lendemain de l’accouchement et les rencontres vont s’enchaîner. Elles vont rapidement être rejointes par deux autres femmes, « nous te suivons, Andronica, trois femmes sont à tes côtés, une pour chanter, une pour parler, une pour le silence. » puis aller aux devants d’une société périphérique, qui tente de survivre, souvent dans la colère et la peur, sans grand espoir mais avec courage. Néanmoins, ce voyage initiatique sera peut-être l’occasion pour que toute cette colère qui gronde s’agrège et leur permette à toutes et tous de trouver leur place et d’être enfin reconnus et acceptés par une société souvent ambivalente à leur sujet. Des voix singulières, une palette de personnages émouvants et denses au cœur d’une expédition inoubliable qui n’aurait pu être que punitive et qui finira bien au-delà...

Premier roman

"Mais tant que je ne suis pas en paix, je suis en guerre, non ?"


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Thème(s) : Littérature française

 


- 293 -



Pauline DELABROY-ALLARD
Ca raconte Sarah
Minuit
190  pages
15  euros

04-08-2018

 

    La narratrice est dans un temps de « latence », elle s’est séparée du père de sa fille, et vit actuellement avec un jeune bulgare. Et puis, lors d’une soirée entre amis, Sarah arrive en retard et immédiatement s’impose, prend sa place, prend la place. Elles s’écrivent, elles se revoient et une passion fulgurante les emporte. Et la narratrice les raconte, Sarah et cette passion folle. Folie des sentiments, folie des corps, Sarah déborde de vie, « Elle est vivante », exubérante, passionnée, enfant souvent, femme parfois, elle aspire ce qui l’approche et la narratrice se laisse prendre par le tourbillon. Un tourbillon qui va de plus en vite jusqu’à la rupture, violente et définitive. Récit d’une passion étouffante, sans limite, que seuls la maladie et la folie pourront rompre. L’écriture de Pauline Delabroy-Allard réussit parfaitement à rendre compte de ce tourbillon de la vie et du rythme imprimé par Sarah à la vie de ces deux folles amoureuses.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 292 -



Ludovic-Hermann WANDA
Prisons
L'Antilope

288  pages
19  euros

02-08-2018

 

    En 2003, Frédéric, vente après vente, livraison après livraison, était devenu à Paris Blondin, dealer à succès et notamment dans les beaux quartiers qu’il fournissait en produit herbeux facilitant l’envol vers d’autres mondes. La qualité des produits de « cet étudiant en disponibilité », son sérieux, et une petite réputation commençait de naitre alors qu'il arrivait gare du nord après un aller-retour vers la Belgique pour recharger les stocks. Mauvais jour, mauvais tirage : un douanier lui demande d’ouvrir son sac et ne goûte guère à son contenu même s’il s’abstiendra de goûter à l’herbe. Frédéric a déjà l’art de la répartie et conserve son humour, en effet, si son Dieu lui propose cette épreuve, il lui suffit seulement d’en trouver la raison. Le juge lui octroie six mois pour la trouver et pourtant, l’évidence lui apparaît immédiatement. Il lui offre l’arme ultime, l’arme définitive, l’arme infaillible : la lecture. Son compagnon de cellule, Richard, juif et toxico, emboîte le pas vers une renaissance salvatrice : « Pour nous, Fleury, c’est pas une prison, c’est un centre de remise en forme ! » Les deux hommes s’épaulent et se découvrent page après page : leur langage, leur apparence, plus qu’une évolution, une révolution ! Frédéric garde son bagou, sa vivacité, mais maintenant ses arguments sont étoffés, construits même s’il est conscient que le chemin est encore long. La réussite de ses examens universitaires et la sortie de Fleury, c’est par là ! Il ne lui restera plus qu’à éviter les pièges que la vie lui réservera inévitablement et espérer que son Dieu tout puissant et bienveillant ne l’abandonne... Prisons propose un fil qui se plait à prendre à contre-pied le lecteur chapitre après chapitre en variant les narrateurs-observateurs (vous découvrirez par vous-même les invités célèbres y participant), les points de vue, et surtout en variant le langage et donc le rythme. Frédéric a un pied dans deux mondes et le récit le souligne parfaitement. Entre français des banlieues et français littéraire, le parcours motivé et motivant de Frédéric suscitera un espoir partagé.

Premier roman

« Existe-t-il plus grande prison que l’orgueil masculin ? »

« ... désormais, je sais que je suis bien plus qu’un corps. Je suis d’abord un esprit et un récit, un esprit qui peut être aussi vaste que l’univers, un récit qui peut être aussi profond qu’un gisement de pétrole. Le tout c’est de lire, encore et toujours ; de comprendre, encore et toujours ; d’avancer sur le chemin du questionnement et de la connaissance, encore et toujours ; de la connaissance du monde, des autres, et, au bout du chemin, de mon moi profond. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 291 -



Estelle-Sarah BULLE
Là où les chiens aboient par la queue
Liana Levi
285  pages
19  euros

26-07-2018

 

    Une jeune trentenaire née en banlieue parisienne vit un quotidien bien éloigné de ses origines guadeloupéennes. C’est peut-être néanmoins l’instant de se retourner une dernière fois vers son passé familial et interroger ses racines. En effet elle ne connaît la Guadeloupe que comme « une métropolitaine en vacances », sa « vie était ailleurs. » et tout le monde le savait, le sentait, et lui faisait ressentir. Or, coup de chance, elle a une tante, véritable conteuse hors pair, à la parole libérée, qui depuis son lit d’hôpital parisien est toute prête à lui relater l’histoire familiale, les Ezechiel descendants d’esclaves, emblématique de l’histoire de la Guadeloupe et à exposer aussi bien son parcours (et celui de sa famille) qu'à dresser le portrait sans fard de la société antillaise (« D’ailleurs les Antillais critiquent les Antillais. »). Le discours d’Apollone, surnommée Antoine, parfois entrecoupée par les avis d’autres membres de la famille, revient sur les années guadeloupéennes, « Quelques éblouissements et puis rien que des blessures. », des années de débrouille de la campagne au taudis de Pointe-À-Pitre, suivi de l’exil. Antoine subira en effet deux ruptures, le départ de Morne-Galant en 1947 puis l’envol depuis Pointe-À-Pitre vers la métropole vingt ans plus tard abandonnant tout ce qu'elle avait construit. L’installation en banlieue, « quitté un nulle part pour un autre nulle part », perdus, isolés, à l’écart, à une époque où la France se construit grâce à eux mais aussi sans eux, « Nous, les Antillais, nous avons toujours su nous adapter, pas vrai ? De la case d’esclaves aux HLM, nous savons ce que signifie survivre. » Puis le travail se fait rare, les regards changent, « Je dirais qu’en métropole, nous sommes devenus noirs vers 1980 à partir du moment où avoir du boulot n’est plus allé de soi. » et néanmoins ces « immigrés de l’intérieur » choisiront de rester, toujours, jusqu’au bout de leur histoire. L’écriture est imagée, le vocabulaire précis, le ton singulier, quelques expressions créoles colorées viennent installer une ambiance particulière et un rythme tonique. Un premier roman qu’on ne lâche pas et permet notamment d’« aimer mon histoire et la matière dont elle était faite ; une succession de violences, de destins liés de force entre eux, de soumissions et de révoltes. »

Premier roman

« La nuit n’est pas menteuse comme le jour. C’est la nuit que tu peux lire en toi-même comme dans un livre, et voir les autres comme ils sont vraiment. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 290 -



Michael ENGGAARD
Le blues du boxeur
Gaïa
318  pages
22  euros

01-07-2018

 

    Frank est un carrossier réputé. Avec son ami Svend, ils tiennent une carrosserie et Frank excelle dans sa partie. Comme il excellait sur un ring : il a laissé des souvenirs inoubliables à tous les amateurs du noble art. Il s’est retiré des rings après une victoire amère et un combat hyper violent face à un adversaire qui traîne toujours dans les mêmes quartiers que lui… Jusqu’au jour où l’entrepôt où travaille Gerhard son père (ancien boxeur également) l’appelle car un accident grave a touché son paternel. Même si leurs relations étaient quelque peu distendues, Frank se déplace et découvre les petits trafics de son père et le voici rapidement impliqué. Gerhard de retour à son domicile, est soigné par Ellen une infirmière qui passe plusieurs fois par jour. Malgré ses ronchonnements et autres râlements, le courant passe entre eux et Ellen est aussi fortement intrigué par ce fils solitaire aux épaules carrées et au regard franc. Round après round, les trois vont apprendre à se connaître et Ellen et Frank vont progressivement dévoiler les secrets qui les habitent et les empêchent de vivre sereinement. Pourtant Ellen est bien éloignée du monde de la boxe et de la violence sous-jacente et rêve plutôt de théâtre. Saura-t-elle convaincre Frank de ne pas utiliser ses poings pour sortir son père de son mauvais pas, rien n’est moins sûr, les deux ont en commun un caractère affirmé ! Une rencontre atypique, des dialogues percutants, la réplique titille, cingle, claque comme dans un match de boxe, et le résultat du combat reste incertain jusqu’à son issue ! Gaïa a encore trouvé la comédie romantique (mais pas que !) de l’été, c’est indéniable.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Bernard Saint Bonnet, Susanne Juul

 


- 289 -



Corine KOCH
Là-bas, c'est toujours loin
L'Harmattan

119  pages
14.5  euros

28-06-2018

 

    « Là-bas, c’est toujours loin » nous parle d’exil, d’envie puissante d’intégration, d’identités et d’humanité. Le récit croise deux histoires à seize ans d’intervalle. Celle de Sahraan un Cap-verdien qui a fait une folle promesse et qui la tiendra au-delà des conséquences : partir seul en 1974, s’exiler, laisser sa femme et sa fille, pour les retrouver après dix ans de silence. Sahraan fait le choix d’éviter les grandes métropoles et préfère une petite ville de l’est de la France où les hauts fourneaux demandent encore des bras puissants, forts et volontaires. Sa force de travail lui permettra peut-être un regard, une espérance d’acceptation même si la peur jamais ne le quittera. Seules deux personnes ouvriront leur cœur et leurs portes à Sahraan, le bouquiniste et la secrétaire de l’entreprise qui l’emploiera. L’arbrisseau de son pays qu’il a planté en arrivant au cœur de la ville prendra plus facilement son essor, ses racines trouveront, elles, leur place et seront acceptées d’autant plus que la ville leur devra beaucoup… Et puis celle de Maira qui après la mort de sa mère sait qu’elle doit suivre en 1990 le chemin de son père pour savoir, pour le connaître, pour se connaître. Avec l’argent envoyé par Sahraan, elle a suivi des études et appris le français alors, rien ne peut la retenir, le moment est arrivé : elle part chercher ses racines bien loin de sa petite île avec une photographie, un nom et une ville. Un texte court à l’écriture rythmée pour une forte émotion toujours contenue et maîtrisée.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 288 -



Asli ERDOGAN
L'homme coquillage
Actes Sud
195  pages
19.9  euros

13-05-2018

 

    « L’homme coquillage » est narré par une femme turque : « Je suis née et j’ai grandi en Turquie, moi ! » et ce n’est pas anodin ! Elle est physicienne et partie en Suisse pour poursuivre ses recherches. C’est lors d’un voyage pour un séminaire avec ses collègues à la Caraïbe qu’elle rencontre Tony, pêcheur de coquillages, qu’elle nommera L’homme coquillage. Première femme blanche à lui adresser la parole, elle décidera d’aller vers cet inconnu au physique singulier (« Mais ce n’est pas juste en regardant la couverture d’un livre qu’on peut savoir ce qu’il contient. »), rejoindre l’inconnu qui deviendra son mythe. Elle n’est guère heureuse dans son monde qu’elle décrit sans concession alors, solitaire, elle préfère, malgré le danger, rencontrer un autre monde, un autre regard, plus libre, plus ouvert, « l’homme coquillage qui m’a appris le chant de l’océan, Tony l’Homme Coquillage que j’ai aimé d’un amour profond, féroce et irréel ». Tony est particulier, à double facettes, comme chaque homme, bienveillant ou malveillant, sorcier ou magicien, « habile aux caresses autant qu’aux coups. Tony était comme ces enfants siamois dont le corps unique est coiffé de deux visages contraires. Le premier était dur et intrépide comme celui d’un corsaire aux larges balafres, le second, sensible et doux, celui d’un saint miséricordieux. ». Le lieu est aussi particulier, scindé en deux, les blancs et les autres, un « ghetto situé à même pas deux cents mètres des hôtels quatre étoiles » dans lequel « s’appliquait la loi universelle de tous les ghettos du monde ; la loi de la faim, de l’exclusion, du désespoir, de la violence. ». Enfin, elle est également particulière, son histoire personnelle et intime douloureuse l’a marquée à jamais, « Ne pas savoir oublier. Implacable vengeance de la mémoire. » Le récit intime courageux et sans concession d’un voyage fondateur aux frontières de l’amour et de la mort. Le premier roman d’Asli Erdogan enfin disponible en France qui livrait déjà quelques indices évidents de son regard sur la souffrance, son amour de la liberté et sa résistance absolue à toute oppression.

Premier roman

« Sous les tropiques, sur cette île éloignée de tout, j’ai appris que l’enfer et le paradis ne font qu’un, que seul un assassin peut être prophète, et qu’un homme, comme dans les séances de magie noire, peut en devenir un autre, car le contraire absolu de l’homme, c’est encore lui-même. »

« Son esprit n’était pas induit en confusion par des concepts tels que la psychanalyse, la névrose, l’existentialisme, et il savait ressentir cette chose à vrai dire élémentaire qu’est la douleur de l’autre. Il savait être triste pour l’autre. Il y avait en lui une sensibilité sans équivalent dans le monde hypocrite des gens trop instruits. »

« Car selon moi, écrire ne vient à l’idée que de ceux qui souffrent de ce mal que j’appelle ''la constipation de vivre''. »


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Julien Lapeyre de Cabanes

 


- 287 -



Emily RUSKOVICH
Idaho
Gallmeister
362  pages
23.5  euros

10-05-2018

 

    Jenny et Wade se sont rencontrés grâce à un chien, et Jenny força la porte du solitaire. Ils choisirent de s’isoler dans la montagne : « Wade et Jenny sont des gens des plaines. Des gens des plaines vivant sur une montagne dont ils n’avaient pas remarqué qu’elle était beaucoup plus grande qu’eux. Un terrain acheté sans trop réfléchir parce qu’il n’était pas cher, parce qu’il n’avait rien à voir avec la plaine. Que d’arrogance et de puérilité ! » Malgré les difficultés rencontrées, ils eurent deux filles, June et May. Puis, par une chaude journée d’août 1995, ils partirent tous les quatre avec le pick-up ramasser du bois. C’est alors que le drame se produisit : inexplicable, totalement inattendu et au-delà de la violence. Désintégration, plus de famille, plus d’avenir, plus rien. Le récit débute neuf années plus tard alors Wade s’est remarié avec sa professeur de piano Ann qui, évidemment, a connaissance de son drame. Mais Wade a la mémoire qui s’envole : « Dorénavant, tout est incertain, et il ne semble pas y avoir de frontière claire entre ce que Wade est capable de faire ou incapable de faire. » Son drame semble aussi s’éloigner de lui et Ann devient le seul témoignage d’évènements qu’elle n’a pas vécus. Alors ils vont l’obséder, et elle n’aura de cesse de tenter de reconstituer le déroulement du drame. Toujours la délicieuse manie de Gallmeister de nous trouver des perles ! Emily Ruskovitch ne fait pas dans la facilité, un drame absolu, un amour absolu, un isolement absolu, une violence sourde, une noirceur profonde, un va-et-vient constant entre présent et passé, et pourtant elle nous hypnotise et ses personnages nous attirent et nous entraînent malgré nous dans leur abime. Un premier roman puissant d’une grande virtuosité.

« Pour autant qu’Ann sache, Jenny avait elle aussi disparu de la mémoire de Wade. La vie qu’il avait menée avec elle, avec May et June, le son de la voix de ses filles et la dernière odeur de leurs vêtements, tout ça avait disparu par les nombreuses blessures de la maison, tel du sang qui s’écoule dans la nuit et qui plus jamais n’irriguerait leur histoire à tous les deux. »

« Il a perdu ses filles, mais il a également perdu le souvenir de les avoir perdues. En revanche, il n’a pas perdu la perte. »


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Simon Baril

 


- 286 -



Laurine ROUX
Une immense sensation de calme
Les Editions du Sonneur
122  pages
15  euros

21-04-2018

 

    Un homme et sa grand-mère, une jeune fille, une grand-mère disparue, la narratrice et surtout la Nature forment les personnages principaux de ce conte aussi noir que lumineux. Les humains rescapés font partie des invisibles, derniers survivants d’un monde disparu après une catastrophe (« Nous étions la première génération du Grand-Oubli »), des parias isolés dans une nature qui reprend ses droits. Une nature à double facette aussi belle et douce que sauvage, violente et dangereuse. Comment la vie, l’amour et la mort peuvent continuer de s’y exprimer dans leur pureté originelle ? Entre noirceur et lumière, entre humanité et animalité, un terreau parfait pour construire un conte qui suggère, qui expose un chemin vers une sérénité originale de vie, convoque les silences pour mieux faire ressentir une nouvelle philosophie de vie avec le temps qui passe vers une issue connue de tous, « Nous sommes tous de passage. Simplement de passage. »

Premier roman

« Nous sommes des dieux qui ont reçu la beauté en héritage. La splendeur de la jeunesse est éternelle. Seuls comptent le plaisir de l’effort et celui d’être là. Simplement là, ici et maintenant. Seulement la puissance de l’instant, Igor et la taïga. Ainsi passent les années. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 285 -



Ethel SALDUCCI
La petite musique de Jeanne
Luce Wilquin
280  pages
20  euros

16-04-2018

 

    Jeanne a décidé de quitter ses parents et la ville qu’elle aime (« Quitter la ville qu’on a aimée, savoir quitter. ») et où elle a grandi. Elle fuit en effet Nice après la mort accidentelle de ses grands-parents pour rejoindre sa professeur de trombone à Sens. Elle habitera chez Mme Ducafy qui va l’entourer avec ses deux enfants, la soutenir et l’encourager. Une belle rencontre, une étape pour se reconstruire avant de repartir vers Paris et le Conservatoire puis sa rencontre avec Gabriel, joueur de violoncelle. Découverte de Paris et de la vie à deux ou plutôt à trois : Jeanne, Gabriel et la musique. « Savoir quitter » n’empêche pas de revenir et ce retour est parfois nécessaire pour clore la boucle…

Premier roman

« … seul le dépouillement sied à la musique. Il faut alléger le son de tout ce dont on pourrait le charger par peur du vide, par envier de briller ou pour compenser une faiblesse technique. La musique n’a besoin d’aucun effet, l’épure est son idéal. »

« L’amour n’existe que dans le détachement, soutenait sa grand-mère. Il faut être capable à chaque instant de quitter. Quitter l’autre, un lieu, une habitude. Etre capable de quitter sinon, ça n’est plus de l’amour, c’est autre chose. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 284 -



Sarah MARTY
Soixante jours
Denoël
288  pages
20  euros

15-04-2018

 

    Un mur s’écroule dans une propriété fatiguée des Yvelines et la propriétaire découvrira le périple exceptionnel de Yoldas, un maçon kurde qui a choisi ou subi l’exil, et qui lui propose son aide. Yoldas va se confier et Sarah Marty nous livre son témoignage qui donne corps et visage aux migrants, une incarnation absolue. L’exil du peuple kurde est singulier, ces apatrides quittent un pays qui n’est pas le leur et pourtant, la décision est douloureuse, abandonner son histoire, abandonner les siens, un sacrifice, une lourde culpabilité à surmonter. Ils vont se retrouver à quatorze. Progressivement le groupe va se former, se connaître, s’unir et ne former plus qu’un (« Il n’y a pas de victoire individuelle… »). Chacun a sa propre histoire, son vécu, ses souvenirs, les évoquera timidement alors que ses compagnons ne poseront que peu de questions, accepteront les silences ou les confidences. Une solidarité et une fraternité sans faille jaillira dans l’adversité des chemins de l’exil. Ils ont décidé de fuir la peur (« Il veut vivre dans un pays où les mots ne font pas peur, où ils ont le droit d’être écrits, d’être lus, d’être aimés comme d’être détestés. Il ne veut plus être muselé. »), de s’en éloigner et néanmoins durant ce périple, elle sera là, omniprésente, de tous les instants, dans tous les lieux, étouffante et inquiétante. Chacun aidera son compagnon à la supporter, à l’oublier pour quelques brefs instants, voire à rêver ensemble d’un futur souriant. Ces surhumains continueront, résisteront (« Dans quelles ressources a-t-il puisé pour échapper à sa peur ? »), face à l’inhumanité de ce voyage, face à la brutalité et l’avidité insatiable des passeurs. Ils côtoieront la mort, la peur, la faim, la violence mais le groupe toujours se dressera pour tenter de rattraper les épuisés, les exténués prêts à renoncer. Un récit puissant, haletant et terriblement émouvant pour ne pas oublier que chaque jour, sur les chemins européens, au bout de notre jardin, dans les mers qui bordent nos côtes, des hommes, nos frères, subissent un exil contraint et périlleux et perdent toujours un bout de leur histoire et parfois leur vie.

Premier roman

« Je veux aller dans un pays où le soleil se lève, je vais où les rires sont permis et où les couvre-feux n’existent plus. »

« … on ne reconstruit pas sur des ruines, sur des corps de femmes, d’enfants, d’hommes. On ne peut pas rebâtir sur des âmes sans être persécuté par leurs cris. Il faut fuir. Oui, s’offrir un autre destin. Yusuf aime l’idée de poser quelque part des fondations sur une terre qui n’a pas été nourrie de sang. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 283 -



Jadd HILAL
Des ailes au loin
Elyzad
210  pages
18.5  euros

26-03-2018

 

    Quatre générations de femmes, un siècle de vie et un même destin. Ces quatre femmes libano-palestiniennes vivront plusieurs exils, connaîtront la tristesse des séparations et les joies des retrouvailles. Elles partageront l’angoisse des bombardements comme la violence des hommes mais apprendront à les maîtriser voire les ignorer. Elles opteront toujours pour le camp de la vie, en Palestine, à Beyrouth, à Bagdad, en France ou à Genève, Beyrouth conservant une place à part dans leur cœur : l’instant où on la quitte, le tumulte, le bruit et la vie plutôt que l’ordre, le calme et le train-train suisse (« …vie de tiraillement entre la légèreté libanaise d’un côté et la responsabilité franco-suisse de l’autre, entre l’insouciance de l’enfance et la maternité de l’âge adulte. »). Néanmoins « C’est drôle le Liban, comme les autres pays choisissent systématiquement de s’y attaquer. », l’insouciance a donc dû mal à résister face au déferlement récurrent de violence, l’exil s’imposera, toujours et encore, elles partiront mais emmèneront avec elles leur histoire, leur passé et le Liban. Un premier roman au rythme enlevé et au ton plaisant qui relate le dialogue entre ces quatre femmes attachantes qui, au-delà de leurs portraits, nous parlent à hauteur de femmes de ce pays déchiré par ses relations chaotiques avec ses voisins.

Premier roman

« Qu’est-ce qu’il y a de plus irresponsable que l’enfance ? »

« J’ai compris que détester, c’est s’interdire d’être l’autre. »


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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 282 -



Ronan GOUÉZEC
Rade amère
Le Rouergue
192  pages
18.5  euros

19-03-2018

 

    Caroff est échoué sur la rade de Brest. Seules sa femme et sa fille le maintiennent à flots. Il n’a plus de bateau et ses collègues du port ne veulent plus entendre parler de lui. Ils n’ont pas oublié son dramatique accident et le jeune mort resté au fond de l’océan. Caroff pense avoir trouvé la solution en acceptant de participer à un trafic qui passe par un retour sur la mer. Deux ou trois expéditions, des enveloppes avec du liquide et il pourra enfin partir avec sa famille et démarrer une nouvelle vie. On aimerait tant que ce soit possible… Un beau texte, bien noir, très marin qui offre un portrait des hommes animant le port et de beaux personnages : 180 et Yann deux petites frappes qui viennent pour encadrer Caroff, Brieuc qui semble repartir sur de bons rails avec son entreprise de taxi maritime, Delmas trafiquant basique, dangereux et sans humanité, Josette et René un vieux couple attendrissant sur le départ. Il ne vous reste plus qu’à monter sur le bateau pour goûter aux embruns et apprécier cette écriture, vous ne le regretterez pas !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir

 


- 281 -



Isabelle SIVAN
Dankala
Serge Safran
20  pages
268  euros

28-02-2018

 

    Dankala est un petit pays d’Afrique discret. Et comme presque partout sur le continent, les Africains ont besoin de notre aide, n’est-ce pas ? Alors une petite communauté d’expatriés se dévouent pour améliorer leur quotidien… La vie coule, tranquillement, sans surprise, le temps s’écoule, doucement. Rien ne semble vouloir bousculer les habitudes de chacun, l’ennui et cette attente interminable. Néanmoins, le meurtre d’abord isolé d’un soldat français vient tourmenter ce petit monde. Chacun réagit à sa façon, la peur s’incruste, la rumeur s’installe… Le climat devient de plus en plus malsain alors que les meurtres sauvages se multiplient. Finalement, ils revivent. Enfin ! Mais au plus profond d’eux, peu d’émotions et leurs certitudes restent indemnes. Isabelle Sivan, avec une belle écriture, décrit un monde poisseux, moite, oisif qui ne sait réellement pas trop où sa place est et ne vit pas avec mais à côté.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 280 -



Valérie CIBOT
Bouche creusée
Inculte

130  pages
14.9  euros

27-02-2018

 

    Un homme semble fou, il mange la terre de son jardin, semble prêt à s’y enterrer, sous le regard suspicieux de ses voisins, bien cachés derrière leurs rideaux. « Bouche creusée » va remonter le fil de ce destin, de la folie de cet apiculteur suspect de partager parfois son temps avec un jeune étranger. La rumeur naît, grandit et explose. D’où vient-elle ? Quelle en est son origine, sa raison ? Qui va-t-elle ronger ? Quelle est le rôle de la narratrice ? Un premier roman au style bien marqué, une écriture typée qui accompagne parfaitement ce portrait diabolique et troublant de la rumeur.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 279 -



Violaine HUISMAN
Fugitive parce que reine
Gallimard
247  pages
19  euros

12-02-2018

 

    Violaine Huisman dans son premier roman propose le portrait d’une mère et de ses deux filles, de l’amour qui les lie dans un environnement tortueux et imprévisible. La mère est en effet multiple, aussi aimante que négligente, un vocabulaire adulte, direct, sans limite, aussi imagé que grossier et parfois violent impliquant des blessures profondes. Les deux sœurs se serrent les coudes, s’entraident, aiment leur mère, atténuent ses crises (elle est maniaco-dépressive) et ses outrances, mais seront naturellement à jamais marquées par leur enfance. La mère veut avant tout vivre librement sa vie sans vraiment considérer les conséquences éventuelles sur ses filles. Un texte éprouvant qui n’épargne pas le lecteur sur les relations entre une mère perturbée et ses enfants sans que l’amour puisse éviter une fin dramatique.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 278 -



Gilles MARCHAND
Une bouche sans personne
Aux Forges de Vulcain
262  pages
17  euros

11-02-2018

 

    1988 sera une année charnière pour le narrateur. La journée, il est comptable, compte, ajoute, soustrait, vérifie et revérifie chaque opération. Le soir, il rejoint quelques amis dans un bar à l’ancienne tenu par Lisa dont il est secrètement amoureux. Puis il finit la nuit seul dans son appartement : « La planète interdite, c’est un bon résumé de ma vie. Le tout est d’en avoir conscience et de parvenir à s’en satisfaire. ». Rien d’autre (« La routine me sert de carapace. »). Enfin, presque, sinon une cicatrice, des écharpes et un poème qui l’accompagnent depuis l’enfance. Ce sont ses secrets. Mais cette année, enfin, peut-être pourra-t-il en parler, les partager. En effet, une fissure, la carapace s’effrite et il commence timidement de se confier à ses amis qui l’écoutent avec attention et le découvrent enfin. Puis d’autres personnes viennent chaque soir écouter et découvrir la suite de son histoire et de son grand-père adoré Pierre-Jean. Et ils sont de plus en plus nombreux. Le ton est parfois badin mais le lecteur ressent toujours un poids et une profondeur derrière cette légèreté, l’atmosphère est souvent digne de Jean-Pierre Jeunet voire Boris Vian, une poésie folle, le personnage et son appréhension de la vie étant si atypiques. La fin sera bouleversante. Une belle réussite que ce premier roman.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 277 -



Emmanuelle HAN
La sublime communauté - Les affamés
Actes Sud
375  pages
16  euros

22-01-2018

 

    Notre monde s’apprête à disparaître. C’est la fin, la planète est dévastée. Les affamés errent alors que six mystérieuses portes apparaissent et semblent les appeler vers un nouveau monde, une renaissance. Tous s’y précipitent, enfin presque tous, quelques-uns refusent de fuir et le récit suit les aventures de trois d’entre eux. Trois jeunes, trois enfants, trois Transplantés aux trois coins de la planète (Argentine, Népal, Inde). Ils ne se connaissent pas, ils vivent loin les uns des autres, ils ne le savent pas encore, mais leur destin est lié et la Sublime Communauté en dépendra. Entre légendes et mystères, mythes et contes, fantastique ou dystopie et réalisme, nature et technologie, un roman d’aventures multiple et varié qui emporte irrésistiblement le lecteur vers le tome 2 !

Premier roman


Thème(s) : Jeunesse

 


- 276 -



Karl GEARY
Vera
Rivages
255  pages
21.5  euros

08-01-2018

 

    Sonny a seize ans, vit dans l’Irlande pauvre qui trime pour survivre. Il est déjà familier des petits boulots, de la précarité et de quelques larcins. Il a une copine border-line mais avec qui il peut parler. Puis il va rencontrer Vera, une jeune femme plus âgée, belle, attirante, appartenant à un autre monde, habitant en effet dans les beaux quartiers de Dublin. Il tombe éperdument amoureux de cette femme mystérieuse. Une histoire intense, il sent sa fragilité sans savoir l’expliquer, et aimerait naturellement l’aider, la protéger. Elle sait l’écouter et simplement, sans démonstration, lui apporte un peu de lumière tout en lui offrant les clés d’un autre monde (les livres, la lecture, la poésie, la peinture…) qu’il ignorait. A la deuxième personne du singulier, le récit est brut, rend parfaitement compte de la solitude et du quotidien éprouvant de certains quartiers irlandais et le dénouement final est plus qu’émouvant.

Premier roman

« Nous sommes des serre-livres, toi et moi, tu vois ce que je veux dire ? Ton esprit se projette, il va de l’avant, tu penses à l’avenir. Moi, je pense au passé, je pense... »


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Céline Leroy

 


- 275 -



Paolo COGNETTI
Les huit montagnes
Stock
300  pages
21.5  euros

07-01-2018

 

    Pietro et Bruno se rencontrent alors qu’ils ont onze ans, une rencontre pour la vie malgré leurs différences. Pietro est un garçon de la ville, fils d’un ingénieur amoureux de la montagne, bien inséré dans le monde. Bruno est un p’tit gars de la montagne, ancré définitivement dans son lieu d’origine (« Toi, tu es celui qui va et qui vient, moi je suis celui qui reste. Comme toujours, pas vrai ? »). Ils se rencontrent en effet à Grana, village au cœur du Val d’Aoste où les parents de Pietro ont trouvé une maison loin de Milan où ils habitent et travaillent. Pietro nous fait découvrir la naissance de cette amitié indéfectible qui va unir les deux gamins avec une admiration et un respect partagés. Malgré ses réserves, Bruno lui fera découvrir et apprécier la montagne, les arbres, la nature. Le père de Pietro profite de chaque week-end pour parcourir la montagne, gravir les sommets ce que Pietro n’apprécie guère contrairement à Bruno dont la compagnie de cet homme sévère et directif mais qui s’intéresse véritablement à lui rend heureux. Malgré les aléas de la vie, Pietro et Bruno resteront toujours proches et rien ne pourra les séparer. Un bel hommage à la montagne et une superbe et émouvante histoire d’amitié entre deux gamins opposés qui ne se quitteront plus et parcourront ensemble les sentiers de la vie et de la montagne au cœur d’une nature préservée ; "Les huit montagnes" offre également une réflexion débordant d'humanité sur la vie et sur la filiation. Bonne lecture et bonne ascension !

Premier roman

« A ton avis, le passé, il peut passer une deuxième fois ? »

« Le voilà, mon héritage : une paroi de roche, de la neige, un tas de pierres de taille, un arbre. »

« Peut-être ma mère avait-elle raison, chacun en montagne a une altitude de prédilection, un paysage qui lui ressemble et dans lequel il se sent bien. »


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Anita Rochedy

 


- 274 -



Timothée DEMEILLERS
Prague, faubourgs est
Asphalte
146  pages
16  euros

12-11-2017

 

    Prague fait partie des capitales européennes où beaucoup rêvent de séjourner, ville mythique, belle carte postale. Mais derrière la vitrine, que trouve-t-on ? Marek, après avoir déserté Prague au début des années 2000 pour les Etats-Unis, est de retour sept ans après. La ville a totalement muté. Son ami Jakub aussi. Sans parler des touristes qui ne viennent pas uniquement pour les belles pierres ! On suit les pérégrinations de Marek de clubs en bars, d’alcools en drogues, de filles en filles à la recherche de Sa ville et de son amour de jeunesse, Katarina. Le communisme a été expulsé laissant rapidement place à un capitalisme débridé. Il se retrouve donc devant mafias, prostituées, et la disparition du Prague populaire, un désenchantement flagrant et profond. Evolution classique, enrichissement exponentiel d’un petit nombre, appauvrissement et misère pour le plus grand nombre incitant même certains à regretter l’ancien régime… Un portrait dense, précis et désenchanté de Prague qui casse l’image idyllique de cette capitale européenne.

"On ne peut pas toujours rattacher la destinée d'un homme à celle de sa nation"Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Timothée Demeillers lus par Vaux Livres

 


- 273 -



Brit BENNETT
Le coeur battant de nos mères
Autrement
338  pages
20.5  euros

09-10-2017

 

    Nadia est une jeune fille brillante de la communauté noire d’Oceanside en Californie. Alors que sa mère s’est suicidée sans explications il y a quelques mois, elle choisit d’avorter, traumatisme indélébile, après sa rencontre avec Luke, le fils de pasteur, qui ne l’aide guère dans ce drame au cœur du communauté où la religion a une influence immense. Elle décide alors de partir pour de brillantes études à l’Université de Michigan et de laisser sur place son passé et notamment son amie Aubrey et Luke. Mais trois ans, après, elle revient sur place et retrouve ses amis et la communauté. La construction du « cœur battant de nos mères » aimante le lecteur en alternant la narration des vies de Nadia, Aubrey et Luke au cœur des différentes communautés fondement de la société et l’avis d’un chœur de vieilles femmes, de mères, qui commentent les évènements de la communauté.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Jean Esch

 


- 272 -



Pierre BENGHOZI
Loki 1942
Serge Safran
157  pages
15.9  euros

28-09-2017

 

    En 1942, les Allemands occupent la Norvège. Cinq Allemands ont été tués et en représailles, cinq Norvégiens doivent mourir. Dans une école, Ida Grieg et cinq de ses plus mauvais élèves (quatre garçons et une fille) sont retenus en otage, un seul survivra (« Ironie du sort, les cancres allaient achever leur vie dans cette école. »), le lieutenant Abel Lehmann l’a décidé, enfin continue d'obéir malgré ses interrogations (« C'était si simple un ordre, si clair, si reposant. Ca vous transportait d'une rive à l'autre en vous épargnant d'être mouillé ou le risque d'être emporté par le courant. »). Or, Ida Grieg est une résistante et elle doit passer un message codé à son réseau. Pour cela, elle a une nuit pour que les cinq cancres apprennent un poème de Loki, dieu de la discorde, afin que le survivant puisse le réciter à sa libération. Les gamins, éloignés des mots et du langage, ne semblent guère conscients de la situation, ils ne craignent pas la mort et aimaient d'ailleurs si confronter sur la dalle du Preikestolen Lysefjord, ils semblent même prêts à profiter du coma passager d’Ida. Elle va devoir les apprivoiser, les tenter, les attirer, pour qu’ils acceptent, devant le précipice de la mort, l’effort de l’apprentissage, la rencontre avec les mots, le langage et la poésie et qu’ils prennent entièrement conscience de leur portée. Un court roman qui se lit vite, huis clos violent qui percute et interroge mais ouvre le chemin de la liberté et de la responsabilité à une horde sauvage.

Premier roman

« L'école de Stavanger abritant six personnes, pour que l'une d'elles restât en vie, il fallait nécessairement qu'aucune ne meure. »

« ... mourir ensemble est plus facile que survivre séparément »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 271 -



Sébastien SPITZER
Ces rêves qu'on piétine
Editions de l'Observatoire

310  pages
20  euros

17-09-2017

 

    Ces rêves qu’on piétine réussit le tour de force de retracer en parallèle les derniers jours de Magda Goebbels et des survivants et morts des camps de concentration : le point commun de ces récits est la folie extrême, la folie inhumaine et destructrice. Dans les camps, au cœur de cette folie et de la violence sans limite, la lutte pour la survie est permanente et on suit en particulier Ava, une petite fille qui détient secrètement les lettres d’un père à sa fille. Quant à elle, Magda Goebbels continue de préférer oublier Richard Friedländer, son beau-père adoré, juif, qu’elle abandonnera et laissera mourir dans un camp. Elle avait d’autres ambitions, d’autres rêves, le pouvoir l’aimantait, elle acceptera tout de Joseph Goebbels pour approcher ce pouvoir puis devenue invulnérable, s’y installer, jusqu’à ces derniers jours, où elle emportera avec elle ses enfants. Sébastien Spitzner réussit à donner corps à l’Histoire, à l’incarner en établissant un équilibre parfait entre fiction et histoire. Ses descriptions très réalistes sont naturellement absolument terrifiantes, mais il réussit en croisant les deux récits à la fois à nous déranger et à nous entraîner.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 270 -



Cyril DION
Imago
Actes Sud
215  pages
19  euros

11-09-2017

 

    Les quatre personnages principaux d’Imago, isolés ou enfermés, aspirent à la liberté, ils diffèrent dans le chemin qu’ils espèrent emprunter pour y accéder ou employer pour casser la chrysalide qui les étouffe. Nadr se sent entravé en Palestine, il rêve d’un ailleurs libre, et la poésie et les poèmes de Darwich notamment l’épaulent et le soutiennent. Son frère Khalil a fait d’autres choix dont celui de la violence et est bien décidé à commettre un attentat, loin de son pays, en France. Fernando travaille pour le Fonds, une organisation internationale, et espère, depuis son bureau, influer sur le conflit. Enfin, Amandine, 62 ans, a choisi de se retirer loin du monde et de ses horreurs et vit en solitaire dans une forêt. A partir de ces quatre trajectoires que certains tentent de maîtriser, Cyril Dion nous entraîne au coeur de cette tragédie sans fin que reste le conflit israélo-palestinien sans oublier l’Occident, troisième pilier du drame, il nous confronte à ses acteurs principaux et à leurs sentiments, croyances et violence, cherchant toujours à expliquer ou à comprendre plutôt que de juger.

Premier roman

« Mille bombes ne pourraient rien contre la terre, contre les mots de Darwich. Tant qu’il reste une femme, disait son grand-père, la terre ne peut être perdue. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 269 -



Paul-Bernard MORACCHINI
La fuite
Buchet-Chastel
155  pages
14  euros

10-09-2017

 

    Un homme a enfin pris La Décision ultime : quitter ce monde et ses habitants médiocres qu’il méprise : « Plus je fuis et plus j’ai besoin de fuir plus loin encore. Mon seuil de tolérance envers mes semblables est au plus bas. Il ne s’agit plus de quitter le quotidien morne d’un carcan social, c’est au-delà… » Il prend la route et retrouve une région isolée qu’il connaît: « Riche de rencontres et d’expériences nouvelles, ce voyage-ci sera une suite d’évènements déroulés au hasard de sentiers inconnus. Une fuite en avant ». Loin de la société, il s’installe en solitaire au cœur d’une forêt et de la nature. Il est rapidement rejoint par un chien blessé qui l’accompagne dans ses balades, ses chasses, pêches et cueillettes. Il se prépare à vivre son premier hiver, instant où la puissance de la nature donne toute sa mesure. Mais est-il si bien que ça préparé à cette solitude ? Pourra-t-il résister à la sauvagerie et à la folie qui guettent ? Une fuite finalement assez désespérée d’un homme guère attachant.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 268 -



Thomas FLAHAUT
Ostwald
L'Olivier
170  pages
17  euros

04-09-2017

 

    Deux frères, Félix et Noël, évacués avec d’autres, se retrouvent dans un camp au cœur d’une forêt. Leur monde continue en effet de s’écrouler : l’entreprise où travaillait leur père a fermé ses portes et condamné la région, leurs parents se sont séparés… La centrale de Fesselheim a rencontré un nouveau problème, et dans l’opacité habituelle, les causes et les conséquences restent assez flous même si les habitants s’y attendaient et vivaient avec la menace depuis longtemps. En tous cas, l’apocalypse est là et il va falloir partir, prendre la route, pour trouver une nouvelle place, un nouveau monde, « Ce lieu où attendre, Félix le sait depuis le début, on ne le construira pas pour nous, on ne nous y conduira pas. Il faut le trouver, ou l’inventer. » Un premier roman guère optimiste tant sur le passé, le présent que l’avenir !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 267 -



Catherine BÉCHAUX
Les passagères du 221
Liana Levi
124  pages
14  euros

31-08-2017

 

    Paul conduit le bus de la ligne 221, une ligne calme, tranquille, vingt-sept arrêts avant le terminus, des passagers représentatifs de la banlieue qu’il traverse. Enfin presque. Paul remarque dans un créneau d’horaires particulier que de nombreuses femmes alourdies par de gros sacs montent dans son véhicule. Elles quittent le bus au même arrêt, peu de temps avant le terminus : le centre de détention. Elles sont femme, sœur, mère, grand-mère d’un détenu et elles arrivent, tendues, la boule au ventre, toujours dans l’incertitude. Et naturellement, le trajet est propice à la réflexion, à se remémorer le passé, la trajectoire qui a mené à cette catastrophe qui les conduit aujourd'hui à ce parloir, quelques instants trop courts dans ce minuscule espace crasseux pour tenter de renouer le dialogue, de parler, de questionner ou simplement se contenter d’être là dans cette « hutte calfeutrée dans la tempête. ». Mais cette fois, le trajet est singulier, l’une d’entre elles, âgée, fait un malaise. Que faire ? Appeler les secours et risquer de rater le parloir hebdomadaire ou parier pour une fois sur un avenir heureux et continuer la route. Une palette de portraits émouvants de femmes en survie.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 266 -



Emily FRIDLUND
Une histoire des loups
Gallmeister
300  pages
22.4  euros

16-08-2017

 

    Madeline (ou Linda) est une jeune adolescente, quelque peu isolée et sauvage. Même si elle fréquente l’école de la ville voisine, Whitewood, elle vit à l’écart, en forêt, à proximité des grands lacs du Minnesota, avec ses parents et ses chiens. Elle connaît comme sa poche la faune, la flore, la forêt qu’elle parcourt avec ses chiens et ses arbres, les lacs qu’elle sillonne à canoë et ses poissons : Emily Fridlund en fait une description éblouissante. Ses parents se sont installés à cet endroit après avoir fui une communauté. Son univers bascule le jour où une famille s’installe sur la rive opposée du lac. Elle observe aux jumelles l’enfant et ses parents qui appartiennent à un autre monde. Lorsqu’elle rencontre la mère Patra, celle-ci lui propose de venir s’occuper régulièrement du petit Paul, son mari, très occupé par son travail, étant reparti vers d’autres cieux… Dès les premiers instants, le malaise s’installe. Tout se déroule sans accrocs mais Paul a parfois un comportement étrange, sa mère également qui semble fragile et parfois ailleurs, leur relation est aussi singulière. Linda observe avec fascination la famille sans jugement ou avis déplacé. Elle s’installe progressivement au cœur de la famille et tisse des liens avec Paul et Patra, elle qui souhaiterait avant tout être aimée et partager. La narration est parfaitement maîtrisée, et différents thèmes (que nous vous laissons découvrir) s’entremêlent sans jamais perdre le lecteur mais en renforçant son malaise et son envoûtement comme son envie furieuse de connaître le dénouement, en sachant dès les premières pages qu’un procès est annoncé et que Linda témoignera. Un roman âpre et dérangeant. David Vann a trouvé sa consoeur et Gallmeister nous a encore déniché une pépite !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Juliane Nivelt

 


- 265 -



Pierre DERBRÉ
Luwak
Alma
210  pages
17  euros

07-08-2017

 

    Igor Kahn est un modeste, un invisible. Il est apprécié de tous sans être remarqué. Célibataire, un ou deux vrais amis. Le grand calme… Et puis, un jour, malgré une récente promotion, il fait partie des élus pour les licenciements, il faut bien restructurer, n’est-ce pas. Son départ se déroule dans le calme, sans éclats de voix, tranquillement. Peu de temps après, Igor gagne le gros lot au loto, de la même façon, calmement, sans excès. Il décide de s’installer au bord de l’estuaire de la Gironde, trouve quelques voisins sympathiques, et quelques passe-temps plaisants se complaisant dans sa nouvelle vie d’artiste. Il s’implique dans les associations locales et assiste même à des cours de philo où il découvre la théorie de l’happax existentiel proposée par Jankélévitch : l’happax révèle l’homme à lui-même et scinde ainsi sa vie en deux, il y a un avant et un après l’happax. Cette révélation ne bouleverse pas radicalement Igor même si, au plus profond de lui-même, il sent bien qu’il n’a pas encore vécu son happax, que les évènements de sa vie sont attendus, et son bonheur sans surprise. Alors, Igor se lance un défi, trois mois, trois mois pour trouver un nouvel élan à sa vie, de nouvelles étoiles éclairant à l'infini son existence. Igor ira en effet jusqu’au pays des luwaks pour initier et finaliser son nouveau projet de vie et apprécier les rencontres qui feront basculer son quotidien. Un récit d’une grande douceur, très rythmé qui emporte le lecteur dans le tourbillon de la vie.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 264 -



Pierre SOUCHON
Encore vivant
Le Rouergue
248  pages
19.8  euros

06-08-2017

 

    Pierre a été reconnu bipolaire dès l’âge de 20 ans. Il séjourne régulièrement dans des établissements spécialisés et retrouvent ses frères de la nuit. Il les connaît tous et les médecins ont pris l’habitude, lui le journaliste de l’Humanité, de lui adjoindre Lucas, un financier. Conscients de leur état, ils peuvent en plaisanter et Lucas a l’humour dévastateur et l’ironie facile notamment concernant leur différence de points de vue économique et social. Son père continue de l’aider, de le soutenir tendrement et lui rend visite régulièrement ce qui incite Pierre à évoquer ses origines et sa terre. Il est issu d’une famille cévenole, ancrée dans sa région, dans son village capable de vivre quasiment en autarcie. Son père est garde-chasse mais un garde-chasse qui aime la nature, les arbres, et la poésie. Pierre développe un sentiment de culpabilité récurrent, d’avoir abandonné ce monde, de l’avoir délaissé et d’avoir donc participer à son effondrement. Car, ce monde se meurt, sa disparition approche, et Pierre ne peut l’accepter. Comme il ne peut accepter les discours des élites bourgeoises auxquelles appartient sa femme et sa famille. Pierre est bipolaire mais c’est aussi un être entier, écorché vif qui ne peut accepter les injustices, la bien-pensance et l’hypocrisie, et cela produit donc un mélange détonnant : Pierre ne peut jamais se retenir très longtemps ! Un récit autobiographique sous forme de cri, qui ne cache pas la violence prête à jaillir, qui nous parle aussi du monde médical psychiatrique au cœur du quotidien de Pierre, de feu la paysannerie mais aussi de sa vision du monde.

Premier roman (récit)



« C’est simple, le monde, c’est pas complexe, comme racontent un paquet de connards en permanence. Il y a les dominants, vous voyez, et il y a les dominés… et il faut juste choisir son camp. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 263 -



Charlotte PONS
Parmi les miens
Flammarion
190  pages
18  euros

26-07-2017

 

    Manon apprend le grave accident de sa mère par sa sœur, au téléphone. La situation est grave, elle est plongée dans un profond coma. Manon n’a pas oublié les discussions avec sa mère quand elle était encore en pleine santé et possession de ses moyens : ne pas devenir un légume, en finir avant tout état végétatif, c’était une évidence. Alors Manon clame immédiatement, sans retenue, sans réfléchir, naturellement, « Autant qu’elle meure. ». Le père, et les deux autres enfants, choqués par cette réaction, refusent cette issue et la trouvent prématurée (« A partir de quand, me dis-je, à partir de quand est-il raisonnable de prononcer le mot ‘euthanasie’ sans passer pour un monstre ? »). Le premier roman de Charlotte Pons aborde donc au cœur d’une famille la fin de vie et l’euthanasie. Manon s’installe chez son père, frère et sœurs se retrouvent, ils ont grandi, vieilli mais sont encore enfants sans plus partager grand-chose (« Nos vies d’adulte pèsent bien plus que notre histoire commune et si elles nous éloignent les uns des autres, voire nous dressent les uns contre les autres, nous n’y trouvons rien à redire. »). L’état de la mère devient une préoccupation de tous les instants, agir, attendre, qui doit décider, quand décider… La question touche au présent mais aussi au passé, aux relations entre la mère et ses enfants, entre le frère et ses sœurs, entre les sœurs, entre le père et la mère, aux relations familiales dans leur globalité : « Il n’est pas question seulement d’euthanasie mais bien du lien que chacun d’entre nous entretient avec elle. Il est question d’être encore un enfant, une bonne fille, un bon fils. ». Charlotte Pons réussit à aborder de front une tragédie ordinaire qui guette chacun d’entre nous avec émotion naturellement, mais sans tristesse, met clairement en évidence les tensions familiales, l’impact du passé familial, malaxe l’humain et sa psychologie avec réalisme.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 262 -



Jean HEGLAND
Dans la forêt
Gallmeister
302  pages
23.5  euros

26-07-2017

 

    Le monde tel que nous le connaissons, notre monde, s’éclipse. Personne n’en connaît vraiment la cause, mais la peur règne et les survivants se cachent. Nell et Eva, deux jeunes sœurs, vivaient déjà à l’écart, mais leurs parents disparaissent rapidement et elles se retrouvent alors seules, isolées, dans la forêt, avec quelques réserves qui s’épuisent rapidement. L’électricité est coupée, finis internet, la musique, le téléphone... Alors, il va falloir survivre au cœur de cette forêt aussi accueillante et protectrice que menaçante et dangereuse. Elle peut apporter nourriture, médicaments naturels comme maladie et mort. Elles la connaissent, elles la comprennent, elles font partie d’elle, elle fait partie d’elles. Les saisons passent apportant leur lot de bonnes choses et de moins bonnes. Elles tentent toutes les deux de poursuivre et entretenir leur passion, la danse et la lecture. Elles ne peuvent naturellement se passer l’une de l’autre, mais leur proximité permanente peut aussi parfois être insupportable. Pour que l’aventure humaine continue, il faudra courage, confiance et entraide. Un roman puissant et tendu qui questionne sur la place de l’homme, hommage équilibré à une vie différente, à une forêt vivifiante et sans concession, lieu privilégié de la vie et de l’imagination et enfin une description riche d’une relation fusionnelle entre deux sœurs.

Premier roman

« Nous avons la passion des survivants, et le manque de prudence des survivants. »

« Etudier l’encyclopédie, c’est comme manger de la poudre de caroube et appeler ça de la mousse au chocolat. »

« L’éducation, c’est une question de connexions, de relations qui existent entre tout ce qui se trouve dans l’univers, c’est se dire que chaque gosse de l’école primaire de Redwood possède quelques atomes de Shakespeare dans son corps. »



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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Josette Chicheportiche

 


- 261 -



Ludovic NINET
La fille du van
Serge Safran
204  pages
17.9  euros

14-07-2017

 

    Sonja est une jeune femme rousse qui attire l’œil des hommes. Elle erre sur les routes depuis son retour d’Afghanistan après s’être engagée volontaire comme infirmière. Elle semble être partie confiante en ses idéaux et dans le discours officiel. La guerre et ses atrocités la ramèneront à d’autres réalités et sentiments qui l’inciteront en effet à son retour à ne pas rejoindre son mari et son jeune fils. Elle se retrouve à Mèze dans l’Hérault dans son van éreinté avec lequel elle se déplace et vit. Elle rencontre Pierre, ancien champion olympique de saut à la perche qui vend des poulets grillés. L’homme semble différent, son regard l’aspire. Pour la première fois, elle va à nouveau accepter l’autre, l’écouter et enfin réussir à parler de son histoire. Un sauteur à la perche s’élève dans les airs, vole dans un instant de grâce puis retombe. Et Pierre depuis son saut victorieux des JO n’en finit plus de chuter. Sa rencontre avec Sonja semble stopper ou du moins ralentir cette chute, petite étincelle qui le ramène à la vie. A leurs côtés, deux autres écorchés, Abbes, ami d’enfance de Pierre et fils de harki qui n’en a pas encore fini avec son désir de vengeance et Sabine qui espère sincèrement aider Sonja et l’accueillir dans son appartement et son lit. Ludovic Ninet relate avec précision, presque cliniquement, le quotidien de ce quatuor naufragé souvent lassé par la vie mais aussi leurs sentiments les plus intimes, leurs envies et phantasmes, leurs peurs, leurs espoirs et désespoirs… Chaque personnage apporte sa pierre aux thèmes du roman, la survie après la guerre, le suicide, l’amour, la vie de couple, un roman prenant, émouvant, sensible, des personnages attachants et inoubliables, une ambiance noire évidemment mais une lueur d’espoir continue de poindre tant que la vie est là… Un premier roman particulièrement réussi à découvrir absolument.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Ludovic Ninet lus par Vaux Livres

 


- 260 -



Carole LLEWELLYN
Une ombre chacun
Belfond
295  pages
17  euros

18-06-2017

 

    Clara survit depuis son enfance, elle est mariée à Charles, homme d’affaires riche, égocentrique, sans considération pour son entourage. Clara est sa chose, et elle supporte cette relation déséquilibrée en silence. Et puis, Charles décide qu’il veut un enfant, aucune discussion envisageable, c’est comme ça, « Il lui demanderait juste un enfant comme on demandait un deuxième whisky et, comme toujours, elle dirait oui. ». Clara est alors déstabilisée et organise méthodiquement son départ afin que personne ne puisse la retrouver. Elle disparaît et Charles offre alors un prime conséquente à qui la retrouvera. Seven Smith, ancien soldat américain, se lance sur ses traces, mais elle aura longtemps un coup d’avance. Tel un limier entêté, il retrouve de minces indices et la suit, une quête qui redonne à cet ancien Marine aussi une envie de vivre. Ces deux personnages qui se poursuivent autant qu’ils sont en quête d’eux-mêmes se croiseront-ils ? Charles retrouvera-t-il son objet fétiche ? Une enquête réussie avec quelques rebondissements très inattendus…

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 259 -



Claude BENDEL
L'Accident
Flammarion
188  pages
16  euros

16-04-2017

 

    Thomas Leurling adore les livres et se plonger dans leurs univers, un refuge salvateur. Quand il osera écrire, il écrira le livre de sa vie et ce sera le seul. C’est son avocat commis d’office qui le lui avait demandé alors qu’il était en prison après un Accident mortel où tout l’accuse, même s’il continue de clamer son innocence. En écrivant, il remonte l’histoire de sa vie dans les années 60 dans l’Est de la France, de son enfance, de sa famille (sans fantaisie) et de ses secrets, de sa destinée tragique mais finalement attendue, aucun avenir n’était en effet prévu pour lui. Un premier roman avec une superbe écriture, où la littérature a un rôle bien plus attachant et émouvant que la justice !

Premier roman

« La justice serait un monde cruel où règnent le hasard et la violence. »

« … un des plaisirs de la lecture est la découverte, le hasard, le tâtonnement. Fréquente les librairies, lis quelques lignes, tu trouveras ta voie. Puis un livre conduit toujours à un autre livre, je ne sais pas pourquoi, c’est comme ça. »

« L’un des mystères insondables de la vie est celui de la présence dans la même personnes d’une intelligence supérieure et d’une âme basse. Le talent ne préserve pas de l’ignominie… »



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Thème(s) : Littérature française

 


- 258 -



Karin KALISA
La mélodie familière de la boutique Sung
Héloïse d'Ormesson
282  pages
20  euros

20-03-2017

 

    L’école primaire du quartier Prenzlauer Berg de Berlin doit animer une semaine cosmopolite, « le directeur devait faire progresser l’école en matière d’entente entre les peuples, était-il écrit. » Dans la RDA d’alors, une belle communauté vietnamienne s’était installée pour travailler et seuls seize malheureux petits vietnamiens occupaient les bancs de cette école que le pouvoir central avait néanmoins désignée, c’était comme ça ! Sung, le père du petit Minh, tient une boutique proposant toutes sortes de produits vietnamiens et dans la famille, seule la grand-mère est née au Vietnam, alors quand il s’agit d’apporter à l’école un objet typique, on se retourne vers elle. Elle confie alors « une grande marionnette en bois de plus de quatre-vingts ans ». Et c’est cet objet anodin qui, va non pas changer le monde, naturellement, mais provoquer des bouleversements dans le quartier, des rencontres, des dialogues, de l’écoute, des découvertes et apprendre à certains à mieux se connaître, à s’ouvrir aux autres et ainsi faciliter le vivre ensemble. Le récit de cette semaine évoque aussi l’histoire de cette communauté, l’histoire chaotique du Vietnam, ces marionnettes sur l’eau art populaire traditionnel du pays, l’installation en Allemagne de l’Est, à la chute du mur, certains repartiront, d’autres resteront. Ode à la différence, message d’espoir réjouissant et optimiste même si les moments difficiles ne sont pas gommés, rythmé, vif, et évidemment d’actualité !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Rose Labourie

 


- 257 -



Myriam BELLECOUR
Vite, ma retraite !
Gaïa
142  pages
10  euros

18-03-2017

 

    Marie est une battante, avocate hyperactive et survoltée. Elle court, elle court, ne s’arrête jamais et rien ne semble pouvoir la stopper. Enfin, presque. Le burn-out se rapproche à grands pas. Alors un matin, en sortant de la douche, « … une idée merveilleuse me traverse l’esprit : si seulement je ne travaillais plus, si seulement quelqu’un d’autre me prenait en charge, s’occupait de ma journée, si je n’avais rien d’autre à faire que de penser à moi, de faire des choses pour moi… » Marie a en effet l’idée extravagante de prendre sa retraite à 43 ans et de rejoindre La Retraite Paisible à Giverny, car sans rire, elle « aspire à la sérénité entourée de retraités qui ont le recul et la sagesse de l’âge et l’envie de profiter de la vie. » et après tout, « La retraite ce n’est pas une question d’âge c’est une question de philosophie. » Le lecteur, un sourire permanent aux lèvres, suit donc l’immersion totale d’une quadragénaire parmi ceux qui pourraient être ses grands-parents. Chacun joue son rôle, peut-être pour éviter le désespoir. L’entraide, l’humour et les coquetteries (voire la drague) restent d’actualité, les activités diverses les réunissant quotidiennement les maintiennent en vie et « Je me demande si être senior ce n’est pas comme être adolescent, l’acné et les sautes d’humeur en moins. » Un court roman tendre, drôle et ironique pour tous les âges !

Premier roman

« A partir de quel âge vit-on par procuration ou à travers ses souvenirs au lieu de vivre tout court ? »



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Thème(s) : Littérature française

 


- 256 -



Emmanuel VILLIN
Sporting Club
Asphalte
136  pages
15  euros

13-02-2017

 

    Le narrateur séjourne dans une ville méditerranéenne en vilain état, et le Sporting Club où il s’installe régulièrement est à son image. Délabré, frisant l’abandon, et néanmoins, la vie persiste et continue. Une piscine en bord de mer où il enchaîne les longueurs et observe avec acuité cette ville fascinante. Il y est venu pour rencontrer Camille image de cette ville et de son passé et écrire un livre. Mais Camille s’échappe, les rendez-vous sont repoussés, et lorsqu’ils se rencontrent, il s’évade, les sujets de discussion dérivent. Alors, le narrateur épie cette ville insolite, les ruines face au ciel bleu et au soleil, atmosphère étrange, entre tumulte et lenteur. Il constate ses changements, regrette parfois ses bouleversements, « La forme d’une ville / Change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel. » Un portrait contemplatif et élégant empruntant les voies de traverse d’une grande ville du Moyen Orient (que nous ne dévoilerons pas !).

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 255 -



Dominique COSTERMANS
Outre-Mère
Luce Wilquin
175  pages
17  euros

11-02-2017

 

    Dominique Costermans, habituée aux recueils de nouvelles, nous offre un premier roman maîtrisé inspiré d’une histoire réelle, celle de Charles Morgenstern, juif bruxellois, qui se mettra aux services de la Gestapo. Pourtant, il ne s’agit pas d’un récit sur la collaboration mais plutôt de son impact sur les générations à venir, sur le silence familial et ses conséquences et enfin sur les réactions face à sa révélation aux yeux de tous. En outre, l’auteur étudie le cheminement de l’information puisque la famille est tentaculaire, Charles a partagé en effet la vie de quatre femmes… et c’est l’une de ses petites-filles, Lucie, qui se charge du récit et de l’enquête, une vie pour connaître et dénouer les fils de l’histoire familiale ce qui lui permettra d’affirmer « Je suis la petite-fille de cet homme-là. Ce destin me pèse depuis cinquante ans. Mais désormais je suis aussi la petite-fille de cette femme-là. ». Il est donc question de famille mais aussi d’adoption et dans tous les cas, du poids de l’héritage qui continue au-delà de la mort à entretenir douleurs et souffrance.

« Ca fait partie de mon histoire, j’en suis conscient et j’y suis fidèle. Mais je ne suis pas cette histoire. Je ne suis pas que cette histoire. »

« Je sais que les secrets de famille se nourrissent dans l’ombre de nos inconscients, restreignant la part de liberté de ceux qui les subissent. »

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 254 -



Xavier GLOUBOKII
Ecorces
Liana Levi
185  pages
17  euros

06-02-2017

 

    Ahmed est le shérif d’un comté proche d’une forêt que seule les scieries dérangent et menacent, le béton gagne du terrain, inexorablement. Pour le reste, c’est le calme plat ! Jusqu’à l’arrivée de quelques membres du Renouveau Organique, drôles d’oiseaux venus défendre les arbres et la forêt. Déguisés en arbres, ils sont bien décidés à s’opposer aux coupes dévastatrices et œuvrer pour préserver cet espace naturel. Maria l’amie d’Ahmed lui annonce avoir trouvé une bête, ou plutôt ce qu’il en restait, « un tronc sans queue, ni tête, ni pattes. » La forêt devient étrange, elle recrache animal après animal, tous mutilés et elle semble épier les visiteurs. Atmosphère étrange voire inquiétante. Ahmed saura-t-il éclaircir ce mystère ?

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 253 -



Lenka HORNÁKOVÁ-CIVADE
Giboulées de soleil
Alma
298  pages
18  euros

12-01-2017

 

    « Giboulées de soleil » donne la parole à trois femmes d’une même lignée, trois femmes tchèques gigognes, Magdalena, Liba et Eva qui donneront naissance à leur premier enfant hors mariage, une famille de bâtardes (« ... on est des bâtardes de mère en fille, comme certains sont boulangers ou roi. »), avec au-dessus d’elles l’ombre du pilier de la lignée, Marie, elle-même fille-mère et qui, comme un pied de nez, est devenue sage-femme dans la campagne de Moravie où elle s’est exilée. En effet, au début du XXème, un enfant sans père reste un bâtard même si ce père a souvent lâchement fui, et le mépris, voire la haine, ébranle leur enfance comme leur vie adulte, la ligne du père sur les papiers d’identité restera vide à jamais. Mais ces quatre femmes de caractère reliées par le fil de la broderie qu’elles pratiquent avec art conservent la tête haute, fières, courageuses, elles affrontent le regard des autres (« Je n’ai pas honte de toi, ma fille. Ce n’est pas à nous d’avoir honte, sache-le.), se construisent avec cette différence et non contre, mais néanmoins face aux autres, en luttant en permanence pour dégager quelques espaces de liberté (« Tu n’appartiens à personne. Tu es libre. Il n’y a que ça qui compte. Ne l’oublie jamais. »). Leurs vies s’entremêlent, Elles deviennent expertes en adaptation, goûtent chaque petit éclat de bonheur, rai de soleil au cœur de la giboulée : « Les moments de grâce sont de cette nature, furtifs, insaisissables. » Leurs existences sont aussi inscrites dans l’Histoire de leur pays, la proximité attirante de l’Autriche, le nazisme, la montée du communisme et l’arrivée des soldats russes installant l’autorité soviétique. Lenka Horňáková-Civade trouve le ton juste et l’équilibre parfait entre l’histoire personnelle, individuelle et la grande Histoire qui est évoquée et rappelée subrepticement, sans lourdeur. Un superbe premier roman qui fourmille d’idées lumineuses malgré l’âpreté des destins, trois portraits émouvants de femmes inoubliables, « à l'instinct de survie très développé », dignes et passionnées qui passeront leur existence à tenter d’inventer leurs vies et à se battre face aux regards accusateurs du quidam qui, définitivement, n’apprécie pas la différence. Ouvrez ce livre et vous serez immanquablement emporté par son souffle franco-tchèque !

Premier roman

« Prends la vie comme elle vient mais ne baisse jamais la tête, surtout devant ce petite monde-là ! Tu ne peux pas fuir ce que tu es, mais il y a différentes façons de s'y prendre. Ne laisse jamais les gens avoir pitié de toi ; la pitié c'est ce qui se change en haine le plus rapidement. Après l'amour. »

« On peut pleurer lorsqu'on rencontre la beauté. Le jour où tu pleureras pour ça, tes larmes auront de l'importance. Tu verras. »

« On cesse d'être innocent et ignorant quand on s'aperçoit qu'on ne sait rien. Et c'est déjà trop tard. »



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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Lenka Hornáková-Civade lus par Vaux Livres

 


- 252 -



Nicolas DUPLESSIER
Eté pourri à Melun plage
Atelier Mosésu

260  pages
13  euros

12-11-2016

 

    Florian pourrait être emblématique de la ville où il traîne son ennui : « Melun sera toujours Melun », une ville qui peine à se détacher de sa réputation… Son existence semble bien triste, un boulot alimentaire de manutentionnaire, un projet immobilier foireux (bien connu des Melunais) qui le contraint à habiter une caravane dans le camping de la ville, une vie amoureuse sans éclat, la grande joie ! Il reprend espoir quand il rencontre une vieille connaissance, l’ex-grand amour, la superbe Roxanne, et c’est évidemment tout le contraire qui se produit : Roxanne disparaît rapidement et mystérieusement en laissant sa voiture à proximité du camping et si Florian veut éviter la condamnation hâtive de la police, il se doit d’enquêter. L’homme est plus qu’entêté et l’on sent vite qu’il n’abandonnera pas même s’il doit se confronter à une faune dangereuse et violente, proxénètes, trafiquants, organisateurs de parties fines... mais le danger ultime n’est rarement là où on l’attend ! Un premier roman efficace, noir émaillé de quelques pointes d’humour rafraîchissantes.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir

 


- 251 -



Valério ROMÃO
Autisme
Chandeigne
390  pages
22  euros

03-11-2016

 

    Le petit Henrique est au cœur du roman de Valério Romaõ où les dialogues et les descriptions s’enchaînent dans un rythme singulier. Et pourtant Henrique ne parlera pas, n’exprimera désespérément aucune idée, aucune parole, aucun sentiment. Henrique est autiste et l’on suit le combat de sa famille, parents et grands-parents, un combat individuel mais aussi d’un couple mis à l’épreuve évidemment, chacun réagit avec sa personnalité, son degré d'acceptation et se trouve souvent en opposition. Un instant unis et l’instant d’après en désaccord, « On était d’accord sur les désaccords. » Une vie définitivement phagocytée, un écueil en chasse un autre : identifier la maladie, la nommer, trouver des solutions pour la vie de tous les jours, trouver les personnes aptes à intervenir, reconnaître les médecins compétents comme les charlatans ou « guérisseurs de foire ». Qui pourrait aider ? Quelle structure serait adaptée ? Et pourtant, face à l’accident, Henrique devient un enfant comme un autre et ses parents, des parents comme les autres, la peur, la douleur, l’angoisse, le fossé immense avec le monde médical... Un portrait éprouvant de parents face à la maladie, à l’incompréhension, aux progressions comme aux régressions, à un quotidien accablant mais aussi à la froideur des urgences servi par une écriture jouant parfaitement sur les rythmes et les répétitions.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Elisabeth Monteiro Rodrigues

 


- 250 -



Olivier LIRON
Danse d'atomes d'or
Alma
230  pages
17  euros

01-11-2016

 

    O. rencontre Loren un soir chez des amis. Coup de foudre fulgurant. Ils tombent amoureux, partagent une passion incroyable, intense, brûlante, vive et joyeuse, dansante, même si l’on ressent que Loren tait des moments plus douloureux. Ils progressent émerveillés sur le chemin de l’amour et puis, sans prévenir, Loren disparaît subitement. O. est désespéré, anéanti mais conserve sa rage de vivre malgré la douleur immense ; il refuse d’abdiquer et cherche une explication qui passera par un voyage dans un petit village normand. Un superbe premier roman rythmé, sensible et romantique à l’écriture poétique très personnelle.

Premier roman

« La vie est une chose magnifique mais il ne faut jamais la croire quand elle veut nous faire désespérer. On peut dire la même chose de la littérature. »

« Oui, l’amour est une négation du temps, disait-elle. Nous sommes éphémères comme le monde mais éternels comme la jouissance. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 249 -



Elodie LLORCA
La correction
Rivages
188  pages
18  euros

29-10-2016

 

    François a été embauché dans une Revue pour être correcteur, « J’avais justement choisi ce métier afin de ne pas être pris en faute… » Il reprend les lourdeurs, les coquilles, corrige les fautes puis confie son texte à Reine, sa patronne aussi séduisante qu’inquiétante et manipulatrice, « Reine faisait partie de ces femmes qui vous prennent tout. », qu’il désire autant qu’il craint. Il s’aperçoit que le texte que lui rend Reine a été modifié, des coquilles sont réapparues, une lettre changée, la roulure se transforme en coulure et le mot et le sens s’évaporent pour faire place en effet à un autre, une autre phrase, un autre sens. François s’interroge, doute, pourrait-il fauter ou quelqu’un falsifierait-il ses textes ? Dans quel but ? Il tient un carnet, son agenda des coquilles, où il répertorie consciencieusement chaque coquille en espérant percer le mystère. Mais l’homme est seul, étouffé par une grande solitude, sa mère est morte même si elle reste toujours omniprésente à ses côtés, les relations avec sa femme se distendent. Il a toujours subi sa vie, les décisions des autres, seuls les souvenirs et son imagination demeurent fertiles…

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 248 -



Anaïs LLOBET
Les mains lachées
Plon
155  pages
16  euros

02-10-2016

 

    Madel est quasiment au paradis : elle vit sur une petite île des Philippines avec son compagnon Jan, un chirurgien esthétique revenu au pays. Elle est journaliste et a été engagée par une radio télé locale. Ils sont dans la maison de Jan, lorsque le typhon annoncé, Yolanda, attaque l’île. Un typhon plus fort, plus puissant que d’habitude, un véritable tsunami qui emporte tout sur son passage en quelques longues minutes sans que la population ne comprenne vraiment ce qui lui arrivait. Jan disparaît et Madel qui tenait la main du petit Radjun ne peut le retenir. Terrifiant, « Le silence des hommes me fait frissonner ; il n’y a que la mer qui parle encore à Tacloban ». L’île et ses habitants ne seront plus jamais comme avant. En un instant, tout a changé. La mer a tout gommé, s’est installé, a tout détruit. Le roman nous parle de l’après, de la recherche obsédante et désespérée des disparus, de l’entraide absolue, du soutien dans la douleur et l’horreur. Mais il est aussi question des médias, de leur rôle, de leur comportement. Et Madel a évidemment un double rôle, c’est une rescapée avec ses propres disparus et sa culpabilité mais c’est aussi une journaliste qui se doit de témoigner, d’informer tout en respectant les victimes et leur douleur, « Nous ne sommes pas des charognes, ne devenez pas des vautours. ». Un roman âpre qui place réellement le lecteur au plus près des victimes, de la douleur, des odeurs, et où la mer n’apparaît pas dans son plus beau rôle, mais « Madel, un jour, il va falloir pardonner à la mer. »

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 247 -



Stéphane BENHAMOU
La rentrée n'aura pas lieu
Don Quichotte

170  pages
16.9  euros

27-09-2016

 

    C’est bientôt la rentrée. Les Aoûtiens profitent des derniers jours, mais finalement, une question que l’on est nombreux à s’être posé un jour sur le sable chaud d’une plage bretonne, au bord d’un lac d’altitude ou au cœur d’une forêt accueillante, mais, au fait, pourquoi rentrer ? Sans se concerter, cette année, les Aoûtiens décident que la rentrée n’aura pas lieu ! Onze millions de Français restent dans la nature plutôt que de rejoindre sagement leurs bureaux. Bison futé rejoint les rangs des chômeurs ! Bouleversement total, tout d’abord pour les vacanciers de septembre qui trouvent la place occupée, mais aussi pour les politiques, qui n’avaient pas senti venir le drame pour l’économie. La panique guette, on dépêche un émissaire, le sourire joyeux laisse progressivement place à un sourire crispé, « l’incertitude provoque l’inquiétude »… La tension monte… La société et les politiques n’ont jamais apprécié les minorités qui embrassent les chemins de traverse. Une fable efficace, drôle, jubilatoire mais qui dit aussi beaucoup sur notre société, le discours pouvant être généralisé à volonté à bien d’autres situations !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 246 -



Jean-Marc CECI
Monsieur Origami
Gallimard
160  pages
15  euros

14-09-2016

 

    Le jeune Kurogiku croise furtivement une jeune femme au Japon et en tombe immédiatement amoureux. Pour la retrouver, il choisit l’exil et s’installe seul dans une maison isolée toscane. Rêvant continuellement à cette femme, il s’adonne à l’art du washi, le papier japonais et à l’origami, ce qui lui vaut son surnom Monsieur Origami. Un jour, un jeune horloger passe la porte et lui fait part de son rêve, fabriquer une montre avec toutes les mesures du temps. Le roman confronte ces deux rêveurs, leurs deux utopies, l’un court après une ombre, une image, l’autre après une ambition, une création. Leur rencontre est faite de silence, de méditation. Le fond, la forme et le style dépouillé engendrent poésie et douceur, chaque page dégage une grande sérénité, une sagesse évidente. Il est aussi question de papier, de pliages, de grues qui ne pourront éviter la mort de la petite Sadako, de philosophie de vie. « Toute beauté a sa part d’ombre » mais on a vraiment beaucoup de mal à discerner cette ombre dans ce lumineux et singulier roman. Monsieur Origami vous offrira un joli moment d’apaisement.

Premier roman

« L’homme ne comprend pas le temps. L’homme a inventé sa mesure. Il a enroulé le temps autour d’un cadran, puis il l’a plié. »

« A quoi sert-il d’avoir si être nous manque. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 245 -



Elisa SHUA DUSAPIN
Hiver à Sokcho
Zoé
140  pages
15.5  euros

03-09-2016

 

    Sokcho, petite ville portuaire de la mer du Japon, proche de la Corée du Nord, semble vivre au ralenti, embuée et embrumée dans l’hiver qui s’installe. Une ambiance feutrée, un peu triste, « Suintant l’hiver et le poisson, Sokcho attendait. Sokcho ne faisait qu’attendre. Les touristes, les bateaux, les hommes, le retour du printemps. », et néanmoins cette impression de sérénité, de tranquillité même si les évènements et les psychologies des personnages sont en opposition avec ces sentiments. Une jeune franco-coréenne accueille un dessinateur de BD français venu chercher l’inspiration. Le roman nous les montre se rapprochant lentement tout en intégrant et mesurant leurs différences marquées, tant au niveau de leur personnalité que culturellement. Elle est restée à Sokcho pour ne pas quitter sa mère, son père étant parti rapidement sans laisser de traces. Ayant appris le Français au lycée, elle connaît la littérature française. Les deux s’observent entre deux dessins et deux plats cuisinés, parlent peu. Ils s’effleurent à peine du regard et pourtant ils sauront rompre la frontière, franchir le mur d’incompréhension qui les séparait. On est dans le ressenti, on sent, on ressent, par petites touches, l’auteur met en place une atmosphère singulière empreinte de douceur et de lenteur et tisse le portrait intime d’une jeune femme aimantée par ce lieu qu'elle ne pourra quitter. Un court roman qui nous emporte pourtant très loin dans les brumes des rêves et la poésie.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Elisa Shua Dusapin lus par Vaux Livres

 


- 244 -



Alex TAYLOR
Le verger de marbre
Gallmeister
275  pages
19.5  euros

14-08-2016

 

    Beam Sheetmire, dix-sept ans, Derna sa mère et Clem son père, assure le passage de la Gasping River dans le Kentucky par un bac ancien modèle. Les clients se font rares, un soir où c’est Beam qui dirige le bac, un type louche au comportement et questions bizarres souhaite passer la rivière. La discussion dégénère, et Beam tue le passager sans savoir qu’il est le fils de Loat Duncan, le caïd local craint de tous. Et il ignore aussi beaucoup d’autres faits du passé que va réveiller cet assassinat. En particulier les liens dangereux et haineux entre son père, sa mère, Loat et Daryl qui a perdu ses deux bras très jeune. Clem ordonne immédiatement à Beam de fuir, de quitter la région avec à ses trousses le passé et le shérif local. Un premier roman puissant, âpre, diabolique, le goût du sang affleure chaque page, et l’intrigue tendue du début à la fin.

Premier roman

« Tu es jeune, ça se voit. Un type de ton âge, il croit que le monde va se briser s’il tape assez fort. Il croit qu’il peut tenir tête, mais c’est pas comme ça que ça marche… Le monde peut pas se briser. Le mieux qu’on puisse faire, c’est s’écarter de son chemin et espérer passer inaperçu. »


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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Anatole Pons

 


- 243 -



Négar DJAVADI
Désorientale
Liana Levi
350  pages
22  euros

10-08-2016

 

    Désorientale suit l’itinéraire personnel et familial de Kimiâ, d’Iran en France à partir des années 60, à la recherche de son propre chemin, de sa maison. Par son intermédiaire, le lecteur balaye l’histoire récente de l’Iran, le régime du Shah, l’arrivée au pouvoir de Khomeiny puis son accueil par la France, la répression des opposants (dont faisaient partie ses parents) aux deux régimes, Négar Djavadi entremêle cette grande Histoire à la fresque de la famille Sadr sur trois générations. Une famille nombreuse et virevoltante, un pays à forte culture, un exil périlleux à travers la montagne, un nouveau pays, une nouvelle langue, trouver son identité et son équilibre et pour cela Kimiâ devra faire d’autres rencontres, l’image, la musique, Anna, la procréation assistée, d’autres voyages peut-être moins lointains et moins éprouvants mais tout aussi essentiels et bénéfiques pour se détacher sensiblement de son pays natal et trouver sa propre identité, sa place et apprendre lentement à être heureuse. Un premier roman ambitieux et parfaitement maîtrisé, le ton est vif et personnel, il interpelle et entraîne immédiatement le lecteur confident ou témoin, l’équilibre entre l’intime et l’Histoire est judicieux, tout est imbriqué, le contraste permanent, les thèmes sont multiples et traités en profondeur, la fougue, le tempérament et l’envie de liberté de l’héroïne vivifiants. Un premier roman au top !

« Comment croire, alors que la vie s’étale devant soi aussi infinie que le monde, qu’un simple mot puisse la résumer tout entière ? »

« On a la vie de ses risques, mes chatons. Si on ne prend pas de risque, on subit, et si on subit on meurt ne serait-ce que d’ennui. »

« Sauf que la liberté est un leurre, ce qui change c'est la taille de la prison. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 242 -



Audur Ava OLAFSDOTTIR
Le rouge vif de la rhubarbe
Zulma
156  pages
17.5  euros

31-07-2016

 

    Zulma publie enfin le premier roman d’Audur Ava Olafsdottir (après les trois suivants !). On retrouve déjà la poésie et la tendresse présentes dans les trois ouvrages suivants. Des personnages (ordinaires) et un pays (contrasté) rudes, mais éclairés par des moments lumineux ouvrant à une certaine sérénité. Agustina est une gamine handicapée peinant à se déplacer. Sa mère est partie sur les traces d’oiseaux migrateurs et son père n’a fait que passer, « Elle a été drôlement courte, l’union de tes parents, dit Nina. Quatre ou cinq jours tout au plus. Et il a plu tout le temps. ». Elle aurait été conçu dans un champ de rhubarbes sauvages où elle aime maintenant à s’allonger. Nina une femme d’une soixantaine d’années, qu'on aimerait rencontrer, prend soin d’elle avec tendresse, humour et simplicité. Agustina a du caractère et, encouragée par Nina, se lance un défi, gravir le sommet voisin (844 m)… Audur Ava Olafsdottir nous enchante une nouvelle fois avec ses personnages attachants et son amour de la vie.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Catherine Eyjolfsson

Les titres de Audur Ava Olafsdottir lus par Vaux Livres

 


- 241 -



Sandro BONVISSUTO
Dedans
Métailié
180  pages
18  euros

24-07-2016

 

    « Dedans » évoque trois instants de vie en prenant le temps à rebours. Le narrateur est en prison et décrit, sans artifice, avec un regard froid, presque sans jugement, le monde carcéral et ses règles, sa vie quotidienne minutée. L’absurdité permanente, la violence mais parfois aussi la fraternité, l’incompréhension sont criantes. Puis deux tableaux viennent compléter le portrait, l’adolescence et l’enfance éclairent le récit. Ce premier roman original par sa construction et son écriture réussit l’exploit de nous parler de prison en évitant une atmosphère pesante et désespérée tout en étant dans le réalisme total, brillant exploit !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Serge Quadruppani

 


- 240 -



Mikel SANTIAGO
La dernière nuit à Tremore Beach
Actes Sud
334  pages
22.5  euros

22-06-2016

 

    Peter Harper est un compositeur reconnu mais après un divorce mouvementé, il a besoin de s’isoler et de rester seul quelques mois. Il choisit Clenhburran, un petit village des côtes irlandaises, isolé, calme, venté, propice à la solitude et au retour de l’inspiration musicale, du moins l’espère-t-il. Il est si seul dans sa maison isolée que finalement, il voit d’un bon œil la présence de voisins non loin, sait-on jamais, on peut toujours avoir besoin d’aide... Un soir, la région est en alerte, les orages y sont courants mais celui annoncé devrait être particulièrement violent, la prudence est de mise. Il choisit néanmoins de répondre à l’invitation de ses voisins et brave le danger. Pourtant, au retour, un arbre brisé obstrue la route. Alors qu’il sort de sa voiture pour évaluer la situation, il ressent bourdonnements, et autres impressions bizarres et se réveille à l’hôpital. Il aurait pris la foudre et depuis un mal de tête l’accompagne. Et ce mal est complété par des rêves bizarres, ces rêves semblent réels, l’avertissent de graves dangers dans le futur et certains faits semblent le confirmer. Evidemment ses proches et le personnel médical demeurent incrédules et le considèrent progressivement comme fou. Il devient de plus en plus inquiet lorsque ses enfants s’installent pour les vacances et s’il voit l’avenir, pourquoi ne pas intervenir sur le déroulement du réel pour tenter d’éviter le pire ? Mais le laissera-t-on faire et trouvera-t-il quelqu’un pour le croire et l’aider, en effet, il se sent bien seul face à l’avenir. Du rythme et du suspense, tendu, angoissant et oppressant, de l’imaginaire, et l’Irlande toujours aussi attirante, pour une première, c’est une vraie réussite !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Delphine Valentin

 


- 239 -



Stéphanie DUPAYS
Brillante
Mercure de France
188  pages
17  euros

06-06-2016

 

    Claire et Antonin sont des jeunes cadres dynamiques, brillants, ils ont suivi de grandes études, se disent performants, sont sûrs d’eux, de leur talent, de leur réussite, de leur supériorité et ils ne le cachent pas, ils appartiennent au beau monde. Rien ne semble ébranler leurs certitudes. Et, pourtant… Sans trop savoir pourquoi, un jour, la supérieure de Claire, modèle absolu de la femme qui a tout réussi, commence de ne plus la regarder, elle n’est plus reconnue, ignorée parfois. Claire reste interdite, ne comprend pas mais doit se rendre à l’évidence, une autre est en train de lui ravir la place. Ce bouleversement la plonge dans le silence, elle ne peut partager cette mise à l’écart avec Antonin ou d’autres, reconnaître son échec est strictement impossible. Comment continuer lorsque l’adrénaline disparaît ? Comment continuer si la lumière s’estompe et si les fondements qui ont construit sa vie intime et professionnelle vacillent ? Un roman cinglant et cruel qui offre une variation sans concession sur le thème de réussite et qui dresse un portrait noir de cette caste, nouvelle aristocratie matérialiste, que le travail a absorbé et qui reste persuadée de sa supériorité et de son destin hors norme.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 238 -



Yves GOURVIL
Requiem des aberrations
Les Editions du Sonneur
406  pages
18  euros

16-04-2016

 

    Moïse Chant-d’Amour a fait découvrir à Saturnin, le narrateur, un vieil entrepôt délabré où il se sent immédiatement chez lui et décide de le rénover pour en faire un parc d’attractions, « Pas seulement un anti-Disneyland mais aussi et même surtout un anti-Bayreuth. », où musique classique et opéras, les sauveurs de l’humanité, règneront. L’aventure peut commencer et quelle aventure ! Tout est en effet possible dans ce lieu habité par une foule bigarrée et extravagante et surtout si vivante, des êtres en marge de la société bien pensante, des sans voix qui apparaissent dans toute leur humanité avec leurs qualités et leurs travers. Cet endroit insalubre devient pierre après pierre quasiment habitable, l’entraide devient la règle, la vie ensemble s’installe. Ils s’acceptent dans ce lieu partagé, un endroit à eux où la lumière brille. Un premier roman fou, lumineux et truculent où l'homme retrouve sa place.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 237 -



Paul MCVEIGH
Un bon garçon
Philippe Rey
250  pages
19  euros

13-04-2016

 

    Le lecteur accompagne Mickael, dit Mickey, lors de son dernier été, neuf semaines, dans son quartier de Belfast avant son entrée en collège. Bon élève, il a été admis dans un collège d’élite et espère ainsi quitter son environnement habituel et les autres gamins du quartier, son père l’en empêchera malheureusement et il rejoindra le collège du quartier. L’Irlande de la fin des années 80 vit encore ses conflits qui pèsent lourdement sur l’ambiance, l’atmosphère et le quotidien des adultes et des enfants. Et Mickey continue de rêver au cœur de ces tensions extrêmes, son rêve absolu étant de partir aux Etats-Unis avec sa mère et sa petite sœur. Mais en attendant, il faut bien vivre et sa grande sensibilité ne passe pas inaperçue. Son regard acerbe, douloureux, moqueur, tendre et parfois triste nous décrit son entourage mais rend aussi compte du climat pesant de l’Irlande, de la pauvreté et du climat social déjà délétère, et ses variations de ton, sa vision d’enfant rendent le roman vivant et rythmé. Parcours initiatique et regard émouvant et attachant d’un enfant rêveur et malicieux dans cette Irlande au climat trouble et à l’atmosphère si singulière.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Florence Lévy-Paoloni

 


- 236 -



Colombe BONCENNE
Comme neige
Buchet-Chastel
115  pages
11  euros

11-04-2016

 

    Lors d’un week-end de vacances avec sa femme, Constantin Caillaud découvre étonnamment le roman « Neige noire » de son auteur favori Emilien Petit. Il croyait connaître tout de l’œuvre de cet écrivain, aussi il se lance dans des recherches à propos de ce livre ignoré de tous. Un livre qui ne semble pas exister, d’ailleurs au moment de le montrer à Hélène, son ancienne maîtresse qui lui a fait découvrir cet écrivain, Constantin ne peut retrouver cet exemplaire unique et part à sa recherche au cœur du monde littéraire. L’enquête est donc une absolue nécessité, une enquête sans meurtre, sans coupable, et même l’existence de l’objet du délit est remise en cause... Ce n’est peut-être qu’un rêve, ou alors une folie douce, ou bien encore une machination finement réglée… Colombe Boncenne joue en permanence entre fiction et réalité avec le lecteur, elle lui laisse choisir son chemin et son roman, elle propose sans jamais imposer. Un premier roman d’une grande finesse et maîtrise, et un belle et singulier hommage à la littérature.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

 


- 235 -



Emmanuel RÉGNIEZ
Notre château
Le Tripode
142  pages
15  euros

07-04-2016

 

    Une sœur et un frère partagent la maison familiale, seuls dans leur château au milieu des fantômes. Ils ne se quittent pas. Seule exception, les jeudis où le frère prend le bus, part en ville chercher quelques livres. Sa sœur ne quitte jamais le château. Et pourtant l’inattendu survient. Un jeudi, en ville, il voit sa soeur dans un bus. Irréel. Incroyable. Elle ne sort jamais et refuse de prendre le bus. Le frère reste pantois et dans l’incompréhension totale. Comment lui parler ? Comment l’interroger ? Doit-il l’interroger ? Le doute s’installe, les hypothèses le minent. Le petit monde protégé qu’ils s’étaient construit (notamment au coeur de leur bibliothèque) loin du monde commence de se fissurer… La tension monte, les crispations aussi, les portes claquent et s'ouvrent, le lecteur attend avec crainte le sang... Un texte particulièrement singulier et tout aussi étrange et inquiétant qu’attachant, une écriture envoûtante, sèche et répétitive quand il le faut, une tension maîtrisée qui accroche le lecteur, un conte noir obsédant à partager sans modération !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Emmanuel Régniez lus par Vaux Livres

 


- 234 -



Olivier BOURDEAUT
En attendant Bojangles
Finitude
160  pages
15.5  euros

07-03-2016

 

    Il passe son temps à regarder et admirer ses parents danser. Ils dansent, et dansent encore, sur Mr Bojangles de Nina Simone. La musique de Nina Simone nous emporte dans un tourbillon festif, d’un pied sur l’autre, d’une page à l’autre, le lecteur danse avec le couple au rythme des variations, entre joie et tristesse, larmes et pleurs, bonheur et mélancolie, extase et folie. Et quand ils ne dansent pas, un air frais de folie permanent anime la maison sous l’œil hautain de Mlle Superfétatoire, un grue exotique aussi digne que la famille est déjantée. Un amour immense, excentricité d’abord puis une folie qui pointe son nez et s’installe paisiblement, mais notre société peine encore à accepter la folie, même douce... Un premier roman atypique et gai comme un pinson fou !

Premier roman

« Ceci est une histoire vraie, avec des mensonges à l’endroit, à l’envers, parce que la vie c’est souvent comme ça. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 233 -



Emily BARNETT
Mary
Rivages
190  pages
16.5  euros

21-01-2016

 

    Mary, « Je m’appelle Mary. C’et un nom. », un nom, mais deux femmes et deux époques. La première est une jeune Américaine des années 50 qui quitte l’Amérique en plein maccarthysme pour suivre son époux artiste peintre. La seconde est une adolescente des années 2000 internée avec sa mère dans un château, sorte d’hôpital psychiatrique. Quels liens unissent ces deux femmes ? Les portraits deviennent flous, les différences s’estompent, la folie et la réalité se mêlent, le lecteur est intrigué, dérangé, s’interroge. Des sensations l’envahissent, aucune certitude, il devine un lien fort mais ne peut le deviner, reste hésitant, interdit. Un texte qui bouscule et occupe longtemps l’esprit du lecteur !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 232 -



Soffia BJARNADOTTIR
J'ai toujours ton coeur avec moi
Zulma
142  pages
16.5  euros

10-01-2016

 

    La mère d’Hildur vient de mourir. Elle lui lègue une lettre, une petite maison jaune sur une île, et beaucoup de souvenirs. Hildur n'a jamais pu dire ''Mamam'' ou ''mère'', elle appelait sa mère Siggy, une mère atypique, froide, extravagante, dépressive et mélancolique. Alors Hildur revient sur ses souvenirs avec une grande originalité, pour comprendre sa mère et son comportement mais peut-être aussi pour mieux appréhender ses propres liens avec son fils Tumi. Le fil du discours est étonnant, les enchaînement surprenants autant que l’écriture et les images suscitées ce qui fait que ce livre sur la mort, la dépression, et la famille est unique.

Premier roman

« J’ai envie de vivre et mourir à la fois. D’être et de partir. Nous sommes tous bipolaires. Le désir d’un retour aux sources vit en chacun de nous, en lui s’unissent les balbutiements et la fin. Nauséeuse, j’entends une voix qui monte des profondeurs de la mer : ''Tu est l’argile de la terre'' … »


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Jean-Christophe Salaün

 


- 231 -



Stéphanie CLAVERIE
L'homme qui n'a pas inventé la poudre
La Différence
175  pages
17  euros

29-12-2015

 

    A 35 ans, Sébastien est différent. Il l’a toujours été et il n’a pas vieilli, a conservé beaucoup de l’enfance et de cette différence initiale et fondatrice ("...Sébastien s'offre le luxe de vivre comme une grande personne."). Devenu jardinier municipal sur l’île d’Oléron, les fleurs et les plantes sont ses amis comme ceux qui n’ont pas peur de lui et l’acceptent avec sa candeur et sa naïveté. Dans cet univers, Sébastien trouve quelques amis, sa place et son chemin, comme « La terre, il ne faut pas l’enfermer. Elle a besoin d’espace, elle a besoin d’air pour s’épanouir. ». Un bel hommage à la différence que ce chemin singulier et lumineux vers le bonheur.

Premier roman

« Le temps s’étire au jardin. L’angoisse s’apaise. Les tracas de la vie d’homme n’ont pas leur place dans cet univers. Ici, on ne rationalise pas la tâche, on ne fait pas la chasse au temps perdu, aux gestes inutiles. Ici, on se vautre dans l’infini du temps qui s’arrête, on prend racine dans le présent. Ici, on est dans un jardin sur l’île d’Oléron. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 230 -



Guillaume LEMIALE
Margarine
Les Editions du Sonneur
280  pages
17  euros

09-12-2015

 

    Le temps est venu de se confier. Margarine dans un dernier souffle se doit de revenir sur son parcours, de la Tchécoslovaquie, en passant par Berlin au moment de la chute du Troisième Reich, jusqu’à Paris en tant que baronne. Adolescence chaotique (« Dès mon plus jeune âge, j’avais été battue, bâtie pour la soumission ; un monde sans moi ni lois ! »), elle quitte son oncle et sa tante pour tenter de retrouver sa mère. Elle la découvre mourante et prostituée. Elle sera sa remplaçante et envoyée dans un camps de soldats français SS. Elle y rencontre l’horreur et l’amour. Livrer ses souvenirs, sans retenue, sans filtre, dans l’urgence (« Tout se bouscule, un passé à écrire, un avenir compté… Nuits blanches pour pensées noires. »), la fin étant proche, les mots semblent peut-être enfin la libérer (« Je prie le lecteur de bien vouloir excuser mon ton acerbe et ce chaos. Ils cachent ma nudité face à la vie, mon impuissance aussi. Le temps est venu… ») mais surtout partager ses sentiments, son impuissance, sa soumission définitive. La langue est crue, percutante, parfois aussi violente que les faits décrits. La guerre est une horreur, les sentiments qui animent ses acteurs inhumains et apocalyptiques. Les guerres propres n’existent pas !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 229 -



Clara ARNAUD
L'orage
Gaïa
332  pages
21  euros

04-10-2015

 

    Kinshasa s'apprête à accueillir un grand sommet international et tout doit briller, évidemment. Du moins, ce qui sera visible aux honorables hôtes… Journée importante pour le pays, pour Kinshasa et pour les dignitaires du régime. Néanmoins, l'orage gronde, l'atmosphère s'électrifie et l'impact sur la vie de la ville commence de se faire sentir. Alors que l'eau fait son apparition, le sang coule. Un gamin de la rue se fait massacrer par une patrouille de police, l'étincelle qui fait exploser la poudre. La révolte gronde. Clara Arnaud en suivant quatre personnages très différents dresse un portrait réaliste de cette ville immense et tentaculaire.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 228 -



Yannis TSIRBAS
Victoria n'existe pas
Quidam
66  pages
10  euros

18-08-2015

 

    Nous sommes en Grèce, mais cela pourrait se dérouler dans n’importe quel autre pays européen. C’est à Athènes, mais cela pourrait se dérouler dans n’importe quelle autre grande ville européenne. Nos sociétés sont en crise, uniformément, se scindent en différents mondes chacun feignant d’ignorer l’autre. Deux hommes se rencontrent dans un train en direction d’Athènes. L’un d’eux est bien décidé à parler et l’autre sera contraint à écouter cette logorrhée. L’homme décrit sa réalité, son quotidien, son ressentiment face à ce monde d’aujourd’hui qu’il ne reconnaît plus, envahi par les « autres » (« Je sais pas quand c’est arrivé, mais c’est comme si un soir je m’étais endormi sans eux, et je m’étais réveillé le lendemain au milieu de ce bordel. »), c’était tellement mieux avant. Il a même réfléchi à une terrifiante solution radicale (« Ils vont repartir comme ils sont venus. Sans que tu t’en rendes compte. »). Celui qui écoute est dans un autre monde, semble ailleurs, il y a une incompréhension totale entre eux, il regarde les réactions des autres, reste hermétique en continuant de refuser cette réalité, et mettra du temps avant d’être vraiment dérangé par ces avis inquiétants induisant une prise de conscience face à ce discours haineux et extrémiste. Un court brûlot percutant, véritable coup de poing qui frappe là où ça fait mal, cri désespéré avant qu’il ne soit trop tard et auquel il faut absolument porter attention.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 227 -



Didier CASTINO
Après le silence
Liana Levi
223  pages
18  euros

16-08-2015

 

    Louis Catella est un homme emblématique. Communiste catholique, lui et l’usine (Fonderies et Aciéries du Midi) ne font qu’un. Si l’on parle de lui, on parle de l’usine, réciproquement et nécessairement et le temps de la confession est venu. Louis se raconte dans un monologue destiné à son plus jeune fils qui avait sept ans au moment de sa mort. Il raconte son métier, l’usine, le syndicat, ses engagements et ses luttes, mais aussi la famille, son amour pour Rose et pour ses enfants, la lutte pour la vie et pour les quelques instants de bonheur volés. Louis et ses enfants forment une famille de gauche, la vraie gauche, « Même les enfants ne connaissent que la bonté et la ferveur de la gauche, c’est grave de ne pas être de gauche, c’est un principe, tous les gens qui viennent à la maison sont de gauche. Et même dans la gauche, il y a la gauche gauche et la gauche un peu moins. Tonton Henri, il est un peu moins, il est socialiste, mais il est à gauche quand même, notre ami Alexandre, c’est pareil, à gauche mais un peu moins. ». Les enfants comme Louis ont un chemin tracé, tout d’abord parce que c’est comme ça (« Très tôt on comprend que certaines choses nous sont étrangères, tout s’organise entre ceux qui peuvent et ceux qui ne peuvent pas, ceux qui vont à l’école et ceux qui travaillent, c’est l’un ou l’autre. ») mais aussi pour des raisons pécuniaires (« L’école s’impose comme une fausse route, pleine de dangers, et qui ne permettra pas ni à ma mère ni à mon frère ni à personne de vivre. Il faut très vite gagner de l’argent. »). Puis en 1974, Louis meurt et il faut continuer la route. Le fantôme de ce père observe la vie de la famille sans lui, dialogue avec ce plus jeune fils, avec tendresse et douleur mais aussi regrets, doute et culpabilité. En effet, la tradition a été rompue, le fils est devenu prof abandonnant l’usine, le PC et la CGT, et tente de justifier ses choix auprès de ce père modèle. Tableau sensible et poignant de la condition ouvrière des années 70, une époque révolue où le Nous (« Nous existons, même sans rien, même estropiés. ») avait encore un sens et portait espoir et rêve. Portrait vivant sans concession, sans misérabilisme, dans la vérité et le réalisme, à la construction particulièrement accomplie.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Didier Castino lus par Vaux Livres

 


- 226 -



Hugues SERRAF
Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chai
L'Aube
150  pages
16  euros

31-07-2015

 

    Un couple s'étiole, prend ses distances, puis se sépare. L'homme reste interdit et la femme disparaît. Le coupable idéal est désigné, le mari ! Il a même laissé ses empreintes sur un sabre sanguinolent ! Le corps de la femme reste introuvable mais l'époux se retrouve immédiatement en prison, et rejoint un Coloc heureusement amical dans une cellule « crade et grise ». Il arrive avec sa vision de la prison construite à partir des films et livres abordant le sujet et tente de retrouver quelques indices de vérité... Son Coloc très curieux aux réflexions pleines de bon sens l'incite à lui raconter son histoire, histoire assez classique d'un couple que le temps pousse vers la sortie et la séparation. Plongée efficace dans l'histoire d'un couple et dans l'univers pénitentiaire, le tout sur un rythme soutenu et avec un ton inventif et décalé et surtout débordant d'humour !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 225 -



Albena DIMITROVA
Nous dînerons en français
Galaade
210  pages
18  euros

19-07-2015

 

    Alba a dix-sept ans lorsqu'elle est admise à l'hôpital du gouvernement bulgare pour une paralysie galopante. Loin de son milieu habituel, elle va faire La Rencontre avec Guéo, cinquante-cinq ans et membre du Politburo. La complicité initiale se mue rapidement en passion. L'histoire se déroule quelques années avant la chute du mur et les régimes communistes tendent à disparaître. Et Guéo est bien placé pour le savoir, il a toujours été militant et rédige alors un rapport destiné à sauver le régime. Alors surveillance ou espionnage ne l'émeuvent guère. Il préfère la vie (sans contraintes) et Alba. Pourtant le quotidien s'embrume et il décide de faire partir Alba, définitivement marquée par cet homme et cette rencontre, en France où il la rejoindra dès que possible. « Nous dînerons en français » est le roman de la fin d'une période en Bulgarie, d'une passion entre deux êtres différents, d'un rendez-vous manqué et Albena Dimitrova a choisi de nous le faire partager avec son accent dans sa langue d'adoption qu'est le Français ce qui renforce la poésie et la fraîcheur du trait.

Premier roman

« En toute chose politique c'est pareil, une fois les extrémités bien bordées, il faut attraper la bonne mais boudeuse voix du milieu »

« Je n'ai jamais possédé le cœur de Guéo. Lui non plus, il n'a jamais possédé le mien. Nous les avons juste fait battre ensemble. Etions-nous libres? »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 224 -



Nathalie CÔTE
Le renversement des pôles
Flammarion
192  pages
16  euros

10-07-2015

 

    Deux couples prennent le chemin des vacances, personnages emblématiques de la classe moyenne de notre société, « le camp des modernes ». Deux appartements mitoyens vont accueillir les Bourdon et les Laforêt, tous ravis de pouvoir prendre un peu de bon temps avec leurs enfants. Mais le temps libre est aussi propice à la réflexion, à l'analyse et parfois à faire apparaître au grand jour les failles et frustrations tues depuis de longues années comme les envies (ou fantasme?) furieuses de changement. Un premier roman qui aborde parfois cruellement, mais toujours avec le sourire voire ironie, les dérives de notre société et qui, à travers le quotidien de deux couples ordinaires, parle du monde du travail, des relations de couple et d'amour ou de désamour, de l'argent et du matérialisme, de l'apparence et de la consommation, mais aussi de l'ennui. Un portrait aussi grinçant que drôle et vif !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 223 -



Jax MILLER
Les infâmes
Ombres noires
350  pages
21  euros

04-07-2015

 

    Freedom Oliver, joli nom évocateur au parfum poétique et pourtant, dès l'ouverture, la dame vous refroidit : « Je m'appelle Freedom Oliver et j'ai tué ma fille. C'est surréaliste, et je ne sais pas ce qui me fait le plus l'effet d'un rêve : sa mort ou son existence. Je suis coupable des deux. ». Le ton est donné et le personnage s'impose immédiatement. Freedom fut accusée du meurtre de son mari et passa quelques moments en prison. Elle fut alors séparée de ses deux enfants rapidement adoptés par une famille de religieux au-dessus de tout soupçon, famille idéale, dans la droiture, la voilà rassurée… Le coupable en prison, innocentée et protégée par le FBI, elle se terra dans l'Oregon sans jamais révéler sa véritable histoire, même si le sympathique, attentionné mais bourru flic Mattley flairait bien quelques secrets inavoués. Néanmoins, lorsqu'elle apprend quasiment simultanément la sortie de prison de l'accusé et la disparition de sa fille, Freedom ne peut rester insensible et passive. La louve est lâchée et rien, vraiment rien, ne pourra la stopper. Une palette de personnages et de caractères exceptionnels, de la tension, du suspens, de la folie, un ton et une construction singuliers, une vraie réussite!

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Claire-Marie Clevy

 


- 222 -



John LYNCH
La déchirure de l'eau
Le Castor Astral
240  pages
17  euros

22-06-2015

 

    James Lavery a 17 ans. Neuf ans auparavant, son père, Conn, est mort. Pour l'Irlande, bien sûr. En héros, évidemment. Sa mère a alors plongé dans l'alcool et s'est rapprochée de Sully, un gars hâbleur et pas trop fiable. Le jeune homme a dû tenter de se construire écrasé par la présence posthume du héros alors que c'est son père qui lui manque, le poids de l'Irlande, la mort et la violence omniprésentes. Il est si facile de suivre le même chemin. Pourtant, courageusement, à partir de ses rêves qu'il nous fait partager, James saura adopter un autre itinéraire, découvrir en Conn un père, puis l'apaisement, et éteindre la culpabilité, la colère et la violence qui l'animaient en éloignant ainsi la mort de son quotidien. Un superbe et émouvant roman d'initiation avec cette ambiance si singulière qu'apportent l'Irlande et son histoire.

Premier roman

« J'aime L'Irlande. J'aime ses ciels bas et étroits. J'aime sa silhouette fragile sur les cartes. Je suis sur le point de mourir pour l'Irlande. Je vais devenir immortel. Je vivrai dans les paroles des chansons que chantent les anciens… Mon sang sera une rivière où d'autres patriotes se baigneront, ils puiseront leur force dans ma bravoure.  »


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Richard Bégault

 


- 221 -



Marine CARTERON
Les autodafeurs, Mon frère est un gardien, tome 1
Le Rouergue
325  pages
14  euros

16-05-2015

 

    Auguste n’a guère le temps de se remettre de la mort de son père dans un accident de la route plus que douteux... Immédiatement après le drame, il part en catastrophe avec sa mère et sa petite sœur autiste, Césarine, s’installer dans la maison de ses grands-parents. Rapidement, la thèse de l’accident s’effondre et Auguste apprend son père a été assassiné par les Autodafeurs et se retrouve alors au cœur d’un affrontement entre la Confrérie, « gardiens de la liberté », à laquelle appartiennent son père et son grand-père et cette société qui durent depuis l’Antiquité ! L’enjeu est de taille : les livres et le savoir. Une lutte sans merci. La Confrérie est attaquée de toute part et Auguste s’aperçoit que son père l’a préparé depuis longtemps pour prendre la relève. L’innocente Césarine ne restera pas en reste dans ces aventures ! Des personnages singuliers, vifs, sympas, de l’aventure, de l’action, du suspens, du mystère, de l’humour, du rythme, alors pourquoi se priver ?

Premier roman


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Thème(s) : Jeunesse Littérature française

 


- 220 -



Philippe VOURCH
Les genoux écorchés
Christophe Lucquin
106  pages
14  euros

10-05-2015

 

    Les genoux écorchés parcourt l’album des souvenirs d’un petit garçon. Chronique d’une enfance aimée, entourée, attentionnée, simple comme peut l’être parfois la vie. L’enfant devenu adulte et père nous raconte des années plus tard son propre père, disparu rapidement et trop tôt, blessure jamais cicatrisée. Il revient sur les faits simples du quotidien qui remplissent une vie de bonheur et de souvenirs, les départs en week-end, en vacances, les jeux, les soirées, les Gauloises que son père appréciait tant. Une enfance où l’attention à l’autre prime, où le bonheur naît d’un regard, d’un sourire. Une chronique du temps qui passe et qui ne reviendra pas mais qu’il est si doux d’évoquer. Un bel hommage au père et à l’amour paternel. Tendre, doux, sensible et terriblement émouvant.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 219 -



Kenneth CALHOUN
Lune noire
Actes Sud
320  pages
22  euros

03-05-2015

 

    Un roman apocalyptique qui prend sa source dans l’insomnie ! Les hommes ne dorment plus, deviennent des espèces de zombies, sans envie, sans mémoire, déconnectés. La folie guette et même le langage se délite. Seule la rencontre avec l’un des rares et derniers humains accédant encore au sommeil semble les « réveiller » en les mettant dans une rage profonde et dangereuse. Le monde s’effondre et semble voué à une disparition prochaine et Kenneth Calhoun nous propose de suivre avec angoisse les quelques aventuriers épargnés par le fléau sur lesquels repose la survie de notre monde. Un roman à ne pas lire avant de s’endormir !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Alain Defossé

 


- 218 -



Rachel CORENBLIT
Quarante tentatives pour trouver l'homme de sa vie
Le Rouergue
190  pages
18  euros

02-05-2015

 

    A travers quarante tableaux, Rachel Corenblit dresse le portrait d’une femme proche de la quarantaine à la recherche de l’âme sœur mais aussi un bilan des rapports hommes-femmes. Lassée de sa solitude, Lucie, institutrice à Toulouse, laisse libre cours à son imagination pour trouver un compagnon. Recherche obsédante, propice à l’humour grinçant et corrosif, état des lieux parfois pathétique, les comportements classiques sont passés en revue dans tous les cadres (familiale, amicale, professionnel…) et toutes les situations sont bonnes (ou pas) pour provoquer rencontres et ouverture éventuelle ! Le ton est direct, vif, piquant, un texte particulièrement rythmé entre rires et pleurs.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 217 -



Elizabeth LITTLE
Les réponses
Sonatine
495  pages
21  euros

21-04-2015

 

    Janie Jenkins vient de passer dix ans en prison. La jeune femme insouciante et déjantée avait des relations houleuses avec sa mère, la mystérieuse et fortunée Marion Elsinger. Et quand celle-ci est retrouvée assassinée dans sa maison avec à ses côtés sa fille, Janie est suspecte, accusée puis condamnée. Mais, après sa libération, Janie veut des réponses : qui est vraiment cette mère ? Janie n’a aune mémoire des faits de la soirée tragique, l’a-t-elle réellement tuée ? Elle se lance dans une enquête complexe au cœur d’une Amérique profonde, au fond du Middle West et pour ne rien arranger, elle a l’Amérique à ses trousses qui continue de la croire coupable. Le rythme va crescendo, l’enquête est bien menée, les personnages singuliers et la fin inattendue. Encore une belle réussite chez Sonatine !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Julie Sibony

 


- 216 -



Cathy JURADO-LÉCINA
Nous tous sommes innocents
Aux Forges de Vulcain
208  pages
16  euros

30-03-2015

 

    Jean et sa famille, les Jehan, sont associés aux Passereaux, une ferme dans les années 50 non loin de Pau, un peu à l’écart du village voisin. Enfant, Jean est bon élève, adore écrire et raconter des histoires (ces derniers instants seront consacrés à l’écriture), notamment à sa sœur Paule, un peu éloignée de tous et du quotidien de la ferme. Le village regarde avec quelques craintes cette ferme et son patriarche, les relations sont tendues, sans que Jean n’en connaisse les raisons. Il préfère s’occuper d’Odette (« Odette n’avait pas de défaut, sauf peut-être son silence et sa solitude. ») avec qui il se sent bien. Son instituteur lui conseille de continuer ses études, il en a les capacités. Mais aux Passereaux, on ne peut dévier aisément du chemin tracé par la famille. Il espèrera longtemps convaincre les parents, le mariage avec Odette lui sera refusé, il fuira, rejoindra l’Algérie, puis reviendra, retour incontournable, on ne quitte les Passereaux… Trajectoire tragique d’une vie de solitude, d’incompréhension, de douleur, de folie, un cri déchirant à la Münch, aussi terrible que stupéfiant. Un premier roman émouvant particulièrement réussi qu’on lit d’une traite jusqu’à sa fin très singulière et inoubliable.

Premier roman

Cathy Jurado-Lécina nous rendra visite le vendredi 15 novembre 2015.


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Thème(s) : Littérature française

 


- 215 -



Eric HAVILAND
Les batailles d'Hastings
Finitude
112  pages
14  euros

28-02-2015

 

    Eleanor, environ dix-huit ans, est pensionnaire à Abbey School et conserve toute la fougue de sa jeunesse. On lui a imposé de partager sa chambre avec Cynthia qu’elle n’apprécie guère. Or, en ouvrant la porte de sa chambre, Eleanor découvre Cynthia pendue. En un instant, elle sait. Un monde se ferme et un autre l'accueille. Mutation totale et instantanée. Tout retour en arrière est impossible. En une fraction de seconde, sa vie a définitivement changé et rien ne pourra lui faire oublier. L’insouciance s'est évaporée, la joie de vivre disparue, ce drame devient son fardeau, elle ne pourra jamais vraiment confier ses sentiments profonds, ce qu’elle a ressenti à ce moment fatidique. Une variété de sentiments (incompréhension, colère, culpabilité…) l’assaille, elle s’isole, cherche à retrouver son petit ami, le rejette, doute, cherche à comprendre. Malgré les rivalités des filles du pensionnat, elles se révèlent solidaires et épaulent Eleanor, la seconde victime. Pourtant, Eleanor se sait maintenant accompagnée par la Noire, pour toujours, il faudra l’admettre, la combattre et elle saura découvrir en elle toutes les ressources nécessaires. Un premier roman initiatique émouvant et délicat qui happe le lecteur et qui plaira autant aux ados qu’à leurs parents.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 214 -



Cécile HUGUENIN
La saison des mangues
Héloïse d'Ormesson
175  pages
17  euros

16-02-2015

 

    Une saga familiale sous forme de trois portraits de femmes sur trois générations qui traversent les continents, les pays, les coutumes et croyances, vivent l’exil et se confrontent au mélange des cultures, le tout entouré d’odeurs si caractéristiques. Le lecteur ne subit jamais ces destinées, il y participe (quasiment), Cécile Huguenin lui propose en effet à lui aussi un voyage, une destination, de trouver son chemin, libre à lui de s’échapper et d’aller au rendez-vous avec ces femmes exceptionnelles qui vont se révéler au gré de leurs rencontres et de leurs amours.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Cécile Huguenin lus par Vaux Livres

 


- 213 -



François-Henri DÉSÉRABLE
Evariste
Gallimard
178  pages
16.9  euros

30-01-2015

 

    Evariste Galois fut une étoile filante (« … il fut aux mathématiques ce qu’à la poésie fut Arthur Rimbaud…), mathématicien brillant, surdoué (« On le nommera Evariste, du grec, aristos – le meilleur. Tout est déjà écrit. »), jeune homme beau, fougueux, passionné et sans compromis, engagé et révolté, mort à vingt ans lors d'un duel. Talent gâché par la jalousie et la bêtise, rien ne lui fut épargné, ni par son entourage, ni par ses collègues et pairs. L’auteur revient sur son parcours, sur son extraordinaire découverte, l’infini, la puissance et la beauté des mathématiques, mais l’inscrit aussi dans l’Histoire de la France (« Les nobles qui ont les terres, ne font rien et font de l’argent ; le clergé, qui a le ciel, ne fait rien et fait de l’argent ; le tiers état par ce qu’on lui a promis dans l’autre vie, le ciel du second, s’échine dans celle-ci sur les terres des premiers, fait tout, n’a rien, ne fait pas d’argent. ») comme dans l’Histoire littéraire et scientifique. Le style est singulier, et l’auteur retrace avec fougue et passion le parcours de ce jeune homme qui découvrit les maths à 15 ans, mourut à 20 et néanmoins, laissa une trace éternelle. Après un recueil de nouvelles très remarqué, un excellent premier roman qui ravira les matheux et tous les autres !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 212 -



Jennifer CLEMENT
Prières pour celles qui furent volées
Flammarion
212  pages
20  euros

11-01-2015

 

    Plus grand monde n’habite dans les montagnes du Guerrero au Mexique. Les hommes quittent la région dès qu’ils le peuvent. Demeure les femmes et les filles et ... les trafiquants de drogue. Ladydi, quatorze ans, partage son quotidien avec les autres filles et leurs mères, dans la peur de ces hommes sans limite qui viennent très régulièrement les voler et faire « leur marché », choisissent les plus belles, tuent ceux qui tentent de faire obstacle. Quand un enfant naît ici, tout le monde prie pour que ce soit un garçon ! Les mères utilisent tous les stratagèmes possibles pour garder leurs filles et éviter qu’ils les leur volent : les déguiser en garçon, les enlaidir, les cacher. Une chasse sans fin, le prédateur est persévérant, personne ne semble pouvoir l’arrêter et la vie de ces femmes délaissées mais courageuses et solidaires semble figée dans une ambiance mortifère de guerre et de trafic. Un roman témoignage inoubliable qui suscite immédiatement l’admiration pour ses personnages féminins aux destins douloureux et hélas tracés.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Patricia Reznikov

 


- 211 -



Mathilde ALET
Mon lapin
Luce Wilquin
122  pages
12  euros

13-11-2014

 

    Gabrielle revient sur les lieux de son enfance pour enterrer son grand-père. Elle nous fait partager cet instant si particulier où les familles se réunissent et se retrouvent pour dire adieu à l’un des leurs, entre la vie et la mort (« Un enterrement, c’est comme une journée à la mer, ça creuse. »). Ce moment est propice à un retour en arrière, les souvenirs remontent à la surface. Gabrielle regarde son passé avec tendresse même si parfois la colère semble poindre dans cette famille où le silence est de mise, on ne pose pas de questions chez ces gens là... Elle appréciait le calme qui régnait autour de Papy Louis : « Finalement, je ne connais pas grand-chose de sa vie. Pour moi, il n’a jamais été que Papy Louis et, à trente ans, je le vois encore avec mes yeux d’enfant. C’est peut-être ça, perdre son grand-père : perdre un peu de son enfance. ». Mais les enterrements sont parfois aussi propices à une renaissance, et même parfois à une rencontre prometteuse pour l’avenir… Un premier roman plaisant et enlevé avec des remarques percutantes sur la famille et ses non-dits.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Mathilde Alet lus par Vaux Livres

 


- 210 -



Ivan REPILA
Le puits
Denoël
111  pages
11  euros

11-11-2014

 

    Ils sont deux frères. Unis. Au fond d’un puits. Un petit monde caché sous un autre. Une vie laborieuse loin de la Vie. Il semble qu’ils ne puissent s’échapper. Pourquoi se sont-ils retrouvés là, coincés. Il faut bien survivre en attendant, en attendant la fin mais quelle fin ? Le plus petit est faible alors que le plus grand tente de garder la forme, mais pour quoi ? Il faut préserver chaque goutte d’eau, chaque bout de ver de terre pour prolonger la vie. Ne pas sombrer dans la folie et ne pas abandonner. Partager et surtout ne pas craquer. L’interdit : ne pas se servir dans le sac de commissions qu’ils doivent rapporter à leur mère au village. Le grand imagine leur fuite, mais dans son scénario, un seul pourra sortir, le petit. Sacrifice. Il le faut. "Le puits" est un texte aussi court que dense, conte philosophique qui vous étouffe, vous aspire dans un univers noir et angoissant, débordant de métaphores qui invitent à une relecture immédiate.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Margot Nguyen Beraud

 


- 209 -



Julien SIMONET
Un livre, un arbre et des emmerdes
Scrineo
288  pages
18  euros

27-10-2014

 

    Axel Leyrat, la trentaine, partage sa vie avec la sublime et ambitieuse Natacha et leur jeune fils Igor qu’il aime par-dessus tout. Axel a franchi le pas dont beaucoup rêve, il abandonne son travail pour écrire enfin le roman qu’il porte de longue date. Alors qu’il se lance dans la recherche d’un éditeur, Natacha lui annonce qu’elle le quitte, part pour New-York et évidemment emmène Igor. C’est le choc, une déflagration, seul, sans son fils, c’est impossible. Le temps presse et Axel ne voit qu’une solution pour convaincre le juge de lui attribuer la garde d’Igor : trouver l’éditeur capable d’accompagner son roman sur la route des best-sellers ! Alex repère l’adresse de Juliette Lefort, la directrice d’une maison d’édition en vogue et s’installe dans le même immeuble bien décidé à forcer le destin… Les chapitres donnent alternativement la parole à Axel et à Juliette, un premier roman alerte, vif, direct, fourmillant de rebondissements, drôle et émouvant, qui parle aussi bien du monde de l’édition que des aventures périlleuses d’un couple d’aujourd’hui.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 208 -



Laure des ACCORDS
L'envoleuse
Verdier
90  pages
11.8  euros

27-08-2014

 

    Guillemette et Romain à l’orée de leur vie reviennent sur leur enfance, les souvenirs oscillent entre rêve, fantasme et réalité. Ils se sont rencontrés et aimés depuis leur plus jeune âge. Et le pilier de cet amour est Gisèle, différente la grosse Gisèle et pourtant emblématique de l’Amour. Gisèle les hypnotise, les attire, chacun partagera un secret avec elle, « Avec Gisèle, je suis entrée en désobéissance. ». Le désir perdure, amours éternels, l’attirance aussi, entre eux, entre eux et Gisèle, Gisèle qui les a aidés à dévoiler et réaliser leur amour. Un premier roman ambitieux, troublant et intriguant.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Laure des Accords lus par Vaux Livres

 


- 207 -



Marie-Aimée LEBRETON
Cent sept ans
Buchet-Chastel
126  pages
11  euros

25-08-2014

 

    Face au mutisme de sa mère, Madame Plume, Nine a soif de savoir, de connaître son histoire. Elles habitent au nord de la France, un climat, une région bien éloignés de leurs origines : « Je suis née au creux des montagnes, là où le ciel change de couleur dans la courbure du vent. » . En effet, Nine sait seulement qu’elles ont quitté précipitamment la Kabylie après l’assassinat de son père. Alors, à la mort de sa mère, Nine choisit de faire le voyage retour, elle veut découvrir l’endroit où ses parents se sont aimés, découvrir les traces de son enfance et suivre ce chemin qui la fera grandir. Un court récit oscillant entre poésie et conte, tout en retenue et en douceur malgré les thèmes abordés (la souffrance, la peur, les non-dits, l’exil, la guerre…), sans révolte, apaisé.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 206 -



Samuel W. GAILEY
Deep Winter
Gallmeister
317  pages
23.4  euros

20-08-2014

 

    Danny est grand, costaud, impressionnant. Pourtant Danny est doux comme un agneau et surtout différent. Un accident tragique vers l’âge de cinq ans l’a laissé orphelin et simple d’esprit. A l’école il fut le souffre douleur de ses petits camardes, et adulte cela continuera, tous les habitants de Wyalusing en Pennsylvanie le méprisent et le rejettent. Sauf Mindy, la jolie Mindy qui dès l’école prenait sa défense. Alors lorsque Danny se retrouve dans sa caravane avec le corps de Mindy, sa seule amie, inerte, du sang s’écoulant de son crâne, il est effondré et ne comprend pas. Sokowski l’adjoint violent et sans scrupule du shérif, et son acolyte Carl présents sur les lieux le désignent immédiatement comme coupable. La petite ville de Wyalusing ne s’en remettra pas, les évènements s’enchaînent, personne ne semble pouvoir les maîtriser et stopper les tragédies qui se succèdent. Qui sortira vainqueur de cette course poursuite ? Un innocent (dans tous les sens du terme) pourra-t-il échapper à la violence des hommes et à l’injustice ? Violent, noir de noir, puissant, rythmé et très cinématographique, autrement dit un incontournable de la rentrée !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Laura Derajinski

 


- 205 -



Marion RICHEZ
L'odeur du minotaure
Sabine Wespieser
125  pages
14  euros

18-08-2014

 

    Marjorie a fait de brillantes études, maîtrise totale, parcours parfait, maintenant au service d’un ministre. Elle a rejoint le camp des puissants, froide et cynique, « Mon rang, c’est celui que je prends. Eh ! Je ne fais qu’exécuter ce que j’ai appris… Plus on me saccage, plus je suis méchante et plus on me respecte. » Un monde très éloigné de son enfance, une enfance dont la seule marque visible est une vieille cicatrice laissée par des barbelés. Néanmoins Marjorie, la petite fille qui ne voulait pas grandir et rejoindre le monde des adultes cache d’autres blessures non cicatrisées, le manque d’amour et d’attention de ses parents, les histoires que lui racontaient sa mère… et un soir, sur la route du retour car sa mère l’a appelée lui demandant de venir au chevet de son père en train de mourir, sa voiture heurte le seigneur du bois, un grand cerf, dont elle recueille les derniers râles. A cet instant, sa vie bascule, cet évènement va la terrasser, remettra en question toutes ses certitudes et fera remonter à la surface son passé. Une violence feutrée accompagne ce premier roman-conte ambitieux à l’écriture ciselée et à la construction singulière.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 204 -



Fiston Mwanza MUJILA
Tram 83
Métailié
200  pages
16  euros

09-08-2014

 

    Au cœur de la Ville-Pays, toutes les nuits, le Tram 83 est le lieu où tout est possible, où le pays prend une autre forme, unitaire, où tout le monde cohabite, se touche, se parle. Etudiants, mineurs, creuseurs, chômeurs, jeunes prostituées, les canetons, touristes, touristes à but lucratif, professeurs, hommes, femmes, riches, pauvres, une population bigarrée envahit le lieu chaque nuit, « Si le bonheur avait un nom, il s’appellerait Tram 83 », et vient s’abreuver de musique, d’alcool et de sexe. Pendant ces moments, tout est possible, « Toutes les nuits ont ceci de particulier. Elles sont longues et populaires ». Lucien attire les femmes mais préfère son crayon, il écrit un conte-théâtre et rêve parfois d’être édité. Requiem petit voyou sans scrupules s’occupe notamment avec attention de l’avenir de Lucien. Mélangeau né en Suisse vient perturber ce duo en assurant, entre deux rencontres avec de jeunes canetons, Lucien d’une édition de ses écrits en Suisse. Une prose singulière et rythmée pour une plongée dépaysante dans un monde vif, sans artifice où l’envie de vivre prime, un roman très original.

Premier roman

« Les chacals ne mangent pas les chacals. »

« Ca ne s’apprend pas, l’instinct de survie. Ca vient de soi. Sinon ils auraient déjà institué un cours d’instinct dans les universités. »

« C’est pendant la nuit que les géants de ce monde fabriquent nos déboires avec les ardeurs de boulanger autodidacte… »

« Ici, on ne vieillit pas, on existe tout simplement. »



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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 203 -



Roderick THORP
La traque
Sonatine
615  pages
22  euros

08-08-2014

 

    La traque aurait pu s’appeler Chasseurs puisque le lecteur rapidement horrifié assiste impuissant à deux chasses simultanées et concurrentes. Phil Boudreau de la brigade des mœurs de Seattle connaît parfaitement le terrain et ses acteurs et actrices. Aussi lorsque ses collègues découvrent le corps d’une jeune femme dans la Green River, ils l’appellent pour l’identifier. Boudreau l’identifie immédiatement et suspecte une de ses anciennes « rencontres », Garrett Richard Lockman. Son avis et son rapport sont ignorés et les morts se multiplient, toujours des jeunes femmes, pratiquement toujours des prostituées et souvent le même mode opératoire. Le tueur de la Green est né. Boudreau est écarté de l’enquête mais n’abandonne pas. Hargneux, teigneux, entêté, obsédé par ces mortes et ce Lockman, il continue telle une hyène patiente, en solo, son enquête faisant fi des obstacles répétés et troublants de sa hiérarchie. Dans le même temps, Garrett Richard Lockman continue de chasser les jeunes prostituées et trouve son plaisir en voyant s’éteindre la lumière de la vie au moment de son orgasme. Tout puissant, manipulateur, rusé, et sans limite, il répand la psychose dans la ville. La panique guette, et il faudra près de dix ans pour que les meurtres s’arrêtent. Enfin, jusqu’au prochain… Oppressant, inquiétant, terrifiant, le mal absolu a trouvé un nouveau et "digne" représentant !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Michelle Charrier

 


- 202 -



Alexandre JANVIER
La vie de mes rêves
Luce Wilquin
160  pages
16  euros

24-07-2014

 

    Une vie rêvée ? Rêver sa vie ? Le mélange est parfois réel et subtil ! Quand et comment oser franchir le pas ? Le héros de « La vie de mes rêves » est un trentenaire un peu paumé, vie sociale triste, vie affective pauvre. Alors lorsqu’un médecin adepte des pratiques alternatives et rayé du Conseil de l’Ordre lui propose une pilule magique pour « obtenir un sommeil artificiel sur commande… et « … pouvoir orienter le sujet, l’action ou les protagonistes du rêve à venir. », il accepte immédiatement, le « Mont Everest de l’amour » lui est promis, alors il plonge ! Dès les premières nuits, il rêve de la même femme, sublime, exceptionnelle, et leur relation s’établit avec une grande harmonie et complicité. Jusqu’au jour où un ancien copain lui présente Francesca qui est cette femme. Aucun doute possible. Ils correspondent d’abord par internet, les conversations banales virent rapidement au très intime, l’idylle part sur de bons rails, mais le réel n’est jamais ni simple ni un long fleuve tranquille… Un roman d’amour et d’humour du XXI ème siècle au rythme effréné des nouvelles technologies.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 201 -



Laure PROTAT
L'indifférent
Arléa
280  pages
20  euros

23-07-2014

 

    Un homme, un père, décide de se suicider. Il ne laisse ni lettre ni explication. Un geste définitif. Sa fille qui avait des relations privilégiées avec lui reste interdite et désemparée. Elle revient quinze plus tard sur ce jour qui scinda sa vie en deux. Cet homme a fait le choix de les abandonner, faut-il le suivre ou sombrer dans l'indifférence et l’oublier ? Faut-il trouver explications à l’insupportable et continuer de vivre ? Comment se reconstruire, conserver ou sélectionner ses souvenirs ? Comment tenter de stopper le refrain lancinant et obsédant qui exige des explications ? Comment démêler ce mystère qui lui restera toujours associé ? Passer outre l’incompréhension et cet instant de sidération où tout devient impossible, pleurer, manger, réfléchir, espérer… Passer outre la colère, la rage, la culpabilité pour espérer éclairer cet abandon, se reconstruire et prolonger leurs relations (notamment par l’écriture) au-delà de la mort, l’accepter et se réconcilier.

Premier roman

« Les gens sont presque tous comme moi : moyens. Mais ils sont sauvés par une qualité que je n’ai pas : ils se contentent de ce qu’ils sont. Quant à moi, je ne me remettrai jamais de cette condamnation : n’être pas né génial. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 200 -



Edward KELSEY MOORE
Les Suprêmes
Actes Sud
320  pages
22.8  euros

30-06-2014

 

    Elles sont trois. Trois afro-américaines unies et complices depuis leur enfance, elles ne se sont jamais vraiment quittées. Très différentes, elles s’acceptent telles qu’elles sont (« Entre Suprêmes, nous nous traitions avec beaucoup de délicatesse. Nous fermions les yeux sur les défauts des autres et faisions preuve de prévenance, même quand cela n’était pas mérité. ») et admirent chacune certains traits, certaines capités des autres. Une amitié indéfectible qui résistera aux temps, aux épreuves de la vie dans une Amérique ségrégationniste. La cinquantaine, elles sont à tournant de leur vie dans une petite ville de l’Indiana et le roman revient sur leur passé et leurs expériences. On les appelle « les Suprêmes » en référence au célèbre groupe de chanteuses des seventies : la tornade et l’intrépide Odette née dans un sycomore, la mesurée Clarice qui supporte tout de son mari volage et la bombe sexuelle Barbara Jean sur laquelle le temps n’a pas de prise. Une chronique vivifiante qui aborde tous les sujets, les croyances, la famille, l’amitié, l’amour, le mariage, la maladie, le racisme et la ségrégation, mais toujours avec un ton enlevé. Touchant et attachant.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Cloé Tralci

 


- 199 -



Fiona MCFARLANE
L'invité du soir
L'Olivier
270  pages
22.5  euros

06-06-2014

 

    Ruth a 75 ans et vit seul sur la côte australienne. Harry, son mari, est mort et se deux fils vivent bien loin d’elle, et à part quelques coups de téléphones réguliers, ils ne se voient guère. Sa santé décline, parfois déboussolée, quelques absences, quelques rêves, quelques souvenirs des îles Fidji où elle a passé son enfance et rencontré son premier amour, Richard, un jeune médecin venu aidé son père. Seuls vrais compagnons ses deux chats, les baleines au large et un tigre sauvage qui passe la voir, discrètement, le soir ou la nuit et laisse derrière lui son odeur puissante. Puis un jour, Frida pousse la porte, son frère, chauffeur de taxi, l’a déposée. Elle dit être envoyée par le gouvernement pour s’occuper d’elle et s’installe. Elle prend soin de Ruth si vulnérable mais pourtant la tension monte. Les femmes se jaugent, s’épient, mais aussi semblent s’apprécier parfois, s’agressent puis se consolent, pleurent puis rient. Frida prend sa place et devient vite indispensable même si Ruth tient à son indépendance et se rebelle. Faut-il avoir peur ? Qui doit avoir peur ? Le fil se tend progressivement jusqu’à la dernière page et la rupture finale nécessairement violente.

Premier roman

"Etre heureux, c'est un choix."

"Les enfants étaient éphémères."


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Corinne Chichereau

 


- 198 -



Will WILES
Attention au parquet !
Liana Levi
300  pages
21  euros

03-06-2014

 

    Oskar et le narrateur ont fait leurs études ensemble en Grande-Bretagne. Très différents, ils se sont néanmoins côtoyés souvent et se retrouvent maintenant dans leur pays d’origine, en Europe de l’Est. Oskar doit partir régler son divorce aux Etats-Unis et il invite le narrateur à le rejoindre et à s’installer dans son appartement pour l’occuper et prendre en charge ses deux chats. Celui-ci débarque dans un appartement impeccable, plancher superbe et fragile, mais une atmosphère froide et sans vie. Trop propre, trop net, trop rangé. Ecrivain, il produit des brochures et espère profiter de cet environnement pour enfin écrire un roman. Mais cet endroit sans âme est-il le lieu idéal ? Les directives du maniaque Oskar disséminées partout dans l’appartement l’aideront-ils ? Les chats ne lui faciliteront pas non plus la tâche et les évènements s’enchaîneront pour le plus grand malheur de l’appartement, de son gardien et de son propriétaire. Ce séjour permettra en outre de découvrir qui se cache derrière Oskar et son besoin si puissant de perfection, son ami n’est pas au bout de ses surprises ! Le ton est légèrement moqueur, so british, un zeste d’absurde et de loufoque, une goutte kafkaïenne, un goûteux cocktail !

Premier roman

« Nous vivons une époque formidable, et pas seulement grâce à la pénicilline, aux toilettes à chasse d’eau et au chauffage central : nous pouvons dorénavant survoler les nuages. Et ceux-ci tiennent leurs promesses de beauté sublime. »

« Une chambre n’est pas qu’une chambre. C’est la manifestation d’un état d’esprit, le produit d’une intelligence. .. Nous faisons nos chambres qui, à leur tour, nous font. »


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Françoise Pertat

 


- 197 -



Jean-Paul DIDIERLAURENT
Le liseur du 6h27
Au Diable Vauvert
220  pages
16  euros

19-05-2014

 

    Une star, la Zerstor 500, avec sa suggestive couleur vert-de-gris ! Son domaine de prédilection : l’extermination, le génocide du livre. Et Guylain Vignolles est aux manettes de ce pilon efficace et insatiable. Pourtant, il l’exècre, cet ogre, capable de manger les meilleurs textes comme les jambes de son ami Giuseppe, et il fera tout pour le soulager, certains livres leur seront d’un grand secours. Sa vie est maussade, le monde du travail moderne et épuisant, seul instant de lumière, dans le train de 6h27, il lit aux passagers quelques pages volages qu’il a su subtiliser à « la chose ». Ces lectures susciteront d’autres rencontres, d’autres moments de bonheur et de partage, et qui sait même, un changement de vie. Si certains n’étaient pas encore persuadés que la littérature peut tout et de la force de la lecture, partez à la rencontre du liseur du 6h27 ! Un voyage jubilatoire pour un éblouissant hommage !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

 


- 196 -



Emmanuel GRAND
Terminus Belz
Liana Levi
368  pages
19  euros

26-03-2014

 

    Marko Voronine est enfin décidé : il quitte l’Ukraine, sa mère et sa sœur pour la France. Il a trouvé des passeurs roumains qui « l’aideront » à quitter son pays accompagné de quelques autres. Mais un passeur est un passeur, et le voyage tourne mal, les émigrants réagissent, tuent les deux passeurs, récupèrent le camion et l’argent et se lancent dans une fuite désespérée conscients que la mafia roumaine sera vite à leur trousse. Arrivés en France, ils décident de se séparer et Marko part vers la Bretagne et embarque pour l’île de Belz où il a trouvé un emploi en espérant faire le mort… quelques temps. L’accueil est glacial, son nouveau patron, Joël Caradec, le défend face aux autochtones qui voient en lui un marin du dimanche qui pourtant vole leur boulot. Le danger est partout, l’ambiance tendue : Dragos un tueur roumain est à ses trousses et ne fera pas de quartier, et sur l’île l’Ankou rôde, annonce son arrivée et suscite peur et méfiance. Le récit oscille avec vivacité entre la traque de Dragos, machine à tuer, et l’enquête de Marko sur l’île. Un premier roman à multiple facettes, suspense, atmosphère, légendes celtiques et fantastique, croyance populaire, de beaux personnages comme Papou le marin qui reste à terre, mais aussi roman social au cœur de la rude société des hommes de la mer dont l’avenir s’annonce orageux.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir

Les titres de Emmanuel Grand lus par Vaux Livres

 


- 195 -



Marine KERGADALLAN
Le ciel de Célestine
Diabase
65  pages
7  euros

17-03-2014

 

    C’est fait. Il la quitte, la laisse au bord de la route, lui dit au revoir. C’est fini. Pourtant il va falloir continuer le chemin et cette renaissance passe évidemment par Célestine, l’aïeule presque centenaire qui saura écouter, entendre dans le silence. Un court premier roman superbe, suggestif, qui fleure bon la campagne et le vrai et surtout composé par une prose particulièrement poétique. Une pépite !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Marine Kergadallan lus par Vaux Livres

 


- 194 -



Olivier RASIMI
Le silence de la chair
Le Passage
318  pages
18  euros

05-03-2014

 

    Un nouveau virus, Animalia, affecte les hommes. Affaiblis, ils sourient puis meurent dans une béatitude heureuse. A Paris, au jardin des plantes, trois personnages entreprennent de sauver l’humanité. Jeanne est une scientifique rigoureuse, elle travaille au séquençage du génome des singes que le virus épargne. Elle rencontre Sheena, une petite femelle bonobo rejetée par les dresseurs qui a conservé toute son animalité. Jeanne recrute alors Zem, un homme étrange, vagabond admirateur des arbres, sorte de poète fou, pour les accompagner. Le lecteur est incité à s’introduire au cœur de chaque personnage, à endosser sa personnalité, éprouver ses sentiments et donc à partir avec eux à la recherche de la vérité, de sa vérité. Un premier roman singulier qui, de la genèse à aujourd’hui voire demain, offre trois portraits de personnages hors du commun, quelque peu éloignés du monde qu’ils veulent pourtant sauver.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 193 -



Inès BENAROYA
Dans la remise
Flammarion
303  pages
18  euros

27-02-2014

 

    Anna est avocate et mariée à Bertrand. Le couple s’est installé à la campagne et semble baigner dans le bonheur. Ils ont décidé de vivre pour eux, sans enfant. Pourtant deux évènements vont venir ébranler Anna. Elle croit voir un enfant s’introduire pour la nuit dans une vieille remise au fond du jardin. Elle l’observe, il devient son petit (« Se penser mère. » alors qu’elle est consciente que « Dans ma famille, les mères n’aiment pas leurs enfants. ») sans pourtant oser dévoiler à d’autres son existence. Dans le même temps, Ava, sa mère, disparaît. Une mère qui ne lui jamais apporté ce qu’elle attendait. Anna n’a connu de courts instants de tendresse qu’avec sa grand-mère. Cette disparition l’incite à être différente, elle change et revient progressivement sur son passé, ses désirs, ses manques. Ava avait définitivement pris possession d’Anna et Anna, marquée à jamais par cette enfance, profitera-t-elle sereinement de cette libération ou plongera dans une folie incontrôlée et sans fin ? Un portrait émouvant d’une femme animée de sentiments complexes que la souffrance mine puissamment et pousse à l’isolement.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 192 -



Milena MICHIKO FLASAR
La cravate
L'Olivier
166  pages
18.5  euros

27-02-2014

 

    Taguchi Hiro et Ohara Tetsu se rencontrèrent par hasard sur un banc, dans un parc. Taguchi, le plus jeune, sortait de la chambre où il était resté cloîtré deux ans. Ohara venait d’être licencié, il n’osait l’avouer à sa femme et venait manger la gamelle qu’elle lui préparait. Leurs solitudes se font face. Ils s’observent, puis se parlent, se confient. Chacun se raconte avec franchise, sans faux semblant ni retenue. Ils avancent tous les deux, ensemble, à un rythme contenu presque main dans la main. Aucun des deux ne s’épargne et ils vont apprendre à se connaître. Au coeur de chaque confession, au milieu d’une histoire simple, une violence sourde apparaît subrepticement. Le temps et la parole les libèrent, ils s'aident ainsi mutuellement pour enfin s’accepter. Un roman singulier et attachant, un écrivain autrichien à l’écriture japonisante qui, par petites touches et avec délicatesse et subtilité, susurre un hymne à la vie réconfortant.

Premier roman

« Rencontrer quelqu’un, c’est s’impliquer. »

« Plus jamais, je me l'étais juré, je ne voulais avoir part à la souffrance d'un autre. Il devrait le savoir. Que pleurer et agoniser sont des affaires privées.


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Olivier Mannoni

 


- 191 -



Julia KERNINON
Buvard
Le Rouergue
200  pages
18.8  euros

20-02-2014

 

    Caroline N. Spacek est un écrivain accompli, adulé. Dès son premier roman, elle a marqué et impressionné le monde littéraire. Elle vit maintenant loin de l’agitation, du monde, retirée et barricadée dans une grande maison à la campagne. Presque inexplicablement, elle accepte pourtant de recevoir Lou un jeune étudiant. Il ne la connaît pas mais admire son œuvre. Ils passeront finalement deux mois ensemble. Quelque chose semble les rapprocher, peut-être une enfance violente, peut-être pas. Il s’efface, l’écoute, serait prêt à tout pour suspendre le temps et tout apprendre d’elle, tout comprendre. Il laisse s’installer avec bonheur et surprise une intimité qu’il n’espérait pas, « Lui faire ouvrir les doigts. Savoir ce qu’elle dissimulait au creux de sa paume. ». Progressivement, elle revient sur sa vie, son écriture, son œuvre. Elle revit littéralement son histoire, dissèque son travail et retrouve tous les sentiments, fougue, colère, désespoir, qui l’ont alors animée, loue la seule richesse à ses yeux, les livres, les mots et la lecture. Elle revient sur la métamorphose qu’elle a accomplie par les mots, par sa volonté, aussi forte et combattante que fragile, la femme est terriblement attachante. Un roman (ou deux) parfaitement maîtrisé, travaillé, construit qui livre le portrait fascinant d’une femme fière et fragile mais aussi une réflexion sur l’écriture, les mots, la création, les douleurs et joies qui l’accompagnent, la recherche du mot parfait et la solitude qui s’installe inexorablement. Un premier roman étonnant !

Premier roman

« Les phrases étaient du métal aussi, une substance pure qu’il fallait extraire patiemment du sable dur de la mémoire. »

« Ce qu’ils appelaient violence, c’était simplement ce qu’ils ne reconnaissaient pas. »


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Julia Kerninon lus par Vaux Livres

 


- 190 -



Lance WELLER
Wilderness
Gallmeister
340  pages
23.6  euros

16-02-2014

 

    Abel Truman est au cœur de Wilderness, roman ample et puissant, qui oscille entre deux périodes de la vie de ce vieux solitaire. Hanté par son passé, sa honte et son sentiment de culpabilité, Abel Truman a décidé de fuir et pris part à la tristement célèbre bataille de la Wilderness. Cassé de toute part, il a survécu et vit maintenant en ermite sur la côte du Pacifique Nord-Ouest avec son chien. Pourtant, il a décidé d’entreprendre un ultime voyage. Dernières aventures toujours aussi périlleuses, les mauvaises rencontres sont légion… et les instants d’humanité rares qui le mèneront néanmoins vers une rédemption finale. Grande et longue épopée aussi violente et noire que sublime dans ce roman éclairé à la fois par un style délicat et parfois poétique et sa construction (va-et-vient permanent sur 30 ans d’existence).

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : François Happe

 


- 189 -



Alexis RAGOUGNEAU
La madone de Notre-Dame
Viviane Hamy
105  pages
17  euros

07-01-2014

 

    Le jour de l’Assomption, Notre-Dame s’anime plus que d’habitude. Ca fourmille de partout, même les ecclésiastiques sont nerveux, la procession organisée en son sein pour honorer la Vierge Marie rassemble de nombreux fidèles. Le lendemain, tout le monde y compris les membres de l’église repère une jeune femme assise sur un banc, belle, éblouissante et provocante dans une robe très courte, immobile, elle attire autant qu’elle réfléchit la lumière. Pourtant, lorsqu’une Américaine s’assoit à côté d’elle, elle s’écroule. Certainement morte déjà depuis de longues heures, les visiteurs n’avaient rien remarqué. Petite révolution, la police débarque en nombre avec à sa tête Landard et Gombrowicz, deux flics qui ne font pas dans la dentelle, rapidement suivis par une jeune procureur, Claire Kauffmann qui prend vite cette affaire très à cœur. Tout le monde est interrogé, le personnel de la cathédrale et les fidèles. On sait rapidement qu’elle était présente le jour de la procession, avec la même tenue, et qu’elle a eu une altercation avec un jeune homme, angle blond au comportement saugrenu, un habitué des lieux. Coupable idéal. Mais pourquoi aurait-il refermé le vagin de la victime avec de la cire ? Le père Kern reste dubitatif devant trop d’évidences. Malgré une maladie sourde et handicapante qui le ronge et aidé par le prisonnier qu’il visite régulièrement, il mène sa propre enquête ce que remarque évidemment Landard et Gombrowicz… Alexis Ragougneau mène parfaitement le fil de l’enquête mais surtout propose une série de personnages emblématiques, vrais, épais, chacun (sur)vivant comme il le peut avec son histoire et ses failles.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir

Les titres de Alexis Ragougneau lus par Vaux Livres

 


- 188 -



Laurence BERTELS
La solitude du papillon
Luce Wilquin
230  pages
20  euros

02-11-2013

 

    Après quatre lectures de Madame Bovary, Isabelle se sent-elle délaissée et proche d’Emma ? En tous cas, une lassitude l’atteint, elle et son couple. Elle ne sait plus trop où elle en est avec son mari, malgré ses trois enfants, Maxime, Clara et Ben qui est handicapé (« Il aura été la faille et le ciment de la famille. »). Autour de la famille gravitent les amis. Mateo qui se mariera bientôt en Espagne est l’ami de Maxime dont Clara est amoureuse. Clara a une amie inséparable, Camille, aussi brillante que belle qui attire la lumière. Partie à la montagne, elle décède par accident et ce drame vient heurter de plein fouet la famille. Fin de l’enfance pour Clara, mise à nu des autres et révélation des secrets de la famille et de son entourage. Les destins se croisent, les liens se font et se défont, les solitudes s’installent…

Premier roman

« Elle savait. Parce que les mères savent toujours. »


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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Laurence Bertels lus par Vaux Livres

 


- 187 -



Romain PUÉRTOLAS
L'extraordinaire voyage du fakir qui était coincé dans une armoire Ikea
Le Dilettante
253  pages
19  euros

29-09-2013

 

    Qui aurait imaginé suivre avec tant de plaisir les pérégrinations folles et tragi-comiques à travers l’Europe d’un fakir indien à la recherche d’un matelas à clous ? Ajatashatru Lavash Patel débarque en effet à l’Aéroport Charles de Gaulle avec cette mission incongrue, acquérir le dernier modèle de matelas à clous d’Ikea. L’homme est rapidement intrigué par les Européens mais filou, ne s’en laisse pas compter, le premier à s’en apercevoir sera le chauffeur de taxi gitan qui le prendra en charge à son arrivée… Une fois sur place, stupéfait par la quantité d’articles proposés, le matelas tant recherché est évidemment en rupture, Ajatashatru se retrouve enfermé dans une armoire Ikea en partance pour l’Angleterre. Il va faire le tour de l’Europe avec un œil affûté qui sait repérer nos invraisemblances, nos contradictions. Il rencontrera les sans-papiers, « les vrais aventuriers du XXI ème siècle », la star Sophie Morceaux, des Soudanais catapultés d’un pays à un autre, ira jusqu’en Libye et sera de retour en France pour un évènement heureux… Une expérience loufoque, singulière, joyeuse, délirante, oscillant entre réalisme et surréalisme, pétillante, parfois philosophique et toujours hilarante ! En espérant que ce roman au vocabulaire imagé connaisse le même succès que le catalogue Ikea !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 186 -



Verena HANF
Tango tranquille
Le Castor Astral
170  pages
13  euros

18-09-2013

 

    Violette est une femme « d’un certain âge, quel bel euphémisme », seule, en effet elle a choisi volontairement « le silence social ». Elle s’est isolée des liens familiaux (marre d’être « la tache grise » des réunions familiales) et sociaux. Elle n’attend rien des autres et préfère se parler vertement d’ailleurs, la dame est directe et n’a pas la langue dans sa poche ! Enrique jeune Bolivien exilé et sans papiers est seul également, mais il subit sa solitude comme sa pauvreté. Il ne comprend pas pourquoi les gens ont peur de lui. Mais « l’île déserte n’existe pas » et le hasard des rencontres illumine parfois les vies. Les deux se croisent, un sourire (« son sourire soulage mon silence social »), un regard, elle décide de l’aider, ce « maigrelet ». Elle repoussera les barrières dont elle s’était entourée, elle redevient humaine, elle renouera les liens avec le monde et le passé qui n’est jamais mort mais aussi avec l’homme qu’elle a quitté. C’est décidé, elle arrête de « mordre ». Enrique reconnaîtra dans « madame patate » sa grand-mère, trouvera une nouvelle famille, une protection, de l’amitié et une véritable place à leurs côtés. Un bel hommage aux rencontres lumineuses qui peuvent bouleverser nos vies et écorner les préjugés, à l’attention portée aux autres qui peut tous nous sauver. Un style vif et personnel pour ce très joli premier roman.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Verena Hanf lus par Vaux Livres

 


- 185 -



Loïc MERLE
L'esprit de l'ivresse
Actes Sud
287  pages
21.5  euros

16-09-2013

 

    Un soir, une banlieue. Youssef Chalaoui, fatigué, rentre chez lui. Ils sont encore là. Les policiers surveillent, contrôlent, en espérant encore en leur pouvoir. C’est la fois de trop. Bavure. Youssef tombe, il est mort. Embrasement local puis national. Loïc Merle en suivant trois personnages principaux ancrés dans leur solitude, Youssef, Clara égérie combative et féministe des évènements, et le président Henri Dumont fuyant, décrit les espoirs et peurs, les rêves et compromissions mais aussi l’inéluctable. Ivresse du pouvoir, ivresse du groupe, ivresse du chaos, ivresse de la colère, ivresse de la liberté, que d’ivresses depuis toujours avec au bout la révolte individuelle ou collective, « Une seule nuit peut changer votre vie ». Un premier roman ambitieux, dense composé de phrases de grande amplitude, sans paragraphe et au vocabulaire riche.

Premier roman

« … on se trouvait dans les rues des Iris aux noms de communistes morts, de villes normandes, de poètes, le communisme manquait toujours, et les pommiers, et la poésie. Dans cette réalité tronquée des noms d’avenues, de bâtiments, mieux valait dormir… et rêver de voyages possibles, accessibles, en charter… et éviter du regard ces noms qui leur faisaient sentir la France, sa domination sans partage, qui s’alliaient aux Voix pour les provoquer : Etrangers étrangères, étrangers pauvres étrangers… »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 184 -



Dominique PARAVEL
Uniques
Serge Safran
165  pages
15  euros

15-09-2013

 

    Dans la rue Pareille à Lyon, une série de personnages sans lien autre que ce lieu se croisent, s’effleurent à peine, le jour de l’Epiphanie, en attendant la révélation. Il sont tous uniques et ordinaires, subissent les contraintes de notre société, cinq personnages au cœur de notre monde. La première partie de ce roman s’applique à décrire leur quotidien ce jour particulier : souffrance, licenciements, solitude, douleur mais aussi douceur et délicatesse. De manière anodine, ils croisent parfois une femme aux gants rouges qui ne semble pas leur porter attention. Pourtant Susanna, originaire aussi de cette rue, est présente pour rassembler ces fragments de vies dans une œuvre d’art. Premier changement de point de vue. La deuxième partie s’attache à la journée particulière de Susanna, autre regard sur ces personnages uniques qui participe à l’élaboration de cette œuvre. Subrepticement, le rôle de l’art notamment de l’art contemporain est abordé, pourra-t-il redonner vie à ces personnages, les aider à trouver leur place ? La dernière partie ou dernier angle de vue revient sur l’histoire de la rue, un passé mouvementé qui peut redonner espoir et atteste qu’une révolte bienveillante est toujours possible. Une construction singulière pour un roman unique !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 183 -



Jérôme PRIEUR
Une femme dangereuse
Le Passage
20017  pages
17  euros

15-09-2013

 

    Le héros semble être arrivé au bout de sa vie. Pris dans une baïne, il est au bord de la noyade. Pourtant, il est sauvé par une femme. Ils font connaissance, pour la remercier, il lui demande ce qu’elle souhaite. Elle lui propose donc de partir à la recherche de Madeleine pour la tuer. L’homme accepte rapidement sans savoir s’il en sera capable mais « L’essentiel, c’est de jouer son rôle ». L’enquête débute, il part sur ses traces, découvre une à une les facettes de cette femme, son passé. Cette traque l’incite aussi à faire « un détour », à s’interroger sur sa propre vie. Voyage entre le passé et le présent alors que ses interrogations et rêves l’entraînent également vers le futur. Il rencontrera beaucoup de femmes, chaque femme contient le négatif d’une autre » qui le guide innocemment vers Madeleine. Un roman poétique émaillé de nombreuses références littéraires ou cinématographiques.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 182 -



Nathalie AUMONT
Consolation
Arléa
110  pages
16  euros

07-09-2013

 

    Une famille, parents, trois enfants, sans histoire, heureuse, enfin jusqu’au drame absolu. Le fils brillant et chéri, 17 ans, désigné pour réaliser ce que le père n’avait pu faire, se tue accidentellement. Quand les parents apprennent ce drame (« La mort de Frédéric fut un tsunami »), le grand frère de Frédéric est avec eux, contrairement à sa sœur, la narratrice, ce qui l’obsèdera longtemps. Elle exprime pourtant ce qu’elle a ressenti ou vu, les cris de sa mère, les silences de son père, les moments particulièrement pénibles, les réactions ou non-réactions de chacun, la douleur, le sentiment d’injustice et d’incompréhension, de culpabilité… Elle accompagne, épaule ses parents qu’elle adore en doutant parfois de leur capacité à pouvoir l’aimer. Cette disparition ne sera jamais oubliée, personne ne sera définitivement consolé, évidemment, néanmoins la force de la vie et le temps adoucissent insensiblement la douleur et à son rythme, chacun reprend son chemin.

Premier roman

« J’ai fait le deuil de mon frère ; j’ai gardé son rire au chaud dans un coin de mon cœur, je lui ai fait un nid d’amour… Je n’ai pas fait le deuil de la douleur de mes parents, ces orphelins d’un fils. »

« La mort ne respecte rien, ni l’ordre des choses, ni la vie qui s’éveille, ni les rêves inachevés. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 181 -



Guillaume SIAUDEAU
Tartes aux pommes et fin du monde
Alma
135  pages
14  euros

25-08-2013

 

    Le jeune héros grâce à une boîte de maquereaux récalcitrante tombe amoureux d’une caissière. De leurs premières rencontres jusqu’à leur séparation, il nous fait partager souvent avec humour, ses espoirs, ses envies et surtout revient sur son enfance, ses chiens, sa sœur, son père et sa mère qui les a quittés rapidement avec un type « qui ne pipait mot ». Contemplatif et rêveur, cette période est toujours très présente en lui et prétexte à anecdotes. Un texte très vivant, un parcours caractéristique de notre époque et un humour attachant.

Premier roman

« Trouver un logement lorsqu’on cherche un travail est aussi difficile que de trouver un travail lorsqu’on cherche un logement. »


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Guillaume Siaudeau lus par Vaux Livres

 


- 180 -



Jérôme MILLON
Vie et destin de Célestin Arepo
La Fosse aux Ours
125  pages
16  euros

11-08-2013

 

    Célestin est né en 1900. Il est comptable, solitaire, costume gris, effacé. Comme son père. Seule passion, les mots, les dictionnaires et les mots-croisés. Destin tracé, prédéfini, sans surprise (« Célestin n’avait du bonheur qu’une image diffuse et, lorsqu’il s’interrogeait sur son existence, il préférait penser qu’il n’était pas malheureux. »). Mais quelques rencontres en décideront autrement. Tout d’abord, Mathieu, rencontré au cimetière Montmartre, passion de pêche. Seul ami à qui il pouvait se confier et partager des moments de calme et de réflexion intime. « Puis vint Rose. ». Elle était serveuse. Ils lièrent connaissance, elle lui demanda s’il était croyant et Célestin resta incertain. Cette question le hanta de longs moments et marqua une pause dans leur relation. Il s’interrogeait sur l’amour, la foi, le sens de la vie. Il devait tenter de trouver des réponses avant de retrouver Rose. Un superbe portrait d’un homme simple qui souhaite comprendre le sens de son existence pour mieux la maîtriser. Un premier roman à l’écriture soignée et raffinée.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 179 -



David CORBETT
Une certaine vérité
Sonatine
550  pages
22  euros

10-08-2013

 

    En 1994, Jude McManus a 17 ans quand son père est retrouvé mort dans les eaux d’un lac. Il était flic à Chicago et de lourds soupçons pesaient sur lui et son équipe, Phil Stroke et Bill Malvasio. Accident ? Suicide ? Cette disparition ne sera jamais élucidée même si Jude assiste à la perquisition en règle de sa maison par les collègues de son père qui ne se gênent pas pour donner leurs avis. Phil et Bill quittent quant à eux le devant de la scène… On retrouve Jude en 2004 comme garde du corps d’Alex, un scientifique américain, dans la République du Salvador. Dans ce pays gangrené par la pauvreté, la violence et la corruption, Alex est venu réaliser un audit pour un grand groupe concernant l’exploitation de l’eau. Bill Malvaisio navigue également entre les Etats-Unis et le Salvador. L’homme n’a plus aucune limite et il agit aussi bien pour son compte que comme homme de main d’un chef mafieux. Bill contacte alors Jude lui proposant de faire venir au Salvador Phil Stroke pour le relancer et le sortir de la panade. Jude y voit l’occasion de connaître enfin la vérité sur la fin de son père mais une certaine proximité avec ces deux hommes a résisté au temps et aux doutes sur leur honnêteté à Chicago. Bill parait sincère et repenti, mais Bill ne fait rien gratuitement… et Jude même s'il refuse longtemps la réalité, vient de tomber dans un engrenage terrible. La trame est dense puisqu’elle allie une intrigue haletante, un portrait efficace des relations entre l’Amérique et le Salvador comme de l’état affolant de cette République.

Premier roman

« Je pense que nous sommes tous des ordures. »

« Et qu’était l’amour sans un peu de trahison ? »

« Peut-être qu’ici c’est ça, la seule solution quand on veut sauver quelque chose, pensa-t-elle en rentrant dans la maison. Il faut le tuer d’abord. »

« Pourquoi est-il si difficile pour nous autres Américains – et pus particulièrement pour nous autres hommes américains – de concevoir qu’on puisse ne pas avoir envie de nous ? »


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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Pierre Szczeciner

 


- 178 -



Sophie VAN DER LINDEN
La fabrique du monde
Buchet-Chastel
156  pages
13  euros

07-08-2013

 

    Mei, jeune Chinoise, est venue en ville pleine d’espoir, un travail, un logement, de l’argent… Finalement, elle dort, loge, travaille dans l’usine de textiles qui l’a embauchée. A chaque nouvelle commande, un nouveau slogan (« Ton courage tu donneras sans limite pour construire une Chine prospère. ») motive ces petites mains qui ne font qu’une avec leur machine, efficaces, aguerries à la douleur, sous l’œil sévère d’un contremaître sans pitié veillant au respect de délais toujours plus oppressants : « Je n’ai pas été au bout de ma douleur car je sais qu’elle est sans fin. Pourtant, je dois garder ma fierté. » Et pourtant, la jeune Mei continue de rêver, sa vie ne fait que commencer, elle rêve d’une rencontre, d’un amour pour la vie. Et le rêve peut-il devenir réalité dans le monde de Mei ?

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Sophie Van Der Linden lus par Vaux Livres

 


- 177 -



Toine HEIJMANS
En mer
Bourgois
156  pages
15  euros

21-07-2013

 

    Donald, lassé et insatisfait de son quotidien, a décidé de prendre le large. Trois mois de congés à bord de son voilier, loin de tout, pour se recentrer et trouver un apaisement dans ce combat contre la mer et contre lui-même. Pourtant, lors de la dernière étape, sa fille, Maria, âgée de sept ans, doit le rejoindre. Trois jours tous les deux, sur la mer, dans ce petit espace, à partager tous les instants. Enfin. Un père, une fille, complices. Se prouver qu’il pourra le faire. Puis l’arrivée prévue, triomphante, fiers, devant sa femme rayonnante qui les attendra sur le port, pour repartir, tous les trois, unis. Les premiers instants avec Maria sont heureux, paisibles. Mais rapidement, le lecteur ressent le trouble de Donald, sa fragilité, ses doutes et ses peurs, une anxiété de tous les instants, la peur de l’échec permanente, l’atmosphère se tend, comme le bateau, l’homme tangue, hésite. L’orage gronde, et lorsqu’il découvre que Maria n’est plus dans son lit, Donald et le lecteur paniquent, tremblent. La tension est extrême jusqu’à l’arrivée au port qui ne prendra donc pas la forme escomptée… Un grand bonheur que ce premier roman, un style riche, un univers maritime parfaitement décrit, attirant et dangereux, omniprésent et obsessionnel, un suspense sans faiblesse, et le portrait émouvant d’un père en plein doute et parfaitement angoissé.

Premier roman

« Tout le monde est à moitié sourd et aveugle. Les gens ont beau penser le contraire, ça vaut pour tout le monde. »

« L’eau n’a ni sentiment ni histoire. Elle ne fait rien, elle est, c’est tout. Si elle t’assassine, si elle te noie, il n’y a là rien à chercher que ta propre stupidité. La mer n’est ni une amie ni une ennemie. »


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Danielle Losman

 


- 176 -



Samira SEDIRA
L'odeur des planches
Le Rouergue
136  pages
16  euros

17-05-2013

 

    Samira Sedira a même oublié l’odeur des planches qu’elle a pourtant longuement foulées et puissamment respirées. En effet, après une formation de comédienne, elle a joué de nombreux rôles, fréquenté moult salles de théâtre. Et puis, un jour, tout s’arrêta, le rideau tomba et personne ne fut là pour le lever. Plus de rôles, plus de travail, plus rien, exclusion, solitude et isolement s’installent progressivement. Sans identité, sa vie se délite. Le chômage, fin de droits, retour au boulot, et elle s’engage comme femme de ménage. Les souvenirs reviennent. L’exil de ses parents, leur sacrifice, son obligation de réussir, sa mère qui ne s’est jamais intégrée, l’impression de revivre son calvaire aujourd’hui avec en plus un sentiment de mépris de soi et de culpabilité face à cet échec qui semble établir que rien ne bouge, seule demeure l’attente, l’attente de dignité, de reconnaissance, de travail, de son pays, du retour… Ce témoignage sincère et direct est sensible, émouvant, intense tant dans l’émotion qu’il suscite que dans la multitude des thèmes abordés (l’exil, le travail et le chômage, les femmes exilées, les enfants d’immigrés, la réussite, le monde du théâtre, le salariat et les petits boulots…).

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 175 -



Nathalie NOHANT
L'hypothèse des saisons
Le Passage
250  pages
18  euros

01-05-2013

 

    Ils sont trois, forment un trio bancale, où l’un observe et écoute les deux autres dans un premier temps. Observation de l'autre, de ses sentiments mais auto-observation également. Deux d’entre eux viennent de subir la fin d’un amour, une séparation. L’œil est perçant, l’attention ultime. Chaque mot frappe, chaque regard consenti est pesé. Puis le trio se forme, Jules et Jim peuvent l’accompagner et rejoindre l’Avventura, un café en bord de Marne. Confusion des sentiments, désir à fleur de peau renaît en prenant son temps avec comme idée récurrente, lancinante et obsédante, comment s’en sortir ?

Premier roman

"Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon cœur
D'une langueur
Monotone.
"


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Thème(s) : Littérature française

 


- 174 -



Olivia PROFIZI
Les exigences
Actes sud
175  pages
18  euros

28-04-2013

 

    Rachel aime un homme, plus que tout, plus qu’elle-même certainement. Elle accepte tout, absolument tout, sans aucune retenue, même la violence et la perversité les plus ultimes. Domestiquée sexuellement, elle est devenue sa chose. Et puis un jour, elle dit stop mais se méprise et tente d’en finir. Elle se retrouve dans une clinique et revient alors sur son expérience et sur le cheminement qui l’a amenée à ce statut d’esclave. Elle évite toute facilité et n’endosse pas le rôle de victime, elle n’a pas seulement subi, loin de là, elle reconnaît en effet sa responsabilité et son acceptation dans cette relation univoque et dans ces violences. Et seule cette lucidité lui permettra tant d’en l’analyse de cette relation consentie que dans la revisite de son enfance, d’éloigner la dépression qui la mine et commencer une seconde vie.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 173 -



Clément BÉNECH
L'été slovène
Flammarion
127  pages
14  euros

28-04-2013

 

    Deux jeunes amoureux partent pour la Slovénie pour concrétiser cet amour ou y mettre un point final ? « Nous étions venus en Slovénie pour changer d’air, mais il semblait qu’il se viciait à notre approche et nous suivait comme une nuée de moucherons ». Le jeune homme est le narrateur mais il donne aussi son interprétation et le lecteur profite donc d’une double vision. Il est lucide, parfois désinvolte, décrit les faits quotidiens anodins ou singuliers mais surtout la vie du couple. Leur différence point rapidement et leur périple chaotique dans ce pays mystérieux la mettra en évidence voire l’exacerbera. Un premier roman délicat et élégant non dénué d’humour sur un couple sans lendemain.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 172 -



Pascale DIETRICH
Le homard
Atelier In8
95  pages
12  euros

08-04-2013

 

    Camille apprécie les tombolas organisées par les bonnes œuvres de sa petite commune bretonne, autant pour se débarrasser d’objets inutiles tel ce pic à glace que pour la curiosité de gagner des lots inattendus voire incongrus tel ce bel homard. Il faut dire que Camille semble avoir peu d’occupations, son mari semble ailleurs avec sa vis dans le crâne, quelques discussions avec sa meilleure ami au café « La veuve pochard débitante »… Le calme… Et puis « Clac ! », un manoir au bord de la côte semble raviver son couple, et un touriste anglais retrouvé assassiné… que d’occupations ! Camille Dietrich nous parle de couple et de quotidien, de folie, d’amour mais avec un ton singulier et juste oscillant avec bonheur entre noirceur et humour.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir

Les titres de Pascale Dietrich lus par Vaux Livres

 


- 171 -



Claire-Lise MARGUIER
Les noces clandestines
Le Rouergue
122  pages
13.8  euros

27-03-2013

 

    Après le décès de sa grand-mère avec laquelle il vivait, un professeur de collège d’histoire et géographie hérite de sa maison. Il s’y retrouve seul, un peu perdu, notamment dans la chambre rouge, espace qu’il a commencé d’aménager avant la mort de la vieille dame. Une chambre qu’il aimerait bien voir habitée, par une belle âme si possible pour la protéger, l’élever encore. Oui mais qui ? Un jeune homme beau comme un ange qui vit dans la rue presque devant chez lui le croise, il l’enlève. Hasard des rencontres, de la vie. Le huis clos devient vite dérangeant, ambigu. Entre attirance et répulsion, douceur et violence, sans rébellion, les sentiments contradictoires traversent ces deux hommes. Lequel des deux acceptera ou décidera de briser les chaînes de la relation qui les unit ? En sus d’un style travaillé, d'une écriture poétique et musicale, Claire-Lise Marguier réussit déjà dans ce premier roman à varier le ton, les effets et surtout bousculer le lecteur.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 170 -



Kéthévane DAVRICHEWY
Tout ira bien
Arléa
95  pages
12  euros

22-03-2013

 

    Abel a dix-sept ans lorsqu’il se retrouve poussé dans un train. Départ contraint loin de son ami Antoine et de Lou seule figure féminine qui a cru en lui. Il part loin de ses repères et de toute tendresse pour l’Arche, un centre de désintoxication. La drogue l’a broyé et l’Arche continue d’une autre façon, sevrage, isolement, violence. Il convoque son passé et revient sur son parcours chaotique, sentiment de solitude, d’inutilité, quel sens donner à sa vie, une seule passion le dessin, mais à part Lou, personne n’y prête attention. Abel hésite, se rebelle, plie, se replie, s’accorde parfois quelques respirations et laisse la vie pointée d’abord timidement, en espérant que tout ira bien pour cet adolescent en danger. Un livre vif, tendu, rythmé tant par le style que par l’alternance entre passé et présent d’Abel. Un superbe premier roman qui annonçait en effet les suivants parus chez Sabine Wespieser. Tout ira bien est maintenant disponible à l’Ecole des Loisirs.

Premier roman


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Thème(s) : Jeunesse Littérature française

Les titres de Kéthévane Davrichewy lus par Vaux Livres

 


- 169 -



Hoai Huong NGUYEN
L'ombre douce
Viviane Hamy
160  pages
15  euros

14-03-2013

 

    En 1954, les troupes de l’armée populaire vietnamienne harcèlent les troupes françaises. Parmi elles, Yann, jeune breton de Belle-Ile, se retrouve évacué vers Hanoï suite à une blessure au thorax. Yann est un taiseux, un rêveur et lorsqu’il voit la première fois, Mai, jeune Annamite envoyée par les sœurs du couvent, il la remarque à peine alors que Mai immédiatement est foudroyée. Histoire d’amour impossible, et pourtant, jour après jour, les liens se tissent et Yann découvre Mai qui tente alors de repousser au maximum le nouveau départ de Yann vers le front. Ce n’est que le début des épreuves qui entraveront leur relation : le père de Mai a d’autres projets pour sa fille et surtout la guerre et les combats, la séparation est inéluctable. Quand Yann part vers Diên Biên Phu, ils se marient, se jurent fidélité, de s’attendre et de se retrouver quand les combats seront achevés. Mais pourront-ils résister et surtout survivre à cet enfer ? Hoai Huong Nguyen a trouvé le ton juste pour osciller, avec mesure et poésie, entre douceur et violence et elle ceint habilement le lecteur d’une toile aussi douce qu’étouffante. Une belle et douloureuse émotion.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 168 -



Juan Jacinto MUNOZ RENGEL
Le tueur hypochondriaque
Les Escales
235  pages
21.5  euros

08-03-2013

 

    Monsieur Y. est un tueur à gages, très consciencieux, depuis un an et deux mois, il suit Eduardo Blaisten sa prochaine cible. Monsieur Y. est entravé dans son travail par sa malchance mais surtout par une maladie, ou plutôt par des maladies. Hypochondriaque extrême qui reconnaît sa « relation complexe avec les médecins… 9000 fois plus dangereux qu’une arme à feu », il est atteint d’une multitude de maladies souvent imaginaires mais toujours inquiétantes et observant les nouveaux symptômes, il s’attend au pire chaque soir ! Pourtant Monsieur Y. ne s’en laisse pas conter, c’est « un homme de devoir kantien », et tout en accomplissant sa tâche avec application, sa culture lui permet d’évoquer tous les grands malades et hypocondriaques de la littérature, et le choix est immense, Proust, Molière, Poe, Voltaire, Tolstoï… Dans cette traque de la vie et de la mort, un premier roman qui oscille entre le noir et l’absurde et surtout toujours réjouissant.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Catalina Salazar

 


- 167 -



Daniela KRIEN
Un jour nous nous raconterons tout
Flammarion
235  pages
19  euros

03-03-2013

 

    Maria Bergman a seize ans lorsqu’elle décide de quitter sa mère pour rejoindre son petit ami Johannes Brendel et sa famille dans une ferme de Saxe appartenant alors encore à l’Allemagne de l’Est. Elle s’insère progressivement dans cette famille qui l’accepte et elle prend sa part de la rudesse de leur quotidien et affronte avec eux les tourmentes de la vie en RDA. Son destin semble tracer entre ce quotidien et ses lectures des Frères Karamazov mais c’est sans compter la passion qu’elle va rencontrer avec Henner, le fermier solitaire du domaine voisin. Un homme solitaire, cultivé et grossier, dur et tendre, violent et doux, protecteur et menaçant. Elle devient son objet, le souhaite et le désire (« Je lui murmure à l’oreille : ‘’fais de moi ce que tu voudras’’. Et c’est qu’il fait. »), une passion violente et torride qui la plonge dans le mensonge, l’écartèle entre deux mondes alors que les craintes de la réunification commencent de poindre. Le récit à l’écriture directe et limpide suit cette passion sans retenue, sans remords ni culpabilité, mais les passions sont souvent éphémères et leurs fins violentes. Daniela Krien relie ainsi subrepticement ce destin personnel et le destin d’une nation, fin d’un amour et d’une enfance qui coïncident avec les derniers instants d’un pays qui se préparent à des retrouvailles inquiètes.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Bernard Lortholary

 


- 166 -



Ryad ASSANI-RAZAKI
La main d'Iman
Liana Levi
328  pages
20.5  euros

03-02-2013

 

    Ryad Assani-Razaki dans ce roman polyphonique donne la parole notamment à trois jeunes Africains, Toumani, Alissa et Iman. Ils partagent une Afrique où le passé colonial continue d’insuffler des comportements et agissements biaisés, dangereux et inhumains. Un enfant peut être acheté, laissé pour mort, chaque jour et sans souci. C’est dans un égout qu’Iman retrouve Toumani, la jambe mangée par les rats. Iman, superbe métis, a quitté sa mère qu’il ne voit plus alors que son père, blanc, est reparti de longue date en France. Alissa a rencontré Toumani avant que Monsieur Bia achète Toumani puis le jette comme un vulgaire objet usager. Les points de vue alternent, les personnages dialoguent par chapitre interposé, le jeune handicapé Toumani qui idolâtre Iman, aime Alissa mais reste désespéré, incapable de rêves, d’espoir, d’envisager un lendemain, un destin commun ; Alissa qui ne comprend pas pourquoi Toumani la repousse vers Iman ; Iman qui ne voit pas d’autre issue qu’un départ vers l’Europe. Le récit est rythmé, les destins détaillés, les choix et sentiments de chaque personnage disséqués et ce portrait humain de l’Afrique noire demeure désespéré et désespérant. Un premier roman fort et poignant.

Premier roman

« On dit que le destin d’un homme est entre ses mains. Mensonge. Souvent, le destin n’est que la pointe d’une lance projetée depuis plusieurs générations. »

« Je vis dans un monde où les rêves déplacés peuvent être fatals. »

« Le monde est ainsi fait, la valeur d’une personne est liée à son utilité. Je ne sais ni lire ni écrire et je tiens à peine debout. La véritable question n’est donc pas "Que veux-tu ?" mais "Que peux-tu te permettre de vouloir ?". Beaucoup ne le savent pas, mais même l’ambition est un luxe. »

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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 165 -



Claire GALLEN
Les riches heures
Le Rouergue
192  pages
18  euros

28-01-2013

 

    Anna et Gaëtan forment un couple heureux, ils ont réussi, riches et parvenus, ils espèrent toujours plus. Sans scrupules, les ventes immobilières s’enchaînent, l’argent coule à flots, la vie facile et cela leur parait juste, « A une époque, je gagnais plus en un mois que mon père en un an. Et ça me semblait juste. » Le cynisme est également de mise, « J’étais un petit con, avec délectation. » mais la crise les rattrape et ébranle leurs certitudes, la chute est immédiate, ils sont réduits à vivre à Cergy dans un modeste appartement familial. Ils rejoignent ceux qu’ils ont tant méprisés. La justice commence de s’intéresser à la société de Gaëtan, moins fier alors des combines qu’il a mises au point, pourtant l’été approchant, Anna souhaite partir à la mer et ils louent un deux-pièces dans une résidence du Lavandou. Sur la route, un accident les ralentit, Gaëtan croise le regard d’une gamine le visage en sang, il a l’impression qu’elle l’appelle mais il ne s’arrête pas, premier grain de sable avant la plage. Arrivés sur place, ils s’installent sans mots dans le deux-pièces minables. Elle va à la plage, il reste et tourne en rond. Le roman raconte cette escapade en revenant sur les évènements antérieurs et leur histoire. Le couple vacille, pourra-t-il résister, quel sera le comportement de chacun face à cette épreuve ?

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Claire Gallen lus par Vaux Livres

 


- 164 -



Sylvie BOCQUI
Une saison
Arléa
100  pages
14  euros

20-01-2013

 

    Gouvernante d’étage dans un grand palace, cette femme est anonyme, en retrait, les sens en éveil, elle ne semble attentive et réceptive qu’aux odeurs, aux sensations, au toucher des tissus… On ne sait pas vraiment ce qu’elle en pense mais on la sent captive à ces perceptions. La matière, les odeurs l’attirent au contraire de ses congénères semble-t-il qui l’ignorent aussi royalement. Un effacement total, feutré, doux et douloureux à la fois et surtout hyper-sensible.

Premier roman

« Elle ne sait pas qu’elle se cache, elle se cache si bien qu’elle n’est même plus là pour elle-même, même plus pour se cacher. Tout la blesse malgré tout. »

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Thème(s) : Littérature française

 


- 163 -



Hervé DECCA
404 not found
Actes Sud
298  pages
20  euros

06-01-2013

 

    En 2005 (cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ?), à Villeneuve-Saint-Maur, si proche et pourtant si éloigné de Paris, « De la tour, les enfants contemplaient l’école. Et de l’école, ils contemplaient la tour. » La tour Presov et le lycée Ravel représentent pour beaucoup leur seul univers et lorsque Déborah disparaît, fugue ou disparition criminelle, les flics s’installent dans le quartier ! Arénas mène l’enquête tout en préparant son concours de commissaire. La jeune Lila veut coûte que coûte s’en sortir, laisser la tour derrière elle, elle semble en avoir les capacités et la volonté suffisante mais son frère Hicham veille… L’enquête sous forme de témoignage sociologique et réaliste ouvre les portes d’une banlieue triste, isolée et désespérée, de ses établissements scolaires et des enseignants parfois désabusés.

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir

 


- 162 -



Jean-Daniel VERHAEGHE
Le jeu de l'absence
Arléa
145  pages
19  euros

26-11-2012

 

    Ferdinand et Jeanne se connaissent depuis toujours. Ils se sont rencontrés sur les bancs de l’école et ne se sont plus quittés. Formidable aventure humaine, amour partagé et constant, un premier amour qui dure et semble éternel ("... tu es toute mon histoire, toute ma mémoire, tu es l'autre part de moi, tu es mon bonheur, le témoin de nos accidents les plus secrets."). Mais l’homme reste rarement satisfait de son quotidien et lorsque Ferdinand corrige les épreuves de Jorgen Hörtan son auteur norvégien favori, il découvre l’histoire de deux amants qui choisissent sciemment de s’éloigner l’un de l’autre pour mieux se retrouver. Ferdinand convainc alors Jeanne de participer à ce « jeu de l’absence ». Les deux histoires s’entremêlent alors, les destins se croisent, deux histoires, deux romans, qui n’en font qu’un. Ferdinand et Jeanne décident donc de se quitter, de ne pas se donner de nouvelles avec la date des retrouvailles. Parenthèse de cinq mois pour mieux se retrouver, pour appréhender son amour, le mesurer, le titiller, le relancer et l’amplifier. Jeanne part à la rencontre de Pierre Loti pour continuer sa thèse tandis que Ferdinand demeure à Paris. Jeanne, jour après jour, rencontre après rencontre, découvre une autre vie, une liberté jamais éprouvée. Le jeu est risqué, l’espoir du bonheur retrouvé sera-t-il assez puissant pour qu’ils soient tous les deux au rendez-vous ? En mêlant fiction et réalité, en imbriquant les destins de ces deux couples, Jean-Daniel Verhaeghe réussit habilement à inclure le lecteur au cœur de ce jeu dangereux et tendu.

Premier roman

« En amour, la fidélité n’est-elle qu’une absence de désir ? »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 161 -



Maaza MENGISTE
Sous le regard du lion
Actes Sud
368  pages
23.7  euros

05-11-2012

 

    Hailu est chirurgien à l’hôpital d’Addis-Abeba. Sa femme est très malade mais il continue de croire et d’espérer en sa guérison. Ils ont deux fils, Youna enseigne l’histoire à l’université et est père d’une petite fille tandis que Dawit, étudiant en droit, rêve d’un monde libre et juste pour tous. Mais, 1974 marque un tournant dans l’histoire de l’Ethiopie qui vit alors le début d’une longue révolution, Hailé Sélassié est renversé (« Notre empereur a bâti le mythe de ce pays sur le sang de ceux qui étaient trop épuisés pour faire entendre leur propre vérité. ») et les militaires prennent le pouvoir. Certains peuvent espérer un instant demeurer en retrait, mais les évènements contraignent tous, y compris la famille d’Hailu, à réagir, à prendre parti, impérativement. La violence les rattrape, un à un. Fidélité à ses principes, engagement, courage, lâcheté, trahison, chacun devra trancher. Cette fresque historique décrit les réactions de cette famille comme d’une multitude d’autres personnages, anonymes ou non, capables du pire comme du meilleur. Ce premier roman tout en retenue et d’un style fluide dresse le portrait d'une Ethiopie moderne, pays marqué par la religion, épuisé par les famines, ravagé par les guerres, sans répit, jusqu’à l’épuisement. Maaza Mengiste sans jamais prendre parti ni juger dépeint également la complexité des sentiments, l’instant crucial où un choix définitif fait basculer d’un côté ou l’autre et replace l’humain au centre de l’histoire de l’Ethiopie.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Céline Schwaller

 


- 160 -



Benjamin WHITMER
Pike
Gallmeister
265  pages
22.9  euros

26-10-2012

 

    Pike est un vieux truand retiré des affaires quand sa fille Sarah est découverte morte et qu’il se retrouve alors le baby-sitter attitré de sa petite fille. Pike a « oublié » pendant de longues années sa fille, mais il n’accepte pas son décès. La mort de Sarah l’entraîne sur les traces d’un flic véreux dans le monde interlope de l’Ohio et du Kentucky. Accompagné de son jeune ami Rory amateur de combats de boxe, le lecteur le suit dans ses péripéties dans les bars glauques à la rencontre des junkies défoncés et en manque, du monde de la prostitution, et surtout de la violence sans retenue et parfois gratuite. Mais Pike est un dur et rien ne peut le stopper, il a décidé d’éclaircir la mort de Sarah et de trouver son assassin et il avance, tranquillement, implacablement, presque sereinement et n’hésitera pas à supprimer ceux qui se mettront en travers de son chemin. Une couverture noire, pour un roman noir, digne des meilleurs titres de Bruce Springsteen ! A quand l’adaptation cinématographique, elle ne fait aucun doute !

Premier roman

"Il est possible d’échapper à sa bonne éducation. Il est possible d’échapper à peu près à tout, si on y met du sien."

"Un rêve est un hachoir à saucisse qu’on alimente en y pressant sa vie."


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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Jacques Mailhos

Les titres de Benjamin Whitmer lus par Vaux Livres

 


- 159 -



Samuel DOUX
Dieu n'est même pas mort
Julliard
295  pages
19  euros

25-10-2012

 

    Elias doit se rendre à Poitiers pour l’enterrement de sa grand-mère qui s’est suicidée. Une grand-mère que tous les voisins estimaient souriante, aimable… alors que redoutable, elle a exercé tout son talent pour empoisonner l’existence de ses proches (« Même disparue, ma grand-mère est comme un tissu rêche. »). Ce suicide le jour du Yom Kippour, à Poitiers, accompagné d’une longue lettre d’adieu écrite en rouge et qui règle quelques comptes, incite Elias à convoquer la mémoire de ses aïeux pour mieux appréhender l’histoire familiale, une histoire qui va de pair avec l’histoire des pays qu’elle traverse. Une suite de tableaux éclaire cette saga familiale sur trois générations et son passé mais aussi l’Histoire (Pologne, Russie, France, Occupation…) avec comme point d’ancrage la grand-mère. Un passé qui ne passe pas, qui reste présent, que l’on peut seulement espérer accepter pour finalement errer dans ce labyrinthe le sourire aux lèvres.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 158 -



Olivier VANGHENT
L'entre-sort
L'Age d'Homme
150  pages
13  euros

22-10-2012

 

    C’est l’histoire d’Elle et de Lui. Une histoire d’amour. Il est immobile, paralysé, l’infini l’appelle. Pourtant ses pensées courent encore et il peut la regarder, elle, toujours aussi belle et aimante. Elle transcrit les mots qu’il aligne, péniblement. Pourra-t-elle continuer de l’aimer et le délivrer ? Jusqu’où est-elle prête à le suivre ? Un cri angoissant, un texte dérangeant voire violent qui bouscule le lecteur, un style indéniable, une maîtrise du rythme, du fond comme de la forme.

Premier roman

« Nous sommes entrés dans le monde par un cri. La vie aura permis d’en sortir avec des mots, qui ne sont jamais les mêmes, sont les seuls, peut-être, les derniers qui nous distinguent vraiment. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 157 -



Lorenzo CECCHI
Nature morte aux papillons
Le Castor Astral
175  pages
14  euros

21-10-2012

 

    A Bruxelles, dans les années 70, Vincent étudiant en sociologie observe, réfléchit et doute. Il observe ses parents et leur amour étouffant, son père en train de mourir, sa promise Carine, son pote Nedad qui souhaite devenir sculpteur. Au milieu de ce quotidien prévisible et pesant surgit Suzanne, femme libre et libérée, et lorsqu’il la saura manipulatrice, il l’oubliera ainsi que Nedad. Vincent a toujours su se protéger des autres, il s’attachera à garder une distance pour mieux observer, ne pas se laisser accaparer mais aussi s’observer. Des potes, oui, il en aura, mais des amis, il n’en aura qu’un (« Nedad conclut que l’amitié est un égoïsme extrême, un narcissisme poussé à son comble où chacun prend son pied en solo en jouissant de son propre reflet dans un alter ego qu’il appelle son ami : une pratique spirituelle substitutive à l’inavouable désir charnel. »). Des années plus tard, Suzanne et Nedad resurgissent brutalement dans sa vie et lui confirment sa fragilité et le long périple qu’il lui reste à parcourir pour devenir un homme. Un texte sensible et désabusé sur l’amour, l’amitié, la faiblesse des hommes, leurs difficultés d’aimer, de s’engager.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 156 -



Makenzy ORCEL
Les Immortelles
Zulma
145  pages
16.5  euros

28-09-2012

 

    Les immortelles constitue le résultat d’un marché entre un écrivain et une prostituée à Port-au-Prince. Un corps, un sexe contre la transcription d’un témoignage sur un monde que le dernier tremblement de terre a éprouvé, garder mémoire des femmes prostituées disparues, ne pas les oublier. Histoire de la belle et très convoitée Shakira, amoureuse d’un écrivain et des livres pourtant étrangers à ce monde. Brûlot vif, percutant, direct, cru, dérangeant, à la forme et au style singuliers.

« Finalement, un homme poète c’est un peu comme une femme engrossée par les mots. »


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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 155 -



Christophe CARLIER
L'Assassin à la pomme verte
Serge Safran
180  pages
15  euros

10-09-2012

 

    Dans un grand hôtel parisien, le Paradise, un trio se forme, autour d’un verre, d’une discussion, les liens se tissent entre Craig un américain désorienté, Elena une belle italienne esseulée et l’Italien volubile et vantard de la suite 205 sous les yeux attentifs de Sébastien le réceptionniste consciencieux. La relation aurait pu durer le temps de leur séjour, mais un grain de sable vient tout bousculer ! L’Italien est retrouvé assassiné dans sa chambre, assassiné trois fois (« L’annonce d’un crime est toujours salutaire, puisqu’elle nous rappelle à nous-mêmes que nous sommes vivants. »). L’enquête est décrite en pointillés, les réflexions, activités de Craig, Elena et Sébastien suggèrent, démontrent, infirment toutes les hypothèses possibles. Craig et Elena sont immédiatement complices et se sentent attirés l’un par l’autre, mais cette mort brutale et ce lieu les inhibent sensiblement : « Face à Craig, je me répète que les amours d’hôtel sont le lot des désoeuvrés du cœur. ». L’ombre imposante du défunt continue de s’imposer à l’enquête qui louvoie et aux tentatives de Craig et Elena pour nouer une vraie relation. Roman à trois voix, chacun raconte, observe, épie, interprète, suppose, le meurtre devenant presque anodin. Le va-et-vient permanent du récit entre les trois personnages le fluidifie et le rythme. Une vraie originalité dans ce premier roman !

Premier roman

« Passé quarante ans, le hasard bouscule la vie au lieu de la construire. »


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Christophe Carlier lus par Vaux Livres

 


- 154 -



Nicolas LE GOLVAN
Reste l'été
Flammarion
162  pages
16  euros

06-09-2012

 

    Quarante ans. Où en est-il ? L’amour peut-il durer ? Un homme en vacances avec sa femme et ses enfants dans la maison de famille, comme chaque été, au bord de la mer, s’interroge. Tout lui pèse, un sentiment de lassitude l’envahit, tout ça ne cacherait-il pas une solitude déguisée ? Une vieille déchirure en profite pour se réveiller. Il continue pourtant d’aimer sa femme, mais son amour semble parfois suivre le mouvement de la marée. Alors il décide de les laisser repartir et de prolonger son séjour sur l’île de Ré. Réfléchir, se remémorer leur histoire pour mieux l’appréhender, la jauger, en espérant la dominer, devenir enfin acteur de sa propre vie pour prolonger leur histoire. Mais pendant ce temps, a-t-il penser à ce que fera sa femme ? L’éloignement recèle intrinsèquement certains dangers, saura-t-elle patienter ? Cette pause lui sera-t-elle permise ? Une prose riche et poétique pour ce regard perçant, douloureux et cruel sur un amour que l’on souhaiterait éternel…

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Nicolas Le Golvan lus par Vaux Livres

 


- 153 -



Clélia ANFRAY
Le coursier de Valenciennes
Gallimard
148  pages
14.9  euros

29-08-2012

 

    Simon Abramovitch vendeur de chaussures dans le centre de la France vient en mission à Valenciennes. Il a connu Pierre Weill dans un camp de travail et Pierre est disparu après son départ pour Auschwitz. Simon ne l’a pas oublié, l’homme, ses poèmes, et ses précieuses lunettes qu’un Allemand s'appliqua à écraser méthodiquement, proprement sous sa semelle. Or Pierre lui confia quelques notes et le temps est venu de les apporter à sa famille. Simon pense déposer le paquet et retourner aussitôt chez lui. Mais dès son arrivée à Valenciennes, ville qui n’a pas encore digéré la guerre, l’ambiance devient étrange, pesante et lorsqu’il franchit la porte de la maison bourgeoise de la sœur de Pierre, les souvenirs s’imposent (« La guerre était bel et bien finie. Alors quoi ? Alors rien. C’était lui dans le fond qui n’en avait pas terminé. »), les douleurs remontent, les sentiments deviennent confus, se venger, pardonner, oublier… Le choix est fait, depuis le début certainement, Simon le sait maintenant. Un texte touchant avec comme toile de fond la vengeance et l’ambiance d’une ville du Nord en convalescence aux lendemains de la guerre.

Premier roman

« Renoncer n’était jamais au fond qu’une affaire d’habitude. Comme tout le reste. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 152 -



Philippe COHEN-GRILLET
Haut et court
Le Dilettante
255  pages
17  euros

23-08-2012

 

    Comment une famille de quatre personnes du Nord de la France a-t-elle pu se suicider de concert, un soir presque comme un autre ? C’est le fils de la famille, « A défaut d’être distingué, je sortais de l’ordinaire », qui d’outre-tombe revient sur l’histoire de ce suicide collectif ainsi que sur l’enquête policière qui n’éclaircira pas cette affaire. Avec un ton décalé, un humour noir voire désespéré, il décrit avec froideur la lente et tragique dérive de cette famille ordinaire, portrait représentatif d’une France délaissée : une mère au foyer, un père qui sent la préretraite approcher, une sœur employée dans une auto-école en perte de vitesse… Quant à lui, le narrateur travaille dans un hypermarché, à la réception des marchandises et c’est là qu’il rencontre la belle et lumineuse Caroline, responsable de la Banque Alimentaire en qui il place quelques espérances… Jour après jour, irrémédiablement, la famille avance à pas tranquilles vers cette soirée, naturellement, et les préparatifs minutieux s’effectuent presque dans la bonne humeur même si « Se pendre, c’est un vrai casse-tête ». Dans cette chronique sociale, Philippe Cohen-Grillet a choisi l’humour noir et la banalité pour rendre compte de ce fait divers comme on l’a certainement honteusement alors qualifié, ce qui ne l’empêche de fissurer le mur de nos certitudes si elles perduraient…

Premier roman

« Si on a quelque chose à dire, on le doit de son vivant ! Après, c’est trop tard et on ferme sa gueule. »


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Thème(s) : Littérature française

 


- 151 -



L.C. TYLER
Etrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage
Sonatine
235  pages
16.2  euros

16-08-2012

 

    Ethelred Tressider continue de rêver de Booker Prize alors qu’il édite des romans sous trois noms. Il est notamment l’auteur de polars dont l’enquêteur Fairfax arrive en fin de carrières. Elsie, son agent, l’incite fortement avec son franc parler à continuer son œuvre afin d’en tirer encore quelques faibles subsides. Lorsque la police vient leur annoncer la disparition de Geraldine son ex-femme, volage et grande manipulatrice, il devient cette fois l’acteur en chair et en os d’une nouvelle enquête. Poussé par Elsie qui ne lache pas d'une semelle, il se lance sur les traces de son ex avec des motivations assez obscures. Quant à elle, la police suit la piste d’un tueur en série malgré quelques réponses et comportements d’Ethelred ambigus. Ethelred ne serait-il pas mêlé plus qu’il ne le dit à cette disparition ? Entre deux réflexions littéraires, l’enquête digne d’un Poirot ou d’une miss Marple balade le lecteur avec une pointe d’humour permanente qui agrémente cette enquête so British !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Julie Sibony

 


- 150 -



Hye-young PYUN
Cendres et rouge
Philippe Picquier
198  pages
18  euros

13-08-2012

 

    Monsieur T-K travaille au sein d’une entreprise pharmaceutique spécialisée notamment dans les insecticides. Lors d’une soirée où son patron est présent, il est le seul à oser affronter un rat. Cela lui vaut d’être remarqué par son patron et désigné pour partir à l’étranger pour une mission de quelques mois voire quelques années. Il débarque à C. en pleine épidémie et dès qu’il foule le sol de C. sa vie devient un cauchemar. Soupçonné d’être contagieux, il est mis en quarantaine, puis libéré, il se retrouve sans sa valise dans un appartement au cœur d’un quartier envahi d’ordures pestilentielles. Son contact dans la succursale de C demeure injoignable et il apprend que son ex a été retrouvée sauvagement assassinée dans son appartement tandis qu’il ne se souvient de rien. Les policiers frappant à sa porte, il choisit la fuite et se retrouve parmi les SDF et les rats alors que l’épidémie paralyse toujours C.. La descente aux enfers continue, jour après jour, il disparaît, quitte l’humanité. Il s’éloigne de tous et de tout et personne ne s’en préoccupe. Hye-young Pyun nous offre un premier roman sombre, parfois absurde, souvent kafkaïen, toujours angoissant, féroce portrait d’une solitude provoquée et d’une chute incontrôlée.

Premier roman

"Tout comme les raticides accroissent la résistance des rats, les épidémies rendent les hommes plus forts. La race humaine n'est pas une espèce facile à éliminer"


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Françoise Nagel, Lim Yeong-Hee

 


- 149 -



Carole FIVES
Que nos vies aient l'air d'un film parfait
Le Passage
125  pages
14  euros

04-08-2012

 

    Dans les années 80, une famille explose littéralement. Lors de vacances scolaires, le père rejoint la famille puis repart rapidement fondant une séparation qui a muri suite au comportement de son épouse. Chacun, les parents et la fille, révèlent sa vision de cette séparation, le fils ne s'exprimant qu'à l'ultime instant. Des versions différentes, des ressentiments différents, des décisions irrémédiables, cette période les marque à jamais. Et évidemment, les parents se déchirant, le lien entre le frère et la soeur n'en devient que plus prégnant et ce texte témoigne de la place prépondérante occupée par l'amour fraternel au coeur du traumatisme de la séparation familiale.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 148 -



Emmanuelle GUATTARI
La petite Borde
Mercure de France
142  pages
13.5  euros

03-08-2012

 

    Par petites touches successives, Emmanuelle Guattari évoque son enfance et sa famille. Succession d’évènements, d’instants au sein d’un établissement atypique. La Borde accueille des pensionnaires, fous qui déambulent en toute liberté dans l’établissement au milieu d’un parc immense. La folie n’est pas placée à l’écart, isolée, elle est partagée. Apprentissage de la vie, apprentissage de la différence, les enfants évoluent avec une grande liberté, enfants de la campagne, indépendants se découvrant avec la folie comme toile de fond : « Nous traînions notre enfance au milieu des adultes. Sans bien tout comprendre. Un somnambulisme, dans les paroles et l’épaisse couche de fumée de cigarettes ». Un bel hommage empreint de tendresse et d’une sensibilité émouvante.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 147 -



Manuel CANDRÉ
Autour de moi
Joëlle Losfeld
100  pages
11.9  euros

03-08-2012

 

    Ce court roman évoque l’enfance douloureuse d’un homme âgé de 34 ans. Sa mère malade disparaît rapidement, et il demeure seul avec un père violent et alcoolique. Il rejoint alors ses grands-parents et un quotidien morose. Les souvenirs reviennent à la surface sans chronologie et la violence est omniprésente. L’enfant attendra une tendresse qui ne viendra jamais, étranger à ce monde d’adultes considéré comme adverse. Mais la cruauté déteint et l’enfant peut aussi la laisser s’exprimer. Entre hargne et compréhension, colère et sensibilité, sentiments confus et ambivalents, il tente parfois de comprendre son père, voire de l’excuser : « Mon père c’était ça. Il était pétri de rêves de grandeur qui vous interdisent de faire quoi que ce soit ». Un portrait sombre d’une enfance étouffée par la cruauté et la violence.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 146 -



Rebecca MAKKAI
Chapardeuse
Gallimard
370  pages
21  euros

29-07-2012

 

    Lucy est bibliothécaire dans le Middle West. Trentenaire d'origine russe et célibataire, elle apprécie son métier et principalement les livres. Pourtant on ressent un manque, un trouble. Parmi les visiteurs, seul le petit Ian attire son attention et l'intrigue. Il passe beaucoup de temps dans la bibliothèque, adore lire et choisit souvent des livres atypiques pour son âge. Elle le guide, l'épaule dans ses découvertes. Ian est le fils unique d'un couple de chrétiens fondamentalistes à l'éducation "rigoureuse". Or, un matin, elle le découvre reclus dans la bibliothèque. Il ne veut pas rentrer chez lui, et contre toute attente, elle accepte et ils partent immédiatement en voiture à la découverte de l'Amérique. Tout au long du voyage, alors que Ian laisse filer ses rêves, Lucy s'interroge sur les raisons de ce voyage, sur ses motivations profondes mais aussi sur son histoire familiale. Avec un humour désespéré, Rebecca Makkai nous offre un road-book plaisant et contrasté.

Premier roman

"Après ce printemps nébuleux et cet été tortueux, je suis désormais certaine d'une chose : je ne peux pas sauver les gens. J'ai essayé, et échoué. Je suis sûre que certains en ce bas monde possèdent ce don, mais pas moi. Cependant, je continue de penser que les livres peuvent vous sauver."


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Samuel Todd

 


- 145 -



Sylvain PATTIEU
Des impatientes
Le Rouergue
255  pages
19.5  euros

24-07-2012

 

    « Les impatientes » dépeint le parcours scolaire puis professionnel de deux lycéennes d’un établissement de banlieue dite difficile. Elles partagent une envie de vivre débordante, une impatience extrême et une énergie exceptionnelle malgré leur profondes différences. L’une est réservée, disciplinée, bonne élève, promise à un bel avenir et espère intégrer Sciences Po. L’autre est violente, agressive, exubérante, plus assidue aux soirées dans les boîtes de nuit qu’au lycée. Alima-Nadine Sissoko et Bintou Masinka voient brutalement leurs destins basculer lors d’un « incident » aussi violent que subit auquel elles participent. Elles intègrent alors de concert le monde professionnel des sans-grade dans un grand magasin. Pourtant leur force combative et leur haine de l’injustice ne les abandonnent pas alors qu’elles tentent de se frayer un chemin commun dans le monde adulte.

Premier roman

« …Des fois je me dis que j’aurais voulu vivre en Amérique eux ils ont Martin Luther King ils ont Obama et nous on a qui en France ? »


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Sylvain Pattieu lus par Vaux Livres

 


- 144 -



Julia DECK
Viviane Elisabeth Fauville
Minuit
158  pages
13.5  euros

27-06-2012

 

    Viviane Elisabeth Fauville, jeune Parisienne, aborde une période difficile de son existence qui révèlera sa folie ou son instabilité. Le malaise s'installe dès les premiers mots. Elle a accouché il y a peu et son époux vient de la quitter. Seule dans son appartement avec son enfant, elle apparaît quelque peu désemparée, des moments de panique la bousculant périodiquement. Elle est suivie par un psychanalyste et au cours d’une consultation, alors qu’il semble se désintéresser d’elle et ne pas l’aider, sans aucune préméditation et sans véritable volonté, instant de colère, elle le tue avec un couteau de cuisine qu’elle portait dans son sac. Elle rentre chez elle en métro persuadée que son arrestation n’est qu’une question de minutes. Pourtant, après sa convocation, elle ressort libre du commissariat et devient « le jouet des circonstances ». Elle suit l’enquête en lisant la presse qui lui apprend que la police s’intéresse à une série de suspects proches du psy tous plus vraisemblables qu’elle. Peut-être déçue par ce manque de reconnaissance, elle part à leur rencontre et la rencontre de son destin. A l'aide d'une construction minutieuse, Julia Deck réussit un portrait d’une femme dérangée certes, qui voit la réalité lui échapper mais une femme multiple qui se métamorphose selon le lieu, l’instant, la personne qui l’accompagne. Mais qu’adviendra-t-il de ce caméléon fou, devra-t-il vivre éternellement seule avec son secret ou la vérité le rattrapera-t-elle ?

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Julia Deck lus par Vaux Livres

 


- 143 -



Hugues LEFORESTIER
Réseau d'état
Jigal
184  pages
16  euros

13-06-2012

 

    En période électorale, le pouvoir et son entourage lancent toutes leurs forces dans la traque d’un homme qu’elle désigne comme terroriste, tous les coups sont permis... La cible est un ancien gauchiste qui après avoir rêvé de Révolution a fréquenté les milieux troubles dans lesquels les pouvoirs politiques vont souvent puiser leurs hommes de main pour réaliser leurs basses oeuvres. Mais ces hommes de main détiennent ensuite quelques secrets qui peuvent gêner leurs ex-patrons et contrecarrer leurs ambitions… Une opération est déclenchée pour aller chercher le loup dans sa tanière, lieu tranquille, isolé, propice à une extraction. Mais l’homme a des ressources… La cible retrouve ses anciennes connaissances en revenant à Paris au plus près d’un pouvoir qui s’inquiète et s’affole jusqu’à sa tête alors qu’au même moment, une journaliste aussi belle que professionnelle s’intéresse à l’affaire. Les intrigues et rivalités se révèlent, les coups bas pleuvent... La trame est bien construite, le rythme est vif, les personnages crédibles et quelques ressemblances etc etc…

Premier roman

"...la politique ne changera jamais. Les altruistes voudront toujours réformer la société, les égocentriques ne voudront qu'une augmentation de leur pouvoir d'achat à la fin du mois, et les candidats aux élections leur promettront les deux."


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Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir

 


- 142 -



Yassaman MONTAZAMI
Le meilleur des jours
Sabine Wespieser
138  pages
15  euros

11-06-2012

 

    « Le meilleur des jours » est l’hommage d’une fille à son père, un père exceptionnel. Dès sa naissance, il se fit remarquer. Prématuré, tout le monde le donnait pour mort. Miraculé, il fut nommé Behrouz, ou le meilleur des jours en persan. A sa mort, sa fille entreprend de retracer son parcours : personnage hors du commun, plein d’esprit, cultivé, épris de justice et de liberté, idéaliste et excentrique, toujours le rire aux lèvres qui ne trouvera jamais vraiment sa place dans la société. Combattant le salariat, il ne travaillera jamais: « Karl Marx et mon père avaient un point commun : ils ne travaillèrent jamais pour gagner leur vie. "Les vrais révolutionnaires ne travaillent pas", affirmait mon père. Cet état de fait lui paraissait logique : on ne pouvait œuvrer à l’abolition du salariat et être salarié – c’était incompatible. » . Arrivé en France il poursuit des études (thèse sur l’œuvre de Karl Marx) qui resteront inachevées, il est vrai que l’ambition était grande, il pensait y trouver « la cause originaire de l’inégalité entre les hommes » et qu’alors « le monde deviendrait meilleur ». En 1979, il vit donc en exilé les évènements d’Iran qui installent la République islamique et accueillent les Iraniens qui fuient leur pays. Le récit élargit alors ses portraits à une série de personnages, souvent exilés, qui font des allers-retours en Paris et Téhéran et passent raconter leurs périples à la famille. Un saisissant portrait plein d’esprit, de lucidité, d’amour d’une fille envers son père vénéré, personnage atypique et attachant.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 141 -



Véronique MERLIER
L'angle mort
Arléa
150  pages
17  euros

29-05-2012

 

    Cécile et François forment un jeune couple heureux avec leur petit Pierre plein de vie. Pourtant une menace obscure pèse. Cécile l’ignore totalement, « Elle n’a pas vu, elle n’a rien vu. De ce qui se tramait dans l’angle mort, à la lisière de sa vie, elle n’a rien vu. Elle n’en avait même jamais eu l’idée. », elle qui croyait connaître intimement et parfaitement Pierre, « Tu ne peux rien me cacher, petit farceur, avait-elle ajouté, l’œil malicieux. Il s’était agacé en silence de cette remarque. Si au moins Cécile savait ce qui tournait dans sa tête depuis si longtemps. », déchantera au retour de l’enterrement de la grand-mère. François, d’une voix sourde, lui annonce son homosexualité. Il refusait depuis toujours cette évidence, pensait qu’« Il suffisait de ne pas en parler, et ça n’existerait pas. » mais ainsi, il était ailleurs, à côté de sa vie, « Il flottait juste dans vie. » Pourtant Cécile continue de l’aimer, croit encore en leur trio magique, refuse de voir l’évidence, l’angle mort masque une réalité qui finira évidemment par s'imposer... Véronique Merlier a trouvé le ton juste : les tiraillements, doutes et craintes de Pierre, l’incompréhension, l’amour de Cécile et son cheminement mélancolique vers l’acceptation. Une douce émotion.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 140 -



Shaughnessy BISHOP-STALL
Mille petites falaises
Actes Sud
335  pages
22.5  euros

17-05-2012

 

    Mason est écrivain, il a publié quelques textes ou poésies et est en train d’écrire un roman, Le Roman ! Il prend continuellement des notes entre deux lignes de coke, deux verres d’alcool fort. Univers à la Bukowski, univers noir et désespéré. Seul Chaz un ami totalement dévoué dans sa vie, mais aussi dans sa chute, est à ses côtés. En sus de la coke, il lui offre même une camionnette singulière pour vendre des hot-dogs au coin de sa rue. Un client apprenant ses capacités d’écriture, lui demande de rédiger une lettre d’amour. En réalité, cette lettre sera sa lettre d’adieu après son suicide. Mason croit avoir trouver le filon pour purger ses dettes, il passe une annonce proposant d’écrire la dernière lettre des futurs suicidés. Les personnages tous plus désespérés ou fous (« On est tous fous. Ca veut dire qu’on est vivants. ») les uns que les autres viennent à sa rencontre. Souvent ému par ces personnages cassés par la vie, Mason va au devant de son destin qui passera aussi bien par la terreur extrême que par un amour bouleversant.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Pierre Girard

 


- 139 -



Marc MICHEL-AMADRY
Deux zèbres sur la 30ème Rue
Héloïse d'Ormesson
118  pages
14  euros

06-05-2012

 

    Mahmoud Barghouti dirige le modeste zoo de Gaza ou du moins ce qu’il en reste, les derniers zèbres viennent de mourir à son grand désespoir et à celui des enfants de Gaza. Pour eux, il peint des rayures à deux ânes emblématiques. James, journaliste américain du New York Times quelque peu désabusé, fortement ému par cet acte improbable, y voit un symbole d’espoir et de paix. La rencontre de ces deux hommes les bouleverse au plus profond d’eux-mêmes et bouscule leurs destins. James voit en Mahmoud un nouveau but de vie, il décide de l’épauler et l’incite à créer un grand zoo, « le zoo de la joie », afin que les enfants de Gaza retrouvent un grand sourire dans ce lieu déshérité. Le Palestinien et l’Américain se retrouvent quasiment par hasard liés par un projet universel et qui émeut tout un chacun. Autour de ce projet gravitent deux couples entre Berlin, Paris, New York voire Gaza (trop peu ?), les vies s’entremêlent, se croisent au gré des rencontres, le destin révèle parfois de bonne surprise ! Une jolie fable optimiste qui par le portrait de cinq personnages en quête de bonheur et de partage démontre que la volonté, l’engagement sans calculs ni retenue et le hasard des destins peuvent encore générer une belle harmonie.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 138 -



Tuomas KYRÖ
Les tribulations d'un lapin en Laponie
Denoël
332  pages
19.5  euros

03-05-2012

 

    Vatanescu vit en Roumanie avec sa famille dans une pauvreté extrême. Même ses rêves demeurent tristes, pourtant il aimerait tant offrir à son fils Miklos la paire de chaussures de foot dont il rêve. Vatanescu espère avoir trouvé la solution en rejoignant « l’entreprise » d’un trafiquant russe, marchand d’esclaves moderne qui ne recule devant rien pour accroître son pouvoir et sa richesse. Il rejoint les trottoirs d’Helsinki, mendiant sans papiers le jour, une caravane pour dormir à partager avec un camarade d'infortune. Mais la machine se dérègle rapidement et il est contraint de fuir. Lors de cette fuite, il fait La Rencontre ! Un lapin blessé lui tombe dans les pattes et ne le quittera plus : « Toi, mon lapin, je te protège, mais je ne te possède pas. Nous sommes frères ». Ce couple improbable pourchassé par la mafia et la police entre autres prend alors la route et part à la rencontre de Finlandais hauts en couleur, pour la plupart atypiques et sympathiques mais aussi du mode de vie si classique des pays développés. Ils approcheront aussi bien un vieil ours perdu la campagne finlandaise que les arcanes du pouvoir, pourtant Vatanescu n’oubliera jamais son but premier : offrir un paire de crampons à son fils ! Cette épopée burlesque voire ubuesque, hommage à un célèbre quadrupède finlandais et à son auteur, vous épatera par sa verve, sa bonne humeur et son ironie. Très rafraîchissant.

Premier roman

« Le yaourt promettait à l’homme stressé d’aujourd’hui ce que l’Eglise lui faisait auparavant miroiter. Le vie éternelle, un bon équilibre psychique, plus d’énergie au travail et le paradis après la pénitence. Pour y parvenir, il n’était même plus nécessaire de mourir, juste de vivre. Le yaourt avait un sale goût, mais on n’a rien sans rien. La sainteté a toujours été le fruit de privations et de souffrances. »

« La réalité l’avait frappé au visage comme un torchon trempé dans du lait, rien n’empêchait la vieillesse, pas même la réalisation d’un rêve de jeunesse. »


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Anne Colin du Terrail

 


- 137 -



Matias NÉSPOLO
Sept façons de tuer un chat
Thierry Magnier
245  pages
22.3  euros

24-04-2012

 

    La crise économique éprouve les quartiers pauvres de Buenos Aires, les trafics fleurissent, seuls moyens d’assurer sa survie. Dans la débâcle, les chats se font discrets afin de ne pas finir en civet. Au milieu de cette jungle, deux fils de la rue, le Gringo et le Tordu, tracent leur route. Contrairement au Tordu, le Gringo jouit encore d’un entourage, le petit Quique ou la vieille Mamina qui a remplacé sa mère après que celle-ci a été assassinée pour des raisons qui lui demeurent inconnues. Les deux compères se retrouvent régulièrement dans le café tenu par le louche Gardo Farias. Le Tordu observe ses scabreuses affaires, tandis que le Gringo préfère la compagnie de sa superbe fille Yani. Décor planté : le mal, le bien, l’innocence. La lutte de bandes rivales se disputant le contrôle du territoire, les coups vicieux du Tordu…, tel est le quotidien des personnages. Seuls moments de répit, le Gringo croise Moby Dick, Ismaël et Achab qui lui permettront de s’extraire du cauchemar qu’est devenue sa vie. Un vrai roman noir, nerveux, qui vous entraîne dans un monde désespéré.

Premier roman

Article paru dans la revue Page des Libraires


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Denise Laroutis

 


- 136 -



Karim MISKÉ
Arab jazz
Viviane Hamy
300  pages
18  euros

22-04-2012

 

    Le 19ème arrondissement de Paris incarne l’exemple type du quartier cosmopolite, mélange à l’extrême et vie trépidante. Pourtant, au milieu de cette animation, vit Ahmed Taroudant. Solitaire, ces seules sorties sont réservées à son libraire favori, un vieil anarchiste arménien aussi solitaire que lui, qui vend ses livres au poids. Ahmed vit retiré dans son appartement au milieu des livres qui s’empilent et passe le plus clair de son temps à lire. Tout est bouleversé lorsque sa voisine Laura est assassinée après une mise en scène atroce et symbolique. Premier témoin de la scène du crime, cela réveille en lui des démons oubliés mais insuffle également une rage l’incitant à se lancer à la recherche des assassins. Le voici immédiatement ramené dans la réalité au cœur des histoires de religions du quartier (et d’ailleurs) à la rencontre des musulmans, juifs loubavitch et autres témoins de Jéhovah fous de Dieu de tous ordres « ceux qui colmatent leur gouffre, leur vide intérieur avec le béton de la certitude », de trafics de drogue et de corruption et au contact des flics atypiques chargés de l’enquête : Rachel Kupferstein qui l’attire immédiatement et Jean Hamelot, autant faux amants que sœur et frère. Au moment où une mystérieuse et surpuissante pastille bleue commence d’inonder les quartiers, les comportements de quelques-uns attirent son attention. Karim Miské mène de front une intrigue complexe, des digressions créant des ruptures et des variations de rythmes maîtrisées, et des portraits particulièrement réussis et réalistes.

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir

 


- 135 -



Maïa BRAMI
Norma
Folies d'encre
160  pages
14  euros

15-04-2012

 

    Norma est une petite fille de sept ans lorsqu'elle arrive dans un foyer d’accueil et attire aussi l’attention de tous. Son crâne nu accroît l’impression de fragilité qui transparaît au premier regard. Léo, un ado d’une quinzaine d’années, révolté, brisé ("Sa tête est cris. On lui reproche son mutisme, son silence, mais comment réussir à parler avec toutes ces interférences dans le crâne ?"), dont les adultes redoutent la violence, est bouleversé par cette petite et espère la protéger et l’aider. Maïa Brami dépeint le quotidien des deux enfants et de quelques autres au milieu d’adultes non exempts de troubles psychologiques. Norma et Léo nous font part de leurs douloureux passés, des violences subies, du triste état de leurs familles. Un texte émouvant, un cri puissant entre douceur et violence d’enfants et d’adultes ayant subi des traumatismes dans leur plus tendre enfance et qui tentent malgré tout de trouver leur place mais aussi la confiance en l'autre. Un roman que l’on lit d’une traite !

Premier roman


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Thème(s) : Littérature française

 


- 134 -



Anne-Frédérique ROCHAT
Accident de personne
Luce Wilquin
158  pages
17  euros

14-04-2012

 

    Charline avait une sœur jumelle, elle la trouvait plus douée qu’elle, toujours la meilleure mais celle-ci mourra en se jetant la première du balcon en pensant pouvoir voler. Leurs parents ne s’en remettront pas, sombreront dans l’alcool et délaisseront Charline. Elle les quittera. Devenue peintre, seule sa peinture l’aide à vivre face à sa culpabilité et à des questions demeurées sans réponse. Pourtant une nouvelle épreuve l’attend : elle ne voit plus les couleurs et la peinture lui devient donc interdite. Elle répond alors à une annonce et part garder le chat d’une vieille dame dans le village où elle a grandi. Pendant le voyage, le train s’arrête pour un suicide, « un accident de personne ». Elle apprend ensuite qu’il s’agissait de Viviane une ancienne petite camarade. Elle décide d’aller à son enterrement et croise ses parents qu’elle considérait, enfant, comme les parents aimants et idéaux. Des liens se tissent entre les parents et Charline, chacun cherchant à combler son manque, le vide laissé par l’être aimé et disparu. Ils se rapprochent, une relation malsaine les unit... fuir... vivre une autre vie. Peu à peu, Charline s’estompe, Viviane réapparaît. Chaque détail ravive un souvenir, rappelle un secret mais cette plongée dans le passé réveillera Charline et la sauvera en la ramenant vers la vie, la couleur et la peinture. Un style épuré et travaillé au service d'un joli et douloureux parcours initiatique pour passer outre les questions sans réponse, les drames familiaux et reprendre le chemin de la vie.

Premier roman

« Si on savait le nombre de choses qui ne changent pas. On ne change pas. On grandit, on mûrit mais c’est toujours le même noyau, le même fruit. »


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Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Anne-Frédérique Rochat lus par Vaux Livres

 


- 133 -



David CHARIANDY
Soucougnant
Zoé
236  pages
19.3  euros

13-04-2012

 

    « Que fait-on avec une personne qui, un beau jour, déverse le contenu de son esprit dans le ciel ? ». Le plus jeune fils revient chez sa mère. Très jeune, elle eut des comportements singuliers, oubliant les mots, les choses, réactions de plus en plus étranges provoquées par une sénilité précoce, « maman s’est mise à oublier de façon plus créative ». Ses deux fils la quittent mais le plus jeune ne pourra l’oublier, la laisser seule plus longtemps que deux ans. Il revient pour l’aider, et devient sa mémoire. Il revient sur l’histoire terrible de cette femme intimement liée à l’histoire de la Caraïbe. Une île qu’elle aime mais qui éprouvera fortement cet amour : l’installation des soldats dans l’île, la prostitution, l’exil au Canada et le racisme… Un passé aussi éprouvant que le présent affecté par cette maladie destructrice provoquant une déchéance physique et psychique de tous les instants qu’il apprend à gérer et supporter, les moments de répit étant rares d’autant plus que les attaques de la terrible Soucougnant se répètent. Une langue lumineuse au service d’une chronique bouleversante d’un fils dévoué et aimant au cœur d’une lente érosion.

Premier roman

« Au cours de nos vies, nous luttons pour oublier. Et c’est ridicule de croire que l’oubli est une chose absolument mauvaise. La mémoire est une meurtrissure encore sensible. L’histoire est un entassement rouillé de lames et de menottes. Et oublier peut parfois être la chose la plus créative et vitale que l’on puisse jamais espérer accomplir. Le problème se pose quand on commence à y exceller.


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Christine Raguet

 


- 132 -



Marie-France VERSAILLES
Sur la pointe des mots
Luce Wilquin
120  pages
13  euros

12-04-2012

 

    « Sur la pointe des mots » construit un pont entre deux femmes, deux femmes aussi proches qu’éloignées. Dhuoda, duchesse, vit exilée à Uzès en 842. Son fils lui a été arraché, elle sait qu’elle ne le reverra plus et choisit de lui écrire un petit manuel pour lui confier tout ce qu’elle n’a pu lui dire. La narratrice, dans les années 2000, est à un tournant de sa vie, ses enfants sont partis, elle est à la retraite. Pour les deux, le temps passe. Que faire pendant ce laps de temps inconnu qui leur reste à vivre ? Que vont-elles léguer ? Le style est travaillé, les mots pesés, pour ce roman ou essai (« Qu’est-ce qu’un manuel, celui de Dhuoda, ou mon petit essai… ») qui défend que les écrits restent, fiction ou réalité peu importe, et qu’il est possible de vieillir avec une légèreté parfois nostalgique et de tendre avec bonheur et sérénité la plume à ceux qui resteront.

Premier roman

« Sans regret, ni amertume. Malgré le regret et l’amertume. »

« Je voudrais simplement, avant de m’en aller, avant de céder le passage, être cette femme occupée à chercher les mots qui relient. »

« La vie, elle, s’écrit directement au propre. Ni gomme, ni rature, ni page arrachée, recommencée, recopiée ne lui sont accordées. »


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Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 131 -



Bruce MACHART
Le sillage de l'oubli
Gallmeister
338  pages
23.6  euros

31-03-2012

 

    Le début du roman donne le ton : Texas, fin du XIXème, une mère meurt après avoir accouché d’un petit garçon, Karel, qui rejoint ses frères. Propriétaires terriens, propriétaires de chevaux, la vie est âpre, le quotidien violent, les enfants battus, les femmes engrossées, les chevaux choyés. Le mari se réfugie dans cette violence et dans les courses de ses chevaux comme dans les paris qui les accompagnent, lui permettant d’accroître son domaine à chaque victoire. Pourtant, une famille mexicaine s’installe, les enjeux changent d’ampleur. Karel, invaincu jusque là, obsédée par l’une des filles de la famille, va devoir l’affronter. Trente ans de vie d’un clan d’hommes décrivent leurs psychologies, violences, rancoeurs mais parfois aussi leurs peurs, ne manque que l’odeur du crin et de la sueur !

Premier roman

"Une sommation aussi vitale et aveugle, se disait Karel, que l'attraction de la terre exerce sur un nouveau-né, cet élan irrésistible qui mettait pareillement au monde poulains, veaux et petits d'homme pour les laisser ensuite lutter pour leur survie."


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Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Marc Amfreville

 


- 130 -



Elisabeth LAUREAU-DAULL
Le syndrome de glissement
Arléa
188  pages
18  euros

12-01-2012

 

    Julienne est née le 31 décembre 1925. A 85 ans (« J’en suis à l’âge du singe, je l’ai même dépassé »), elle nous conte son histoire depuis un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Elle y est rentrée encore active et forte mais « Une page était tournée, j’avais franchi un point de non-retour, je le savais. Ma vie vivante était passée, des jours à ne plus savoir les compter, tels nuages en ciel, comme a écrit je ne sais plus qui. ». Elle montre alors comment en vieillissant, elle disparaît progressivement aux yeux des autres. Le vieillissement est détaillé, mais la Julienne reste vive, les retours sur son passé, sur une lignée de femmes souvent quittées par les hommes, les jours qui passent, ses préoccupations passées ou présentes, tout respire la vie, elle a vécu debout et continue de le rester. Tous les sentiments continuent de l’animer, la colère, la révolte ne l’ont pas abandonnée malgré « le glissement » inéluctable. Le ton est alerte, le portrait attachant et le récit rythmé se lit d’une traite !

« Si je reviens avec entêtement aux eaux glauques de mon passé, c’est avec l’espoir de m’y noyer. »

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Elisabeth Laureau-Daull lus par Vaux Livres

 


- 129 -



Emmanuel ARNAUD
Le théorème de Kropst
Métailié
138  pages
14  euros

12-01-2012

 

    Rentrer en sup, c’est comme rentrer en religion, il faut y croire, mais parfois cela ne suffit pas ! Laurent Kropst a rejoint la sup du célèbre lycée Louis-le-Grand suite à une démonstration époustouflante et inédite ! Il rejoint la future élite (bien consciente de son potentiel et de sa position présente et future), enfants formés de longue date pour ce cursus, il complète une élite de père en fils. La course à la note et au classement sont lancées dans le but d’intégrer La Grande et Prestigieuse Ecole, peu de loisirs, seules préoccupations les révisions, les oraux, les contrôles tels des sportifs de haut niveau surentraînés. Néanmoins, les embûches arrivent vite sous la forme d’un malheureux 3 en devoir de mathématiques. Affront. Catastrophe. Grain de sable dans un engrenage pourtant bien huilé qui provoquera mensonges, affrontements mais aussi ouverture vers une vie nouvelle et plus aérée, plus proche de Proust et Baudelaire que de Bernoulli et Banach ! Emmanuel Arnaud nous offre une chronique et un portrait vifs, ironiques et plaisants sur ce que certains continuent de nommer « l’élite » du monde étudiant destinée à diriger notre société !

Premier roman

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Thème(s) : Littérature française

Les titres de Emmanuel Arnaud lus par Vaux Livres

 


- 128 -



Luc-Michel FOUASSIER
Un si proche éloignement
Luce Wilquin
15  pages
133  euros

28-09-2011

 

    Un homme tourne la page, abandonne tout, et part pour les îles grecques. Il rejoint le calme de Naxos perdue au milieu de la mer Egée. Que fuit-il ? Que recherche-t-il ? La femme qui l’a quitté et qu’il n’a pas su aimer ? lui-même ? « Se déprendre de soi, avec l’illusion de ne plus jamais revenir en arrière. Croire un instant tendre ainsi vers la plus grande sérénité, l’ultime liberté. Quelle plus belle sensation ? » Les chapitres alternent entre la découverte de Naxos, de sa population et ses souvenirs de sa vie passée. Il rencontre la terre et la mer grecques, ses hommes empreints de sagesse, hommes simples, ancrés dans la terre, au cœur de vies rudes qui leur apportent fraternité et sérénité. Oublier les mots pour le silence, la difficulté de la vie à deux pour l’éloignement. Voyage pour une renaissance, hymne à la vie mais aussi à un pays loin des clichés touristiques habituels.

« …le sillage est-il plus beau vu du bateau ou de la rive ? »

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 127 -



Heidi W. DURROW
La petite fille tombée du ciel
Anne Carrière
274  pages
20  euros

31-08-2011

 

    A onze ans, après un drame aussi subit que terrifiant, Rachel Morse se retrouve seule et s’installe chez sa grand-mère paternelle. Son père est un G.I. noir américain et sa mère danoise. Le récit dépeint le destin de cette petite, née entre deux mondes, chacun lui rappelant constamment qu’elle n'appartient pas à aucun des deux (« Il y a quinze élèves noirs dans la classe, et sept blancs. Et il y a moi »), mais aussi une enfance gâchée. Elle doit repartir, comme neuve : « J’apprends que les Noirs n’ont pas les yeux bleus. J’apprends que je suis noire. J’ai les yeux bleus. Je stocke toutes ces nouvelles données à l’intérieur de la-fille-toute-neuve. ». Rachel n’avait pas conscience de sa soi-disant différence, mais chaque jour, elle lui sera martelée. Sa mère ne s’était pas imaginé les difficultés que rencontreraient ses enfants métis à n’être ni noirs ni blancs (le racisme ordinaire se préoccupe de toutes les couleurs !) et sera vite désemparée et désespérée devant les réactions et comportements trop habituels. Rachel fera tout pour être ou devenir « comme les autres », double personnalité et façade douloureuse que peu sauront lever. Face à son histoire, son passé douloureux, le racisme quotidien des noirs et des blancs, Rachel devra faire face, seule, volontaire, prendre en main son destin, et écrire son avenir. Dans la lignée de l’inoubliable roman de Nelly Larsen, Heidi W. Durrow nous offre un superbe et émouvant portrait d’une jeune fille prête à se battre pour trouver sa place dans une société excluant. Chaque chapitre porte le prénom d’un personnage, pour Rachel la première personne est employée, portraits croisés, points de vue différents, renforcent les liens et l’émotion du lecteur devant l’envol initial et final de cette petite fille.

Premier roman


Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Marie de Prémonville

 


- 126 -



Fanny SAINTENOY
Juste avant
Flammarion
125  pages
12  euros

22-08-2011

 

    Fanny est dans une panade globale mais à l’annonce du décès de Granny, son arrière-grand-mère, elle part immédiatement vers Bergerac pour une dernière rencontre. Au cours de cette veillée funèbre pourtant emprunte d’une certaine gaieté, les deux femmes dans une complicité accomplie entament un dialogue, chapitre après chapitre, se remémorant cinq générations de femmes, expériences de la vie, souvent joyeuses parfois âpres et terrifiantes mais le caractère de la vieille dame adoucit constamment le propos. Un tendre hommage à cette vieille dame et à la vie, en toute simplicité.

Premier roman

« … on ne s’habitue que doucement aux gens qui prennent soin de vous, on ne pense jamais que c’est seulement leur travail. »

« J’étais de retour dans la guerre et, malheureusement, dans le domaine, l’expérience ne sert quasiment à rien, les hommes s’arrangent toujours pour être inventifs en la matière. Il est nécessaire que les gens soient encore plus terrifiés que pour la dernière. »

Thème(s) : Littérature française

 


- 125 -



Fabrice LOI
Le bois des hommes
Yago
395  pages
19  euros

15-08-2011

 

    Ivan semble dans un premier temps suivre le chemin habituel, le but classique partagé par beaucoup, échapper à sa condition mais rapidement lassé de sa course folle et sans but dans un monde qui lui est étranger, il choisit de devenir charpentier, métier manuel universel, intemporel entre ciel et terre qui permet, malgré sa rudesse et sa dangerosité, de laisser voguer pensées et rêves. Ivan et un narrateur suivent son itinéraire. Ivan est d’abord soumis à l’intérim et à ses règles esclavagistes dans le Paris des arrière-cours, derrière les échafaudages, loin des paillettes ! Société hiérarchisée qui exploite sans aucun sentiment la misère humaine, rencontres avec les sans-papiers, les sans-grade, les exilés... Mais Ivan ne supporte plus ce monde, cette société moderne : « J’ai mal au monde. J’ai mal à moi-même, à mon corps, à ma tête. Je me suis trompé, renié, tué sans m’en rendre compte. Sans rien y comprendre. Mon époque m’a égaré », et préfère une autre voix : « Il a choisi ça. L’errance ». En effet, de Paris à Bamako en passant par Marseille et l’Espagne, après la fin d’un amour désespéré et intense, Ivan part sans but à part celui de retrouver Abdullaye son ami sans-papiers expulsé de France, laissant couler le temps au gré des rencontres. Au Mali, il s’engage sur un chantier géré par les Chinois, les nouveaux rois de l’Afrique qui remplacent les anciens colonisateurs, s’imposent par le nombre, au service de leur économie. Il retrouve l’engagement, la solidarité, la joie sans oublier évidemment la pauvreté et les règles imposées par les puissants. Un premier roman dense et intense, roman des ouvriers, des manoeuvres, des exploités, roman initiatique, social et politique, roman d’aventure mais aussi trajectoire d’un homme à la recherche d’amour et refusant l’injustice et de se plier aux règles castratrices de la société libérale contemporaine.

Premier roman

« Car c’est bien connu, les autres sont dangereux, polluants, chiants, mortels, bref : ils sont différents. »

« Les Européens ne comprennent plus ces choses. Ils doivent réapprendre ce que signifie s’exiler pour survivre. »

« Mordille les oreilles d’un saxophoniste, il en restera toujours quelque chose ! »

« Vivre c’est gagner du temps ; attendre c’est mourir. Voilà désormais l’étrange règle. »


Thème(s) : Littérature française

 


- 124 -



Sylvie TANETTE
Amalia Albanesi
Mercure de France
135  pages
14  euros

03-08-2011

 

    Un devoir anodin que rapporte le petit Téo à la maison pour le week-end : construire l’arbre généalogique de la famille. Et pourtant, quel piège ! Cet exercice sera le prétexte pour rencontrer jusqu’aux arrières grands-parents de la mère de Téo. Une famille issue de la région des Pouilles, Tornavalo, petit village où la terre rouge omniprésente s’incruste partout. Une lignée de femmes qui rêvent de l’homme qui viendra les enlever et qui tombent dans les bras du premier voyageur, beau parleur, qui lui narre ses voyages et rencontres. Amalia jolie sorcière, rêveuse et brodeuse douée partira avec Stepan sorti de nulle part vers Alexandrie. Luna épousera Elias et ses utopies. Pourtant la narratrice aimerait refuser cette destinée de femmes cédant à leurs passions, mais en a-t-elle le choix ? Les remparts de Dubrovnik sont si attirants…

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

 


- 123 -



Caroline LUNOIR
La faute de goût
Actes Sud
116  pages
16  euros

31-07-2011

 

    Mathilde après plusieurs années revient passer l’été dans la maison familiale. La famille au grand complet s’y donne rendez-vous tous les étés excepté les quelques absents habituels ou occasionnels. Cette année, son mari Alexandre et ses parents ne seront pas de la fête. Grand-père, grand-mère et ses quatre sœurs et les autres l'attendent de pied ferme autour de la piscine fraîchement construite. Mathilde d’un œil quelque peu détaché mais pas totalement déconnecté observe le ballet de cette grande famille bien occupée à entretenir ses coutumes : elle pense ou espère qu’« en dehors de ces quelques gouttes de sang que nous partageons et de cette maison, érigées en symbole et transmises à chacun comme partie de notre identité, rien ne nous réunirait. ». Pourtant même vis-à-vis du couple gérant le domaine, Rosana et Antonio, cette dualité transparaît. Immersion totale au sein de la haute bourgeoisie et ses petites préoccupations, son mode de vie bien particulier, bien loin du monde et de l’histoire : « L’Histoire de ma petite vie est de ne pas en avoir. J’échappe à la marche du monde, qui ne m’a pas happée. »

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

 


- 122 -



Laurence VILAINE
Le silence ne sera qu'un souvenir
Gaïa
173  pages
17  euros

30-07-2011

 

    Le vieux Miklus, sorte de patriarche, est respecté du clan rom installé sur une rive du beau Danube. Il choisit le prétexte d’une rencontre avec un journaliste à l’occasion des vingt ans de la chute du Mur pour enfin parler, hurler, prendre à témoins, confesser un lourd secret qu’il a toujours tu, qui pèse sur sa conscience comme sur sa communauté. A travers une série de portraits inoubliables, Chnepki la Vieille à la voix d’ange qu’elle a maintenant perdue pour s’isoler et sombrer dans une folie dangereuse et destructive, Lubko le gadjé violoniste virtuose et sculpteur de marionnettes adopté par le groupe, Maruska sa fille adorée, Dilino l’enfant muet différent et exclus, l’histoire des Roms communauté solidaire ou non, où la solitude comme l’intimité sont absentes, toujours repoussée voire opprimée est décrite sans angélisme. A travers ces trajectoires dramatiques, l’oppression explicite ou non est dépeinte. Constamment en évolution et omniprésente, elle pèse de tout son poids sur le destin individuel et collectif en niant la différence et en ignorant l’histoire singulière de la communauté Rom. Ce premier roman dense et émouvant évite tous les clichés ; Laurence Vilaine avec une écriture maîtrisée et musicale telle un violon qui pleure, qui rit, qui vit, réussit parfaitement à immerger le lecteur au sein d’une communauté hélas toujours au cœur de l’actualité !

Premier roman

« Pour qui ne veut prêter ses oreilles au monde, je crois que la musique est un cadeau tombé du ciel. »

« Apprendre la langue du pays où vous vivez, avec le temps, ça tombe sous le sens… mais l’exercice était tout autre : on vous sommait fermement de désapprendre la vôtre. »

« Une farce que le bonheur, il n’est finalement jamais là où l’on est. »

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Laurence Vilaine lus par Vaux Livres

 


- 121 -



Anne MARO
Solution terminale
Champ Vallon
248  pages
17  euros

22-07-2011

 

    En 2079, après un Conflit, le Monde Vénérable a mis en place La Pyramide un système impitoyable, régie et géré d’une main de maître par la Règle. Le Conseil a réparti les Utilitaires, un Utilitaire par Elu, pour servir, obéir. Les enfants ont disparu. Les Elus d’une vieillesse extrême veillent, observent, dénoncent les jeunes Utilitaires déviants. Seuls les Elus ont droit au plaisir, à la vie : « La vie était devenue une simple adaptation au bien-être suprême de quelques-uns ». Pourtant la vie est forte, un Utilitaire qui se rebiffe, un Elu qui ne le signale pas, deux Utilitaires qui n’ont pas oublié ce qu’étaient l’amour, peut-être des graines pour une Révolution prochaine…

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

 


- 120 -



Slimane KADER
Wam
Nil

162  pages
15  euros

06-07-2011

 

    Au coeur de la cité, où de la téci dirait le narrateur, Wam et ses amis occupent leurs journées comme ils le peuvent, l'ennui n'est jamais loin, même si leur bagou l'occulte parfois. Seules les virées à Paris leur permettent de se confronter à un autre monde mais également à leurs rêves. Un soir, Wam et sa répartie si vive et imagée décide de suivre ses amis dans une virée parisienne où les évènements et les rencontres se succèderont à un rythme d'enfer et la nuit ne sera pas de tout repos ! Une épopée vivifiante décrite dans une langue rénovée !

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

 


- 119 -



Isabelle PESTRE
La onzième heure
Belfond
188  pages
17  euros

06-07-2011

 

    La petite Lisbeth n’était pas attendue. Née par hasard suite à un mariage tardif, ses parents n’ont aucune attention, aucun égard pour elle, une frontière infranchissable semble la séparer du monde des adultes. Elle grandit seule, incroyablement seule, loin des adultes : « Lisbeth grandit sur la pointe des pieds ». Aucun partage, ses parents la repoussent, ne lui reconnaissent aucune qualité, aucun charme. Chaque été, elle rejoint sa "tante" au bord de l’océan. Pourtant Lisbeth continue d’être seule, sa "tante" comme la jeune fille chargée de s'en occuper la délaissent. Un jour, elle rencontre Micha, un jeune immigré albanais et leur solitude vont s’unir. Pour la première fois, Lisbeth se sent regarder, considérer comme un être humain. Le regard de Lisbeth donne de la force à Micha dans son brutal exil. Ils s’attendent, les rencontres se multiplient, les réconfortent mutuellement : « Ils se livrent à l’amitié avec cette tranquille confiance que l’on donne au matin d’été en repoussant les volets… ». Mais pourront-ils indéfiniment demeurer unis et occulter ce monde qui les exclut ?

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

 


- 118 -



Geneviève DAMAS
Si tu passes la rivière
Luce Wilquin
115  pages
13  euros

25-06-2011

 

    François Sorrente, « fils de la poussière et du vent », vit dans une ferme d’un côté de la rivière avec son père, sa soeur et ses frères. Illettré mais sensible au cœur d’un quotidien violent, ses seuls amis sont les cochons de la ferme, le dialogue n’est pas le fort de la famille, même seul avec les cochons, les mots lui manquent. La rivière marque une frontière, sur l’autre rive le mystère, zone interdite, une ferme brûlée. Personne ne doit franchir la rivière, pourtant Maryse, la sœur attentionnée, sans que François n'en connaisse les raisons, partira sans se retourner laissant la ferme sans femme, dans le silence et ses secrets. De ne pas pouvoir trouver les mots, François, lettre après lettre, courageux, entêté, apprendra à lire, à grandir. Devenir l’« ami des mots » le transcendera, le transformera en un autre homme décidé à découvrir les secrets et drames de la famille. Un portrait attachant et émouvant d’un jeune homme qui aura le courage d’affronter son ignorance, de forcer les portes du passé pour se construire et s'extraire de sa condition, en espérant devenir maître de son futur et avancer vers une nouvelle vie enfin choisie.

Premier roman

« Moins on parle, mieux ça vaut, si tu as quelque chose à dire, tais-toi, si tu es content, tais-toi, si tu as chagrin, tais-toi. Tais-toi, tais-toi, tais-toi. »

« Je ne savais même pas si on peut se sauver soi-même, mais j’était prêt à parier que oui. Je veux croire que oui. Déjà que je sais lire et que je ne baisse plus la tête. Il y a bien un pré sur cette terre où je pourrai être heureux sans rien devoir à personne. »


Ecouter la lecture de la première page de "Si tu passes la rivière"    Get Adobe Flash player

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Geneviève Damas lus par Vaux Livres

 


- 117 -



Stanislas WAILS
La maison Matchaiev
Serge Safran
252  pages
17  euros

19-06-2011

 

    Trois frères et sœurs (Anne, Pierre, Joshua) héritent à la mort de leur père Sergueï Matchaiev de la maison paternelle sise en Bourgogne, une maison en bois isolée où il a élevé seul ses trois enfants, loin du monde. Ils vivent actuellement tous les trois à Paris, Pierre l’aîné travaille à l’Institut d’astrophysique, Anne est encore étudiante et Joshua est peintre dessinateur, tous les trois face à une intégration quelque peu heurtée. La maison représente leur histoire, leur passé, famille qu’ils croient maudite depuis la disparition de leur grand-père : « Je te dis. Les Matchaiev ont un talent particulier pour le tragique… On a ça dans le sang… ». On apprend au fur à mesure du récit comment leur père est décédé, mort qui s’associe dramatiquement à l’histoire de cette maison dans laquelle ils retrouvent les traces et témoignages de leur passé. Souvenirs doux, lourds souvenirs, que faire de cette maison ? Partage problématique des témoignages, du passé, des livres, des images, de l’identité du père et de la famille : « Ce qu’on oublie du passé, c’est ce qu’il avait d’anecdotique. Le venin, lui, il coule en nous, qu’on le veuille ou non. Il se balade dans nos veines, dans notre cerveau, l’air de rien il passe des parents aux enfants : et en même temps qu’il nous nourrit, il nous empoisonne. ». Les souvenirs les plus pénibles, les douloureux ressentiments resurgissent au gré des découvertes dans la maison, chacun réagit avec sa personnalité, son identité. Les thèmes sont pesants (le passé, la famille, les non-dits et secrets, les souvenirs et leur appréhension, les liens dans une fratrie…) et pourtant le style de Stanislas Wails et le patchwork de ses trois jeunes personnages rendent le récit vif et vivant, souvent tendre et doux et donc attachant.

Premier roman

« Les regrets sont plus doux que les remords. »


Thème(s) : Littérature française

Les titres de Stanislas Wails lus par Vaux Livres

 


- 116 -



Vincent ALMENDROS
Ma chère Lise
Minuit
157  pages
13.5  euros

12-06-2011

 

    Tout les oppose. Lise est une jeune adolescente issue d'une famille plus qu'aisée, insouciante, elle se laisse vivre ("Lise s'amusait d'un rien, en l'occurrence de moi."). Son professeur de dessin est plus âgé, son train de vie est à l'opposé de celui de la famille Delabaere. Elle l'entraîne dans sa vie, tourbillon, en perpétuel mouvement. L'amour comble les différences, pourtant le narrateur semble toujours en retrait, observateur de leur amour, quelque peu incrédule et toutefois prêt à la suivre jusqu'au bout du monde, jusqu'au bout de la vie.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 115 -



Hélène GESTERN
Eux sur la photo
Arléa
274  pages
19  euros

12-06-2011

 

    Une photographie retrouvée parmi les papiers familiaux incite Hélène à partir sur les traces de sa mère, morte lorsqu'elle avait trois ans. Le silence familial a toujours laissé ses questions sans réponse. Une petite annonce et Stéphane vivant en Angleterre répond après avoir reconnu son père, un père qu'il a toujours senti distant : "De quels secrets a-t-on voulu nous protéger, et au prix de quels mensonges ?". A distance, ils se lancent dans une enquête contre le silence, vers le passé tu, un passé sur le papier qui reprend vie parfois après quelques hésitations, pas à pas, pièce après pièce, enquête coopérative malgré une appréhension parfois différente des avancées. Que vont-ils découvrir ? Vont-ils l'accepter, le digérer pour finalement mieux se connaître ? L'image (la photo ?) qu'ils ont d'eux et de leurs familles ne va-t-elle pas s'en trouver bouleversée ? Hélène Gestern sur un thème assez commun réussit parfaitement sa partition par la singularité de la forme et du traitement qu'elle a adoptée.

"Vous me demandez qui va se souvenir de nous. Je vous dirais volontiers que c'est d'abord à nous de nous en soucier. De recréer un présent qui nous appartiendra et que nous ne nous disputerons pas les morts. Nous sommes poussés en avant, c'est vrai. Mais d'un même mouvement, cette fois."

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Hélène Gestern lus par Vaux Livres

 


- 114 -



Clare BROWN
Un enfant à soi
Belfond
303  pages
18.5  euros

02-06-2011

 

    Sur un sujet périlleux, Clare Brown nous offre un premier roman troublant et émouvant. A 32 ans, Jennifer malgré sa passion pour son violoncelle ressent sa vie comme ennuyeuse. Tout est bouleversé lorsque son regard croise celui du petit Sam, deux ans, une mère en marge qui selon Jennifer le néglige. Elle décide sur l'instant de l'aimer, de le protéger, de l'aider à grandir. Elle l'enlève et quitte tout pour rejoindre sa mère qu'elle n'a plus vue depuis cinq ans. Elle savoure tous les instants, s'installe dans sa nouvelle vie et oublie progressivement le danger et son geste. Pourtant le livre s'ouvre par sa confession avec une psychologue. Par un va-et-vient entre passé et présent, le roman alterne les chapitres d'entretiens avec la psychologue et le récit de l'année si heureuse partagée avec Sam ou plutôt Arthur renforçant autant l'émotion que le suspense quant à l'issue de cette confession introspective.

Premier roman


Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Sylvie Schneiter

 


- 113 -



S.J. WATSON
Avant d'aller dormir
Sonatine
411  pages
21  euros

01-05-2011

 

    La narratrice Christine a perdu totalement la mémoire suite à un accident. Elle vit avec Bent son mari qui lui est totalement dévoué. Chaque matin, tout est oublié et tout à refaire. Tous les traitements ont échoué. Elle voit maintenant en cachette le Dr Nash qui lui conseille de tenir un journal, sa nouvelle mémoire. Jour après jour, malgré son amnésie, ses certitudes concernant son passé s'ébranlent. Doute oublié le lendemain ! Suspense éprouvant et continu. "Avant d'aller dormir" fait partie de ces livres que l'on a parfois envie de reposer et qu'inexorablement l'on reprend pour ne pas oublier !

Premier roman


Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Sophie Aslanides

 


- 112 -



Silvia AVALLONE
D'acier
Liana Levi
387  pages
22  euros

11-04-2011

 

    Anna et Francesca sont deux jeunes ados italiennes de 13-14 ans du début des années 2000, loin de l'Italie historique ou touristique. Blonde et brune, elles vivent dans une cité ouvrière toscane bâtie autour d’une aciérie omniprésente, personnage à part entière, sorte de monstre aussi amical qu'hostile. On naît là et on y meurt. Anna et Francesca sont unies par une forte amitié, proche de l’amour, et partagent le rêve de s’extraire de cet univers, de transcender leur condition. Elles sont belles, jeunes, attirantes, elles le savent et en jouent dans ce monde qu’elles souhaitent quitter, bien loin du choix de leurs mères qui ont tout accepté. Mais D’acier est aussi le portrait d’une génération et d’un milieu social qui ne croit plus dans le bonheur collectif, un monde désenchanté, sans avenir, sans rêves ou alors limité au dernier modèle de la Golf, qui n’attend guère plus que quelques instants de bonheur volés par ci par là (Carpe diem), moments furtifs d'enchantement à ne pas rater et à saisir absolument. Leur point d’ancrage demeure la famille mais elle aussi est souvent à l’image de la société, en péril. Seule issue donc, l’amitié entre ces deux gamines qu’elles pensent indéfectible... Superbe premier roman ancré dans le quotidien de nos sociétés et animé par de nombreux portraits d’une grande ampleur. Silvia Avallone évite une noirceur pesante par la dualité constante du récit (beauté-laideur, plage-immeubles, Ile d’Elbe-Stalingrado, vie-mort…) mais surtout réussit à l'illuminer par la beauté et l’amitié de deux ados en train de devenir femmes.

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Françoise Brun

Les titres de Silvia Avallone lus par Vaux Livres

 


- 111 -



Lionel SALAÜN
Le retour de Jim Lamar
Liana Levi
233  pages
17  euros

19-02-2011

 

    Jim Lamar est de retour. Rescapé du Vietnam, il retrouve Stanford, coin perdu dans le Missouri, au bord du Mississipi, treize ans plus tard. Le solitaire Billy Brentwood, le narrateur, a alors treize ans, fils d’agriculteurs, il est le seul a aller au devant de Jim dont les parents sont morts et la ferme familiale a été saccagée. L'arrivée inattendue de Jim soulève en effet l’hostilité des villageois qui le tiennent pour responsable de la mort de ses parents et n’ont que faire du Vietnam, de la guerre et de ses conséquences. Confidences, apprentissage, Billy et Jim s’apprivoisent au bord du fleuve lors de longues parties de pêche au cours desquelles Jim raconte sa vie et ses épreuves, son départ, ses rencontres, ses combats, ses trois amis et frères avec qui il formera, malgré leurs différences, un groupe soudé. Si soudés, qu’au retour du Vietnam, seul survivant, il entreprend de respecter la promesse qu’ils s’étaient faites, aller rencontrer les familles des disparus, et raconter, expliquer, éclairer… un périple qui continuera à la façonner. Ce double portrait de deux hommes, de deux Amérique, est particulièrement émouvant et ce roman initiatique aborde en peu de pages et pourtant avec profondeur de multiples thèmes, la guerre, l’amitié et la fraternité, l’altérité, la pauvreté, l’écriture et la lecture, la littérature, les doutes et souffrances, l'apprentissage de la vie, la mort… Premier roman particulièrement rythmé avec une bonne et âpre odeur de blues !

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Lionel Salaün lus par Vaux Livres

 


- 110 -



Gaël BRUNET
Tous les trois
Le Rouergue
171  pages
16  euros

20-01-2011

 

    « Tous les trois », ils sont tous les trois, un jeune père et ses deux jeunes enfants après l’accident et la disparition de leur mère : « Je suis leur père pour le meilleur et le meilleur. Je n’ai pas envie du pire. Le pire, on l’a déjà vécu. Il est derrière nous. ». Le choix de la vie est assumé, évidemment cela ne sera pas toujours facile mais la vie continue malgré tout, et le père va devoir gérer, prendre en charge, soutenir, inventer un quotidien, tenter de combler le vide laissé par cette disparition, gouffre qui apparaît au détour d’une phrase, d’une vision et pourrait aspirer le trio définitivement soudé. Le drame affleure chaque geste, chaque attention du quotidien peut déclencher mélancolie, joie, tristesse ou rire, osciller entre justesse et maladresse, bonne humeur ou gêne, le bateau tangue chaque jour, chaque minute… pourtant l'amour sauve ce trio du naufrage. Un superbe texte, tendre, hommage à un père et à la paternité, à l'enfance et sa candeur, mais aussi à la vie et à sa force, sans pathos ni tristesse exagérée que les courts chapitres rendent aussi vivant que ce trio attachant. Un premier roman à découvrir.

L'avis de Vaux Livres sur Web Tv Culture

Premier roman

"J'en viens parfois, souvent même, à me poser la question de savoir où nous allons comme ça tous les trois. Je n'en sais rien et l'idée me fait peur. Je sais juste que l'amour que nous nous portons est le fil d'Ariane qui nous maintient en vie et que nous suivons aveuglément."


Thème(s) : Littérature française

Les titres de Gaël Brunet lus par Vaux Livres

 


- 109 -



Noémie DE LAPPARENT
Bons baisers de la montagne
Julliard
201  pages
18  euros

28-09-2010

 

    Par un mois de mars neigeux, une rousse parisienne, "le péril rouge", s'installe chez ses cousins, "fratrie sympathique de grands bourgeois", à Soulx, petit village perdu dans les Alpes. Après avoir supporté le récit des prouesses de ses skieurs de cousins, "c'est au diner que la conversation, tout en restant bon enfant prit un tour plus mondain et que Paul K entra pour de bon dans son existence". A 24 ans, la mort des parents de Paul K lui permet enfin de s'extraire du placard où il demeurait enfermer. Pourtant, "en 24 ans de détention Paul K n'avait jamais perdu la boule, ce qui prouvait un imaginaire immense et une force psychologique hors du commun". Mieux, il devient une sorte de sage philosophe et la rousse parisienne décide immédiatement de partir à sa rencontre. Après une longue randonnée, il arrivera exténuée à la porte de Paul K. qui l'accueillera avec gentillesse. Subjugué par cet homme, elle est totalement aimantée sa beauté, sa force et sa sagesse. Elle découvre également avec tendresse ou curiosité son entourage respectant la solitude du sage ou le considérant comme un monstre voire le diable. Noémie de Lapparent dresse avec réussite une série de portraits singuliers. Réussiront-ils à "ramener Paul à la vie" ou le sage imposera-t-il sa philosophe loin de toute préoccupation matérielle ? La réponse sera accompagnée des "bons baisers de la montagne" de la Parisienne !

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 108 -



Christophe GHISLAIN
La colère du rhinocéros
Belfond
333  pages
19.5  euros

07-09-2010

 

    Légèrement bohème et totalement farfelu, artiste manqué, Gilbratar est sommé par sa compagne Hélène d’accepter des petits boulots dont celui de croque-mort. Un jour où il « fuit » son patron en empruntant un corbillard, il retourne sur les lieux de son enfance. Une seconde d’inattention et le corbillard chut : « Le choc n’a pas été si violent et je m’en sortais sans rien de méchant. La bête aussi d’ailleurs. Pourtant jamais personne ne passait par là. Juste une poignée de caravanes il y a longtemps. Puis une bande de mômes… et un rhinocéros ! Quelqu’un pourrait-il m’expliquer ce que fout un rhinocéros au milieu d’un champ belge ? ». Cet incident exceptionnel déclenche chez Gilbratar une remontée prolifique de souvenirs mobilisant une série de personnages aux comportements loufoques. Ce concert de voix énigmatiques, originales témoigne de vies décousues qui disjonctent régulièrement (comme le lecteur !) : du grand-père de Gilbratar qui fit sauter sa maison « pour péter le ciboulot à un couple de cigognes », à Gina la dompteuse qui ne sut retenir son rhinocéros en passant par Emma la jeune et jolie qui initia le jeune Gilbratar aux beautés féminines. Dans cette polyphonie, une voix manque bien qu'elle soit omniprésente : la voix d’un vieux fou, le père de Gilbratar dont personne (ou presque) n’a de nouvelles…

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 107 -



Jean BERNARD-MAUGIRON
Du plomb dans le cassetin
Buchet-Chastel
112  pages
11  euros

04-09-2010

 

    Victor a la passion des trains, il aurait souhaité devenir conducteur de trains mais la vie l'a mené vers d'autres cieux, plombés : "je travaille de nuit comme conducteur de presse dans un grand journal régional.". Victor en fin de carrière assiste impuissant, avec incompréhension à l'évolution et la disparition de son métier. Il vit avec sa mère alors que son travail est toute sa vie, il lui accorde toute sa passion et son attention. Aussi lorsqu'il est relégué au cassetin, quinze longues, très longues années et laborieuses s'annoncent. Aussi lorsque Madeleine, la belle Madeleine, lui propose de rédiger son histoire pour le mensuel du Syndicat du Livre, il s'attelle avec difficulté à sa tâche. En outre, le plomb n'est pas sans danger pour la santé, et le doux agneau pourrait muter en animal dangereux... Un bel hommage à un métier qui disparaît et aux hommes qui l'exerçaient.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 106 -



Pierre SZALOWSKI
Le froid modifie la trajectoire des poissons
Héloïse d'Ormesson
222  pages
18  euros

30-08-2010

 

    Dans un quartier de Montreal, en 1997, un garçon de dix ans reçoit pour Noël un camescope, cadeau guère apprécié par sa mère. Le couple est balloté, l'enfant le ressent. Cela est confirmé quelques jours plus tard lorsqu'ils lui annoncent maladroitement leur séparation. Ils séparent tout en deux, les biens, le garçon. Il ira une semaine sur deux chez chacun d'eux ("comment pouvaient-ils imaginer que je serai plus heureux sans eux deux"). Ecoeuré, désemparé, il se morfond et demande au ciel de l'aider. Sa réponse vient le lendemain ! Une tempête de verglas aussi exceptionnelle qu'inattendue paralyse le quartier. Le père quitte pourtant le foyer, mais la vie du quartier est bouleversée par des évènements incroyables. Dans l'adversité, les personnages se révèlent ! Julie la danseuse au grand coeur, Boris le thésard égocentrique amoureux de ses poissons, les deux frères Michel et Simon aussi discrets que solidaires, les comportements, réactions, loin d'être gelés seront cependant profondément biaisés par cet épisode glacial ! Les poissons de Boris comme les humains voient leurs quotidiens bouleversés : "le froid modifie la trajectoire des poissons ; la nature est bien faite". Une belle palette de personnages face à des conditions extrêmes pour un roman optimiste et plaisant.

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Pierre Szalowski lus par Vaux Livres

 


- 105 -



Jean-Philippe MÉGNIN
La voie Marion
Le Dilettante
160  pages
15  euros

25-08-2010

 

    Originaire d'Annecy, Marion, la trentaine, réalise son rêve : ouvrir une librairie à Chamonix. A 35 ans, Pierre, "ce grand corps de guide qui respire la puissance et en même temps la timidité maladroite", fut d'abord un de ses premiers clients puis bientôt un des plus fidèles (et pour cause !) : "il a fini par connaître les rayons par coeur". Bien que sous le charme, Marion était "tout aussi empêtrée que Pierre". Il en a fallu des courses où "le guide en bouquins" suivait "le guide en montagne", il en a fallu des nuits platoniques en refuge pour qu'ils finissent par se tutoyer et qu'ils s'avouent enfin leur amour. Après les présentations aux familles (la montagne a pris le père de Pierre, le mariage marque une première étape dans leur voie. Le bonheur et l'amour s'installent. Mais peu à peu, un manque se fait sentir, l'enfant reste absent et le bonheur ultime ne peut être atteint, le sommet demeure hors de portée... par quelle voie Marion y parviendra-t-elle...

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 104 -



Jean-Claude LALUMIÈRE
Le front russe
Le Dilettante
256  pages
17  euros

25-08-2010

 

    Bordelais, fils unique de parents parvenus, bourrés de principes aussi conventionnels que vieillots, J-C Lalumière a subi une éducation rigide et triste annihilant tout rêve, espoir ou fantaisie. Maladroit et solitaire, ses seules escapades s'accomplissent dans la lecture de Géo. Après des études littéraires, il réussit le concours d'attaché d'administration du Ministère des Affaires Etrangères. JC Lalumière prend donc le train pour Paris armé d'un superbe attaché case offert par sa chère maman. Le jour de son intégration, son Directeur se retrouve à l'hôpital après avoir malencontreusement heurté l'attaché case de Jean-Claude ! Il ne l'aura pas volé, direction "le front russe", service voué au pays en voie de création, section Europe de l'Est et Sibérie. Ce service est dirigé par un préretraité aussi incompétent que farfelu et Jean-Claude gaffeur impénitent, roi de la catastrophe, saura trouver avec résignation sa place (notamment aux côtés d'Aline la plus jeune des secrétaires) dans ce royaume impitoyable qu'est l'administration. L'auteur réussit avec brio à opposer le sérieux de sa prose aux situations burlesques et aux gaffes du héros tout en décrivant une bonne tranche de vie mais "l'histoire d'une vie, c'est toujours l'histoire d'un échec"...

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

 


- 103 -



Natacha BOUSSAA
Il vous faudra nous tuer
Denoël
175  pages
16  euros

18-08-2010

 

    Lena a 27 ans en mars 2006. Elle mène de front ses études et un travail "alimentaire" comme hôtesse d’accueil dans une entreprise. Quotidien très éloigné de son sujet d'étude et de prédilection, le poème d’Antonin Artaud, « Van Gogh, le suicidé de la société ». Mars 2006 fut marqué par les manifestations anti-CPE et Lena retrouva ses anciens amis, qui ont vieilli et suivi des voies différentes. Les trois semaines de manifestations seront l’occasion de parler de leur vie, de leurs convictions, de leurs espoirs pour certains, de leurs désespoirs pour d’autres, et toujours de leur quotidien. Les discussions ou réflexions abordant tous les thèmes (politique, démocratie, intellectuels, amour, avortement, SDF, mort, suicide, art, folie…) seront vives et animées. Sorte de bilan aussi cruel que réaliste d’une génération, ce texte enrichi de nombreuses citations (Debord, Artaud) montre une génération sacrifiée par une société bloquée où acquérir un logement, trouver un emploi, choisir librement ses loisirs, accéder à la culture demeurent souvent inacessibles pour la majorité. Le rythme est rapide, vif et le récit laisse augurer (espérer ?) qu’une rébellion salvatrice a planté ses germes au cours de ces trois semaines sauf si Chateaubriand avait vu juste...

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 102 -



Justine LALOT
Pas grand-chose
Luce Wilquin
166  pages
18  euros

04-08-2010

 

    Blanche Grelot est une jeune infirmière, un peu paumée, avenir incertain, quotidien morne, pas grand-chose en vue… Pourtant, même si parfois certain préfère rêver leur vie, elle recèle souvent des ressorts inattendus. Un matin, sur la route vers son travail, Blanche assiste à un accident et selon elle, en est la responsable. Petit dérèglement, coupure momentanée de l’image mais grosse conséquence. Elle accepte sans enthousiasme la proposition intéressée de son chef de clinique et part pour la République démocratique du Congo. Loin de l’habituel humanitaire dévoué corps et âme à sa mission, elle débarque dans un pays inconnu ignorant tout de sa population, de ses croyances, de la politique du pays et du continent. Petite Belge déboussolée mais volontaire voire entêtée, elle n’aura rien à envier à son compatriote Tintin, rien ne l’arrêtera dans son voyage à la fois intérieur mais aussi avec et vers l’autre. Une aventure entraînante rendue plaisante par l’humour et le ton vif qui l’accompagnent de rebondissement en rebondissement (et jusqu’à la dernière page !).

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 101 -



Virginia BART
L'homme qui m'a donné la vie
Buchet-Chastel
180  pages
14.5  euros

04-07-2010

 

    Dans la France post 68, un père préfère rester libre que devenir père ("Mode de vie hippie incompatible avec les engagements du mariage") et prend la route ou vit en marge loin des vies conformes et familiales. La narratrice, sa fille, l'a longtemps nié ("Mon père ne faisait pas partie de ma vie") mais vient le moment où le désir de le connaître la taraude malgré les sentiments incertains et souvent ambivalents qu'elle éprouve devant cet homme atypique et attirant mais sauront-ils, désireront-ils se connaître, se réconcilier voire s'aimer ?

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 100 -



Murat UYURKULAK
Tol
Galaade
380  pages
21.9  euros

20-06-2010

 

    Tol est l’histoire d’une vengeance et démarre sur un rythme effréné qui ne faiblira pas, les premières pages secouent le lecteur : « Tranquillement, comme s’il allait à la boulangerie : je sors. Je vais me venger et je reviens. ». Trois personnages prédominent et mêlent leur voix en enchassant leurs récits : Oguz révolutionnaire de la cause kurde des années 60-70, Sair activiste de la même génération qui s’exilera à Paris avant de revenir en Turquie après l’amnistie, Yusuf qui n’a pas connu son père en quête d’identité. Trois trajectoires qui luttent contre l'oppression, oeuvrent pour plus de liberté et témoignent de l’histoire de leur pays par leurs engagements, leurs illusions puis leurs désillusions et leurs échecs qu’ils peineront à supporter. Un roman noir, brûlant, exigeant tant dans sa construction et que dans son écriture.

Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Jean Descat

 


- 99 -



Diana ABU-JABER
Origine
Sonatine
501  pages
22  euros

02-06-2010

 

    L’intrigue se déroule à Syracuse, état de New-York. L’héroïne, Lena, appartient à une unité scientifique de la police en tant qu’experte en empreintes digitales. Elle complète cette expertise par une sensibilité extrême qui lui permet pratiquement de ressentir l’indicible. Ses capacités sont connues et reconnues mais sa fragilité l’empêche d’occuper le devant de la scène. Ses failles proviennent de son enfance, Lena se sait orpheline, adoptée dans des circonstances obscures et ses parents adoptifs lui refusent toute explication quant à son passé. Bébé, elle croit avoir partager le quotidien de singes dans une immense forêt. Ses origines inconnues la perturbe perpétuellement, alors, lorsque son enquête semble la confronter à un serial killer de bébés, son passé la rattrape. D’autant plus, qu’elle se sent de plus en plus liée à cette série de meurtres. Réalité ou folie ? Fantasme ou réalité ? Lena mènera jusqu’au bout son enquête (sa quête ?) quoi qu’il lui en coûte… Un thriller qui descend lentement mais sûrement au plus profond de l’âme humaine.

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Edith Ochs

 


- 98 -



Jean-Philippe DEPOTTE
Les démons de Paris
Denoël
515  pages
20  euros

11-05-2010

 

    Dans le Paris du début du XXème, Joseph qui va prochainement être ordonné prêtre, se dit capable de converser avec les morts et sa réputation grandit au point que le peuple le surnomme Saint-Joseph des Morts. Joseph n’hésite pas à braver le danger pour tenter de percer les mystères de l’après-vie. En outre, ses recherches lui prouveront rapidement qu’il n’est pas le seul dans Paris à s’intéresser à ce sujet ! Son enquête l’emmènera au plus proche du pouvoir officiel et souterrain : la Présidente Desnoyelles, le préfet Lépine, le tsar Nicolas II en visite exceptionnelle dans le métro, Fulgence Bienvenüe et ses jumeaux, Lénine préparant sa Révolution, le Paris occulte avec le Grand Kahn directement venu de l’Enfer et sa Horde (sauvage) d’Or, sa fille Lucrèce, Gérard Encausse dit Papus qui espère maîtriser le passage du monde des humains aux enfers en respectant la règle de l’équilibre un humain contre un démon ! Entre thriller, roman historique, roman fantastique, polar, aventure, Jean-Philippe Depotte mêle avec tact la fiction et la réalité dans un Paris du début du siècle qui se cherche entre modernité et passé ; ses personnages écrivent une histoire fantastique et périlleuse avec une trame qui malgré quelques petits détours inutiles plongera le lecteur dans les gouffres de l’enfer… Imaginatif !

Premier roman

« Newton a observé les objets inanimés et a compris que l’Univers n’a pas besoin de Dieu pour ordonner les astres et les planètes. Darwin a observé les plantes et les animaux et a compris que la Vie n’a pas besoin de Dieu pour créer les espèces et concevoir l’Homme. Aujourd’hui, en observant les morts, Joseph Sterbing a découvert que l’Au-delà n’a pas besoin de Dieu pour juger les âmes ! »


Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir

 


- 97 -



Hugo LAMARCK
Myrtille
Galaade
151  pages
12.9  euros

01-05-2010

 

    Myrtille est une jeune femme dynamique, sorte de feu follet née avec une tache de vin sur le visage, reine de l'imaginaire et du rêve. Sa recherche du bonheur est marquée par sa rencontre au parc Monceau avec un étrange personnage au masque d'oiseau, maître de deux inséparables, par son amour pour Angelo et enfin par un livre qui n'est pas arrivé par hasard entre ses mains (comme Myrtille n'arrivera pas par hasard non plus entre les votres...). Un joli conte entre Prévert et Amélie Poulain, débordant de fantaisie et de joie, hymne aux mots et aux livres, lumineux et poétique où chaque lecteur puisera son propre bonheur. Un pur plaisir !

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 96 -



Carolina DE ROBERTIS
La montagne invisible
Belfond
380  pages
21.5  euros

13-04-2010

 

    La montagne invisible décrit l’ascension continue et obstinée de trois générations de femmes, Pajarita, Eva et Salomé vers une indépendance si chère à obtenir et conserver. Pajarita, « Petit oiseau », tire son prénom du miracle qui initie sa vie : disparue à un an, elle est retrouvée à la cime d’un arbre le 1er janvier 1900. Elle se marie à un étranger Ignazio, vénitien en exil et amoureux des gondoles qui n’a pas vu la montagne en arrivant à Montevideo. Il deviendra magicien, elle sera guérisseuse grâce à sa connaissance des plantes médicinales. Eva, sa fille, dès son plus jeune âge, se découvre une passion pour la poésie. Elle fréquente les lieux interlopes mais poétiques de la capitale, partage les soirées enfumées des intellectuels uruguayens. Elle espère en une autre vie alors que son quotidien lui rappelle chaque jour les sentiments les plus noirs des hommes. Accompagnée de son amour de jeunesse, elle s’enfuit finalement vers l’Argentine d’Eva Peron où, lors d’une hospitalisation, elle rencontre un grand médecin qui tombe immédiatement amoureux et l’enlève littéralement. Elle donne naissance à Salomé en présence d’Ernesto Guevara, jeune interne de service, présage du futur de la jeune fille préoccupée dès son plus jeune âge par le destin de son pays qu’elle retrouve rapidement suite aux évènements politiques en Argentine provoquant un retour au pays de la famille. Lycéenne, elle rejoint les rebelles Tuparamos alors que l’Uruguay subit le joug d’une dictature intraitable mais commence de réagir. Un engagement qu’elle ne regrettera jamais mais qui l’éprouvera dans sa chair et dans ce qu’elle aura de plus cher… Une superbe fresque de trois femmes du peuple dont le destin épouse celui d’un pays méconnu, du quotidien le plus simple aux grandes ambitions politiques. Un récit épique qui monte en puissance au fil des chapitres comme l’empathie du lecteur pour ses trois femmes courageuses, animées par un amour familial sans faille et décidées à préserver une part de liberté envers et contre tout.

Premier roman

Article paru dans la revue "Page des Libraires"



Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Daphné Bernard

 


- 95 -



Sema KILIÇKAYA
Le chant des tourterelles
L'Arganier
210  pages
15  euros

20-03-2010

 

    Syrie, Alep, 1943, la belle et jeune Djémilé vient de perdre son époux Rassime après une union née d’un mariage forcé. Elle décide de reprendre la route, nouvel exil vers son pays d’origine la Turquie. Elle est accompagnée de ses cinq enfants, d’une cousine et d’un guide qui les abandonnera rapidement après avoir encaissé l’argent de la course. Elle recommence sa vie, retrouve ses racines, accompagnée de ses enfants et petits-enfants. Témoignage de trois générations (surtout féminines) qui abordent moult thèmes souvent évoqués avec poésie : l’exil, les racines, la famille, le deuil, les relations hommes-femmes, les relations entre nations et communautés, le poids de la famille mais aussi du pouvoir politique sur chaque destin personnel. Un récit qui chante au gré des roucoulements des tourterelles.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 94 -



Jacques GIRARDON
Mathusalem & Cie
Le Dilettante
288  pages
20  euros

03-03-2010

 

    Eugène Galton, journaliste hypochondriaque, est miné : la peur de la maladie et la peur de mourir l’obsèdent et il n’existe qu’un seul moyen d’y échapper définitivement : le clonage. Son obsession est tel qu’il décide d’aller jusqu’au bout de son rêve. Par la même occasion, il intègre le service médical de son journal et la génétique devient sa marotte exclusive. Sa folie commence cependant de produire quelques dégâts sur son entourage qui voie d’un œil inquiet et dubitatif son dernier projet. Autre effet secondaire, sa vie amoureuse est atteinte et devient chaotique. Lorsqu’il a enfin trouvé un obscur laboratoire implanté dans les Balkans prêt à réaliser (dans la discrétion) le clonage humain, Eugène est certain qu’il va enfanter, seul, et de lui-même ! Pourtant Eugène ne mesure peut-être pas totalement l’ampleur de l’expérience… Jacques Girardon s’en est donné à cœur joie dans ce premier roman où les passages où l’humour transparait supplantent ceux où les explications scientifiques sont parfois un peu longues.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 93 -



Sérigne M. GUEYE
Les Derniers de la rue Ponty
Naïve
219  pages
18  euros

25-02-2010

 

    Gabriel débarque à Dakar en se présentant comme ange et se disant déjà mort. Ange au pouvoir exceptionnel, il est pourtant à la poursuite d’une espèce de salut et à la recherche de deux âmes à sauver. Le lecteur va le suivre auprès de gens simples et communs en plongeant au plus profond de la capitale sénégalaise qui oscille entre tradition et modernité. Deux femmes deviendront ses protégées. Salie, jeune et belle, d’origine franco-sénégalaise rêve de partir à la rencontre de son père inconnu en France, il ne lui manque qu’une chose, un visa… Emma, Française, seule et lasse, semble à la dérive, elle ne croit plus à la vie et se laisse vivre sans but, il ne lui manque qu’une chose, un enfant… Une belle description sans misérabilisme de la vie contemporaine et des préoccupations des habitants de Dakar enrichie par des portraits de personnages auxquels le lecteur s’attache progressivement.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 92 -



Kim THUY
Ru
Liana Levi
143  pages
14  euros

18-02-2010

 

    Ru est le récit d’une jeune femme vietnamienne ayant émigré au Canada par les terribles boat people et qui trie aléatoirement dans ses souvenirs, des souvenirs nombreux tant la petite fille qu’elle était semble fine observatrice. Le récit oscille entre passé et présent, enfance et maturité, évocation familiale et universelle, douceur et violence, climat apaisé et guerrier... Un court récit poétique à la prose maîtrisée qui distille une douce violence aimantant le lecteur du début à la fin.

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 91 -



Sophie POIRIER
La libraire a aimé
Ana Editions

71  pages
9.5  euros

18-02-2010

 

    Un homme et une femme se retrouvent chaque jour à une terrasse de café autour d’un whisky et … de livres. Corinne et Paul partagent leurs lectures, leur passion, leur métier, puis repartent chacun de son côté. Rien d’autre. Pourtant l’attachement se crée, indiciblement. Seule l’absence fera éclater au grand jour les liens invisibles qui se sont créés. Un jour, l’homme ne vient pas. La femme se rend compte qu’elle ne le connaît pas et qu’elle est peut-être passée à côté de quelque chose. Elle part à sa recherche dans une sorte de folie désespérée au cours de laquelle les rencontres toutes plus singulières les unes que les autres la guideront dans sa quête. Un joli texte mélancolique qui met en scène ces personnages atypiques que sont les libraires !

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 90 -



Damien LUCE
Le Chambrioleur
Héloïse d'Ormesson
202  pages
15  euros

13-02-2010

 

    L’enfance peut aussi être le temps de la solitude : la petite Jeanne Chemin s’isole dans sa tristesse, ses parents trop occupés la délaissent, les petits gestes d’amour sont absents, la distance et la froideur dominent. Heureusement l’enfance est pleine de ressors et Jeanne a l’imaginaire qui vagabonde, elle se crée un monde extraordinaire dont le héros est Paulin, jeune Apollinaire cambrioleur, qui la visite les soirs où ses parents se rendent à l’opéra. Paulin, cambrioleur amateur, clochard émérite, l’entraîne vers la vie, vers les bas-fonds parisiens mais qui est vraiment cet homme ? Deux mondes se rencontrent sans jamais s’unir et Jeanne pourra-t-elle revenir indemne de ce voyage ? Un duo attachant.

Premier roman

« Les Chemin font partie de ces adultes qui se persuadent d’éduquer leurs enfants en les inondant d’activités extrascolaires. Gymnastique le lundi, équitation le mardi, piano le mercredi, solfège le jeudi, danse le vendredi, piscine le samedi… La méthode est de les arroser au maximum, en se disant qu’il en germera bien quelque chose. »

Thème(s) : Littérature française

 


- 89 -



Véronique BIZOT
Mon couronnement
Actes Sud
108  pages
13  euros

15-01-2010

 

    Le narrateur est un vieux monsieur qui vit seul, enfin presque... Mme Ambrunaz, sa femme de ménage, l’aide, le surveille, l’épaule, l’encadre… Une vie bien paisible jusqu’au jour où un courrier d’apparence anodine bouleversera ses journées : on lui annonce une décoration prochaine pour une importante découverte scientifique réalisée de longues années en arrière et à son insu ! Surpris, déconcerté mais jamais flatté, le vieil homme qui estime ce prix injustifié regarde les évènements d’un œil sage et amusé, parfois interrogatif mais toujours sans illusion. Ils lui procurent l’occasion de faire une pause pour mieux explorer sa solitude et son éloignement. Un portrait bien attachant et non dénué d’humour.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Véronique Bizot lus par Vaux Livres

 


- 88 -



Daniel ABIMI
Le dernier échangeur
Bernard Campiche Editeur
319  pages
18  euros

24-12-2009

 

    Rod est journaliste, quelque peu à la dérive et alcoolisé, hébergé par sa mère et lorsqu’il est appelé pour couvrir le meurtre d’un notable de Lausanne, le docteur Attila Szabo, il ne se doute pas qu’il vient de s’engager une pente plus que glissante. Attiré par la veuve du défunt, il se retrouve plongé dans le monde des notables lausannois, un monde aux mœurs légères et interconnecté avec la pègre locale. Attila faisait parti d’un petit groupe de la bourgeoisie mené par un homme douteux où tout s’échange mais, un à un voire deux à deux, les participants disparaissent. Hécatombe qui commence d’inquiéter la population et les communautés de Lausanne mais aussi de ridiculiser la police un peu perdue face à ces disparitions toutes plus violentes les unes que les autres… mais heureusement Rod, journaliste atypique, teigneux et têtu ne lâchera pas l’enquête pourtant particulièrement dangereuse…

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir

 


- 87 -



David VANN
Sukkwan Island
Gallmeister
192  pages
21.7  euros

18-12-2009

 

    Deux hommes. Un père et son fils. Jim a décidé d’emmener son fils de treize ans dans une île déserte pour une vie solitaire, à deux, éloignés de tout et de tous et surtout de toutes. Jim en effet espère digérer ses multiples échecs, échecs personnels, amoureux, professionnels mais également renouer les liens avec Roy. Ecoute, affrontement, compréhension, rejet... Roy observe son père, le découvre avec inquiétude, un Robinson de plus en plus défaillant. Ils tentent cependant de préparer le long hiver qui les attend lorsque le drame survient. Un drame inattendu et terrible qui transforme leur séjour en drame. David Vann nous offre avec ce premier roman ténébreux et terrifiant un suspense insoutenable et le portrait noir d’un homme à la dérive, épuisé et sans espoir. David Vann réussit à toucher à la fois l'épouvantable et la beauté lumineuse, du grand art. Une tempête glaciale va vous emporter !

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Laura Derajinski

Les titres de David Vann lus par Vaux Livres

 


- 86 -



Natacha ANDRIAMIRADO
J'écris pour mon chien
Maurice Nadeau
63  pages
12  euros

27-10-2009

 

    Dix nouvelles, dix nouvelles pour pleurer, rire, s’émouvoir devant le regard singulier d’un chien, cet animal qui épaule, encadre, suit, devance l’Homme depuis si longtemps. Dix situations communes, différentes, jusqu’à la dernière qui justifie en elle-même l’édition de ces nouvelles !

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 85 -



Claudine CANDAT
Diabolo pacte
L'Arganier
285  pages
18  euros

27-10-2009

 

    Garin Bressol est devenu éditeur par son mariage. Un mariage vite oublié. Son auteur fétiche le bellâtre Antoine Maurier, auteur de science-fiction lui a assuré reconnaissance et confort financier. Pourtant le Diable va s’en mêler. Maurier passe à la concurrence, la plantureuse Marylin nouvelle comptable annonce un dépôt de bilan proche, et le Diable récupère une à une les âmes des protagonistes jusqu’à l’arrivée depuis Laon de Josette Gougeard, caricature de la ménagère de 50 ans mais surtout auteur semble-t-il des excellentes « Mémoires d’une jeune fille plumée ». « Diabolo pacte » est vraiment à sa place dans la collection « Facéties » des éditions de l’Arganier.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 84 -



Natalia KLIOUTCHAREVA
Un train nommé Russie
Actes Sud
190  pages
18.9  euros

18-09-2009

 

    Nikita est en quête, il ne peut oublier Iassia son amour de jeunesse et parcourt le pays à la recherche de "la Russie". Il s’interroge sur les Russes, ce que représente la Russie, hier, aujourd’hui (« Et pourquoi la Russie ne pourrait pas être en toi aussi ? Puisqu’elle est en nous , Pourquoi cherches-tu la Russie des autres ? La tienne ne te suffit pas ? »). Ses rencontres sont en souffrance, mais continuent de vivre, voire parfois de survivre, chacun à sa manière. Les personnages expriment tous les sentiments : colère, mélancolie, humour, obsession, tendresse, fatalité, amour… Un roman riche, multiple, flamboyant, haut en couleurs, image d’une Russie contemporaine et jeune qui n’a pas oublié son passé.

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Joëlle Roche-Parfenov

 


- 83 -



Frédéric MICHAUD
Irène sur le plancher des vaches
Delphine Montalant
107  pages
15  euros

30-08-2009

 

    Un court texte qui expose simplement, avec tact et retenue, à partir de l’exemple d’Abbéfontaine, un petit village du Premier Plateau du Jura, le dépérissement de la France rurale. De 1960 à 2005, tous les cinq ans, un nouveau personnage apparaît, son quotidien ou ses préoccupations sont narrés et apparaît en filigramme la disparition des exploitations agricoles, cinq ans, c’est long dans la vie d’une exploitation et tous les cinq ans certaines ont disparu. 1960 voit la famille Gauthier et surtout les trois filles de la ferme au travail et 2005 verra l’une d’elles revenir sur les lieux de son enfance et constater son évolution. Frédéric Michaud fait ressentir avec délicatesse le malaise d’une couche sociale qui disparaît tranquillement, silencieusement, à l’image des vies rudes de ces femmes et hommes.

Thème(s) : Littérature française

 


- 82 -



Corinne ROYER
M comme Mohican
Héloïse d'Ormesson
271  pages
18  euros

27-08-2009

 

    Claire est photographe, la quarantaine, marié à Alexandre et deux enfants. Elle retrouve un homme qu’elle a connu lorsqu’elle avait vingt ans, M. est devenu un homme de pouvoir en vue. Elle tombe à nouveau amoureuse et conte ses rencontres, ses rendez-vous, ses attentes, sa passion. Tiraillée entre deux hommes, Claire Chaque chapitre où Claire s’expose, en miroir, lui répond le récit d’Esmeralda, son ange gardien, qui raconte à sa façon ce qui se passe dans l’âme de « sa petite ». Deux versions des faits parfois convergentes, parfois divergentes. Aux côtés de Claire, depuis toujours, subsiste Pierre « un enfant qui n’aurait jamais franchi le cap de l’adolescence », Pierre si sensible et qu’elle s’efforcera sans relâche d’aider. Les rapports entre Claire et M. sont au centre du livre, mais moult thèmes l’enrichissent : l’amour, le désir, la sexualité, le pouvoir, les élections, la famille, le bonheur, les loisirs, l’art… Un récit vif, tumultueux et bien ancré dans notre monde.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 81 -



Marie LE GALL
La peine du menuisier
Phébus
283  pages
20  euros

24-08-2009

 

    C’est une histoire de famille, de relation filiale qui n’aboutira pas, de secrets et de silences. L’atmosphère est pesante et Marie-Yvonne, la narratrice, « petite fossoyeuse amoureuse des cimetières », y est sensible dès son plus jeune âge, les ancêtres, invisibles, rodent alors que les morts et la mort unifient la famille dans ces maisons imprégnées du passé et dans les cimetières (« On respecte les morts. Ils existent. On les aime jusqu’au bout et surtout au-delà. »). Initialement et pour très longtemps, la cause lui en demeure inconnue. Elle vole au détour d’une conversation un mot, une phrase, une question qui éveillent sa curiosité. Mais ce sont surtout "les encadrés" de la maison qui pèsent par leurs regards fixes, froids et définitifs sur la famille qui se tait et s’efface devant ses morts. La mort est omniprésente : « C’est l’histoire d’un homme, cinquième d’une famille de dix enfants, fils d’agriculteurs du Porzay, Finistère sud, ouvrier de l’arsenal de Brest, marquis de la p’tite gamelle, un homme assis chaque soir à table en face de ma mère. ». La narratrice est la fille de cet homme bien que, jamais de son vivant, elle ne pourra l’appeler papa ou mon père, il restera le Menuisier, cet homme taciturne. Ils se regardent de biais, s’épient, s’aiment mais jamais n’ébaucheront ne serait-ce que le début d’un dialogue. Leur symbiose totale les empêche finalement de se connaître, de se rencontrer. Ce n’est après qu’une longue enquête qu’elle découvrira le lourd passé dont elle a hérité, qu’elle a toujours ressenti et qui demeure inscrit en elle. Une belle écriture au service d’une quête lente et obstinée d’un secret familial entêtant dans la Bretagne des années 50.

Premier roman

« Je savais que la mort pouvait entrer sans prévenir comme une voleuse, que, sans la voir, on pouvait sentir sa présence toute-puissante et paralysante. Mais ça se passait chez les autres, ou avant ma vie. A la maison, elle était seulement sur les murs, c’était sa place, immuable. Nous étions les gardiens de nos morts. »

« Nous ne sommes pas seulement héritier d’un patrimoine génétique, mais d’un nombre infini d’émotions transmises à notre insu dans une absence de mots, et plus fortes que les mots. »

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Marie Le Gall lus par Vaux Livres

 


- 80 -



Marie CASANOVA
Et l’odeur des narcisses
Galaade
118  pages
14.9  euros

24-08-2009

 

    Thérèse est seule dans sa maison d’un petit village corse. Sa solitude entre autres suscite ses confidences totales, elle raconte à trois compères singuliers ce qu’elle n’a certainement jamais exprimé. Une vie à double facettes : calme et tempête, amour et haine, beauté et laideur... Thérèse découvre subrepticement au même instant l’horreur d’une exécution capitale à Cayenne et l’amour par un baiser à l’odeur de tabac. Tout au long de son existence, Thérèse continuera d’espérer et d’attendre l’amour mais en même temps le redoutera. Après un passage revigorant en Italie, elle rejoint avec sa famille le village corse où elle sera crainte et moquée. La vie de Thérèse bascule en effet le jour où sa lourde compagne, « la gamba », la rejoint pour une union désespérante. De son second amour naîtra sa fille, Juliette, qui soufflera encore le chaud et le froid sur l’existence de Thérèse. Un beau portrait de femme singulière au triste destin servi par une belle écriture.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 79 -



Stéphane VELUT
Cadence
Bourgois
190  pages
15  euros

24-08-2009

 

    Munich, 1933. Le bruit des bottes résonne déjà dans la ville et les discours du petit chancelier occupent les ondes. Un peintre se voit chargé de dresser le portrait d’une enfant image de l’avenir radieux de la nouvelle Allemagne. Insensible aux discours haineux ambiant, le peintre en acceptant trouve là une bonne raison de rester à l’écart du monde et d’éviter de se mêler à la folie ambiante. Deux mondes fermés et apparemment imperméables (« …détachez vous du monde, et il ne manquerait jamais une âme pour vous y ramenez à coup de botte.). Il accueille sa jeune pensionnaire avec un projet déjà bien établi (« On m’avait apporté une merveille, j’allais la façonner comme une masse de terre glaise, et en faire mon chef-d’œuvre. Le reste ne comptait pas. Dehors tout était loin et irréel »). Secondé par Félice sa logeuse mais aussi par Werner Troost un prothésiste aussi génial que fou, ce projet va vite dérivé. L’enfant devient son objet, son jouet, sa poupée (« Oui, jouer, c’était cela au fond qui me plaisait. Jouer jusqu’au dernier moment »). Un lien semble s’établir entre eux deux mais le lecteur demeure toujours dans l’incertitude. La poupée totalement soumise devient une espèce d’automate aux ordres du peintre. Ses incursions momentanées dans le monde extérieur le font suivre l’évolution du régime. Deux mondes, deux évolutions, un même but ? Oppression, soumission, identité, humanité niée… un univers kafkaïen particulièrement noir et pessimiste. Un huis clos réussi parfois dérangeant qui entraîne le lecteur dans une spirale kafkaïenne.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 78 -



Samuel CORTO
Parquet flottant
Denoël
189  pages
16  euros

24-08-2009

 

    Le titre aurait pu être aussi « Ubu au pays de la justice » tant ce texte est un témoignage impertinent de la folie surréaliste de la justice ce qui serait sans conséquences si au centre de ce naufrage ne se trouvaient les hommes. On sent le vécu ! Etienne Lanos ancien avocat vient d’être nommé substitut du procureur dans un tribunal de province, nouveau substitut atypique que la loi des statistiques n’arrive pas à émouvoir et qui aborde son métier avec le justiciable au centre de ses préoccupations et un questionnement de tous les instants comme un regard acerbe sur ses collègues et son institution. Le texte alterne les témoignages concrets, les explications pédagogiques sur le fonctionnement quotidien de la justice et les réflexions du narrateur ce qui procure un ensemble drôle, grinçant et alerte sur ce corps intouchable et ses dérives actuelles.

Premier roman

« Pardonnez-moi, mais je ne suis pas d’accord : la justice n’a pas à s’identifier à la victime. En aucun cas. C’est le prévenu qu’elle juge et personne d’autre. C’est lui qui compte, dans sa faute et dans sa présomption d’innocence ; on ne condamne pas pour faire plaisir à la victime. Or, tout s’inverse aujourd’hui. »

Thème(s) : Littérature française

 


- 77 -



Camille BORDAS
Les treize desserts
Joëlle Losfeld
231  pages
20  euros

24-08-2009

 

    Inès est une jeune adolescente lorsque sa mère meurt accidentellement, trop tôt, beaucoup trop tôt. Elle reste seule avec son père, son frère aîné voguant depuis longue date dans un autre univers, là où la réussite l’a mené. Peu de temps après, son père malade disparaît également. Les treize desserts est la confession de cette jeune femme qui quitte Arles pour rejoindre son frère à Paris loin de ses racines arlésienne et espagnole. Elle suit un long chemin pentu et tortueux pour tenter de se (re)construire, découvre un peu plus l’histoire de ses parents, alors qu’il faudra qu’elle arrive à dépasser l’image de ce couple idéal que formait ses parents prématurément disparus, couple parfait, complémentaire et s’aimant mutuellement jusqu’aux derniers instants.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 76 -



Olivier JACQUEMOND
New York fantasy
Mercure de France
121  pages
13.5  euros

24-08-2009

 

    Eric alors que son futur mariage est pratiquement annoncé décide (initialement) de faire une pause et quitte tout. Il quitte ses parents et sa sœur, Paris pour New York, deux villes différentes, deux vies différentes, deux cultures différentes. New York, la ville où les personnes qui n’ont pas de rêves viennent les chercher. Eric vient réaliser ses fantasmes, fixer ses désirs et provoquer son avenir, mais aussi par cette rupture, oublier son histoire, son passé, se forger sa propre identité et s’accepter. Au cours de son séjour, son père tombe malade et c’est le retour. On apprend que son père était un père absent, à côté de la famille, son seul souhait était qu’elle soit heureuse mais s’effaçait toujours devant elle : un père transparent qu’Eric ne connaît pas. Après la mort de son père, il décide finalement de retourner à New York et fera la rencontre peut-être qui marquera sa naissance : Mick un écrivain truculent sans manière, à la vie sans retenue, franc et grand observateur. Ils se rencontrent autour de Leonard Cohen et Mick va permettre à Eric de se révéler à lui-même. Leur amitié et leur discussion l’amèneront à respecter le point de vue de Kerouac, « on finissait fatalement par rentrer chez soi, et ce qu’il fallait retenir en définitive, c’était le nombre de tours de piste qu’on avait réalisés entre le moment de son départ et celui du retour programmé. », un ultime voyage vers Paris qui lui permettra de constater que son père était plus proche de lui qu’il ne le pensait jusqu’au point où il n’est peut-être venu à New York que pour réaliser les rêves de son père. Ce premier roman est une vraie réussite, une très belle découverte.

Premier roman

« Moi, la création, je la mets à un niveau organique, j’écris comme je pisse. Et je pisse rarement dans la cuvette, j’éclabousse le sol, je me salis le pantalon et les doigts. Ouais, c’est ça l’écriture pour moi, un machin supposé rendre l’imperfection du monde en lui conférant une touche de beauté. »

Thème(s) : Littérature française

 


- 75 -



Noëmi LEFEBVRE
L’autoportrait bleu
Verticales
143  pages
13.9  euros

24-08-2009

 

    Deux sœurs aux caractères opposés ont pris place dans un avion pour le trajet Berlin-Paris, une heure et trente minutes offertes à l’une d’elles pour un long monologue intérieur. Monologue lancinant, obsédant, redondant (« Tu as des idées sur tout, aurait pu dire le pianiste mais ne l’avait pas dit, il est parfois bon de se taire, aurait-il pu dire, aurait ainsi interrompu, par cette remarque de bon sens, les interminables réflexions et ingénieuses associations d’idées qui me venaient, chaque nouvelle idée plus étonnante, subtile, singulière, et formidable que la précédente… ») formant une autobiographie qui aborde à la fois la personnalité de cette jeune femme désinvolte et torturée mais aussi ses préoccupations artistiques. Le récit oscille donc entre propos légers, propos personnels et considérations sur l’art et l’histoire allemande. Sa rencontre avec un pianiste-compositeur marqué par le destin d’Arnold Schönberg donne le tempo du récit agrémenté par ses lectures des lettres de Theodor W. Adorno à Thomas Mann. De la haute voltige musicale et littéraire parfaitement maîtrisée !

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 74 -



Victor LODATO
Mathilda Savitch
Liana Levi
275  pages
20  euros

24-08-2009

 

    Mathilda Savitch est la narratrice, jeune adolescente qui du jour au lendemain voit son quotidien et son avenir totalement obscurcis ce qui provoque une rupture totale dans son évolution vers le monde adulte. A l’orée du livre, on ne connaît pas grand-chose sur le passé de Mathilda mais on apprend immédiatement que sa sœur Helene est morte écrasée sous un train. Mathilda laisse courir son imagination sur l’histoire de sa sœur, sur ses sentiments, ses amours, sur le déroulement de l’accident… L’adolescente est perdue, désespérée, elle oscille entre naïveté et perversité, gentillesse et méchanceté, sensibilité et cruauté mais cherche avant tout à attirer l’attention de ses parents totalement désorientés par ses réactions (même le paisible chien Luke de la famille subit ses écarts) eux-mêmes restant déboussolés par la perte de leur fille aînée (le couple tangue dans la tempête), et par ses amis quelque peu apeurés par ce qui lui arrive et par son comportement. Tout est prétexte à imaginer le pire, même l’ambiance de peur face au terrorisme est un terrain de jeu pour la petite. Un texte sans retenue sur cette adolescente en perdition particulièrement imaginative.

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Fanchita Gonzalez-Batlle

 


- 73 -



Inaam KACHACHI
Si je t'oublie Bagdad
Liana Levi
250  pages
20  euros

23-07-2009

 

    Née en Irak, Zeina fuit adolescente vers les USA avec ses parents, son père, présentateur de télévision sans histoire, ayant pourtant été accusé de conspiration contre le régime de Saddam Hussein et donc torturé. Ses grands parents maternels auxquels elle était très liée restent vivre quant à eux à Bagdad. Ecartelée entre les deux pays, les deux cultures, Zeina est cependant bien intégrée dans la société américaine, a un ami américain, tout en restant fière d’avoir su conserver sa langue maternelle, grâce à la lecture de poésies irakiennes et à la fréquentation d’un groupe d’amis irakiens, libanais et syriens. Reconnaissante aux USA d’avoir accueilli sa famille, elle se souvient avec fierté du jour de l’obtention de sa nationalité américaine, au contraire de sa mère, qui elle, a pleuré de tristesse ce jour là. Le lendemain du 11 septembre, hébétée, elle postule à un poste d’interprète arabe mais elle n’est pas retenue. A la déclaration de guerre contre l’Irak, elle renouvelle sa candidature. Encore Irakienne mais déjà Américaine, elle part à la fois dans l’idée de rembourser une dette qu'elle aurait envers les USA mais aussi pour aider les habitants du pays de ses racines. Elle débarque dans des conditions rocambolesques à Tikrit, dans un ancien palais de Saddam Hussein investi par les américains. Là elle va traduire des documents saisis, renseigner les militaires sur les habitudes de vie des habitants et servir d’interprète pour des interrogatoires de suspects, interrogatoires parfois musclés ou absurdes. Elle décrit le quotidien et les dangers de cette vie et surtout sa prise de conscience qu’elle « n’est pas dans la même tranchée que les habitants de ce pays » qui la regarde avec hostilité. Elle retrouve avec émotion sa grand-mère qui vit toujours à Bagdad, à qui elle aura honte d’avouer qu’elle travaille pour l’armée américaine. Celle-ci, très attachée à sa petite fille mais enrageant de son engagement, ne va pas hésiter à lui présenter les fils de son ancienne nourrice, pour essayer de la ramener dans le droit chemin, de « refaire son éducation ». Mais de prise de conscience du rôle ambigu de son armée, en chagrins de deuils elle rentre avec « un chagrin pareil à du miel raffiné - épais, poisseux et translucide », avec lequel il lui faudra apprendre à vivre. Un beau portrait d’un pays lacéré et d’une femme déchirée (le portrait de la grand-mère vaut aussi le détour) entre deux identités qui rend compte de la vie des Irakiens expatriés en Amérique, de leur relation fusionnelle avec la mère-patrie, une femme qui, sur le terrain, réalise l’impasse dans lequel se sont engagés les USA mais incrimine aussi les Irakiens qui n’ont pas su profiter de l’opportunité qui leur était offerte.

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Khaled Osman, Ola Mehanna

 


- 72 -



Forrest GANDER
En ami
Sabine Wespieser
136  pages
15  euros

23-07-2009

 

    Un texte bref constitué de quatre parties pour percer un personnage hors du commun : Lester est géomètre et poète, beau et séduisant, aimant les femmes, sachant charmé avec un détachement inouï, menteur invétéré. Lester exerce sur son entourage une véritable fascination. Quatre chapitres pour tenter de cerner ce personnage atypique : une naissance où la mort rode projetant un destin tragique ; un collègue entre ami et amoureux, fasciné, qui désire attiré son attention mais Lester préfère l’extraordinaire, les poètes, les artistes en marge, la lie (« Lester dit qu’être trainé dans la boue – c’est bien ce qu’il a dit ? – était une façon de se rendre à soi-même reconnaissable ») et Clay ne pouvant s’immiscer dans la vie de Lester provoque son suicide ; sa maîtresse Sarah découvre une nouvelle facette de l’homme qu’elle a aimé, adulé plus que tout sans qu’elle puisse se réfréner, elle va revivre par saccades les moments qu’ils ont partagés, sans ombres et sans mensonges ; enfin, dans la dernière partie, Lester se livre ou plutôt livre ses réflexions souvent philosophiques sur sa vie, sur lui, sur les autres… Un texte au style travaillé qui offre en miroir sur fond d’amour et de mort le portrait d’un homme épris d’absolu.

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Dominique Goy-Blanquet

 


- 71 -



Anne PERCIN
Bonheur fantôme
Le Rouergue
220  pages
16.5  euros

16-07-2009

 

    Pierre a 28 ans et a choisi de s’éloigner de la vie parisienne pour s’installer à la campagne, dans la Sarthe. Pourquoi a-t-il quitté cette vie colorée, animée et multiple pour la solitude ? Pas à pas, sur des tons multiples, Pierre se dévoile au lecteur, dévoile ses craintes, ses peurs, ses sentiments, ses amours, mais surtout les fantômes vivants ou morts qui le hantent lui apportant peur, regrets ou bonheur. La vie de Pierre s’intègre totalement dans la vie campagnarde comme le récit d’Anne Percin, Pierre citadin ou campagnard reste sans complaisance avec lui-même. Après une thèse sur Simone Weil, il s’atèle à une biographie sur Rosa Bonheur femme aussi sans concession et différente. Entre deux chapitres, il revient sur son amour pour R. un photographe indépendant toujours sur le départ avec qui il vécut une passion brûlante pendant huit années, un amour qui continue d’exister et entretenu par les visites épisodiques de R. dans sa retraite de la Sarthe. Cette passion et cette confession telle une bouée de secours adouciront les douleurs de l’écorché vif qu’est Pierre, qui pourra ainsi commencer de s’accepter tout en restant fidèle à lui-même et continuer de vivre des moments même fugitifs de bonheur.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Anne Percin lus par Vaux Livres

 


- 70 -



Patrice BLOUIN
Tino & Tina
Gallimard
87  pages
12  euros

09-07-2009

 

    Tino et Tina sont frère et sœur. Ils sont parisiens et habitent dans deux appartements qui se font face. Leur mère les a laissés là et s’en allée alors qu’ils étaient encore adolescents. Deux ados qui ne se sont jamais quittés et ne se quitteront plus, à la vie, à la mort... Ils continueront de grandir ensemble, et le passage à l’âge adulte sera commun. Tels Charybde et Scylla, un petit texte étrange pour deux personnages mythologiques.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 69 -



Hélène LE CHATELIER
Dernière adresse
Arléa
91  pages
13  euros

03-07-2009

 

    Dès les premières pages, le lecteur apprend l’identité de la narratrice : Niamh, Mary, Ann est née en Irlande un 18 octobre, l’année nous reste inconnue, seule indication, elle a « atteint un âge canonique ». Elle n’a plus le temps, et sa confession adopte sa liberté de ton habituelle, elle, l’amoureuse de la vie et toujours de son Georges, l’amour de sa vie. Vieillie mais encore terriblement vivante. Elle est, reste et restera une femme libre et son regard lucide sur son passé, son présent et son futur le démontre. Le récit oscille entre un passé douloureux ou heureux et un triste présent. Maintenant qu’elle se retrouve dans une Nursing home, elle espère enfin lever les troubles de son passé en continuant son chemin sereinement. Les variations de ton happent le lecteur : ironie, tristesse, lucidité, joie, humour, rire, larmes, Hélène Le Chatelier souffle le chaud et le froid et bouleverse et déstabilise le lecteur qui suit avec émotion un parcours dont la fin est pourtant connue de tous.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 68 -



Anne RÉVAH
Manhattan
Arléa
90  pages
13  euros

22-05-2009

 

    La narratrice a une vie bien remplie, parfaite, attendue : des enfants, un mari, un métier. La réussite. Pourtant, il ne suffira que d’un déclic pour révéler l’artificiel de la situation, une façade construite jour après jour, un voile masquant une terrible vacuité. Devant ce trouble, elle prend la fuite pour se retourner et faire un bilan voire régler quelques comptes avec elle-même et son interlocutrice. Elle la juge responsable de ce parcours marqué irrémédiablement par son enfance (« Je n’ai pas pu devenir moi. J’ai fui la petite fille que j’ai été… ») que sa réussite n’aura pas réussi à effacer, on croit le passé disparu, mais il demeure présent, tapi dans l’ombre d’une vie superficielle. Elle voit enfin clair dans le rôle qu’elle a tenté de jouer pendant toutes ces années et sans concession, lucide, froide (« L’évidence d’être vivante, je ne l’ai jamais eue »), crie son désespoir enfin seule et libérée.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Anne Révah lus par Vaux Livres

 


- 67 -



Karl OLSBERG
Das System
Jacqueline Chambon
365  pages
22  euros

04-04-2009

 

    Mark dirige une entreprise d’informatique et croit en sa bonne étoile. Epaulé par son génial associé, son entreprise a développé un moteur de recherche surpuissant pouvant rivaliser avec Google mais le jour de la présentation aux investisseurs et actionnaires, tout se dérègle et l’application déraille. Peu après, ses deux principaux collaborateurs disparaissent dans des conditions mystérieuses. Très vite, Mark soupçonne son logiciel d’être trop consciencieux et d’en faire plus que souhaité : il est devenu un virus hyper puissant, nommé Pandora, qui s’introduit partout, exploite la puissance globale du réseau et ses interconnexions. Il apprend, interprète, comprend, suppose, se transforme. Machine avide de pouvoir et de puissance, son intelligence lui permet de dérégler tout système, plus ou moins sensible, des systèmes bancaires aux navettes spatiales... Les bugs se multiplient aux quatre coins du globe et font leurs premières victimes. Le chaos général est proche. Mark est accusé à tort et part à la recherche de ce monstre informatique mais non technicien, il fait appel à l’une de ses anciennes employées, Lisa la rebelle, hackeuse exceptionnelle. Une course poursuite haletante entre ce couple atypique et un logiciel tendance humain ou ogre qui devient terriblement inquiétant et menaçant.

Premier roman



Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Jacqueline Chambon

 


- 66 -



Jean-Baptiste  DESTREMAU
Sonate de l'assassin
Max Milo
383  pages
19.9  euros

11-02-2009

 

    Laszlo Dumas est pianiste. Renommé, il n’a pourtant pas la flamme, l’ardeur et le génie qui font la différence, grande technique mais l’étincelle demeure absente. Son impresario croit en lui, le protège et gère le début d’une carrière qu’il espère grande. Jusqu’à un concert comme un autre où Laszlo commet une légère erreur qu’un spectateur perspicace et mélomane repère en grimaçant. Laszlo ressent de la honte, honte pour lui et pour son Art. Pour laver l’affront, la preuve, le témoin, une seule solution, le supprimer… Son jeu n’en devient que meilleur et le monde musical reconnaît peu à peu son talent. Certains continuent de douter et de repérer ses minces erreurs, mais pourront-ils survivre longtemps ? La petite musique qui s’affirme meurtre après meurtre renforce et entretient son talent. Mais un jour, c’est une femme qui repère son erreur et la rencontre avec cette admiratrice et son fils amoureux des sept tomes d’Harry Potter (…) chamboulera la petite musique. Cette sonate haletante est contée alternativement par chacun des concertistes en espérant que la chute finale soit évitée… Un premier roman rythmé où l’art et la folie ne font plus qu’un. A découvrir.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir

Les titres de Jean-Baptiste Destremau lus par Vaux Livres

 


- 65 -



Clare SAMBROOK
Je n'ai pas encore dix ans
Galaade
288  pages
21.9  euros

22-01-2009

 

    La famille Pickles est heureuse, Mo la mère, Pa le père médecin, deux enfants Daniel le héros de la famille et Harry l’ainé passionné de course à pied court vers ses dix ans. Pourtant ce livre est la confession d’un drame. Alors que Harry et Daniel reviennent d'une sortie scolaire en bus, Daniel disparaît et Harry endosse sur ses petites épaules la responsabilité de cette disparition, de cet abandon (« Tu n’as pas vérifié, voilà ce que je veux crier. Tu n’as pas vérifié. Tu n’as pas vérifié ni braillé. »). Ecarté par les adultes (et les enfants), esseulé il assiste impuissant, sans aide, aux conséquences désastreuses et pénibles de cette disparition. La disparition restant inexpliquée, le couple part en vrille et le tient à l’écart. Seul son oncle Otis l’épaule dans la détresse. Harry crie sa douleur avec ses mots d’enfants, et malgré la dérive sans espoir de ses parents continue d’espérer que la vie les rattrape. Vous serez happé par l’univers déchiré de ce petit bonhomme qui hurle son désespoir, son envie de vivre, ses angoisses, ses attentes et ses rêves les plus fous. Le rythme est élevé (ce n’est pas pour rien que Harry est adepte de la course), les phrases courtes et saccadées et vous dévorerez ce livre avec émotion.

« Où est Daniel ? me dit-elle.
– Il n’est pas avec vous ? » ai-je dit.
Alors deux choses arrivèrent en même temps. Le visage de Mo s’allongea. Et je sus ce que les adultes veulent dire quand ils disent qu’un cœur chavire.
»

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Sylvie Taussig

 


- 64 -



Elsa FLAGEUL
J'étais la fille de François Mitterrand
Julliard
119  pages
15  euros

22-01-2009

 

    Louise, dix ans, assiste avec sa mère à la cérémonie de transfert des cendres de Jean Monnet au Panthéon. Un homme en grand manteau noir, s’assoit non loin d’elle. Elle l’observe, l’ausculte, se sent immédiatement familière de cet homme, et c’est la révélation : François Mitterrand, président de la République, est son père (« Désormais. Je suis influente. Je suis puissante. Je suis Loulou Mitterrand. Un petit rire nerveux s’échappe de moi. Loulou Mitterrand. Cela sonne furieusement bien. »). Elle le sait, c’est une évidence et Louise s’empresse de révéler son secret à sa meilleure amie. Quant à son véritable père, Louise ne le voit qu’épisodiquement puisqu’il a quitté le foyer et aime une autre femme que la mère de Loulou. Maladroit, silencieux, ses sentiments restent bien cachés et leur relation est quelque peu tendue et distante. Aucun des deux n’est prêt à briser ce mur de silence et à s’exposer à l’autre en révélant ses sentiments, espérons que ce changement de père (« C’est comme ça, on fait ce qu’on peut ») saura briser la glace ! Un ton original pour parler des relations père-fille.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 63 -



Mariolina VENEZIA
J'ai vécu mille ans
Robert Laffont
302  pages
20  euros

22-12-2008

 

    Mariolina Venezia pour son premier roman nous propose une magistrale fresque familiale centrée sur les existences des femmes. Les Falcone de 1861 à 1989 accompagnent l’histoire de l’Italie dans une province reculée du sud. Le lecteur se retrouve vite immergé dans la vie des femmes et sa dureté, ses joies, ses peines. Les rires succèdent aux larmes, dans la vie et dans le texte. Ces personnages simples luttent pour leur vie, leur survie, s’engagent. L’histoire les façonne même s’ils sauront prendre en main leur destin entre les croyances et les engagements politiques.

Premier roman


Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Nathalie Bauer

 


- 62 -



Bertina HENRICHS
La joueuse d'échecs
Liana Levi
212  pages
9  euros

20-12-2008

 

    Eleni est femme de ménage dans un hôtel de l'île de Naxos où elle est née et a toujours vécu humblement, discrètement, au service de sa famille et de ses désirs, résignée ? pas si sûr... Un jour, dans une chambre, elle aperçoit un jeu d'échecs et est littéralement et immédiatement fascinée par tous ses pions noirs et blancs. Alors que les hommes s'adonnent au trictrac dans cette île, elle décide d'apprendre à jouer aux échecs avec l'aide de son ancien instituteur qui n'a pourtant pas conservé un souvenir très positif d'elle. Cependant, il l'aidera, la soutiendra et se rendra rapidement compte que cette passion et cette volonté feront d'elle une joueuse capable de gagner et surtout une autre femme, une femme qui saura affirmer son identité et sa personnalité. Il la fera se confronter à son ancien partenaire le pharmacien très sceptique initialement puis lui fera gravir un à un les échelons devant ce damier fascinant. Une île est un monde clos et tous les habitants seront rapidement au courant de cette passion venant perturber la vie familiale d'Eleni, son mari n'étant pas le premier à l'épauler ("Etre cocu aurait été plus supportable. Une trahison amoureuse, même inacceptable, pouvait être nommée. Il y a un code d'honneur. Alors que là, ce délire narquois le laissait impuissant."). Beaucoup regardent d'un mauvais œil une femme qui prend des initiatives et sort du carcan familiale… Bertina Henrichs montre qu'une femme simple, ordinaire par sa passion ("Le pion était la base du jeu, petit soldat serviteur, avançant tout droit vers son unique but, celui du blocage de l'armée ennemie ou de l'ascension sociale ") peut réussir à s'affirmer, à s'émanciper, à se libérer ce qui contraindra son entourage à la regarder différemment (même si cela n'était pas son but). Le lecteur suit avec tendresse ou admiration le parcours semé d'embûche d'Eleni qui malgré les difficultés ira jusqu'au bout. L'ambiance ensoleillée et paisible de cette petite île grecque accroit notre attachement à ce très beau texte éclairée par cette femme qui prend en main son destin et saura abattre quelques pions et autres murs.

Premier roman


Thème(s) : Littérature étrangère

Les titres de Bertina Henrichs lus par Vaux Livres

 


- 61 -



Kevin VENNEMANN
Près de Jedenew
Gallimard
149  pages
16.5  euros

15-11-2008

 

    Le lecteur se retrouve entre deux sœurs jumelles qui dans ce récit entremêlent passé et présent, souvenirs et actualité, le tout oscillant entre bonheur et horreur. Elles assistent depuis une cachette à la destruction de leur univers familial, sorte de pogrom non situé dans le temps et l’espace qui accroît la puissance de ce texte (on est loin des Bienveillantes). Elles racontent leur joie de construire cette cabane d’où elles assisteront à l’extermination de leur famille. Le bonheur annonce inexorablement le malheur. La tension est palpable à chaque page, dans les rêves, dans la réalité, une menace (« Ils arrivent ») plane, indéfinissable mais inéluctable, on sent l’horreur se mettre en place, tous le sentent, s’y attendent : « Nous savons depuis plusieurs jours ce qui va arriver, c’est-à-dire ce qui arrive aujourd’hui, mais nous sommes persuadées que nous nous imaginons des choses insensées, que nous affabulons comme nous le faisons toujours, à seize ans nous continuons à tresser tous les jours des nattes à nos poupées disposées sur les rebords de fenêtres, et nous nous racontons des histoires, nous adorons ça. ». Un livre dense et noir.

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Barbara Fontaine

 


- 60 -



Jens LAPIDUS
Stockholm noir, l'argent facile
Plon
537  pages
23  euros

12-11-2008

 

    Un nouvel auteur du nord et une nouvelle trilogie qui nous entraînent dans les bas-fonds inconnus d’une société suédoise prétendue aseptisée. Un angle de vue bien inhabituel ! Immersion totale dans le monde de la mafia et plus particulièrement la mafia slave. Mafia particulièrement efficace, organisée et diversifiée avec à sa tête, naturellement, une main de fer. Vous saurez tout des méthodes employées par ce genre d’organisation, du blanchiment jusqu’à la vente de cocaïne en passant par les rackets et le maintien de l’ordre dans l’organisation… Jens Lapidus réussit l’exploit de décrire avec précision et réalisme ce monde de brut, de mafieux sans scrupule qui glace le lecteur par instant et pourtant, il pourra garder une trace de sympathie pour certaines facettes de certains personnages. Mrado, gros bras de la pègre yougoslave, partage son temps entre les services qu’il rend à Radovan, la gestion de son racket et sa petite fille que sa femme lui dispute. JW est un étudiant qui, pour arrondir ses fins de mois et pouvoir partager les nuits des jeunes bourgeois de Stockholm, est chauffeur de taxi (au noir), mais progressivement, rêvera de mieux et d’argent facile... Jorge, dealer latino, est derrière les barreaux mais plus pour longtemps... La course à l’argent poursuivie par ces trois éléments vont progressivement les rapprocher jusqu’à l’implosion finale ! Un excellent début pour cette trilogie.

Premier roman

Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Lucile Claus, Maximilien Stadler

Les titres de Jens Lapidus lus par Vaux Livres

 


- 59 -



Marie SIZUN
Le père de la petite
Arléa
153  pages
15  euros

11-11-2008

 

    Paris, 1944. La petite France est une enfant de la guerre mais ce prénom hommage à la patrie s’efface dans les paroles de la mère et de la narratrice : « Elle s’appelle France, la petite, France comme la France. Mais on n’y pense plus. Personne ne lui donne jamais ce prénom, pourtant choisi, guerre oblige. On dit d’elle simplement –la petite- ça suffit. ». Le père est absent, mobilisé, parti à la guerre pendant que la mère et la petite ne sont devenues qu’une ; malgré les difficultés du moment, leur complicité parfaite irradie leur quotidien de bonheur. La petite profite d’une liberté totale. Pourtant l’ombre de l’absent s’impose. La petite la ressent comme une inquiétude, une menace : « La petite n’imagine pas comment un homme comme le charcutier ou le crémier pourrait s’immiscer là, dans cette cuisine-là, dans cette vie qui est la leur, la vie de la mère et de la petite, cette vie-là ». Dans les souvenirs de la petite, ce trouble est soutenu par l’impression de mensonge qui obscurcit ses liens exclusifs avec sa mère. Et puis, un jour, « Voilà. Il était là. Elle avait un père ». Un père qui ne pourra trouver sa place dans ce couple. Chaque membre de la famille va progressivement s’en détacher : « Si la petite a maintenant un père, en revanche, on dirait qu’elle n’a plus de mère ». La petite passe d’un excès à l’autre, de la mère au père, mais dans le non-dit et les regrets n’en seront que plus forts alors qu’en retrouvant son prénom, elle quittera l’enfance. Mais qu’est-ce vraiment que l’enfance ? La narratrice explore avec l’œil attendrissant d’une petite fille et avec sensibilité les sentiments familiaux, les liens parentaux dans cette période trouble. Un premier roman touchant et bouleversant.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Marie Sizun lus par Vaux Livres

 


- 58 -



Elodie ISSARTEL
Festino ! Festino !
Léo Scheer
248  pages
17  euros

21-09-2008

 

    Ce premier roman est la chronique d’une famille, famille où la folie et l’extravagance affleurent constamment. Portrait à plusieurs voix d’une famille complète, les vivants et les morts, d’Henriette 13 ans à Festino le grand-père, en passant par la nounou noire qui sous la menace d’une expulsion vient les rejoindre. Tous tentent de trouver le chemin du bonheur, mais ce chemin est parfois tortueux… Les voix s’imbriquent, s’entremêlent, jusqu’à se mélanger totalement, comme leurs existences mêlées dans la grande maison qu’ils occupent. Un premier roman original dans sa conception.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 57 -



Teodoro GILABERT
Les pages roses
Buchet-Chastel
201  pages
14  euros

11-09-2008

 

    Par une prose alerte et originale, en courtes phrases ou suites de mots, l'auteur nous "jappe" avec un brin d'humour et de dérision son histoire banale, "médiocre" pense-t-il. Dans les années 80, bon élève timide et sage du lycée Fénelon, il prend plaisir à se plonger dans le petit Larousse et y découvre avec délectation l'attrait des "pages roses", "si fines, si élégantes, rien à voir avec le rébarbatif Gaffiot gros et laid" : chaque chapitre du livre est introduit par une citation latine adaptée. Le récit nous fait partager la trajectoire estudiantine et professionnelle d'un jeune homme qui tente de trouver un sens à son existence. L'adaptation à la Sorbonne est difficile "seul au milieu de la foule" mais notre héros, pas rebelle mais décalé, se réfugie dans son travail et dans les films de la nouvelle vague. Sa réussite au CAPES l'entraîne au lycée Henri IV comme stagiaire mais seul certifié face aux agrégés de ce grand lycée, il en sera le mouton noir... Après un poste dans le 9.3. où il dut se convaincre que "l'enseignement du Latin et du Grec en 5e était un facteur de réussite essentiel pour les enfants des quartiers défavorisés", il obtient son agrégation et une mutation pour Nantes... L'évocation de ses "non péripéties" est bien sûr alimentée d'une analyse subtile et souriante (voire grinçante) de notre société.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 56 -



Alma BRAMI
Sans elle
Mercure de France
168  pages
14.5  euros

25-08-2008

 

    Léa a dix ans et nous fait partager sa vie, ses questionnements et principalement sur la mort et l'absence. En effet, la mort est déjà omniprésente dans sa courte existence : son père et sa sœur Solène sont morts subitement l’un après l’autre. Sa mère tente de continuer de vivre ou plutôt de survivre. La mort de sa fille cadette a fini de l’anéantir et Léa se retrouve donc seule face à son incompréhension et à cette injustice. Avec ses mots, sa capacité de raisonner, ses illusions, ses croyances, elle écrit ses peurs, ses minces espoirs et ses questionnements sur la mort mais aussi sur la vie, sur la famille, sur l’amour, sur sa vie avant les disparitions et sa vie future. Ses questions même avec ses mots d’enfants évoquent les grandes interrogations universelles et intemporelles qui préoccupent depuis longtemps les hommes... Elle n’ai épaulé par personne et assiste impuissante à la descente dans les abîmes du désespoir de sa mère et le lecteur l’accompagne avec émotion et tendresse en espérant qu’elle trouve le chemin qui les ramènera à la vie, main dans la main. Pour ce premier roman, Alma Brami a su trouver le ton et les mots justes pour traduire les sentiments de cette fillette face à la mort, sujet grave traité avec sobriété et émotion.

Premier roman

« Quand Solène est morte, j’ai compris que j’avais gardé la place la moins confortable. La vivante doit être parfaite, elle n’a pas le droit de se plaindre, pas le droit d’être triste, elle doit garder en tête, en permanence, sa condition de vivante. »

« Le manque, toujours ce manque, ce trou béant, ce vide glacial en moi, tombe de Solène dans mon corps, goût de cendre. Poussière de chagrin. Le manque c’est comme un refrain d’une chanson très longue. Ca revient, lancinant, ça grignote. Solène, c’était mon antidote, c’était un organe vital, tous mes sens réunis. »

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Alma Brami lus par Vaux Livres

 


- 55 -



Uzodinma IWEALA
Bêtes sans patrie
L'Olivier
176  pages
18  euros

22-08-2008

 

    Agu, fils d’un instituteur, a une vie paisible illuminée par l’amour de ses parents et ses rêves, rêves d’avenir brillant. Pourtant la guerre arrive brutalement dans son village et réduit à néant sa vie en un instant. Son récit est celui d’un enfant-soldat africain tel que l’on nous les décrit habituellement, mais la vision est ici celle de l’intérieur, sans filtre, brute, terrifiante. Agu a choisi la parole comme thérapie et nous expose son terrible parcours car il préfère ce cheminement à la mort : « … en même temps j’a commencé à avoir peur à cause que la seule façon de ne plus jamais combattre c’est finalement mourir. Or moi je ne veux pas mourir. ». Du premier jour où le commandant l’enrôle et lui apprend à tuer jusqu’au dernier jour de cette mortuaire épopée. Tuer, toujours et encore. Brûler, détruire sans poser de question. Obéir. Lever le camps, tuer, lever le camps. Et pourtant, dans cette barbarie, tenter de conserver quelques rêves enfantins et ne pas oublier son enfance. Se taire, tout supporter. S’épauler et se protéger avec son ami Strika qui ne parle plus depuis l’assassinat de ses parents. Le commandant a tous les droits sur ces (ou ses ?) enfants, droit de mort, droit de vie, droit de cuissage… Les petits soldats restent amorphes devant ce misérable kapo et lui obéissent aveuglement jusqu’à l’épuisement, la mort. Une plongée en enfer, un roman terrible sur la folie extrême des hommes et les conséquences indélébiles de ces guerres insensées. A noter l’impressionnant travail de traduction d’Alain Mabanckou qui réussit à traduire parfaitement dans le vocabulaire, la forme des mots et le ton, la tragédie de la situation et le désespoir assourdissant d’Agu.

« J’ouvre les yeux, on est toujours dans la guerre, et je pense dans moi-même que si la guerre est là elle n’avait pas foiré ce pays, eh bien j’aurais déjà été un homme en vrai moi aussi maintenant. »

« Je suis un peu content au moment quand il me donne des faveurs car je sais aussi que s’il veut il peut faire n’importe quoi avec moi sans rien me donner à la fin. »

« Et là je regarde alors le Commandant, je regarde alors Strika, je me dis dans moi-même que ces deux-là ils sont si tranquilles si beaux on dirait avant la guerre, on dirait aussi après la guerre, mais pas vraiment on dirait maintenant. Maintenant on ressemble tous aux animaux. »

Premier roman


Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Alain Mabanckou

 


- 54 -



Jean MATTERN
Les bains de Kiraly
Sabine Wespieser
133  pages
17  euros

22-08-2008

 

    Gabriel, le narrateur, a passé son enfance près de Bar-sur-Aube. Il est d’origine hongroise, mais que sait-il de ses origines, de son histoire ? Rien, pratiquement rien. Ses parents ont toujours choisi le mutisme et refusé de lui en parler ("C’est du passé tout ça"). Puis, un jour, peut-être irrémédiablement, la question devient plus pressante et l’arbre veut connaître ses racines. Pourquoi ses parents ont-ils gommé cette histoire familiale d’Europe centrale ? Quelle était la confession religieuse de la famille alors qu’on lui a interdit de suivre ses camarades au catéchisme ? Est-ce lié à la mort accidentelle et soudaine de sa sœur qui a plongé ses parents dans le silence ? Comme un défi et pour se sauver, Gabriel, lui qui ne saura jamais être « celui qui reste », choisit a contrario les mots et les langues. Pour brouiller les pistes de ses origines, pour adopter une identité inconnue ou des identités, il choisit de passer d’une langue à l’autre, de nier toute langue maternelle, il sera traducteur. Ces mots qu’il ne peut prononcer à propos de la disparition de sa sœur : quand le traducteur recherche constamment Le mot idoine, peut-il trouver celui qui qualifiera cette disparition si injuste ? Comment verbaliser l’impossible, l’inqualifiable ? Ses parents choisissent la fatalité, l’impuissance « Dieu a donné, Dieu a repris », six mots irrémédiablement associés à l’histoire de Gabriel et de sa famille. Il croit un moment avoir trouvé la solution dans le rire de Laura. Mais le jour où elle lui annonce qu’elle est enceinte, la question des origines rejaillit subitement et lourdement. Il prend la fuite pour se comprendre, se trouver, dans le présent et dans le passé. Ce récit constitue le questionnement émouvant de cet homme fragile en quête d’origine et d’identité et qui devra peut-être uniquement se résoudre à « réécrire une histoire dont toute ma famille avait voulu me priver »

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

Les titres de Jean Mattern lus par Vaux Livres

 


- 53 -



Eric GENETET
Le fiancé de la lune
Héloïse d'Ormesson
124  pages
15  euros

22-08-2008

 

    Arno Reyes quand il parle de lui dit qu’il est « un singe » : il parcourt le monde pour grimper sur à peu près tout moyennant une forte rémunération ce qui lui permet de ne pas travailler continuellement. Il court d’aventures en aventures, professionnelles et amoureuses, sans se projeter dans un avenir toujours incertain. Puis, un jour, c’est LA rencontre : coup de foudre fulgurant lorsqu’il rencontre Giannina, chanteuse de jazz. Ils se découvrent, ils s’aiment, Arno pose enfin ses valises pour vivre une passion mais les passions sont souvent éphémères… Un livre qui, comme cette passion, se lit sur un rythme effréné.

« Il peut se passer n’importe quoi sur la planète, chaque seconde un homme ou une femme croit tomber amoureux dans ce monde cynique qui avance, facétieux, avec ses drames et ses désordres. L’amour, petite bête à bon Dieu, n’en a rien à foutre. Il respire et basta cosi. Il a existé et il existera encore, emporté par les pires lames de fond. … Tout passe, tout casse, sauf l’amour. Pourquoi ? »

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

 


- 52 -



Philippe HONORÉ
L'obligation de sentiment
Arléa
123  pages
15  euros

21-08-2008

 

    Toutes les familles ont leur secret dit-on. Mais certains sont plus lourds que d’autres et plus ou moins partagé. Le couple Maisne (Louis et Jeanne) est un couple soudé, admiré, respecté. Mais la petite bourgeoisie provinciale ne serait pas ce qu’elle est sans ses zones d’ombre… Couple déséquilibré, Jeanne prend en charge son époux, le soutient, le protège (« Louis était son œuvre, son maître, son enfant, son unique raison d’exister »), elle n’est que maîtrise et contrôle, on est loin des sentiments amoureux classiques d’un couple chez Louis et Jeanne et pourtant elle lui est totalement dévouée et attachée, comme si un contrat les liait... Dès le début de leur union, un secret plane et il mettra du temps à se dévoiler. Ils auront un fils, Martin, alors que Louis ne voulait pas d’enfant et que Jeanne savait n’avoir jamais eu de sentiment maternel prégnant. Au début de son adolescence, Martin disparaît brutalement, sans explication pour l’entourage. Le couple essaie de l’oublier et devient encore plus souder qu’auparavant ; pourtant le trio est en état d’attente (« Le temps de l’attente ne se compte pas en seconde, en minute, en année. C’est un temps aussi morne, aussi lisse, aussi flou que la surface d’un lac. Le temps irrésolu de l’attente. »). Plus le temps passe, plus les secrets explosent violemment au grand jour et plus les conséquences sont lourdes… Martin reviendra évidemment et mettra un point final à la descente en enfer de ce couple « d’innommables ». Philippe Honoré a réussi parfaitement à décrire l’enchaînement de cette femme malgré un secret lourd, très lourd, qu’elle choisit de placer après son engagement à soutenir son mari, son véritable enfant. Une réussite.

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

 


- 51 -



Julien ALMENDROS
Vue sur la mère
Le Dilettante
125  pages
14  euros

28-07-2008

 

    Pour son premier roman, Julien Almendros s’attaque à un sujet devenu commun, la mère et ses relations avec son (ses) fils. La première phrase augure du ton du livre : « Je suis né le cordon ombilical autour du cou, un premier bijou qui, déjà, avait l’avantage de n’être pas très onéreux ». Autrement dit, le lecteur ne fera pas de grandes découvertes sur la psychologie de la mère et de ses enfants mais le ton du livre, le rythme, la forme suscitent une lecture rapide et agréable. Humour et ironie passent la mère au peigne fin, aucun trait de caractères ne lui est épargné, elle qui étouffe la famille complète, du chien au mari en passant par les fils et leurs compagnes naturellement. Pourtant, mais peut-être est-ce parce que l’on sent que Julien a réussi à se débarrasser de son premier bijou si lourd à porter, elle reste parfois attachante et on ne peut la rejeter totalement. On attend la seconde « vue » pour vérifier que la page est définitivement tournée !

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

 


- 50 -



Ceridwen DOVEY
Les liens du sang
Héloïse d'Ormesson
215  pages
20  euros

27-07-2008

 

    Ceridwen Dovey pour son premier roman a choisi de décrire les rouages d’un pouvoir absolu sous l’angle de son intimité et de son entourage. Un coup d’état vient de réduire le Président despote au rang de prisonnier. Il est accompagné dans sa résidence surveillée par son cuisinier, son portraitiste et son coiffeur, trois fonctionnaires dévoués qui organisait une grande part de son quotidien. Trois hommes insensibles jusqu’alors aux dérives de ce pouvoir absolu. Les portraits se succèdent révélant page après page l’intimité de ces hommes, de leurs femmes et de leurs enfants. Portraits se répondant en miroir dans l’arrogance, la violence et l’insouciance du pouvoir. Portrait après portrait, le spectre s’élargit démontrant que le despotisme s’attaque subrepticement à l’intimité. Puis, peu à peu, un despote remplace l’autre… Pouvoir quand tu nous tiens… Mais ces trois fonctionnaires pourront-ils encore feindre d’ignorer les dérives du pouvoir qu’ils servent ?

Premier roman

« Les êtres humains se débarrassent les uns des autres, ils s’installent dans les lieux des vaincus, et procèdent à leurs tâches quotidiennes : on se rase dans le lavabo de l’ancien Président, on se regarde dans son miroir, on range ses vieilles chaussettes dans le tiroir de ses sous-vêtements. Ensuite, cela m’a fait penser à la contamination, est-ce qu’une personne mauvaise laisse derrière elle de mauvaises choses dans ses lieux, secrète le mal comme de l’air vicié : est-ce qu’on peut l’attraper comme un rhume ? »

Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Jean Guiloineau

 


- 49 -



Nils TREDE
La vie pétrifiée
Quidam
134  pages
15  euros

27-07-2008

 

    Les habitants des îles sont réputés différents alors le narrateur, Xavier, 33 ans, est doublement différent. Il vit sur deux îles, deux îles d’une même ville reliées par un pont. Deux îles, deux métiers, deux existences (« J’ai deux vies. Je n’ai pas de vie. Que des morceaux, que des restes. Tout est déchiré. »). Sur l’une, il est restaurateur en accompagnant sa mère malade et sur l’autre, il est médecin de police. Seul le pont réalise le lien entre ses deux existences. Cet homme solitaire, entier, se sent différent et est ressenti différent par les autres. La solitude fait peur. Jusqu’au jour où rentre un couple dans son restaurant et il en est sûr, c’est elle, il l’attendait. S’il entre dans sa vie, il en certain, il entrera dans La Vie, mais cette mutation est-elle si aisée à vivre ? Emouvant portrait d’un homme dont l’existence frôle la folie et qui « se sent si proche de tout et pourtant indiciblement loin à la fois »

Premier roman

« Les solitaires ne sont pas seulement étranges. Ils ne font pas seulement peur. Dans leur solitude, ils s’aperçoivent de choses qui restent inconnues aux gens sociables. Ils ouvrent leur esprit aux énigmes avec patience et attention. Ils les observent longtemps. Ils ont beaucoup de temps, et peu à perdre. Les solitaires communiquent rarement leurs observations ; ils les portent en eux et ne craignent pas le jugement des autres. »

Thème(s) : Littérature étrangère

 


- 48 -



Blanche DE RICHEMONT
Pourquoi pas le silence
Robert Laffont
123  pages
14  euros

18-07-2008

 

    Court récit de 120 pages pour crier le mal-être, le mal de vivre d’un ado de quinze ans. Cri de désespoir d’un ado (le narrateur) qui n’a pas le goût du bonheur et ne peut se résoudre à vivre. Sans estime pour lui-même, son entourage lui semble a contrario brillant, heureux, accompli. Depuis tout petit, il estime que le bonheur ne le concerne pas. Un père commandant de marine, toujours en action, qui sauve des vies, une mère cavalière, une sœur acrobate (« elle fait rentrer le bonheur dans sa peau »). Cette famille vit douloureusement son abandon, tentera de l’aider jusqu’à l’issue finale (« Qu’est-ce que tu as encore trouvé pour te faire du mal ? »). Il tente bien avec son ami d’être comme les autres, d’agir comme les autres, d’être amoureux comme les autres, mais ce n’est qu’une façade. Il se connaît bien et s’auto-évalue sans concession et seule la mort lui rendra sa liberté. Il traversera donc la vie comme un éclair, mais un éclair triste. Cette fulgurance est accrue par le rythme du texte, les phrases courtes et le rythme vif. Un émouvant morceau de braise.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 47 -



Catherine MORET-COURTEL
La caissière
Belfond
191  pages
17  euros

18-07-2008

 

    Une semaine de la vie d’une caissière, Michèle, en grande surface. Rien ne la prédestinait à ce travail mais la mort de son mari la contraint à l'accepter. Les chapitres alternent en présentant le déroulement de la journée puis le rêve de la nuit suivante. La mort de son époux la plonge dans une espèce de léthargie, sans espoir et sans attente. Elle subit sa vie, tristement, inexorablement. Heureusement, les rêves demeurent et la sauveront. Progressivement, elle y prendra garde et ils interviendront dans sa vie, la modifieront, l’orienteront et lui permettront de se reconstruire afin de réintégrer le monde des vivants. Son quotidien donne matière évidemment à décrire avec réalisme les consommateurs que nous sommes (les enfants sont passés au crible) et ce monde impitoyable des hypermarchés.

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 46 -



Fabrice GUILLET
L'après 14 juillet
Le Lamantin
307  pages
19  euros

16-07-2008

 

    Le défilé du 14 juillet se déroule devant une tribune officielle garnie et attentive. Les hélicoptères débutent leur parade lorsque l’un d’eux change de direction, plonge vers la tribune. Un carnage ! Le Président de la République est tué comme bon nombre de personnalités proche du pouvoir. Accident ou attentat ? Deux pilotes étaient aux commandes de l’appareil et l’un d’eux, Charles, est d’origine algérienne. Il n’en faut pas plus à la machine médiatique pour tirer des conclusions hâtives surtout que le pouvoir vit alors une période instable et que certains encouragent cette hypothèse. Des hommes aux convictions extrêmes investissent le pouvoir et promettent l’ordre. Mathilde, dite Mina, spécialiste du 1500 m et sœur du pilote, ne croit absolument pas à la culpabilité de son frère et se lance dans l’enquête. Enquête extrêmement périlleuse qui la projettera dans les coulisses du pouvoir et dans laquelle elle entraînera ses amis d’une banlieue où la solidarité reste encore une valeur estimée. Un bon suspense pour une histoire très actuelle et éclairée par quelques pointes d’humour et d’ironie qui en rendent sa lecture très plaisante. Bienvenue au Lamantin !

Premier roman

Thème(s) : Littérature française Polar/Thriller/Noir

Les titres de Fabrice Guillet lus par Vaux Livres

 


- 45 -



Sasa STANISIC
Le soldat et le gramophone
Stock
384  pages
21.5  euros

13-07-2008

 

    Premier roman extrêmement ambitieux, fresque remarquable qui nous entraîne dans l’histoire de la Yougoslavie à travers celle du jeune Aleksandar, de sa famille et de ses proches. Nous sommes à l’époque où la Yougoslavie est encore unie (« l’époque où tout était bien ») et Aleksandar qui vit à Visegrad est particulièrement attaché à Slavko son grand-père membre du parti. Slavko a fait de lui un magicien révolutionnaire et Aleksandar ne manque pas de motivations (« Je suis contre la fin, la destruction ! Il faut suspendre l’achèvement. Je suis le camarade en chef de ce qui continue pour toujours et je soutiens ce qui va ainsi de suite ! »). Il garde toujours en mémoire les récits enflammés de son grand-père et sa mort (« …Slavko était assis au moment où, à Tokyo, Carl Lewis battait le record du monde, Grand-père Slavko est mort en 9 secondes 86, son cœur a couru au coude à coude avec Carl Lewis… ») marque définitivement Aleksandar. Puis la guerre civile provoquera l’exil de la famille vers l’Allemagne, intégration ardue dans une Allemagne en cours de réunification. Aleksandar grandit et écrit, encore et toujours (« Nous nous étions fait une promesse d’histoires, maman, …une promesse toute simple : ne jamais arrêter de raconter »), sur son quotidien, son exil, mais surtout sur l’histoire de son pays et de la guerre qui l’a achevé (on apprendra que Tito est mort trois fois), de la guerre qui remet en cause les fondements des individus et d'un pays, un pays perdu où tous vivaient ensemble et qui connut une forme de bonheur. Mais l’histoire de la Yougoslavie ne peut être déconnectée du reste du monde et même si les Européens furent longs à être concernés par cette guerre, cette histoire est aussi la nôtre et ce roman en témoigne brillamment. Un roman inventif dans le fond et la forme, fou, exubérant, ancré dans notre quotidien, vivant, vif, parfois cru, parfois burlesque (l’inauguration des nouveaux cabinets est une scène digne de Kusturica, il faudrait presque lire en écoutant la musique de Bregovic !). A découvrir.

« Plus tard, dans le livre qui parle du bon vieux temps, j’écris : On devrait inventer un rabot honnête qui saurait débarrasser les histoires de leurs copeaux de mensonges et les souvenirs de l’illusion. Je serais un collectionneur de copeaux »

Premier roman


Thème(s) : Littérature étrangère
Traduction : Françoise Toraille

 


- 44 -



Bernard JANNIN
Une vraie boucherie
Champ Vallon
157  pages
14  euros

03-07-2008

 

    Pour notre premier compte-rendu de la rentrée 2008, Bernard Jannin nous ouvre l’appétit avec ce morceau de premier choix, tendre ou saignant selon l’instant. Fin des années 50, la boucherie-charcuterie Croquart à Monsac a une clientèle fidèle qui apprécie ses spécialités. Richard le boucher et Mariette sa femme s’activent tous les jours pour la satisfaire au mieux. Le lecteur digèrera sept chapitres, ou plutôt sept morceaux plus ou moins saignants où les métaphores, jeux de mots, ou autres allusions culinaires pullulent. Richard décide d’ouvrir un étal sur un marché peu de temps après qu’un ami abatteur aux abattoirs (Ambroise dit Merlin) disparaisse bizarrement. C’en est fini de la quiétude de la boucherie Croquart et de ses occupants… Une bataille rangée opposant les commerçants d’un marché restera une pièce d’anthologie. Oscillation permanente entre le tragique et le comique, le loufoque et le concret, vous assisterez avec appétit à la dérive d’un petit commerce et de ses acteurs vers l’horreur… On a parfois l’impression de découvrir la version littéraire de Delicatessen pour notre plus grand plaisir.

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

Les titres de Bernard Jannin lus par Vaux Livres

 


- 43 -



Michaël MENTION
Le rhume du pingouin
Du Rocher
126  pages
17  euros

21-06-2008

 

    Eric Blakeley, vieil ado banlieusard, partage sa vie entre Alice et Pendule son cacatoès fin psychologue. Il gagne sa vie comme portier dans un hôtel de luxe parisien mais sa passion est l’écriture et son troisième roman noir se précise. Ecrivain exceptionnel, puisqu’il est atteint d’agraphie et se voit contraint de requérir les services d’un dictaphone pour son écriture ! En outre, l’insomnie le gagne après des cauchemars récurrents où trois personnages (une femme nue, un homme en smoking et Buffalo Bill) l’interpellent sur son passé et son présent. Chaque épisode s’achève par un étrange cri… Ces insomnies le transforment, le minent et son quotidien personnel et professionnel s’en voit bouleverser. Que signifie ce rêve ? Une enquête est nécessaire… Un univers à la fois étrange et réaliste et une écriture au rythme rapide vous feront dévorer ce premier roman.

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

 


- 42 -



Hugo BORIS
Le baiser dans la nuque
Belfond
16  pages
219  euros

05-06-2008

 

    Louis et Fanny se rencontrent à l’hôpital. Il accompagne sa belle-sœur pour un accouchement alors qu’elle est veuve depuis peu. Il est professeur d’économie et de piano. Elle est sage-femme et sera bientôt sourde. En donnant vie à ses enfants, elle a perdu et continue de perdre peu à peu l’ouïe (maladie de Beethoven). Comme une dernière épreuve, un dernier plaisir, elle retrouve Louis (mais pas l’ouïe) pour apprendre le piano. Louis est solitaire, secret et certainement blessé. Au fil de leurs rencontres où la parole est loin d’être maître du jeu, ils vont se dévoiler, se désirer, elle témoignera des naissances qu’elle accompagne chaque jour, il sera exigeant dans l’apprentissage (apprentissage de la musique avec le silence omniprésent et si bien rendu par l’écriture de H. Boris) mais lui dévoilera son intimité la plus profonde. Ces rencontres, le vocabulaire employé, la trame, tout se noue avec réussite pour créer un pont, une concordance entre ces deux métiers et ces deux vies a priori si éloignés. Un texte poétique, sensible et émouvant sur la naissance, la vie, l’amour, le handicap et la mort. Hugo Boris nous propose deux romans à ce jour (La délégation norvégienne), de thèmes totalement différents (la marque d'un vrai écrivain) et à découvrir absolument en attendant le troisième !

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

Les titres de Hugo Boris lus par Vaux Livres

 


- 41 -



David DESCAMPS
L'apéritif des faibles
Les Allusifs
101  pages
13  euros

02-04-2008

 

    Le narrateur originaire des Flandres vit à Marseille. Il reçoit un jour un courrier de la mère de son ancien ami Dino qui vient de se suicider la veille de ses trente ans. Comme Dino l’a souhaité, elle le prie de venir mettre un peu d’ordre dans les notes de son fils. Retour sur une jeunesse perdue, une jeunesse masculine festive, libre, jouissive, dépendante à l’alcool, aux filles et aux drogues. En découvrant page après page le contenu des carnets de Dino, le narrateur retrouve sa jeunesse passée, son histoire, son identité acceptée ou non. Il revient sans complaisance mais avec chaleur, sans idéaliser le défunt mais avec mélancolie, sur cette amitié pesante qui unit les deux jeunes hommes. Amis et pourtant si différents. Le passé d’une jeunesse folle croquant à pleines dents la vie (« Il s’était parfait et fatigué ») et un présent morne et triste s’entremêlent chapitre après chapitre. Peu à peu, ce retour sur le passé et l’environnement se referment sur le narrateur jusqu’à l’étouffer (« Tomber malade de la tête est tout de même, je le sais, la chose la plus facile qui soit dans cette affreuse Flandres ») et seul un retour définitif vers la lumière du sud le sauvera. Un beau texte pas du tout larmoyant sur la mort, l’amitié et l’insouciance.

« … la vie n’est qu’un apéritif, on en reste toujours à l’apéritif des choses et la mort arrive »

Premier roman

Thème(s) : Littérature française

 


- 40 -



Sorj CHALANDON
Le petit Bonzi
Grasset
348  pages
18.5  euros

21-03-2008

 

    Sorj Chalandon nous fait rencontrer Jacques Rougeron, douze ans, bègue et fils unique d’un père dur et à la main lourde et d’une mère en retrait. La famille est pauvre et habite Lyon. Malheureux de son bégaiement, sa vie est plus légère grâce à son ami, à son frère, à son confident, Bonzi qui l’aide et le soutient. Ils ne font qu’un. Jacques tente de se soigner grâce aux herbes jusqu’à en être malade. Son bégaiement ne l’empêche pas d’être amoureux des mots (et de Guignol). Le lecteur suit avec intérêt les aventures de ce gamin et sa lutte contre ce bégaiement qui n’en finit plus. Un livre touchant sur l’imaginaire des enfants, sur le langage et le bégaiement.

Thème(s) : Littérature française

Les titres de Sorj Chalandon lus par Vaux Livres

 


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Gilles D. PEREZ
Le goût des abricots secs
Le Rouergue
95  pages
10  euros

07-03-2008

 

    Deux hommes devenus célibataires sont solitaires. Ils vivent tous les deux dans le souvenir d’une femme (l’une est morte et l’autre a quitté son mari) et séparés par une cloison. Ces deux fantômes errent dans une résidence désertée. L’un a plus de 80 ans et occupe ses journées à écouter le même air au piano, "Les scènes d’enfant" de Schumann, un air que sa femme jouait et rejouait avec perfection comme une obsession. Les deux hommes se rencontrent régulièrement et chacun renvoie à l’autre son image et l’image de la femme absente. Le silence tranche avec cet air de Schumann et la mélancolie du jeune homme trouve son double dans ce vieil homme élégant et patient. Peu à peu, ils dévoilent à mots couverts et discrètement leur histoire, timidement, par petits indices. Une complicité indéfectible les unit dans ce temps qui passe inexorablement. Un beau texte mélancolique sur deux hommes naufragés unis face à la solitude, à l’amour perdu et au temps qui passe.

Premier roman


Thème(s) : Littérature française

Les titres de Gilles D. Perez lus par Vaux Livres

 


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Andrea Maria SCHENKEL
La ferme du crime
Actes Sud
158  pages
15  euros

28-01-2008

 

    Toute une famille fut assassinée, en 1920, à Tannöd, un hameau de Bavière. L’affaire n’a jamais été résolue et Andrea Maria Schenkel s’en est inspirée pour son premier roman. Il situe le drame aux lendemains de la seconde guerre mondiale, les rancœurs et la pauvreté perdurent. Le nazisme rode encore et la religion demeure bien ancrée dans le quotidien de ces campagnes. Dans une ferme isolée, une famille complète et son employée, vivant quelque peu en marge et n’échappant à quelques rumeurs, sont assassinées sauvagement à la hache. Sans témoin, l’enquête semble vouée à l’échec. Comme à la barre du prétoire, différents témoins vont fournir un à un, chapitre après chapitre, dans un kaléidoscope de voix discordantes ou non, leurs avis et éclairages sur cette affaire. Seules les prières de la mère créent un intermède à cette litanie renforçant cette atmosphère étrange. Une réussite dans la forme et le fond pour ce premier roman classé meilleur roman criminel du printemps 2006 par les libraires allemands.

« Je te le dis, on est tout seul toute sa vie. On naît seul et on meurt seul. Et entre les deux, j’étais prisonnier de mon corps, prisonnier de mon désir. Je te le dis, il y a pas de Dieu dans ce monde, il y a juste l’enfer. Et l’enfer, il est sur terre, dans nos têtes, dans nos cœurs. Le démon est en chacun de nous et chacun peut le faire sortir à tout moment. »

Thème(s) : Littérature étrangère Polar/Thriller/Noir
Traduction : Stéphanie Lux

 

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